André Glucksmann, philosophe et essayiste français né le 19 juin 1937 à Boulogne-Billancourt et décédé le 9 novembre 2015 à Paris, est l'une des figures fondatrices du courant des "nouveaux philosophes" des années 1970, connu pour sa rupture publique avec le marxisme et son engagement antitotalitaire prolongé sur quatre décennies.
Joseph André Glucksmann naît dans une famille juive ashkénaze aux origines mitteleuropéennes. Son père, Rubin Glucksmann (1889-1940), originaire de Czernowitz en Bucovine, avait été agent du Komintern avant de fuir l'Allemagne nazie en 1935 pour s'établir à Boulogne-Billancourt. Sa mère, Martha Bass (1903-1973), née à Prague, rejoignit la Résistance française après l'invasion allemande. Rubin meurt en juillet 1940 dans le naufrage du SS Arandora Star, qui le transportait au Canada comme "agent ennemi" interné par les Britanniques. En 1941, la famille est internée au camp militaire de Bourg-Lastic, près de Clermont-Ferrand, avant d'en être libérée. André suit ses études secondaires au lycée La Martinière à Lyon, puis en classes préparatoires au lycée du Parc avant d'être admis à l'École normale supérieure de Saint-Cloud, où il obtient l'agrégation de philosophie en 1961. Nommé professeur au lycée Juliette-Récamier à Lyon, il intègre ensuite le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en 1966, où il assiste Raymond Aron à la Sorbonne et suit les séminaires de Jacques Lacan. Son premier ouvrage, Le Discours de la guerre, paraît en 1967 aux éditions de L'Herne et fait l'objet d'une recension élogieuse dans Le Monde. Jacques Lacan le "adoube" publiquement lors de son séminaire.
Militant de la Gauche prolétarienne entre 1969 et 1974, Glucksmann participe activement aux événements de Mai 68 aux côtés de Serge July et Alain Geismar. Sa rupture décisive avec le marxisme s'opère en 1974, quand son ami Maurice Clavel lui fait découvrir L'Archipel du Goulag d'Alexandre Soljenitsyne. Il publie La Cuisinière et le Mangeur d'hommes en 1975, essai qui établit un parallèle entre nazisme et communisme et connaît un retentissement considérable. En mai 1977, il paraît sur le plateau d'Apostrophes aux côtés de Bernard-Henri Lévy et Maurice Clavel, donnant un visage public au courant des "nouveaux philosophes". La même année paraissent Les Maîtres penseurs, pamphlet contre Fichte, Hegel, Marx et Nietzsche, considérés comme complices intellectuels des "solutions finales" du XXe siècle. L'ouvrage suscite les critiques de Gilles Deleuze et Pierre Bourdieu, qui parlent de "marketing philosophique". En janvier 1979, Glucksmann réunit Jean-Paul Sartre et Raymond Aron, anciens ennemis intellectuels, pour lancer l'opération "Un bateau pour le Vietnam" en faveur des réfugiés fuyant le régime communiste, aboutissant à une audience auprès du président Valéry Giscard d'Estaing le 26 juin 1979. Il soutient ensuite la cause indépendantiste tchétchène lors de la Seconde guerre de Tchétchénie, séjourne illégalement un mois en Tchétchénie, et milite contre la politique de Vladimir Poutine, qu'il juge appuyée par une complaisance occidentale. En 2007, il soutient la candidature de Nicolas Sarkozy dans une tribune du Monde, puis s'éloigne du président en critiquant ses relations avec Poutine.
Le 26 janvier 1977, André Glucksmann signe, avec soixante-huit autres intellectuels dont Roland Barthes, Louis Aragon, Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, Jack Lang et Bernard Kouchner, un communiqué publié dans Le Monde demandant la libération d'adultes accusés d'actes pédophiles sur des mineurs de moins de quinze ans. Ce texte, dont Gabriel Matzneff a revendiqué la rédaction en 2013, argue d'une "disproportion manifeste" entre les sanctions pénales et "la nature des faits reprochés". La signature de Glucksmann, attestée par les archives numériques du Monde et par Wikipédia, a fait l'objet d'un rappel médiatique lors des débats suscités par l'affaire Matzneff à partir de 2020. Aucune procédure judiciaire n'a été engagée contre les signataires de ce texte, qui n'a pas donné lieu à des conséquences institutionnelles documentées pour Glucksmann personnellement. La polémique relève d'une controverse mémorielle et morale, non d'une procédure judiciaire close.
1937 : naissance le 19 juin à Boulogne-Billancourt, dans une famille juive ashkénaze d'origine mitteleuropéenne.
1940 : mort de son père Rubin dans le naufrage du SS Arandora Star.
1941 : internement de la famille au camp de Bourg-Lastic, près de Clermont-Ferrand, avant libération.
1957 : entrée à l'École normale supérieure de Saint-Cloud ; rencontre Christine Lecocq-Buci (Christine Buci-Glucksmann), qu'il épouse.
1961 : reçu à l'agrégation de philosophie ; nommé professeur au lycée Juliette-Récamier à Lyon.
1966 : intègre le CNRS comme attaché de recherches ; assiste Raymond Aron à la Sorbonne.
1967 : publication du Discours de la guerre aux éditions de L'Herne.
1968 : participation aux événements de Mai 68 ; épouse Françoise Villette.
1969 : rejoint la Gauche prolétarienne de Benny Lévy et Alain Geismar.
1975 : publication de La Cuisinière et le Mangeur d'hommes au Seuil, rupture publique avec le marxisme.
