Diplomate et homme d'État français, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord (1754-1838) servit successivement sous l'Ancien Régime, la Révolution, l'Empire et la Restauration. Il représenta la France au Congrès de Vienne (1814-1815), où il parvint à limiter les pertes territoriales d'une France vaincue.
Issu d'une haute lignée aristocratique, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord est orienté vers l'Église en raison d'une infirmité au pied. Il devient agent général du clergé puis évêque d'Autun en 1788. Durant la Révolution française, il se distingue par son ralliement au Tiers-État et sa proposition de nationalisation des biens du clergé. Son sens politique lui permet de traverser la Terreur en s'exilant aux États-Unis, avant de revenir en France pour devenir ministre des Relations extérieures sous le Directoire. Il joue un rôle dans le coup d'État du 18 Brumaire qui porte Napoléon Ier au pouvoir. Ministre lucide, il accompagne les conquêtes impériales tout en pressentant les limites de l'ambition napoléonienne. Il finit par se dissocier de l'Empereur pour préserver les intérêts de la France et la stabilité de l'Europe.
Après la chute de l'Empire, il devient l'un des artisans de la Restauration des Bourbons. Lors du Congrès de Vienne en 1814-1815, il réalise un résultat diplomatique notable en plaçant la France, puissance vaincue, au centre des négociations européennes. Il parvient à limiter les pertes territoriales et à restaurer le prestige national. Sous la monarchie de Juillet, il accepte l'ambassade de Londres en 1830, où il œuvre au rapprochement franco-britannique et à l'indépendance de la Belgique. Personnage complexe, souvent qualifié de « diable boiteux », il consacre ses dernières années à la rédaction de ses Mémoires. Il meurt à Paris en 1838 après s'être réconcilié in extremis avec l'Église.
La trajectoire de Talleyrand est indissociable d'accusations de corruption et de retournements d'alliance répétés. Surnommé le « vice appuyé sur le bras du crime » par Chateaubriand, il est critiqué pour avoir accumulé une fortune grâce à des pots-de-vin diplomatiques, notamment lors de l'affaire XYZ avec les États-Unis. Son rôle dans l'exécution du duc d'Enghien en 1804 reste l'une de ses controverses les plus documentées, Napoléon lui-même l'ayant accusé d'avoir encouragé ce crime politique. Ses retournements d'allégeance successifs entre la République, l'Empire et la Monarchie ont durablement alimenté une réputation d'opportunisme politique.
1788 : Nommé évêque d'Autun par le roi Louis XVI.
1789 : Élu député du clergé aux États généraux.
1797 : Devient ministre des Relations extérieures sous le Directoire.
1803 : Achète le château de Valençay sur ordre de Napoléon.
1804 : Nommé Grand Chambellan de l'Empire.
1806 : Reçoit le titre de Prince de Bénévent.
1807 : Démissionne de son poste de ministre après le traité de Tilsit.
1814 : Nommé président du gouvernement provisoire après l'abdication de l'Empereur.
1815 : Représente la France au Congrès de Vienne.
1815 : Devient le premier président du Conseil des ministres français.
1830 : Nommé ambassadeur de France au Royaume-Uni par Louis-Philippe.
1834 : Signe le traité de la Quadruple-Alliance à Londres.
1838 : Décès à Paris.
Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord est le fils de Charles-Daniel de Talleyrand-Périgord, lieutenant général, et d'Alexandrine de Damas d'Antigny. Une chute survenue durant son enfance provoque une infirmité définitive au pied, l'écartant des armes pour la prêtrise. En 1802, il s'unit civilement à Catherine Worlée, dite Madame Grand. On lui attribue une influence sur le peintre Eugène Delacroix, dont il est le père présumé. Sa vie privée, rythmée par les salons de Madame de Staël, reflète son appartenance à l'élite intellectuelle et aristocratique européenne. Il rédige un rapport sur l'instruction publique en 1791 et partage les thèses d'Adam Smith sur la liberté commerciale. Il emploie le chef Marie-Antoine Carême pour faire de sa table un outil diplomatique.
Âgé de 84 ans, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord s'éteint à son domicile de l'hôtel Saint-Florentin à Paris. La cause de sa disparition est une gangrène infectieuse consécutive à un anthrax dorsal aggravé par son âge. Ses obsèques sont célébrées en l'église de l'Assomption. Sa dépouille est transportée à Valençay pour l'inhumation.
Le corps de Talleyrand repose dans la crypte de la chapelle des Sœurs de Saint-André à Valençay. Le château de Valençay abrite ses collections personnelles. À Paris, l'hôtel Saint-Florentin et le Quai d'Orsay témoignent de son héritage.
1 - Lors d'une altercation, Napoléon Ier traita son ministre de « de la merde dans un bas de soie ». Talleyrand répliqua, sitôt l'Empereur sorti : « Quel dommage qu'un si grand homme soit si mal élevé ».
2 - Talleyrand imposait à son chef de cuisine de concevoir un menu différent pour chaque jour de l'année civile, afin d'impressionner ses convives étrangers lors des négociations diplomatiques.
3 - Pour légitimer son mariage avec Madame Grand, il parvint à obtenir du Pape un bref de sécularisation lui permettant de mener une vie civile tout en conservant son rang d'évêque.
4 - Le surnom de « Diable boiteux » lui fut attribué pour son pied bot et sa capacité à survivre aux régimes politiques successifs en restant au sommet de l'État.
- Métier(s) : Diplomate, ministre, évêque
- Résidence principale : Paris (France)
- Relations de couple : Catherine Worlée (épouse)
- Enfants : Charles de Flahaut (présumé)
- Distinctions : Prince de Bénévent, Grand Aigle de la Légion d'honneur