Saxophoniste ténor américain né le 21 novembre 1904 à Saint Joseph, Missouri, et mort le 19 mai 1969 à New York, Coleman Hawkins, surnommé Bean et Hawk, est tenu pour le premier soliste à avoir imposé le saxophone ténor comme voix majeure du jazz. Son enregistrement de Body and Soul, gravé en 1939, est inscrit au National Recording Registry de la Library of Congress.
Coleman Randolph Hawkins étudie d'abord le piano avec sa mère Cordelia, puis le violoncelle, avant de recevoir un saxophone ténor pour ses neuf ans. Élève à la Topeka High School puis au Washburn College, où il aborde l'harmonie et la composition, il commence à se produire à l'adolescence dans des orchestres de danse. Repéré par la chanteuse de blues Mamie Smith, il rejoint en 1922 les Jazz Hounds avant d'intégrer la même année l'orchestre de Fletcher Henderson, dont il devient rapidement le soliste vedette. Pendant douze ans à New York, aux côtés de Louis Armstrong qui rejoint la formation en 1924, il transforme un instrument jusqu'alors marginal en voix soliste. Engagé par le chef d'orchestre britannique Jack Hylton, il quitte Henderson en 1934 pour une tournée européenne qui se prolonge cinq ans entre Londres, Paris, Amsterdam et Zurich.
De retour aux États-Unis en juillet 1939, Hawkins forme un orchestre et grave le 11 octobre, dans les studios RCA de Manhattan, son interprétation de Body and Soul pour le label Bluebird. Avec le pianiste Gene Rodgers et le trompettiste Tommy Lindsay, il signe deux chorus improvisés qui s'éloignent de la mélodie pour explorer les harmonies, ouvrant la voie au bebop. Dans les années 1940, il enregistre avec Dizzy Gillespie, Max Roach et Oscar Pettiford lors de séances considérées comme les premières gravures bop, et engage le jeune Thelonious Monk dans son sextette à l'Onyx Club. Tournées avec Jazz at the Philharmonic, sessions auprès de Sonny Rollins, Miles Davis, Ben Webster, John Coltrane et Duke Ellington jalonnent ses deux dernières décennies de carrière.
1904 : naissance le 21 novembre à Saint Joseph, Missouri
1913 : reçoit un saxophone ténor en ut pour ses neuf ans
1921 : engagement avec Mamie Smith et les Jazz Hounds
1922 : entrée dans l'orchestre de Fletcher Henderson à New York
1923 : premier mariage avec Gertrude le 15 décembre
1934 : départ pour l'Europe avec l'orchestre de Jack Hylton
1939 : retour à New York le 31 juillet, enregistrement de Body and Soul le 11 octobre
1941 : mariage le 16 octobre avec Dolores Sheridan
1944 : séances du 16 et 22 février considérées comme les premières gravures bebop
1957 : enregistrement de Monk's Music avec Thelonious Monk et John Coltrane
1962 : album Duke Ellington Meets Coleman Hawkins pour Impulse!
1963 : album Sonny Meets Hawk! avec Sonny Rollins
1969 : décès le 19 mai au Wickersham Hospital de New York
1974 : Body and Soul inscrit au Grammy Hall of Fame
2004 : Body and Soul ajouté au National Recording Registry de la Library of Congress
Fils de William Hawkins et de Cordelia Edna Coleman, pianiste et organiste née en 1872, Coleman Hawkins grandit à Saint Joseph dans une famille mélomane. Sa mère lui donne ses premières leçons de piano dès l'âge de cinq ans, avant de l'initier au violoncelle. Après une scolarité à l'école ségréguée du Kansas Industrial and Educational Institute de Topeka, puis à la Topeka High School, il étudie deux ans l'harmonie et la composition au Washburn College de Topeka. Il épouse une première fois Gertrude le 15 décembre 1923, puis Dolores Katherine Sheridan le 16 octobre 1941 ; de cette seconde union naissent trois enfants, Colette en juillet 1943, Mye Lizette dite Mimi en 1945 et René en avril 1949.
Installé à New York à partir des années 1940, Hawkins réside successivement sur Edgecombe Avenue à Harlem puis à proximité de Central Park West. Figure de la Renaissance de Harlem aux côtés de Fletcher Henderson et Louis Armstrong, il joue un rôle de passeur pour les jeunes musiciens bop, lançant la carrière discographique de Thelonious Monk en 1944 et soutenant Max Roach, Fats Navarro et Milt Jackson. Mélomane de musique classique, lecteur de Stravinsky depuis l'enfance selon une interview accordée à DownBeat, il revendique une démarche d'aventurier musical. Sa sociabilité comprend des amitiés durables avec Roy Eldridge et Ben Webster.
