Résumé biographique
Architecte américano-canadien emblématique du tournant des XXe et XXIe siècles, Frank Gehry a révolutionné l’architecture par ses volumes déconstructivistes, du Guggenheim de Bilbao à la Fondation Louis Vuitton, marquant durablement l’urbanisme culturel mondial jusqu’à son décès en 2025.
Parcours
Né en 1929 à Toronto dans une famille juive d’origines russe et polonaise, Frank Owen Goldberg se forme à l’architecture à l’University of Southern California avant de poursuivre un cursus d’urbanisme à Harvard, qu’il ne termine pas. Installé à Los Angeles, il travaille chez Victor Gruen Associates puis fonde sa propre agence en 1962. À la demande de sa première épouse, Anita Snyder, il adopte le patronyme Gehry au milieu des années 1950 pour contourner l’antisémitisme. Très tôt, il expérimente le carton, le contreplaqué, la tôle ondulée ou le grillage, conçoit le mobilier Easy Edges et signe des scénographies d’expositions pour le LACMA. La transformation radicale de sa maison de Santa Monica à la fin des années 1970, enveloppée de matériaux ordinaires et de volumes fragmentés, devient un manifeste fondateur et attire l’attention de la critique internationale.
Dans les décennies suivantes, Frank Gehry impose un vocabulaire sculptural appuyé sur des logiciels issus de l’aéronautique, capables de modéliser des formes complexes. Il réalise le musée Guggenheim Bilbao, symbole du « Bilbao effect », puis la Walt Disney Concert Hall à Los Angeles, le Museum of Pop Culture à Seattle, la Dancing House à Prague ou encore la tour du campus LUMA Arles. À Paris, la Fondation Louis Vuitton illustre son goût pour des enveloppes de verre dynamiques, tandis que le Beckmen YOLA Center, le Dwight D. Eisenhower Memorial à Washington et le complexe de gratte-ciels Forma à Toronto témoignent d’une activité intacte au XXIe siècle. Lauréat du Pritzker Prize, de la National Medal of Arts et de la Presidential Medal of Freedom, il demeure l’une des figures majeures de l’architecture contemporaine.
Controverse
Au milieu des années 2000, Frank Gehry est visé par une action en justice du Massachusetts Institute of Technology au sujet de désordres techniques affectant le Stata Center à Cambridge, reprochant à l’architecte et aux entreprises des infiltrations, fissures et problèmes de drainage. L’affaire, engagée en 2007, se conclut par un règlement amiable en 2010, sans aveu de faute publique mais avec des réparations techniques. En 2014, lors d’une conférence de presse à Oviedo organisée autour du prix Prince des Asturies, il choque une partie de l’opinion en adressant un doigt d’honneur à un journaliste et en fustigeant une grande part de l’architecture contemporaine, épisode largement relayé mais sans conséquence directe sur la poursuite de ses commandes prestigieuses.
Repères chronologiques
1954 : diplôme d’architecture à l’University of Southern California, début de carrière à Los Angeles
1962 : création de sa propre agence et premiers projets commerciaux en Californie
1978 : rénovation expérimentale de sa maison de Santa Monica, manifeste de son langage déconstructiviste
1989 : consécration internationale avec le Pritzker Prize, souvent présenté comme le « Nobel » de l’architecture
1997 : inauguration du musée Guggenheim Bilbao, qui relance l’image de la ville basque
2003 : ouverture de la Walt Disney Concert Hall, nouvelle salle de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles
2014 : ouverture au public de la Fondation Louis Vuitton dans le bois de Boulogne, nouveau repère culturel parisien
2021 : mise en service de la tour de LUMA Arles et ouverture du Beckmen YOLA Center à Inglewood
2024 : lancement officiel du chantier du Colburn Center, importante extension musicale au centre de Los Angeles
2025 : décès à 96 ans dans sa maison de Santa Monica, au moment où plusieurs grands projets sont encore en cours
Vie personnelle et engagements
Né Frank Owen Goldberg, il grandit dans un environnement modeste, entre le magasin de quincaillerie de son grand-père et les encouragements artistiques de sa mère et de sa grand-mère. Au début des années 1950, il épouse Anita Snyder, avec qui il a deux filles, Leslie et Brina, et qui l’incite à adopter le nom de Gehry pour protéger la famille de l’antisémitisme. Après leur divorce dans les années 1960, il épouse en 1975 Berta Isabel Aguilera, avec laquelle il a deux fils, Alejandro et Samuel. Installé à Santa Monica, il reste proche de ses enfants et petits-enfants, tout en gardant une grande discrétion médiatique sur son intimité familiale.
