Administrateur colonial, résistant et homme politique français, Félix Éboué est né le 26 décembre 1884 à Cayenne et mort le 17 mai 1944 au Caire. Premier gouverneur noir de l'Empire français, il rallia le Tchad à la France libre dès août 1940 et fut le premier homme noir inhumé au Panthéon.
Boursier en 1901, Félix Éboué quitte Cayenne pour le lycée Montaigne de Bordeaux, où il décroche son baccalauréat ès-lettres et se distingue au rugby sous les couleurs du Stade bordelais. Il rejoint Paris pour des études de droit et intègre l'École coloniale en 1906, dont il sort diplômé en 1908. Élève administrateur, il est affecté dès 1909 en Afrique-Équatoriale française, principalement en Oubangui-Chari, future République centrafricaine, où il passe une grande partie de sa carrière. Pendant plus de vingt ans, il occupe divers postes de brousse à Bouka, Bozoum, Demara, Kouango, Bangassou, étudie les coutumes locales et publie en 1918 une étude sur les langues sango, banda et mandja. Il publie également en 1935 un travail sur les langages tambourinés et sifflés. Promu administrateur en chef en 1930, il participe en avril 1931 au Congrès international d'ethnographie tenu à Paris à l'occasion de l'Exposition coloniale.
En janvier 1932, le ministre des Colonies Paul Reynaud le nomme secrétaire général de la Martinique, où il assure deux fois l'intérim de gouverneur. Après un passage au Soudan français, il accède en 1936 au poste de gouverneur de la Guadeloupe à la demande de Maurice Violette, devenant le premier homme noir à occuper un tel rang dans l'administration coloniale française. Il y applique les réformes sociales du Front populaire et prononce en juillet 1937 au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre son discours Jouer le jeu. En juillet 1938, Georges Mandel le nomme gouverneur du Tchad, poste qu'il rejoint le 4 janvier 1939. Après l'appel du 18 juin 1940, il entre en contact avec Charles de Gaulle le 3 juillet, refuse l'armistice et rallie le Tchad à la France libre le 26 août 1940, aux côtés du colonel Pierre Marchand et en présence de l'émissaire René Pleven.
1884 : naissance le 26 décembre à Cayenne, en Guyane française
1901 : entrée comme boursier au lycée Montaigne de Bordeaux
1908 : diplôme de l'École coloniale de Paris
1909 : première affectation en Oubangui-Chari
1922 : mariage avec Eugénie Tell le 14 juin, à Cayenne
1928 : adhésion à la Ligue des droits de l'Homme
1932 : nomination comme secrétaire général de la Martinique
1936 : nomination comme gouverneur de la Guadeloupe
1938 : nomination comme gouverneur du Tchad
1940 : ralliement du Tchad à la France libre le 26 août
1940 : nomination comme gouverneur général de l'AEF le 12 novembre
1941 : remise de la croix de la Libération le 29 janvier
1944 : participation à la Conférence de Brazzaville du 30 janvier au 8 février
1944 : mort le 17 mai au Caire
1949 : transfert des cendres au Panthéon le 20 mai
Félix Éboué naît rue Christophe-Colomb à Cayenne, dans une famille issue de « nouveaux libres » émancipés par l'abolition de 1848. Son père Yves Urbain Éboué est orpailleur sur les placers de la Haute Mana avant de tenir une épicerie avec sa mère Aurélie. Il est le quatrième de cinq enfants, dont une sœur Cornélie et trois frères, Yves, Edgard et Max, tous morts jeunes. Son père meurt en 1898, sa mère en 1926. Le 14 juin 1922, à Cayenne, il épouse Eugénie Tell, fille d'Hippolyte Herménégilde Tell, directeur du bagne de Cayenne. Le couple a quatre enfants : Henri, Robert, Ginette, née le 1er mars 1922 à Paris, et Charles, né le 14 mai 1924 à Bangassou.
