Le 10 mars compte 25 célébrités nées ce jour, parmi lesquelles figurent notamment Arthur, Ramzy Bedia et Sharon Stone. Cette date est également associée à 12 décès de personnalités publiques.
i le 10 mars était un livre, il s'appellerait Guerres et paix. Le 10 mars ne choisit pas son camp. Depuis trois siècles, ce jour produit des combattants et des créateurs, des tyrans et des victimes, des hommes qui font la guerre et d'autres qui tentent d'y résister. Une date à l'image de l'Histoire elle-même : ni noire ni blanche, jamais simple.
Le 10 mars 1793, la Convention crée le Tribunal révolutionnaire. La même nuit, la Vendée s'embrase. La République avait voulu lever 300 000 hommes pour défendre ses frontières. Elle venait de déclencher une guerre civile. Ce jour-là, la France découvre une leçon qu'elle mettra des siècles à digérer : la force ne pacifie pas, elle déplace la violence.
Chuck Norris est né un 10 mars. Coïncidence ? Probablement. Mais il y a quelque chose de juste dans l'idée que ce jour fabrique des hommes qui croient aux poings. Samuel Eto'o aussi, est né le même jour en 1981. Jean-Charles Skarbowsky, champion du monde de kickboxing, également. Trois corps construits comme des arguments. Trois hommes qui ont fait de la confrontation physique un métier, un art, parfois une philosophie.
Mais le 10 mars sait aussi ce que coûte la violence.
Le 10 mars 1762, Jean Calas est roué vif à Toulouse, accusé sans preuve. Voltaire en fera le symbole de toute injustice institutionnelle. Près de deux siècles plus tard, James Earl Ray naît un 10 mars 1928. Il assassinera Martin Luther King. Ces deux hommes n'ont rien en commun, sauf d'avoir incarné ce que l'Histoire produit quand elle laisse la haine se déguiser en justice.
En face, Boris Vian. Né le 10 mars 1920, mort à 39 ans. Il avait passé sa courte vie à se moquer de la guerre, à la dynamiter par l'absurde, à écrire J'irai cracher sur vos tombes sous pseudonyme pour comprendre de l'intérieur ce que la violence raciale fait à un pays. Un trompettiste qui savait que le jazz était une réponse politique. Moebius, mort un 10 mars 2012, avait lui aussi compris que dessiner des mondes impossibles était une façon de résister aux mondes trop réels.
Dans la nuit du 9 au 10 mars 1945, 334 bombardiers américains réduisent un tiers de Tokyo en cendres. Environ 100 000 morts en une nuit, un bilan comparable à celui d'Hiroshima cinq mois plus tard. Sharon Stone naît treize ans après, jour pour jour, dans une Amérique qui n'a toujours pas fini de regarder en face ce qu'elle a fait cette nuit-là. Le rapport est ténu, presque indécent à formuler. Mais c'est ça aussi, l'éphéméride : ce vertige de voir des vies légères naître sur des dates lourdes.
Le 10 mars 1959, le Tibet se soulève contre la Chine. Le Dalaï-Lama s'exile. Il y est encore. Ce même 10 mars, à soixante-cinq ans de distance, Olivia Wilde et Ahmed Sylla sont nés dans des pays où la liberté d'expression est un droit acquis qu'on n'imagine plus avoir à défendre. Deux artistes qui ont choisi leurs combats à l'abri de l'exil forcé. Ce n'est pas rien.
Hubert de Givenchy meurt un 10 mars 2018. Il avait passé soixante ans à habiller les femmes avec la conviction que l'élégance était une forme de liberté. Neneh Cherry, née ce même jour en 1964, avait compris la même chose autrement : en apparaissant enceinte de sept mois sur la scène de Top of the Pops en décembre 1988, elle avait opposé son corps vivant à toutes les injonctions de l'industrie musicale. Deux façons de dire la même chose, depuis des mondes opposés.
Mikhaïl Boulgakov meurt le 10 mars 1940. Son roman attend vingt-six ans dans un tiroir avant d'être publié. La censure soviétique avait bien travaillé. Pas assez.
Le 10 mars 1876, Alexander Graham Bell réussit la première transmission de la voix par téléphone. Une voix dans un fil. Ramzy, Jon Hamm, Arthur, Bad Bunny : des voix, des visages, des présences construites pour traverser les écrans. Bell n'imaginait pas ça. Personne n'imaginait ça. Et pourtant, le fil tient toujours.
Guerres et paix n'est pas ici un oxymore mais une réalité. Ce jour produit des combattants et des artistes, des bourreaux et des victimes, des gens qui imposent et des gens qui créent. Il arrive que ce soit la même personne. C'est peut-être ce qui en fait un jour de roman.
Le 10 mars 1964, deux enfants naissent que tout sépare : Neneh Cherry, fille d'un percussionniste ouest-africain et d'une mère suédoise, future icône du hip-hop britannique. Et Edward d'Édimbourg, dernier enfant d'Élisabeth II, prince discret d'une des familles les plus surveillées du monde. Même jour, même année. Le reste n'a rien en commun.
La même année 1940, un homme entre dans la légende et un autre la quitte. Chuck Norris naît le 10 mars. Ce jour-là, Mikhaïl Boulgakov meurt, épuisé, sans avoir vu publier une seule ligne du Maître et Marguerite. L'un commence. L'autre s'éteint avec son oeuvre dans un tiroir. Le calendrier ne choisit pas ses coïncidences.
Vito Corleone figure dans notre base au même titre que Chuck Norris ou Sharon Stone. Il n'a pourtant jamais existé. Le 10 mars 1969, Mario Puzo publiait Le Parrain chez G. P. Putnam's Sons. Ce jour-là naissait un personnage de fiction qui allait incarner mieux que quiconque la tension fondamentale de cette date : un homme qui fait la guerre pour imposer la paix, qui tue pour protéger les siens, qui construit un empire sur la violence tout en se réclamant de l'honneur. Guerres et paix, version sicilienne.