Curd Jürgens, acteur et réalisateur germano-autrichien né le 13 décembre 1915 à Solln (Bavière), est l'un des rares acteurs européens de sa génération à avoir mené simultanément une carrière internationale dans les cinémas allemand, français, britannique et hollywoodien, tournant dans quelque 160 films en quatre décennies.
Curd Jürgens débute sa vie professionnelle comme journaliste au 8-Uhr Abendblatt à Berlin, avant que sa première épouse, l'actrice Lulu Basler, ne le convainque de se consacrer au théâtre. Il se forme sur les planches viennoises, intègre le Volkstheater de Vienne de 1938 à 1941, puis le Burgtheater de 1940 à 1953. Ses premiers rôles au cinéma remontent à 1935, avec La Valse royale, mais c'est le réalisateur Willi Forst qui lui offre, en 1944, un rôle de premier plan dans Jeunes Filles de Vienne. En 1944, après une rencontre fortuite dans un café viennois avec des proches du chef de la Gestapo Ernst Kaltenbrunner et de l'Obersturmbannführer-SS Otto Skorzeny, il est envoyé dans un camp de travail forcé pour "opinions politiquement douteuses", d'où il parvient à s'évader quelques semaines plus tard. En 1946, il obtient la nationalité autrichienne, facilitée par une démarche téléphonique entre le directeur du Burgtheater et le chancelier fédéral Leopold Figl.
La percée internationale de Curd Jürgens survient en 1955, avec Le Général du Diable du réalisateur Helmut Käutner, d'après la pièce de Carl Zuckmayer, et avec Les Héros sont fatigués d'Yves Ciampi aux côtés d'Yves Montand, performance qui lui vaut la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine au Festival de Venise. L'année suivante, le film Et Dieu... créa la femme (1956) de Roger Vadim, aux côtés de Brigitte Bardot et Jean-Louis Trintignant, propulse sa carrière sur la scène mondiale. Il enchaîne les productions franco-américaines, notamment Michel Strogoff (1956) de Carmine Gallone, film le plus populaire de l'année en France, puis son premier film hollywoodien, Torpilles sous l'Atlantique (1957) avec Robert Mitchum, réalisé par Dick Powell. Il joue avec Richard Burton dans Amère Victoire (1957) de Nicholas Ray, avec Henri-Georges Clouzot dans Les Espions (1957), avec Ingrid Bergman dans L'Auberge du sixième bonheur (1958) de Mark Robson, et avec Jean Gabin dans Le Jardinier d'Argenteuil (1966) de Jean-Paul Le Chanois. Il incarne le méchant Karl Stromberg face à Roger Moore dans L'Espion qui m'aimait (1977) de Lewis Gilbert. En parallèle, il interprète de 1973 à 1977 le rôle-titre de Jedermann de Hugo von Hofmannsthal au Festival de Salzbourg, l'un des rôles les plus prestigieux du répertoire germanophone. Ses dernières apparitions incluent la série télévisée Les Gens de Smiley (1982) de la BBC et le film franco-soviétique Téhéran 43 (1981) d'Yves Ciampi, aux côtés d'Alain Delon et Claude Jade.
1915 : naissance le 13 décembre à Solln, quartier de Munich, dans le royaume de Bavière (Empire allemand).
1933 : grave accident de voiture suivi d'une longue hospitalisation ; les blessures entraîneront une stérilité définitive.
1935 : débuts au cinéma dans La Valse royale ; premier engagement théâtral au Metropoltheater de Dresde.
1937 : mariage avec l'actrice Lulu Basler (divorce en 1947).
1940 : entrée au Burgtheater de Vienne dans Roméo et Juliette de Shakespeare.
1944 : tournage de Jeunes Filles de Vienne avec Willi Forst ; internement dans un camp de travail forcé pour "opinions politiquement douteuses" ; évasion quelques semaines plus tard.
1946 : obtention de la nationalité autrichienne ; installation définitive à Vienne.
1955 : Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine au Festival de Venise pour Les Héros sont fatigués et Le Général du Diable.
1956 : Et Dieu... créa la femme de Roger Vadim avec Brigitte Bardot ; Michel Strogoff de Carmine Gallone, film le plus populaire de l'année en France.
1957 : premier film hollywoodien, Torpilles sous l'Atlantique, avec Robert Mitchum.
1962 : rôle du général Günther Blumentritt dans Le Jour le plus long.
1973 : début du rôle de Jedermann au Festival de Salzbourg (renouvelé jusqu'en 1977).
1976 : publication de ses mémoires ...und kein bißchen weise (traduction française : Et pas plus sage pour autant, Laffont, 1977).
1977 : rôle du méchant Karl Stromberg dans L'Espion qui m'aimait de Lewis Gilbert, face à Roger Moore.
1982 : décès le 18 juin à Vienne d'une défaillance multiviscérale, à l'âge de 66 ans ; inhumation le 22 juin au cimetière central de Vienne dans une tombe d'honneur.
Curd Jürgens est le fils de Kurt Jürgens, commerçant hambourgeois ayant mené des affaires lucratives dans les régions d'Extrême-Orient de l'Empire russe, et de Marie-Albertine Noir, institutrice originaire d'Évian-les-Bains en Haute-Savoie. Élevé dans un milieu bilingue français-allemand à Berlin, dans le quartier huppé de Neu-Westend, il fréquente le lycée Herder, axé sur les langues vivantes. Il a deux sœurs jumelles aînées, Jeanette et Marguerite. En 1933, un grave accident de voiture, causé par son beau-frère, le prive de la capacité d'avoir des enfants. Il se marie cinq fois : avec l'actrice Lulu Basler (1937-1947), l'actrice Judith Holzmeister (1947-1955), l'actrice Eva Bartok (1955-1957), le mannequin Simone Bicheron (1958-1977) et Margie Schmitz (1978-1982, décès).
