Cette année marque le centenaire de sa disparition.
Figure majeure de la peinture moderne, Claude Monet impose une vision radicale du paysage, fondée sur la lumière et la vibration des couleurs, qui fait de lui le principal initiateur de l’impressionnisme et un pionnier des séries picturales monumentales.
Né en 1840 à Paris et élevé au Havre, Claude Monet se forme d’abord comme caricaturiste avant de rejoindre l’Académie Suisse, puis les ateliers parisiens où il rencontre Pissarro, Renoir et Sisley. Très tôt, il travaille en plein air, cherchant à saisir les variations atmosphériques sur la Seine, la côte normande ou les jardins qu’il traverse. Après la guerre de 1870 et un séjour décisif à Londres, il affine une écriture picturale vibrante, aux touches fragmentées, qui rompt avec les codes académiques et prépare la révolution impressionniste autour du Salon et des expositions indépendantes. En 1872, il peint à partir du port du Havre la toile bientôt emblématique Impression, soleil levant, dont le titre donnera son nom au mouvement. Participant en 1874 à la première exposition du groupe chez Nadar, il affirme un regard centré sur la perception instantanée, préférant les séries de motifs observés à différentes heures plutôt que les compositions historiques attendues.
À partir de 1883, installé définitivement à Giverny, Monet fait de sa maison, de ses jardins et du bassin aux nymphéas un véritable laboratoire de peinture. Il y conçoit patiemment un dispositif de clairières fleuries, de pont japonais et de miroirs d’eau qui lui permet de multiplier les points de vue. Parallèlement, il développe de grandes séries consacrées aux meules, aux peupliers, à la cathédrale de Rouen ou encore aux ponts et au Parlement de Londres, travaillant plusieurs toiles à la fois selon les changements de lumière. Au tournant du siècle, les panoramas monumentaux des Nymphéas, destinés au musée de l’Orangerie, prolongent cette recherche jusqu’à l’abstraction. Malgré la cataracte qui altère progressivement sa vision, puis une opération délicate, il poursuit une pratique exigeante jusqu’à sa mort à Giverny en 1926, à quatre-vingt-six ans, laissant une œuvre fondatrice pour la modernité.
1840 : Naissance à Paris, dans le 9e arrondissement.
1845 : Installation de la famille au Havre, où il commence ses études et se forme au dessin.
1870 : Mariage avec Camille Doncieux et départ pour Londres pendant la guerre franco-prussienne.
1872 : Réalisation d’Impression, soleil levant depuis le port du Havre.
1874 : Participation à la première exposition des impressionnistes dans l’atelier de Nadar, à Paris.
1883 : Installation à Giverny, dont il loue puis occupe durablement la maison et le jardin.
1890 : Achat définitif de la propriété de Giverny et début des grandes séries des meules.
1892 : Série des façades de la cathédrale de Rouen, observées à différents moments du jour.
1899 : Premiers séjours londoniens et séries des ponts et du Parlement sur la Tamise.
1912 : Diagnostic d’une cataracte qui perturbe sa vision des couleurs.
1922 : Opérations de la cataracte et reprise intensive du cycle des Nymphéas.
1926 : Mort à Giverny, au terme de plus de quarante ans passés dans la même maison.
Né au sein d’une famille de commerçants, fils d’Adolphe Monet et de Louise-Justine Aubrée, il passe l’essentiel de son enfance au Havre, où ses dons précoces pour le dessin sont vite remarqués. En 1870, il épouse le modèle Camille Doncieux, avec laquelle il a deux fils, Jean et Michel, qui l’accompagnent dans ses déplacements successifs entre Paris, la Normandie et l’Angleterre. La disparition prématurée de Camille en 1879 marque profondément le peintre, déjà fragilisé par des difficultés financières. Soutenu par quelques proches et par le marchand Paul Durand-Ruel, il tente néanmoins de préserver un cadre stable pour ses enfants.
À partir de la fin des années 1870, Monet partage la vie d’Alice Hoschedé, qu’il épouse en 1892 après la mort de son premier mari. Le couple élève sous le même toit les deux fils Monet et les six enfants Hoschedé, formant une famille recomposée centrée sur Giverny. Ni Jean ni Michel n’ayant de descendance, la lignée directe du peintre s’éteint au XXe siècle. Politiquement, Monet se range du côté des dreyfusards et signe une pétition de soutien à Émile Zola. Son amitié avec Georges Clemenceau, présent à ses côtés lors de ses derniers jours, souligne le rôle de ces fidélités intellectuelles et républicaines.
Aujourd’hui, la maison et les jardins de Monet à Giverny constituent le principal lieu de mémoire, avec le bassin aux nymphéas et le pont japonais ouverts à la visite. À Paris, les grandes décorations des Nymphéas au musée de l’Orangerie et plusieurs toiles au musée d’Orsay prolongent ce parcours. D’autres tableaux des séries des meules ou des cathédrales sont visibles dans de grands musées européens et américains.
Dans les dernières années, Claude Monet souffre d’une cataracte bilatérale qui altère sa perception des couleurs et l’oblige à adapter sa manière de travailler. Après plusieurs hésitations, il accepte au début des années 1920 une opération délicate, qui lui permet de retrouver une partie de sa vision tout en poursuivant le cycle des Nymphéas. Grand fumeur, il est parallèlement atteint d’un cancer du poumon et s’éteint à Giverny le 5 décembre 1926, à quatre-vingt-six ans, entouré de sa famille et de quelques proches, dont Georges Clemenceau.
La sépulture de Claude Monet se trouve dans le petit cimetière qui entoure l’église Sainte-Radegonde de Giverny, à quelques minutes à pied de sa maison et de ses jardins. La tombe familiale, simple et fleurie, accueille plusieurs membres de sa famille. Les visiteurs peuvent s’y recueillir librement, en complément de la découverte du site de Giverny.
1 - Lors de l’exposition de 1874 chez Nadar, le tableau Impression, soleil levant inspire au critique Louis Leroy un article satirique. Le mot « impressionnistes », utilisé d’abord pour se moquer des peintres, sera rapidement adopté pour désigner le nouveau mouvement.
2 - À Giverny, Monet consacre autant d’énergie à concevoir et entretenir ses jardins qu’à peindre. Il fait détourner un bras de l’Epte pour créer le bassin aux nymphéas, choisit les essences, supervise les plantations et considère ce décor comme une œuvre à part entière.
3 - La cataracte modifie profondément sa perception des couleurs, tirant son univers vers les jaunes et les ocres. Après l’opération, Monet repeint certaines toiles qu’il juge trop sombres, et ses derniers Nymphéas affichent une lumière plus froide et des contrastes renforcés.
4 - Le jour de l’enterrement à Giverny, Georges Clemenceau fait retirer le voile noir posé sur le cercueil. Il le remplace par un tissu fleuri en lançant « pas de noir pour Monet », formule restée célèbre chez les admirateurs du peintre.
- Métier(s) : Peintre, cofondateur de l’impressionnisme
- Résidence principale : Giverny (Eure, France), maison et jardins ouverts au public
- Relations : Camille Doncieux (première épouse), Alice Hoschedé (seconde épouse), Georges Clemenceau (ami proche)
- Enfants : Jean Monet (1867-1914), Michel Monet (1878-1966), sans descendance
- Distinctions : Fondateur du mouvement impressionniste ; grandes décorations des Nymphéas au musée de l’Orangerie ; refus de la Légion d’honneur