Résumé biographique

Réalisateur et scénariste majeur du cinéma expressionniste puis hollywoodien, Fritz Lang est connu pour ses thrillers et fictions d’anticipation qui relient technique, ville moderne et violence sociale, de l’Allemagne de Weimar au système des studios américains.


Parcours

Né à Vienne en 1890, Fritz Lang suit d’abord des études de génie civil avant de se tourner vers le dessin et la peinture. Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il est grièvement blessé et commence à écrire des scénarios pendant sa convalescence. Installé à Berlin à la fin du conflit, il rejoint la société Decla puis la UFA comme scénariste et réalisateur. Il s’impose dans le contexte du cinéma expressionniste avec des films d’aventures criminelles et fantastiques comme Dr. Mabuse der Spieler ou Der müde Tod. Au milieu des années 1920, il tourne la fresque mythologique Die Nibelungen, puis le film de science-fiction urbain Metropolis, dont l’ampleur visuelle et la production industrielle marquent durablement l’histoire du cinéma.

Au tournant du parlant, Lang réalise le film criminel M, centré sur la traque d’un meurtrier d’enfants, puis le film de science-fiction lunaire Woman in the Moon, qui anticipe plusieurs procédés de la conquête spatiale. Après l’arrivée au pouvoir des nazis et l’interdiction de Das Testament des Dr. Mabuse, il quitte définitivement l’Allemagne en 1933, tourne Liliom en France, puis s’installe à Hollywood. Naturalisé citoyen américain en 1939, il signe des œuvres de studio comme Fury, You Only Live Once, Hangmen Also Die!, The Woman in the Window, Scarlet Street ou The Big Heat. Dans les années 1950, il revient tourner en Allemagne avec les derniers volets de la série Dr. Mabuse.


Controverse

En 1933, le régime nazi interdit Das Testament des Dr. Mabuse, estimant que le film pourrait encourager le renversement de l’État. Fritz Lang raconte plus tard avoir été convoqué par Joseph Goebbels, qui lui aurait proposé la direction des studios UFA, épisode qui l’aurait décidé à quitter l’Allemagne le jour même. Cette version, souvent reprise dans les entretiens du cinéaste, est discutée par plusieurs historiens du cinéma, qui soulignent la contradiction entre son récit et les traces administratives de ses voyages en 1933. Le débat porte sur la précision de cette scène, mais confirme l’opposition de Lang au régime et l’impact politique attribué à son œuvre.


Repères chronologiques

1919 : Mariage avec l’actrice Elisabeth « Lisa » Rosenthal à Berlin et débuts reconnus comme scénariste pour le cinéma muet allemand
1922 : Succès de la fresque criminelle Dr. Mabuse der Spieler, qui installe durablement la figure du génie criminel dans son univers
1924 : Sortie de la diptyque épique Die Nibelungen, tourné pour la UFA, qui consolide sa place parmi les réalisateurs majeurs de Weimar
1927 : Présentation de Metropolis, superproduction de science-fiction urbaine devenue film emblématique du cinéma muet allemand
1931 : Réalisation de M, premier grand film parlant de Lang, centré sur la traque d’un meurtrier d’enfants dans une grande ville allemande
1933 : Interdiction de Das Testament des Dr. Mabuse par les autorités nazies et départ définitif de l’Allemagne pour la France puis les États-Unis
1936 : Sortie de Fury à Hollywood, premier film américain de Lang, réflexion sur le lynchage et la justice dans le contexte des studios MGM
1943 : Réalisation de Hangmen Also Die!, fiction inspirée de l’attentat contre Reinhard Heydrich, inscrite dans le cycle des films anti-nazis de Lang
1953 : Sortie de The Big Heat, film noir marquant de sa période américaine, centré sur la corruption et la violence au sein d’une grande ville
1960 : Achèvement de la trilogie Dr. Mabuse avec The Thousand Eyes of Dr. Mabuse, dernier long métrage de Lang tourné en Allemagne
1976 : Mort à Beverly Hills après plusieurs années de retrait des plateaux et inhumation au Forest Lawn Memorial Park, Hollywood Hills