Passionné de hockey, héritage de son enfance canadienne, il fonde au sein de son agence une ligue interne baptisée FOG et conçoit en 2004 le trophée de la Coupe du monde de hockey. Amateur de voile, il devient membre du California Yacht Club et navigue sur son voilier en matériaux composites, Foggy. Parallèlement, Frank Gehry s’investit dans plusieurs causes éducatives et sociales : cofondateur de Turnaround Arts: California pour l’accès aux arts dans les écoles défavorisées, il s’implique dans le projet de revitalisation du fleuve Los Angeles et conçoit pro bono des équipements pour le Children’s Institute à Watts et pour le programme Youth Orchestra Los Angeles, témoignant d’un engagement durable en faveur de la jeunesse et des quartiers populaires.
Contexte du décès
Frank Gehry s’éteint à 96 ans dans sa maison de Santa Monica, en Californie, des suites d’une brève affection respiratoire, entouré de ses proches. Jusqu’aux derniers mois, il demeure professionnellement actif, suivant de près l’avancement de chantiers d’envergure comme le Colburn Center à Los Angeles ou le complexe Forma à Toronto. L’annonce de sa disparition suscite une large émotion dans le monde de l’architecture, des arts et de la culture, de Bilbao à Paris en passant par Los Angeles. Institutions, anciens collaborateurs, élèves et critiques saluent alors un créateur qui aura profondément transformé le rapport des villes à leurs équipements culturels et démocratisé l’idée d’une architecture iconique accessible au grand public.
Où se recueillir ?
En l’absence de mausolée public emblématique, l’héritage de Frank Gehry se mesure d’abord à travers ses bâtiments devenus lieux de mémoire architecturale. À Los Angeles, la Walt Disney Concert Hall, le Beckmen YOLA Center ou le futur Colburn Center constituent autant d’espaces où célébrer son apport à la vie musicale. En Europe, la Fondation Louis Vuitton à Paris, qui lui consacre un parcours permanent, et la tour de LUMA Arles offrent au public des sites majeurs pour appréhender physiquement sa vision, tandis que le musée Guggenheim Bilbao demeure l’un des symboles les plus puissants de son influence sur les villes contemporaines.
Anecdotes
1 - Enfant, il passe des heures à assembler des chutes de bois dans le salon de sa grand-mère, composant des villes imaginaires à partir de matériaux de quincaillerie. Cette pratique, entre jeu et maquette, annonce sa fascination durable pour les matériaux ordinaires et les volumes fragmentés dans ses projets construits.
2 - Son changement de nom, de Goldberg à Gehry, naît d’une décision familiale prise avec Anita Snyder, inquiète de l’antisémitisme subi par leur entourage. Ce geste identitaire, destiné à protéger leurs filles Brina et Leslie, n’empêche pas l’architecte de revendiquer plus tard publiquement ses origines juives dans de nombreuses interviews et prises de parole.
3 - Fasciné par les formes aquatiques, il multiplie à partir des années 1980 les références au poisson, des sculptures monumentales comme El Peix à Barcelone à la série de luminaires Fish Lamps. Pour lui, la figure du poisson incarne un mouvement organique et insaisissable que l’architecture s’efforce d’approcher sans jamais l’atteindre totalement.
4 - En 2014, lors d’une conférence de presse à Oviedo, il répond à une question critique en levant ostensiblement le majeur et en déclarant que la grande majorité de l’architecture contemporaine est « mauvaise ». Cet accès de franchise brutale, très médiatisé, renforce sa réputation de créateur intransigeant, peu enclin aux concessions discursives mais toujours prêt à défendre la dimension artistique de son travail.
Points clés
- Métier(s) : architecte, designer
- Résidence principale : Santa Monica, Californie (États-Unis)
- Relations : Anita Snyder (première épouse, divorce en 1966) ; Berta Isabel Aguilera (épouse à partir de 1975)
- Enfants : Leslie, Brina, Alejandro, Samuel
- Distinctions : Pritzker Prize, National Medal of Arts, AIA Gold Medal, Presidential Medal of Freedom, autres prix internationaux majeurs