Arthur de Gobineau (1816-1882) est un diplomate et écrivain français, auteur de l'Essai sur l'inégalité des races humaines (1853-1855), ouvrage rejeté par la recherche actuelle, et du roman Les Pléiades. Il a servi en Perse, au Brésil et en Suède.
Installé à Paris en 1835 après un échec au concours de Saint-Cyr, Gobineau vit de la presse royaliste. Il écrit pour La Quotidienne, L'Union catholique et la Revue de Paris, est nommé rédacteur en chef de L'Unité en 1842 et publie aussi des nouvelles et des romans-feuilletons. Sa rencontre avec Alexis de Tocqueville en 1843 oriente sa carrière. Devenu ministre des Affaires étrangères en juin 1849, Tocqueville le choisit comme chef de cabinet. Après la chute du gouvernement, Gobineau est affecté comme premier secrétaire à la légation de France à Berne, où il rédige les premiers volumes de l'Essai sur l'inégalité des races humaines, parus en 1853. En 1854, il devient secrétaire de la représentation française à la Diète de la Confédération germanique, à Francfort, et s'y lie d'amitié avec le diplomate autrichien Anton von Prokesch-Osten, avec lequel il entretiendra une longue correspondance.
Nommé en 1855 premier secrétaire de la légation de France en Perse, Gobineau y devient chargé d'affaires en 1856 et rentre en 1858, avant de publier Trois ans en Asie en 1859. Chargé ensuite d'une mission à Terre-Neuve pour délimiter les zones de pêche à la morue, il retourne à Téhéran comme ministre en 1862 et y travaille à Les Religions et les philosophies dans l'Asie centrale, parues en 1865. Ministre plénipotentiaire à Athènes à partir de 1864, il arrive à Rio de Janeiro en mars 1869 et se lie d'amitié avec l'empereur Pierre II du Brésil. Envoyé à Stockholm en 1872, il y compose Les Pléiades (1874) et les Nouvelles asiatiques (1876). Mis à la retraite en 1877, il vit entre l'Auvergne, l'Italie et l'Allemagne, fréquente le cercle de Richard Wagner et travaille à l'Histoire d'Ottar Jarl, publiée en 1879, ainsi qu'à des sculptures et à un poème, Amadis.
L'Essai sur l'inégalité des races humaines (1853-1855) répartit l'humanité en trois races, blanche, noire et jaune, et place la race blanche, puis sa branche dite aryenne, au sommet d'une hiérarchie. Alexis de Tocqueville, son protecteur, critique dans sa correspondance le fatalisme et le matérialisme de cette doctrine. Peu lu en France, l'ouvrage est diffusé en Allemagne dans le cercle de Richard Wagner, puis par Ludwig Schemann, son traducteur, qui fonde en 1894 la Gobineau-Vereinigung. Houston Stewart Chamberlain reprend l'idée de race aryenne tout en prenant ses distances avec la théorie, et des théoriciens nazis se réclament ensuite de ses écrits, bien que l'Essai ne contienne aucun programme politique. La recherche actuelle tient l'ouvrage pour pseudo-scientifique. Depuis l'après-guerre, Jean Gaulmier et Jean Boissel ont contribué à sa réhabilitation littéraire, et le débat sur la place du racisme dans sa pensée reste ouvert. Plusieurs historiens contestent son titre de comte, qu'il utilise à partir de 1853.
1816 : Naissance à Ville-d'Avray, le 14 juillet
1835 : Échec au concours de Saint-Cyr, installation à Paris
1843 : Rencontre avec Alexis de Tocqueville
1846 : Mariage avec Clémence Monnerot
1849 : Chef de cabinet d'Alexis de Tocqueville au ministère des Affaires étrangères
1850 : Premier secrétaire de la légation de France à Berne
1853 : Parution des deux premiers volumes de l'Essai sur l'inégalité des races humaines
1855 : Fin de la parution de l'Essai et départ pour la Perse comme premier secrétaire de légation
1864 : Nomination comme ministre plénipotentiaire à Athènes
1869 : Arrivée à Rio de Janeiro, en mars
1872 : Nomination comme ministre à Stockholm
1874 : Publication du roman Les Pléiades
1876 : Séparation d'avec son épouse et ses filles, rencontre avec Richard Wagner à Rome
1877 : Mise à la retraite, parution de La Renaissance, récompensée en 1878 par le prix Bordin de l'Académie française
1882 : Mort à Turin, le 13 octobre
Joseph Arthur de Gobineau naît dans une famille d'origine bordelaise. Son père, Louis de Gobineau (1784-1858), est capitaine d'infanterie dans la Garde royale ; sa mère, Anne-Louise Magdeleine de Gercy, est la fille du dernier directeur des fermes de Bordeaux. Après la séparation de ses parents, il suit sa mère à Bienne, où il fréquente le gymnase de 1830 à 1833, puis rejoint son père à Lorient. À Paris, son oncle Thibault-Joseph lui verse une allocation. En 1846, il épouse Clémence Monnerot, créole née à la Martinique. Le couple a deux filles, Diane, née en 1848 et future Diane de Guldencrone, et Christine.