Vie personnelle et engagements

Fritz Lang naît dans une famille bourgeoise de Vienne : son père, Anton Lang, est architecte et entrepreneur, sa mère, Pauline Schlesinger, d’origine juive, se convertit au catholicisme. Baptisé et élevé dans cette religion, il se définit plus tard comme athée, tout en reconnaissant l’importance de l’éthique religieuse. Il épouse d’abord l’actrice Elisabeth « Lisa » Rosenthal, dont la mort par arme à feu est officiellement qualifiée de suicide. En 1922, il se marie avec la scénariste Thea von Harbou, sa principale collaboratrice durant la période allemande, avant un divorce en 1933. Le couple n’a pas d’enfants connus.

Après sa séparation d’avec Thea von Harbou, Lang construit une relation durable avec Lily Latté, actrice et secrétaire rencontrée au début des années 1930, qui devient sa compagne puis son épouse en 1971 à Los Angeles. Naturalisé américain en 1939, il partage sa vie entre son identité viennoise, son passé allemand et son ancrage hollywoodien. Dès les années 1930, il s’implique dans des réseaux d’exilés opposés au nazisme et participa à la Hollywood Anti-Nazi League. Il entretient un dialogue régulier avec la critique cinéphile européenne, notamment les auteurs des Cahiers du cinéma, et veille avec Lily Latté à la préservation de ses films et archives.


Contexte du décès

À partir de la fin des années 1950, Fritz Lang connaît des problèmes de santé récurrents et réduit progressivement son activité de réalisateur, tout en participant à des festivals, rétrospectives et entretiens consacrés à son œuvre. Installé à Beverly Hills, dans la région de Los Angeles, il poursuit une vie relativement discrète avec Lily Latté, qui gère ses affaires courantes et ses relations avec les institutions cinématographiques. Lang meurt en 1976 des suites d’un accident vasculaire cérébral à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, dans sa maison de Beverly Hills. Ses funérailles ont lieu en Californie, en présence de proches, de collaborateurs et de représentants du milieu du cinéma qui soulignent alors l’importance historique de son travail.


Où se recueillir ?

Fritz Lang est inhumé au Forest Lawn Memorial Park, dans la section Hollywood Hills de Los Angeles, cimetière où reposent de nombreuses figures du cinéma américain. Sa tombe, sobre, est devenue un lieu de visite pour les cinéphiles et chercheurs qui travaillent sur le cinéma expressionniste et le film noir. Pour les admirateurs de son œuvre, ce cimetière californien constitue un point de passage emblématique lors de séjours consacrés à l’histoire des studios hollywoodiens.


Anecdotes

1 - Passionné par les questions techniques, Lang conçoit avec Woman in the Moon une représentation détaillée d’un décollage spatial, où apparaissent notamment fusée à étages, rampe de lancement dédiée et compte à rebours, éléments repris plus tard par les programmes spatiaux réels.

2 - Pendant la Seconde Guerre mondiale, Lang utilise plusieurs films américains, dont Man Hunt et Hangmen Also Die!, pour traiter directement de la violence nazie et de la résistance européenne, intégrant son expérience d’exilé dans des récits de genre produits au sein des grands studios.

3 - En 1960, son étoile est apposée sur le Hollywood Walk of Fame, à Los Angeles, en reconnaissance de sa contribution au cinéma. Cette distinction institutionnelle vient consacrer un parcours partagé entre l’Allemagne de Weimar, l’exil parisien et une longue carrière hollywoodienne.


Points clés

- Métier(s) : Réalisateur, scénariste, producteur
- Résidence principale : Beverly Hills (États-Unis), puis sépulture à Los Angeles
- Relations : Elisabeth « Lisa » Rosenthal, Thea von Harbou, Lily Latté
- Enfants : Aucun enfant connu
- Distinctions : Étoile sur le Hollywood Walk of Fame (cinéma)