Georges Mandel, né Louis Rothschild, est un journaliste et homme politique français de la Troisième République, plusieurs fois ministre et proche de Georges Clemenceau, resté dans l'histoire comme l'un des premiers opposants à l'armistice de 1940, assassiné par la Milice en 1944.
Né à Chatou en 1885 dans une famille juive alsacienne attachée à la France, Louis Rothschild adopte le pseudonyme de Georges Mandel pour signer ses articles. À dix-sept ans, il se lance dans le journalisme et rejoint L'Aurore, le quotidien de Georges Clemenceau qui avait publié le « J'accuse… ! » d'Émile Zola. Devenu le collaborateur du « Tigre », il le suit dans ses différents titres, dont L'Homme libre, et entre dans son cabinet en 1908. Lorsque Clemenceau accède à la présidence du Conseil en novembre 1917, Mandel devient son chef de cabinet et participe à la conduite de la fin de la Première Guerre mondiale. Cette proximité l'installe durablement dans l'entourage du président du Conseil. Élu député de la Gironde en 1919, il amorce une longue carrière parlementaire dans le camp conservateur, ponctuée d'un échec en 1924 face au Cartel des gauches.
Réélu sans interruption à partir de 1928, Mandel devient ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones de 1934 à 1936. Il y supprime la publicité sur les ondes d'État, installe un studio de télévision au ministère et soutient la première émission officielle de télévision française, diffusée le 26 avril 1935. Nommé ministre des Colonies en 1938, il signe les décrets Mandel régissant les rapports entre cultes et État dans plusieurs territoires d'outre-mer, dispositions encore en vigueur aujourd'hui. Alertant de longue date sur le danger de l'Allemagne d'Adolf Hitler, il s'oppose aux accords de Munich. Le 18 mai 1940, Paul Reynaud le nomme ministre de l'Intérieur. Hostile à l'armistice, il préconise la poursuite de la guerre depuis l'Afrique du Nord et embarque le 21 juin 1940 sur le Massilia avec Pierre Mendès France et Jean Zay. Arrêté au Maroc, sa carrière ministérielle s'achève.
1885 : naissance à Chatou, le 5 juin
1903 : entrée dans l'entourage de Georges Clemenceau
1906 : débuts au journal L'Aurore
1908 : entrée au cabinet de Clemenceau
1917 : chef de cabinet à la présidence du Conseil (novembre)
1919 : élu député de la Gironde et maire de Soulac
1934 : ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones (novembre)
1935 : première émission officielle de télévision française (26 avril)
1938 : ministre des Colonies (avril)
1940 : ministre de l'Intérieur (18 mai), embarquement sur le Massilia (21 juin), arrestation
1941 : condamnation à la prison à vie par un tribunal d'exception de Vichy (7 novembre)
1942 : remise aux autorités allemandes et déportation (novembre)
1944 : assassinat en forêt de Fontainebleau (7 juillet)
Louis Rothschild naît le 5 juin 1885 à Chatou, fils d'Edmond Rothschild et d'Henriette Mandel, dite Hermine, originaire de Marmoutier en Alsace. La famille, juive, a quitté l'Alsace annexée en 1871 pour rester française. Élève de la pension Springer puis du lycée Condorcet à Paris, le jeune homme obtient son baccalauréat à dix-sept ans. Il partage sa vie avec la comédienne Béatrice Bretty, sociétaire de la Comédie-Française. De sa relation naît une fille, Claude, née en 1930, qu'il reconnaît en 1937 et qui portera le nom de Claude Mandel en hommage à son père.
Engagé dès son adolescence en faveur d'Alfred Dreyfus, Mandel reste marqué par l'affaire qui oriente ses débuts. Fidèle à la mémoire de Georges Clemenceau, il emporte un buste en bronze du « Tigre » lors de son départ pour le Maroc en 1940. Amateur d'art, il réunit une importante collection à son domicile parisien, pillée par les nazis en 1940 et partiellement restituée à ses héritiers en 2019 et 2022. Dans la nuit du 13 au 14 juin 1940, il encourage le général Charles de Gaulle à gagner Londres, épisode que ce dernier rapportera dans ses Mémoires de guerre.
Le 7 juillet 1944, transféré depuis la prison de la Santé sous le prétexte d'un changement de lieu de détention, Georges Mandel est abattu de plusieurs balles dans le dos en forêt de Fontainebleau, sur la route de Nemours, lors d'une panne de voiture simulée. Le meurtre est attribué à la Milice, en représailles de l'exécution par la Résistance de Philippe Henriot dix jours plus tôt ; des historiens comme François Delpla et Jean-Marc Berlière y voient un ordre allemand. Léon Blum le qualifia de « premier résistant » et Winston Churchill salua sa mémoire. Sa fille Claude Mandel veilla ensuite à sa reconnaissance posthume.
Georges Mandel repose au cimetière de Passy, à Paris, où sa fille Claude le rejoint en 2003. Un monument du sculpteur François Cogné, orné de son profil en bronze, marque le lieu de l'assassinat près de Fontainebleau. L'avenue Georges-Mandel, dans le 16e arrondissement de Paris, ainsi que des plaques à Chatou et à l'hôtel de Beauvau perpétuent sa mémoire.
1 - Lors de son embarquement sur le Massilia en juin 1940, Mandel insista pour emporter un lourd buste en bronze de Georges Clemenceau, son ancien mentor, geste de fidélité au moment où la France s'effondrait.
2 - Ministre des PTT, il favorisa la première émission officielle de télévision française, le 26 avril 1935 : sa compagne Béatrice Bretty y présenta une tournée de la Comédie-Française, devenant la première speakerine de l'histoire.
3 - À la tête des Postes, il créa en 1935 la ligne aéropostale intérieure Air Bleu et supprima la publicité radiophonique sur les ondes d'État, voulant rendre le service public plus efficace.
4 - Sa collection d'œuvres d'art, pillée par les nazis en 1940, refit surface des décennies plus tard : un tableau de Thomas Couture fut restitué à ses héritiers en 2019, suivi d'autres pièces en 2022.
5 - Figure étudiée bien après sa mort, il fit l'objet en 1994 d'une biographie signée Nicolas Sarkozy, Georges Mandel, le moine de la politique, ouvrage dont l'originalité fut ensuite contestée par plusieurs auteurs.
- Métier(s) : journaliste, homme politique (député, ministre)
- Résidence principale : Paris (16e arrondissement)
- Relations de couple : compagne, la comédienne Béatrice Bretty
- Enfants : une fille, Claude Mandel (née en 1930)
- Distinctions : reconnu comme « premier résistant » (Léon Blum) ; avenue Georges-Mandel à Paris ; timbre commémoratif émis en 1964
46 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
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« Vous craignez pour moi parce que je suis juif. Eh bien, c'est justement parce que je suis juif que je ne partirai pas demain, cela aurait l'air de dire que j'ai peur et que je m'enfuis. »
— Refus de quitter Bordeaux, juin 1940, propos rapportés (attribution discutée selon les historiens)
« Vous avez de grands devoirs à accomplir, général, mais avec l'avantage d'être au milieu de nous tous un homme intact… Ne pensez qu'à ce qui doit être fait pour la France, et songez que, le cas échéant, votre fonction actuelle pourra vous faciliter les choses. »
— Propos adressés à Charles de Gaulle, Tours, nuit du 13 au 14 juin 1940, rapportés par de Gaulle dans ses Mémoires de guerre (propos rapportés)
Les démocraties ne préparent la guerre qu'après l'avoir déclarée.
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