Gobineau entretient à partir de 1872 une liaison avec Mathilde Sallier de La Tour, épouse du ministre d'Italie à Stockholm, qui reste auprès de lui jusqu'à sa mort et devient son exécutrice testamentaire. Cette relation conduit en 1876 à sa séparation d'avec son épouse et ses filles, puis à la vente en 1878 du château de Trie, acquis grâce à l'héritage de son oncle. Sa fille Diane épouse en 1866 à Athènes le baron danois Ove de Guldencrone, aide de camp du roi Georges Ier de Grèce. Gobineau compte aussi parmi ses amis Anton von Prokesch-Osten et, en Grèce, le jeune diplomate britannique Robert Lytton.
Après un dernier séjour d'été au château de Chaméane, en Auvergne, propriété de Mathilde Sallier de La Tour, Gobineau repart pour l'Italie. Il meurt à Turin le 13 octobre 1882, à 66 ans, dans la voiture qui le conduit à la gare, d'où il devait gagner Pise. Il vit alors séparé de son épouse Clémence Monnerot et de ses filles depuis 1876. La cause précise du décès n'est pas documentée de façon concordante dans les sources consultées. Il est inhumé à Turin.
Gobineau est inhumé à Turin, ville où il meurt, au cimetière monumental. Le fonds Gobineau, constitué de ses manuscrits, est conservé à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Du 10 au 30 novembre 1932, cette bibliothèque organise une exposition pour le cinquantième anniversaire de sa mort, dont le catalogue paraît aux éditions Les Belles Lettres.
1 - Né un 14 juillet, jour anniversaire de la prise de la Bastille, Gobineau, adversaire déclaré de la Révolution française, écrivit plus tard que cette coïncidence prouvait que des contraires peuvent se rejoindre.
2 - À l'opéra de Rio de Janeiro, Gobineau frappe à coups de poing une notabilité locale qui l'avait bousculé. L'empereur Pierre II, qui lui conserve son amitié, accueille sa version des faits et lui fait obtenir un congé.
3 - En une seule journée de décembre 1869, alors qu'il s'ennuie à Rio de Janeiro, Gobineau écrit la nouvelle Adélaïde, qui ne paraît qu'après sa mort, en volume, avec une notice d'André de Hevesy.
4 - Une petite baie de Terre-Neuve porte le nom d'Anse de Gobineau, après la mission qu'il y a menée pour délimiter, avec deux commissaires britanniques, les zones de pêche à la morue des pêcheurs français et anglais.
5 - Au cours de son second séjour en Perse, Gobineau entreprend de traduire en persan le Discours de la méthode de René Descartes, afin de montrer combien les philosophies orientales diffèrent du positivisme cartésien, qu'il rejette.
6 - Dans l'Histoire d'Ottar Jarl, publiée en 1879, il retrace sa propre généalogie depuis un pirate norvégien du nom d'Ottar Jarl, conquérant du pays de Bray, en Normandie, un récit que la recherche tient pour fantaisiste.
- Métier(s) : Diplomate, écrivain
- Résidence principale : Trie-Château (Oise), jusqu'en 1878
- Relations de couple : Clémence Monnerot (mariage en 1846), liaison avec Mathilde Sallier de La Tour à partir de 1872
- Enfants : Diane (née en 1848) et Christine
- Distinctions : Prix Bordin de l'Académie française (1878) pour La Renaissance
Paris, c'est l'enfer
— Lettre à son père et à sa sœur, 16 février 1840
Je me borne donc à constater ce fait que l'Asie est un mets très-séduisant, mais qui empoisonne ceux qui le mangent.
— Trois ans en Asie, Hachette, 1859
Si je désire vivement ne pas partir du monde sans savoir ce que c'est qu'un champ de bataille, je désire plus vivement encore ne pas être esclave.
— Lettre à sa sœur Caroline, 30 juin 1840
Qu'est-ce que mon Essai sur les races, sinon la preuve que je n'ai pas peur et que je n'accepte pas les lieux communs et les idées si chères à notre siècle ?
— Lettre à Alexis de Tocqueville, 29 novembre 1856 (traduit de l'anglais)