Affaibli par un alcoolisme ancien et des troubles hépatiques, Coleman Hawkins voit son état décliner à partir du milieu des années 1960. En 1967, il s'effondre à plusieurs reprises sur scène. Il donne son dernier concert environ un mois avant sa mort. Il s'éteint d'une pneumonie le 19 mai 1969, à l'âge de soixante-quatre ans, au Wickersham Hospital de New York. Selon le récit du critique Dan Morgenstern, Thelonious Monk se trouvait dans le couloir de l'hôpital au moment du décès, accompagné de la baronne Pannonica de Koenigswarter, mécène attachée aux musiciens de jazz. Sa disparition est saluée par Woody Herman et par de nombreuses figures du jazz.
Coleman Hawkins repose au Woodlawn Cemetery, dans le Bronx, à New York, nécropole qui accueille de nombreux musiciens de jazz. Sa ville natale de Saint Joseph, Missouri, lui consacre un parc portant son nom, où se dresse une statue à son effigie. Un festival annuel de jazz et de blues y est organisé chaque mois de juin.
1 - À neuf ans, le saxophone ténor en ut offert par ses parents le passionne au point qu'il en oublie de venir manger, selon le récit recueilli par le State Historical Society of Missouri auprès de ses proches.
2 - Lors de la séance du 11 octobre 1939, le pianiste Gene Rodgers a rapporté que Hawkins prit une gorgée de cognac avant de demander une introduction improvisée pour Body and Soul, gravé en deux chorus quasi sans énoncé du thème.
3 - Dans The Song of the Hawk, John Chilton rapporte que Hawkins, interrogé par le magazine Cadence sur ses cutting contests new-yorkais, expliquait régler leur sort aux jeunes saxophonistes débarquant en ville en quelques chorus.
4 - Selon DownBeat et Metronome en octobre 1939, le duel improvisé l'opposant à Lester Young chez Puss Johnson's Tavern, en présence de Billie Holiday, avait alimenté la controverse durable sur la suprématie du ténor.
5 - Miles Davis a confié, dans des entretiens repris par Britannica, avoir appris à interpréter les ballades en écoutant Hawkins, qu'il fréquenta lors des séances new-yorkaises des années 1940.
6 - Adepte du saxophone Selmer Balanced Action durant ses années européennes, Hawkins ne lui substitue le Mark VI qu'après la sortie de ce modèle en 1954, selon les archives de la maison Henri Selmer Paris.
- Métier(s) : saxophoniste ténor, compositeur, chef d'orchestre de jazz
- Résidence principale : New York, États-Unis
- Relations de couple : Gertrude Hawkins (mariage le 15 décembre 1923), Dolores Sheridan (mariage le 16 octobre 1941 jusqu'au décès)
- Enfants : Colette (1943), Mye Lizette dite Mimi (1945-1984), René (1949)
- Distinctions : Body and Soul intronisé au Grammy Hall of Fame (1974), inscrit au National Recording Registry de la Library of Congress (2004), entrée au Big Band and Jazz Hall of Fame (1982)
« Quand un jeune chat débarquait à New York, j'avais vite fait de m'occuper de lui. »
— Magazine Cadence, cité par John Chilton dans The Song of the Hawk, 1990 (traduit de l'anglais)
« Je pensais que je jouais bien à l'époque, mais ça me semble affreux aujourd'hui. Je déteste l'écouter. J'en ai honte. »
— Interview avec Leonard Feather, Metronome, novembre 1946 (traduit de l'anglais)
« C'était ma première expérience d'un public européen. Et c'était une scène immense. Rien que d'y entrer, c'était quelque chose. Et puis j'ai été très bien reçu. »
— Interview citée par While We Are Still Here, marqueur biographique Hawkins (traduit de l'anglais)
« Les jeunes sont déroutés que je puisse jouer avec eux. Je ne sais pas pourquoi. J'écoutais Stravinsky quand j'étais gamin. Il le faut. Ce n'est pas une question d'être moderne. C'est juste de la musique, c'est de l'aventure. Voilà ce qu'est la musique : l'aventure. »
— Interview DownBeat, printemps 1963 (traduit de l'anglais)
« Quand un jeune chat débarquait à New York, j'avais vite fait de m'occuper de lui. »
— Magazine Cadence, cité par John Chilton dans The Song of the Hawk, 1990 (traduit de l'anglais)
« Je pensais que je jouais bien à l'époque, mais ça me semble affreux aujourd'hui. Je déteste l'écouter. J'en ai honte. »
— Interview avec Leonard Feather, Metronome, novembre 1946 (traduit de l'anglais)
« C'était ma première expérience d'un public européen. Et c'était une scène immense. Rien que d'y entrer, c'était quelque chose. Et puis j'ai été très bien reçu. »
— Interview citée par While We Are Still Here, marqueur biographique Hawkins (traduit de l'anglais)
« Les jeunes sont déroutés que je puisse jouer avec eux. Je ne sais pas pourquoi. J'écoutais Stravinsky quand j'étais gamin. Il le faut. Ce n'est pas une question d'être moderne. C'est juste de la musique, c'est de l'aventure. Voilà ce qu'est la musique : l'aventure. »
— Interview DownBeat, printemps 1963 (traduit de l'anglais)