Résumé biographique
Philosophe et évêque anglican d'origine irlandaise, George Berkeley est le principal représentant de l'immatérialisme, une doctrine révolutionnaire niant l'existence de la matière. Son œuvre a profondément marqué l'empirisme moderne en affirmant que la réalité sensible réside uniquement dans la perception.
Parcours
Né au château de Dysart, près de Kilkenny, George Berkeley effectue de brillantes études au Trinity College de Dublin, où il s'imprègne des travaux de Locke et de Newton. À seulement vingt-quatre ans, il publie son Essai pour une nouvelle théorie de la vision, jetant les bases de sa psychologie de la perception. Il y soutient que nous ne percevons pas la distance ou la grandeur des objets par un calcul géométrique, mais par une association d'idées acquise par l'expérience. Peu après, il rédige son chef-d'œuvre, les Principes de la connaissance humaine, où il expose sa thèse fondamentale : les objets physiques ne sont que des collections d'idées perçues par un esprit. Pour lui, la substance matérielle est une abstraction vide et contradictoire. Ses écrits, bien que accueillis avec scepticisme par ses contemporains, visent avant tout à combattre le scepticisme et l'athéisme de son époque en plaçant Dieu au centre du processus de perception universelle.
Voyageur infatigable, Berkeley séjourne longuement en France et en Italie avant de concevoir un projet ambitieux : fonder un collège aux Bermudes pour évangéliser et instruire les populations locales. Ce projet le conduit à s'installer à Newport, dans l'actuelle Rhode Island, entre 1729 et 1731, où il influence durablement la vie intellectuelle américaine et les futures universités de Yale et de Columbia. De retour en Europe après l'échec du financement de son collège, il est nommé évêque de Cloyne en Irlande. Durant cette période, il s'intéresse à la médecine populaire et publie Siris, un ouvrage singulier mêlant réflexions sur les vertus thérapeutiques de l'eau de goudron et spéculations métaphysiques sur la chaîne des êtres. Malgré la diversité de ses intérêts, allant des mathématiques avec L'Analyste à l'économie politique, Berkeley reste fidèle à sa mission pastorale et philosophique, cherchant sans cesse à réconcilier la raison humaine avec la foi divine.
Repères chronologiques
1700 : Entre au Trinity College de Dublin pour y suivre ses études supérieures.
1707 : Devient "Fellow" de son collège et commence la rédaction de ses notes philosophiques.
1709 : Publie l'Essai pour une nouvelle théorie de la vision sur la perception spatiale.
1710 : Parution des Principes de la connaissance humaine, son œuvre majeure.
1713 : Publie les Trois dialogues entre Hylas et Philonous pour vulgariser sa pensée.
1721 : Édition de De Motu, traité critiquant les notions de force et d'espace absolu de Newton.
1724 : Nommé doyen de Derry, poste qui lui assure une stabilité financière importante.
1728 : Se marie avec Anne Forster juste avant son départ pour les Amériques.
1729 : Arrivée à Newport (Rhode Island) pour préparer la fondation de son collège aux Bermudes.
1732 : Publie Alciphron, un dialogue défendant le christianisme contre les "libres penseurs".
1734 : Sacré évêque de Cloyne et publication de L'Analyste, critique des fondements du calcul.
1744 : Sortie de Siris, son dernier grand succès éditorial sur les vertus de l'eau de goudron.
1753 : Décès du philosophe à Oxford à l'âge de 67 ans.
Vie personnelle et engagements
George Berkeley est le fils aîné de William Berkeley, un officier dont les origines exactes restent sujettes à débat, mais appartenant à la petite noblesse terrienne. Il fait ses premières classes au Kilkenny College avant de rejoindre Dublin. En 1728, il épouse Anne Forster, fille du juge en chef d'Irlande, une femme cultivée qui l'accompagne dans son exil américain. Le couple a eu sept enfants, mais seuls trois d'entre eux, Henry, George et Julia, ont atteint l'âge adulte. Sa vie de famille à Cloyne était décrite comme studieuse et pieuse, l'évêque veillant personnellement à l'éducation de ses proches tout en gérant son diocèse avec une grande rigueur morale.
Au cours de sa vie, Berkeley a entretenu des relations sociales influentes, côtoyant des esprits brillants comme l'écrivain Jonathan Swift ou le poète Alexander Pope. Il fut le mentor de Samuel Johnson, futur président du King's College (Columbia), à qui il légua une partie de sa bibliothèque. Très sensible à la misère sociale en Irlande, il s'est engagé dans le débat économique avec Le Questionneur, proposant des réformes pour encourager l'industrie locale et l'emploi. Ses passions incluaient l'architecture, la peinture et la musique, qu'il considérait comme des reflets de l'harmonie divine. Son dévouement aux causes humanitaires l'a poussé à dépenser une partie de sa fortune personnelle pour aider les victimes de famines dans son diocèse.
Contexte du décès
George Berkeley s'est éteint brusquement le 14 janvier 1753 à Oxford. Sa mort a été soudaine, survenue alors qu'il écoutait son épouse lire un sermon, le jour même de son arrivée dans la ville universitaire où il comptait s'installer pour superviser l'éducation de son fils George. La cause exacte n'a pas été formellement identifiée, mais les témoignages de l'époque suggèrent une défaillance cardiaque rapide. Il a été inhumé dans la cathédrale de Christ Church à Oxford. L'annonce de sa disparition a suscité de vibrants éloges au sein de la Royal Society et de l'Église d'Irlande, saluant la perte d'un esprit d'une probité exceptionnelle et d'une intelligence universelle.
Lieux de référence
George Berkeley repose dans la nef de la cathédrale de Christ Church à Oxford, où une plaque commémorative en marbre blanc honore sa mémoire. La ville de Berkeley en Californie, ainsi que son université renommée, ont été nommées en son hommage en 1866. On peut également visiter Whitehall, sa demeure historique à Middletown, Rhode Island, aujourd'hui transformée en musée.
Anecdotes
1 - Sa formule célèbre "Esse est percipi" (Être, c'est être perçu) résume son immatérialisme : selon lui, si personne ne perçoit un objet, celui-ci n'existe que dans l'esprit de Dieu qui le maintient dans l'existence.
2 - Samuel Johnson a tenté de réfuter sa philosophie en frappant violemment une pierre du pied, ce à quoi Berkeley aurait pu répondre que la douleur ressentie n'était encore qu'une perception de l'esprit.
3 - Il était si convaincu des vertus de l'eau de goudron qu'il en buvait quotidiennement et la recommandait pour guérir presque toutes les maladies, de la variole aux troubles digestifs.
4 - Lors de son voyage en Italie, il fut l'un des rares savants à observer et décrire scientifiquement une éruption du Vésuve, manquant de peu d'être blessé par des projections de lave.
Points clés
- Métier(s) : Philosophe, évêque, théologien, écrivain
- Résidence principale : Cloyne (Irlande) et Oxford (Angleterre)
- Relations de couple: Anne Forster (épouse de 1728 à 1753)
- Enfants : Henry, George, Julia (et quatre autres décédés en bas âge)
- Distinctions : Évêque de Cloyne, Fellow du Trinity College