Résumé biographique
Acteur, chanteur et humoriste français emblématique du cinéma populaire, Bourvil a marqué plusieurs générations par ses rôles de naïf touchant et ses chansons, devenant l’un des visages les plus aimés de l’écran et de la chanson.
Parcours
Né André Robert Raimbourg à Prétot-Vicquemare en 1917, il grandit en Normandie dans un milieu agricole avant de se tourner vers la musique militaire puis les radio-crochets, où il remporte en 1938 le prix Byrrh. Après ses débuts de musicien et d’imitateur de Fernandel, il crée progressivement le personnage de paysan candide qui fera son succès. Sous le nom de Bourvil, il s’impose dans les cabarets parisiens et au music-hall grâce à des chansons comiques comme Les Crayons, qui lance sa carrière en 1945, puis À bicyclette, Salade de fruits ou Un clair de lune à Maubeuge. En parallèle, il entre à l’écran avec La Ferme du pendu, puis passe très vite aux premiers rôles de comédie dans Pas si bête, Le Roi Pandore, Le Rosier de madame Husson ou Le Trou normand, installant durablement son image d’« imbécile heureux » attendrissant.
À partir du milieu des années 1950, sa carrière prend un tournant avec des compositions plus nuancées. En 1956, Claude Autant-Lara lui confie le rôle du modeste convoyeur de viande dans La Traversée de Paris, qui lui vaut la Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise et le consacre comme grand comédien dramatique. Il alterne ensuite comédies et drames dans Les Misérables, Le Miroir à deux faces, Le Bossu, Le Capitan ou Fortunat. Les années 1960 l’installent parmi les acteurs les plus populaires grâce à ses duos avec Louis de Funès dans Le Corniaud et La Grande Vadrouille, ainsi qu’à des succès comme La Cuisine au beurre, Un drôle de paroissien, Le Corniaud, Le Cerveau, L’Arbre de Noël, Le Mur de l’Atlantique ou Le Cercle rouge, qui consacrent durablement son statut de vedette incontournable du cinéma français.
Controverse
La carrière de Bourvil est restée largement à l’écart des scandales judiciaires, mais il connaît en 1951 un épisode médiatiquement commenté lorsqu’il est hué lors d’un gala au cirque de Rouen, des spectateurs normands lui reprochant l’image de paysan nigaud qu’il donne d’eux. Au début des années 1960, la presse s’empare aussi de rumeurs autour de sa proximité avec sa partenaire d’opérette Pierrette Bruno, ce qui conduit le duo à se séparer professionnellement. Ces épisodes, limités et rapidement dépassés, n’entament pas durablement sa popularité ni l’estime dont il bénéficie dans le milieu artistique.
Repères chronologiques
1917 : Naissance d’André Robert Raimbourg à Prétot-Vicquemare, en Seine-Inférieure, dans une famille d’agriculteurs normands.
1938 : Victoire au radio-crochet Les Fiancés de Byrrh et premiers succès dans les concours radiophoniques.
1943 : Mariage avec Jeanne Lefrique au Petit-Quevilly, rencontre déterminante pour sa stabilité personnelle et professionnelle.
1945 : Lancement de la chanson Les Crayons et première apparition marquante au cinéma dans La Ferme du pendu de Jean Dréville.
1951 : Hué lors d’un gala au cirque de Rouen, il abandonne progressivement son personnage de paysan caricatural pour se tourner vers l’opérette.
1956 : Révélation dramatique dans La Traversée de Paris et Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise.
1959 : Victoire du cinéma français du meilleur acteur pour son rôle dans Le Miroir à deux faces de André Cayatte.
1963 : Succès d’Un drôle de paroissien, premier long métrage tourné avec Jean-Pierre Mocky, qui confirme sa capacité à jouer un comique plus sombre.
1965 : Triomphe populaire de Le Corniaud, premier grand duo cinématographique avec Louis de Funès, suivi par La Grande Vadrouille en 1966.
1969 : Rôles marquants dans Le Cerveau et L’Arbre de Noël, alors qu’il lutte déjà contre la maladie de Kahler.
1970 : Mort à 53 ans dans son appartement parisien, quelques semaines avant la sortie de Le Mur de l’Atlantique et de Le Cercle rouge qui scellent sa légende.
1994 : Émission par La Poste d’un timbre à son effigie dans une série consacrée aux grands acteurs du cinéma français.