1977 : publication des Maîtres penseurs chez Grasset ; passage sur Apostrophes de Bernard Pivot.
1979 : opération "Un bateau pour le Vietnam" avec Jean-Paul Sartre et Raymond Aron ; audience à l'Élysée.
1999 : soutien à l'intervention de l'OTAN au Kosovo ; dénonciation de la politique de Poutine en Tchétchénie.
2006 : publication de Une rage d'enfant, récit autobiographique sur ses années d'Occupation.
2007 : tribune dans Le Monde en faveur de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle.
2015 : décès le 9 novembre à Paris des suites d'un cancer ; cérémonie d'hommage le 13 novembre au crématorium du Père-Lachaise.
André Glucksmann est le fils de Rubin Glucksmann, agent du Komintern devenu employé d'une société écran soviétique, et de Martha Bass, résistante française. Il épouse en premières noces Christine Lecocq-Buci, philosophe connue sous le nom de Christine Buci-Glucksmann, rencontrée à l'École normale supérieure de Saint-Cloud en 1957 ; ils divorcent ultérieurement. Il se remarie avec Françoise Villette, fille de la philosophe Jeannette Colombel, avec qui il a un fils, Raphaël Glucksmann, né le 15 octobre 1979 à Boulogne-Billancourt, devenu essayiste puis homme politique et membre du Parlement européen. André Glucksmann réside principalement à Paris.
Parmi ses amis et interlocuteurs réguliers, on compte l'écrivain Pascal Bruckner, qui qualifie Glucksmann d'"ami depuis les années 1980" et évoque son rôle dans le "basculement contre-communiste" de l'intelligentsia française, le cinéaste et militant Romain Goupil, et Bernard-Henri Lévy, avec qui il partage l'expérience des "nouveaux philosophes". Glucksmann s'engage pour les droits des minorités (réfugiés vietnamiens, Tchétchènes, Tibétains, Roms en France), contre l'expansionnisme russe en Ukraine, et dénonce le nihilisme politique comme matrice de toutes les formes de totalitarisme.
André Glucksmann décède le 9 novembre 2015 dans le 10e arrondissement de Paris, des suites d'un cancer. Aucune précision supplémentaire sur la nature exacte du cancer n'a été rendue publique par sa famille. Son fils Raphaël Glucksmann annonce le décès sur Facebook le 10 novembre au matin : "Mon premier et meilleur ami n'est plus." La ministre de la Culture Fleur Pellerin rend hommage au "militant internationaliste" sur les réseaux sociaux, et la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem salue "un homme qui toute sa vie durant n'a eu de cesse de défendre les droits humains". La présidence de la République française qualifie officiellement Glucksmann de "grande figure". Un hommage public est organisé le vendredi 13 novembre 2015 à 15h30 au crématorium-columbarium du cimetière du Père-Lachaise, en présence de nombreuses personnalités. La date coïncide avec celle des attentats de Paris, auxquels la France est confrontée le même soir.
André Glucksmann a été inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris (20e arrondissement), où sa cérémonie d'hommage s'est tenue le 13 novembre 2015 au crématorium-columbarium. Aucun mémorial ou plaque commémorative publique dédiée n'est documenté à ce jour dans les sources consultées.
1 - Glucksmann entre à l'Union de la jeunesse républicaine de France en 1950 en falsifiant son âge, à treize ans, avant d'en être exclu en 1956 pour avoir demandé l'indépendance de l'UEC vis-à-vis du Parti communiste français.
2 - Selon son propre récit rapporté à son fils, il rejoint les événements de Mai 68 non "pour la révolution" mais "par amour" : c'est Françoise Villette-Renberg qui le convainc de descendre dans la rue en lui lançant "Tu viens ou pas ? Si c'est non, c'est fini."
3 - Son premier livre, Le Discours de la guerre (1967), consacré à la stratégie militaire et à la théorie des jeux, est "adoubé" publiquement par Jacques Lacan lors de son séminaire, alors que l'auteur est encore inconnu.
4 - Lors d'une conférence internationale tenue à Moscou en 2000 en présence du chef d'état-major des armées russes, Glucksmann se lève et demande une minute de silence en hommage aux combattants tchétchènes, provoquant la stupéfaction de l'assistance officielle.
5 - Glucksmann est l'un des rares intellectuels français à avoir séjourné illégalement en Tchétchénie pendant un mois pour témoigner directement du conflit, pratique rare parmi les philosophes de sa génération.
- Métier(s) : philosophe, essayiste
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Christine Buci-Glucksmann (1re épouse, divorcé) ; Françoise Villette (2e épouse)
- Enfants : Raphaël Glucksmann (né le 15 octobre 1979)
- Distinctions : aucune distinction officielle documentée dans les sources consultées
La guerre seule, permet à un peuple de surmonter ses contradictions morales, économiques et sociales.
— Le Discours de la guerre (1967), éd. Grasset, 1979, p. 149
Si la loi du plus fort se transforme en relation politique, on ne passe pas de la violence au droit, mais de la force qui s'affirme immédiatement à la force qui calcule.
— Le Discours de la guerre (1967), éd. Grasset, 1979, p. 140
Ce qu'il est convenu d'appeler la civilisation ne modernise pas la guerre par un involontaire contre-coup, tout au contraire c'est à la guerre qu'elle emprunte les découvertes dont la modernité s'empanache.
— Le Discours de la guerre (1967), éd. Grasset, 1979