Daniel Cohn-Bendit est une figure du mouvement contestataire européen, né le 4 avril 1945 à Montauban. Fils de réfugiés allemands juifs fuyant le nazisme, il devient célèbre durant les événements de Mai 68 en France sous le surnom de « Dany le Rouge ». Passant d’un anarchisme libertaire à un écologisme réformiste et pro-européen, il a été député européen pour les Verts allemands puis français, et coprésident du groupe Verts/ALE au Parlement européen de 2002 à 2014. Militant infatigable d’une Europe fédérale, il incarne une trajectoire politique singulière et transfrontalière.
Marc Daniel Cohn-Bendit naît dans la clandestinité à Montauban en avril 1945, un mois avant la capitulation allemande, alors que ses parents Erich et Herta Cohn-Bendit, réfugiés politiques allemands d’origine juive, se cachent pour échapper aux rafles. Son père Erich, avocat berlinois proche du Parti communiste allemand et du trotskisme, avait été interdit d’exercer dès 1933 et déchu de la nationalité allemande. Sa mère Herta, juriste, accompagne son mari dans l’exil. Après la Libération, la famille s’installe en région parisienne. Erich Cohn-Bendit reprend sa profession d’avocat à Francfort en 1952. Daniel effectue une scolarité entre la France et l’Allemagne, notamment au lycée Buffon à Paris puis à l’Odenwaldschule, internat progressiste de Hesse où il devient représentant des élèves. Orphelin de père à quatorze ans (1959) et de mère à dix-huit ans (1963), il bénéficie d’une pension du gouvernement allemand en réparation des persécutions nazies. En 1959, il opte pour la nationalité allemande afin d’éviter le service militaire français.
De retour à Paris en 1965, il entame des études de sociologie à l’université de Nanterre, où il rejoint la Liaison des étudiants anarchistes. En mars 1968, il participe à l’occupation du bâtiment administratif de Nanterre, catalysant la révolte étudiante qui s’étend à la Sorbonne et débouche sur la crise de Mai 68. Porte-parole du Mouvement du 22 mars, il incarne la contestation libertaire et anti-autoritaire. Le gouvernement français l’expulse en mai 1968 en raison de sa nationalité allemande, déclenchant des manifestations sous le slogan « Nous sommes tous des Juifs allemands ». Cette interdiction de territoire dure jusqu’en 1978. Rentré en Allemagne, il travaille comme libraire à Francfort puis comme éducateur spécialisé auprès d’enfants en difficulté dans les années 1970. En 1975, il publie Le Grand Bazar, récit autobiographique qui inclut des passages controversés sur la sexualité enfantine.
À partir des années 1980, Daniel Cohn-Bendit s’engage dans l’écologie institutionnelle. Il adhère aux Verts allemands et devient adjoint au maire de Francfort chargé des affaires multiculturelles de 1989 à 1991. Élu député européen en 1994 pour les Verts allemands, il est réélu en 1999 sur une liste française des Verts, marquant son retour sur la scène politique hexagonale. Coprésident du groupe Verts/Alliance libre européenne de 2002 à 2014, il incarne un écologisme réformiste, pro-européen et « libéral-libertaire ». Lors des élections européennes de 2009, il codirige la liste Europe Écologie qui obtient 16,28 % des suffrages en France. Il obtient la nationalité française en 2015, devenant binational franco-allemand. Il ne se représente pas en 2014 et se retire de la vie politique active, tout en restant un commentateur régulier des affaires européennes, du climat et des migrations dans les médias français et allemands.
En 1975, Daniel Cohn-Bendit publie Le Grand Bazar, livre autobiographique dans lequel il relate son expérience d’éducateur dans une crèche alternative à Francfort. Certains passages évoquent des interactions à connotation sexuelle avec de jeunes enfants, suscitant des débats sur la limite entre provocation libertaire des années 1970 et apologie de la pédophilie. Ces extraits resurgissent en 2001 lors d’un reportage allemand, puis en 2009 pendant la campagne européenne. Daniel Cohn-Bendit a toujours nié tout acte répréhensible, affirmant que ces textes relevaient de la provocation littéraire maladroite dans le contexte de l’époque. Il a exprimé ses regrets à plusieurs reprises, qualifiant ces formulations d’« intolérables » aujourd’hui et parlant d’une « tache » qu’il porte. Aucune plainte n’a abouti et aucune preuve d’actes criminels n’a été établie.
Daniel Cohn-Bendit est marié à Ingrid Apel. Le couple a un fils, Bela, né en 1980. Il cultive une identité binationale franco-allemande assumée, se définissant comme un « Européen transfrontalier ». Orphelin jeune, il garde un attachement à l’héritage antifasciste de ses parents. Passionné de littérature et de théâtre depuis l’Odenwaldschule, il reste un lecteur vorace. Proche de figures comme André Glucksmann ou Guy Hocquenghem, il a maintenu des amitiés avec d’anciens acteurs de Mai 68. Fervent fédéraliste européen, il milite pour une Europe politique intégrée, une solidarité budgétaire et une politique d’accueil humaniste des migrants. Depuis son retrait en 2014, il intervient régulièrement comme commentateur dans les médias (France Inter, Le Monde, LCI, etc.) sur le climat, l’Europe et l’actualité politique.
Né à Montauban durant la Seconde Guerre mondiale, Daniel Cohn-Bendit conserve un lien symbolique avec cette ville refuge de ses parents. Il grandit entre Paris (notamment le XVe arrondissement) et Francfort-sur-le-Main, où il s’installe durablement dans les années 1970 et où il devient adjoint au maire. Francfort reste sa résidence principale. Il entretient un attachement fort à Nanterre, université où débute son engagement en 1968. L’Odenwaldschule en Hesse marque profondément sa formation. Strasbourg, siège du Parlement européen, constitue un lieu professionnel majeur pendant vingt ans (1994-2014). Il vit entre l’Allemagne et la France, incarnant la double culture qu’il revendique.
Même si on nous promettait le paradis nous le refuserions. Car nous voulons le prendre.
Nous voulons un monde nouveau et original. Nous refusons un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s'échange contre le risque de périr d'ennui.
Même si on nous promettait le paradis nous le refuserions. Car nous voulons le prendre.
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