2011 : Ouverture d’un musée dédié à sa mémoire à Froidchapelle, en Belgique, témoignant de son aura durable au-delà des frontières françaises.
Vie personnelle et engagements
Né dans une famille d’agriculteurs normands, André Robert Raimbourg perd son père très jeune et grandit à Bourville auprès de sa mère et de son beau-père, Joseph Ménard. Il partage son enfance avec un frère aîné, René, devenu plus tard ophtalmologiste, une sœur cadette, Denise, ainsi qu’une demi-sœur et un demi-frère. Bon élève, il obtient brillamment son certificat d’études mais reste profondément attaché au monde rural qui nourrit son futur personnage de comique paysan. Ces racines cauchoises marquent durablement son imaginaire, son parler, et nombre des types populaires qu’il incarnera sur scène comme à l’écran.
En 1936, il rencontre à un bal Jeanne Lefrique, fille de contremaître, qu’il épouse le 23 janvier 1943 au Petit-Quevilly. Le couple, très uni et discret, a deux fils : Dominique Raimbourg, né le 28 avril 1950, devenu avocat pénaliste puis député, et Philippe Raimbourg, né le 18 mars 1953, professeur de finance à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l’ESCP. La famille partage sa vie entre Paris et la maison de campagne de Montainville, dans les Yvelines. Jeanne meurt tragiquement en 1985 dans un accident de voiture en se rendant sur la tombe de son mari.
Contexte du décès
À la fin des années 1960, alors qu’il est au sommet de sa popularité, Bourvil est atteint de la maladie de Kahler, un cancer de la moelle osseuse qu’il choisit de tenir secret en dehors de son cercle proche. Malgré des douleurs croissantes et des hospitalisations répétées, il poursuit les tournages de Le Cerveau, L’Arbre de Noël, Le Cercle rouge et Le Mur de l’Atlantique. Très affaibli, il meurt le 23 septembre 1970 dans son appartement parisien du 16e arrondissement, entouré des siens. Ses funérailles rassemblent anonymes et artistes venus saluer une figure majeure du cinéma français.
Où se recueillir ?
Les admirateurs de Bourvil peuvent se recueillir au cimetière communal de Montainville, dans les Yvelines, où l’acteur repose aux côtés de son épouse Jeanne Lefrique. Sa tombe, régulièrement fleurie, est devenue un lieu de mémoire fréquenté par de nombreux visiteurs, notamment les jours d’anniversaire de sa naissance ou de sa disparition.
Anecdotes
1 - Jeune artiste, il abandonne le patronyme Raimbourg sur les conseils de son entourage et choisit le pseudonyme « Bourvil » en référence au village cauchois de Bourville où il a grandi, afin d’éviter toute confusion avec son cousin comédien Lucien Raimbourg déjà connu.
2 - Le 9 décembre 1951, alors qu’il se produit en vedette dans un gala au cirque de Rouen, il est sifflé par une partie du public normand qui se sent caricaturé par son personnage de paysan nigaud, épisode qui le pousse à renouveler son registre.
3 - En 1968, le général de Gaulle envisage de lui remettre personnellement la Légion d’honneur, mais Bourvil refuse la décoration, par modestie et par crainte de ne pas la « mériter », préférant rester un comédien populaire plutôt qu’une figure officiellement consacrée.
4 - Interrogé sur sa propre filmographie, il cite comme favoris La Traversée de Paris, Le Cercle rouge et les quatre longs métrages tournés avec Jean-Pierre Mocky, dont Un drôle de paroissien, révélant son attachement à des rôles plus sombres ou singuliers.
5 - La chanson Les Crayons, écrite avec l’accordéoniste Étienne Lorin, joue un rôle décisif dans sa carrière : en 1945, elle lui apporte le succès au music-hall et lui offre sa première apparition marquante au cinéma dans le film La Ferme du pendu.
Points clés
- Métier(s) : Acteur, chanteur, humoriste
- Résidence principale : Paris (France)
- Relations : Marié à Jeanne Lefrique (1943-1970)
- Enfants : Dominique Raimbourg (1950), Philippe Raimbourg (1953)
- Distinctions : Coupe Volpi 1956, Étoile de cristal 1957, Victoire du cinéma français 1959, Prix Courteline 1961 et 1964, diplôme spécial Moscou 1965