En 1944, lors d'une tournée du Burgtheater, Curd Jürgens côtoie l'actrice Käthe Dorsch, dont l'attachement à lui conditionne la participation à la troupe. En 1957, il entretient une brève liaison avec l'actrice Romy Schneider. Curd Jürgens est connu pour son mode de vie fastueux : il maintient plusieurs résidences dans le monde (à Vienne, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, à Saint-Paul-de-Vence, à Gstaad, aux Bahamas), possède un appartement avenue des Champs-Élysées à Paris et un parc automobile de sept véhicules incluant une Rolls-Royce Silver Cloud III cabriolet. Il participe également comme voix du journaliste au doublage allemand de l'album-concept Jeff Wayne's Musical Version of The War of The Worlds en 1980.
Curd Jürgens subit, à partir de 1967, de nombreuses opérations cardiaques, sans modifier son mode de vie. Il décède le 18 juin 1982 à l'hôpital Rudolfstiftung de Vienne d'une défaillance multiviscérale, à l'âge de 66 ans. Il est mort avant l'achèvement du doublage allemand du film Téhéran 43, dans lequel il partageait l'affiche avec Alain Delon et Claude Jade ; son rôle a dû être repris en postsynchronisation. La cérémonie funèbre est organisée le 22 juin 1982 au cimetière central de Vienne, à partir de 21 heures, lors de la première et unique cérémonie nocturne de cette institution. Sa veuve Margie Schmitz, l'une de ses sœurs aînées avec son fils, et environ 3 000 admirateurs y assistent. Une formation d'honneur de l'armée de l'air autrichienne survole le cimetière. Le fonds d'archives de Curd Jürgens est cédé en 1997 par Margie Jürgens au Deutsches Filmmuseum de Francfort-sur-le-Main.
Curd Jürgens est inhumé dans une tombe d'honneur du cimetière central de Vienne (groupe 32C, n° 54), concession attribuée par la ville de Vienne. Sa sépulture se trouve à proximité de celles du réalisateur Georg Wilhelm Pabst et du compositeur Arnold Schönberg. L'ensemble de son fonds d'archives (photographies, documents, matériaux audiovisuels) est conservé au Deutsches Filmmuseum de Francfort-sur-le-Main.
1 - En raison de sa taille de 1,93 m et de son impassibilité, Brigitte Bardot surnomme Curd Jürgens l'"armoire normande" lors du tournage d'Et Dieu... créa la femme en 1956. La presse allemande traduit l'expression par "normannischer Kleiderschrank".
2 - Sa nationalité autrichienne, obtenue en 1946, l'est en une journée à la suite d'un simple appel téléphonique entre le directeur du Burgtheater et le chancelier fédéral Leopold Figl. Le motif initial est pratique : les autorités soviétiques refusent aux ressortissants allemands le droit de voyager en Suisse en tournée.
3 - La chanson autobiographique "60 Jahre - und kein bisschen weise", publiée en 1975 parallèlement à ses mémoires, atteint la 21e place des charts en Allemagne de l'Ouest et la 9e en Suisse. Paroles de Miriam Frances, musique de Hans Hammerschmid.
4 - En 1980, lors de la tournée japonaise de l'Opéra d'État de Vienne, Curd Jürgens interprète le personnage parlé du Bassa Selim dans L'Enlèvement au sérail de Wolfgang Amadeus Mozart, sous la baguette du chef d'orchestre Karl Böhm : ce sera sa dernière apparition sur scène.
5 - Son mariage avec Margie Schmitz, sa cinquième épouse, est organisé en secret à Nassau aux Bahamas en mars 1978, car Curd Jürgens refuse que sa compagne ne soit pas placée à ses côtés lors de la réception royale londonnienne qui suit la première de L'Espion qui m'aimait.
- Métier(s) : acteur, réalisateur
- Résidence principale : Vienne (Autriche)
- Relations de couple : Lulu Basler (1937-1947), Judith Holzmeister (1947-1955), Eva Bartok (1955-1957), Simone Bicheron (1958-1977), Margie Schmitz (1978-1982)
- Enfants : aucun (stérilité consécutive à un accident de voiture en 1933)
- Distinctions : Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine, Festival de Venise (1955) ; Médaille Josef Kainz de la Ville de Vienne ; croix de mérite de l'Ordre du mérite de la République Fédérale d'Allemagne ; Filmband in Gold
« Je ne pouvais pas jouer dans un film qui mettrait en cause la situation politique, sinon j'aurais un jour à en répondre. »
— Interview de Curd Jürgens, émission Filmgeschichte(n) aus Österreich, Österreichischer Rundfunk (ORF), 1970 (traduit de l'allemand).
« Je n'ai jamais eu honte de gagner de l'argent. C'est mon droit. Je travaille énormément, beaucoup plus que d'autres dans mon métier. »
— Témoignage du conseiller financier de Curd Jürgens, publié sur le site Nachlass Curd Jürgens, Deutsches Filminstitut, Francfort-sur-le-Main.
« Mon personnage est un Bavarois, un homme aimable qui n'a pas grande sympathie pour les nazis. Il a des moments humains, il s'enivre légèrement dans une scène et récite un poème de Verlaine, il n'a pas grand-chose à voir avec la machine de guerre humaine qu'on a l'habitude de voir dans ce genre de films. »
— Interview de Curd Jürgens lors de la promotion du Jour le plus long (1962), cité par le site Nachlass Curd Jürgens, Deutsches Filminstitut, Francfort-sur-le-Main (traduit de l'anglais).