Membre de la SFIO jusqu'en septembre 1939, Félix Éboué est aussi franc-maçon, initié à la loge en 1922. Il adhère en 1928 à la Ligue des droits de l'Homme. Il entretient une amitié durable avec l'écrivain René Maran, prix Goncourt 1921 pour Batouala, rencontré en Oubangui-Chari. Sa fille Ginette épouse en 1946 le poète et futur président sénégalais Léopold Sédar Senghor, qui dédie à Félix Éboué le poème « Au Gouverneur Éboué » dans le recueil Hosties noires. Gaston Monnerville, futur président du Sénat, joue un rôle décisif dans la sortie clandestine des enfants Éboué d'Espagne en novembre 1942.
Le 16 février 1944, épuisé par la Conférence de Brazzaville, Félix Éboué quitte le Congo pour un voyage avec son épouse Eugénie et sa fille Ginette, à destination du Soudan anglo-égyptien puis de l'Égypte. Au Caire, il œuvre à apaiser les différends entre le Comité français de la Libération nationale et le Premier ministre égyptien Nahas Pacha. Début mai, il prononce une conférence au lycée français du Caire sur le thème « de Brazza à de Gaulle », s'interrompt à la suite d'un malaise et doit s'aliter. Une congestion pulmonaire se déclare et il meurt le 17 mai 1944. Sa veuve Eugénie Éboué-Tell œuvre activement pour son entrée au Panthéon, aux côtés de Gaston Monnerville. Lors de la cérémonie de 1949, Jacques Soustelle, ministre de la France d'outre-mer, et Gaston Palewski représentent le général de Gaulle.
Depuis le 20 mai 1949, les cendres de Félix Éboué reposent au Panthéon de Paris, dans la crypte voisine de celle de Jean Jaurès, transférées le même jour que celles de Victor Schoelcher. Une statue réalisée par Maurice Gardon est inaugurée en avril 1957 sur la place des Palmistes à Cayenne. L'aéroport de Cayenne porte son nom depuis 2009.
1 - Au lycée Montaigne de Bordeaux, Félix Éboué devient capitaine de l'équipe de rugby « Les Muguets » et joue sous les couleurs du Stade bordelais UC et du SCUF, ses déplacements à Strasbourg, en Belgique et en Angleterre étant relatés par la presse régionale.
2 - Initié à la franc-maçonnerie en 1922 en Guyane, il associe toute sa carrière à un engagement humaniste, fréquentant en métropole le député sénégalais Blaise Diagne, premier Africain élu à l'Assemblée nationale française.
3 - Son ralliement du 26 août 1940 entraîne en moins de trois jours celui du Cameroun le 27, du Congo le 28 et de l'Oubangui-Chari le 29, faisant basculer toute l'AEF du côté du général de Gaulle.
4 - Le gouvernement de Vichy le condamne à mort par contumace après son ralliement à la France libre, sentence également prononcée contre son épouse Eugénie.
5 - Le 29 janvier 1941, il fait partie des cinq toutes premières personnes décorées de la croix de l'ordre de la Libération par le général de Gaulle, devenant le troisième Compagnon de la Libération.
6 - Sa « Nouvelle politique indigène pour l'Afrique-Équatoriale française », publiée en novembre 1941, inspire directement les travaux de la Conférence de Brazzaville en 1944.
- Métier(s) : administrateur colonial, résistant, homme politique
- Résidence principale : Brazzaville à partir de 1940 ; postes successifs à Bangui, Fort-de-France, Pointe-à-Pitre, Fort-Lamy
- Relations de couple : marié le 14 juin 1922 à Eugénie Tell
- Enfants : Henri, Robert, Ginette (1922-1992), Charles (1924-1990)
- Distinctions : Compagnon de la Libération (29 janvier 1941), Légion d'honneur, croix de la Libération, médaille coloniale, inhumation au Panthéon (20 mai 1949)
58 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
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