Gilles de Rais

1404–1440 · † à 36 ans
Naissance
1404
Champtocé-sur-Loire (49), France
Décès
26 oct. 1440
pendaison
21 personnalités prénommées Gilles

Biographie

Gilles de Rais, baron et chevalier français (vers 1404-1440), maréchal de France et compagnon d'armes de Jeanne d'Arc lors de la guerre de Cent Ans, fut jugé et exécuté à Nantes pour l'enlèvement et le meurtre d'enfants, l'un des premiers grands procès criminels de l'histoire médiévale.


Parcours

Né vers 1404 au château de Champtocé-sur-Loire, en Anjou, Gilles de Montmorency-Laval hérite d'une position d'exception : fils de Guy de Laval-Rais, seigneur, et de Marie de Craon, il est issu des maisons de Laval et de Montmorency, parmi les lignées nobiliaires les plus importantes de l'Ouest de la France. Orphelin vers 1415, il est placé sous la tutelle de son grand-père maternel Jean de Craon, seigneur de La Suze et de Champtocé. En 1422, il épouse Catherine de Thouars au château de Chalonnes-sur-Loire, consolidant un patrimoine de plusieurs dizaines de domaines répartis entre la Bretagne, l'Anjou, le Poitou, le Maine et l'Angoumois. Sa baronnie de Retz figure parmi les six baronnies les plus anciennes du duché de Bretagne. Par une alliance contractée en 1429, il se lie à Georges de La Trémoille, son cousin et grand chambellan du roi Charles VII, renforçant sa position à la cour royale.

À partir de 1427, Gilles de Rais s'engage contre les Anglais aux confins du Maine, aux côtés de Jacques de Dinan, seigneur de Beaumanoir, et du capitaine Ambroise de Loré. En avril 1429, il commande avec le maréchal Jean de Brosse l'escorte du convoi de ravitaillement destiné à Orléans assiégée, contribuant à la levée du siège anglais. Le 17 juillet 1429, lors du sacre de Charles VII à Reims, il est élevé à la dignité de maréchal de France. Désigné avec trois autres seigneurs pour transporter la Sainte Ampoule depuis la basilique Saint-Remi jusqu'à la cathédrale, il reçoit également le privilège d'ajouter les armes de France à son blason, distinction partagée uniquement avec Jeanne d'Arc. En 1432, il contribue à la levée du siège de Lagny-sur-Marne. Après la mort de Jean de Craon en 1432 et la disgrâce de La Trémoille en 1433, il se désengage progressivement du service royal, aliène ses terres et s'entoure d'alchimistes, dont le clerc italien François Prelati.


Controverse

En mai 1440, Gilles de Rais s'empare de l'église de Saint-Étienne-de-Mer-Morte lors d'un litige foncier, violant les immunités ecclésiastiques et portant atteinte à la suzeraineté du duc Jean V de Bretagne. Arrêté le 15 septembre 1440 au château de Machecoul, il comparaît devant le tribunal ecclésiastique de Nantes présidé par l'évêque Jean de Malestroit, ainsi que devant la cour séculière du duché. L'acte d'accusation ecclésiastique mentionne le meurtre de cent quarante enfants ou davantage au cours des quatorze années précédentes, auxquels s'ajoutent des chefs d'hérésie et de sodomie. La juridiction séculière juge les enlèvements et meurtres d'enfants commis sur ses terres. Après avoir refusé de reconnaître le tribunal - ce qui entraîna son excommunication temporaire - Gilles de Rais confesse publiquement ses crimes le 22 octobre 1440. Le médiéviste Jacques Chiffoleau a souligné la nécessité d'interpréter ces aveux à la lumière de la procédure inquisitoriale et de la menace de torture ; la majorité des historiens ne remet pas en cause la culpabilité du condamné. En 1992, l'écrivain Gilbert Prouteau organisa une cour arbitrale autoproclamée qui proclama Gilles de Rais innocent, alléguant un complot de Jean V de Bretagne et de Jean de Malestroit ; cette thèse est rejetée par les historiens professionnels.


Repères chronologiques

Vers 1404 : Naissance au château de Champtocé-sur-Loire, Anjou
1415 : Décès de son père Guy de Laval-Rais et de sa mère Marie de Craon ; Gilles est confié à son grand-père Jean de Craon
1422 : Mariage avec Catherine de Thouars, célébré au château de Chalonnes-sur-Loire
1427-1428 : Campagnes militaires dans le Maine avec Jacques de Dinan et Ambroise de Loré
29 avril 1429 : Participe au convoi de ravitaillement pour Orléans assiégée et contribue à la levée du siège
17 juillet 1429 : Élevé à la dignité de maréchal de France lors du sacre de Charles VII à Reims
8 septembre 1429 : Participe au siège de Paris aux côtés de Jeanne d'Arc
1432 : Contribue à la levée du siège de Lagny-sur-Marne ; mort de son grand-père Jean de Craon
1435 : Mis sous interdit par Charles VII sur plainte de sa famille pour dilapidation du patrimoine
Vers 1438 : Collaboration avec des alchimistes dont François Prelati pour tenter d'invoquer des démons
15 mai 1440 : S'empare de l'église de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, violant les immunités ecclésiastiques
15 septembre 1440 : Arrêté au château de Machecoul par les hommes de Jean V de Bretagne
22 octobre 1440 : Confession publique devant le tribunal ecclésiastique de Nantes
26 octobre 1440 : Exécuté par pendaison et bûcher à Nantes avec ses serviteurs Étienne Corrillaut dit Poitou et Henri Griart dit Henriet


Vie personnelle et engagements

Gilles de Rais est l'aîné de deux fils nés de Guy de Laval-Rais et de Marie de Craon. Son frère cadet René de Rais, dit René de La Suze, naît vers 1414. À la mort de leurs parents vers 1415, les deux enfants sont confiés à leur grand-père maternel Jean de Craon, seigneur de La Suze et de Champtocé. En 1422, Gilles épouse Catherine de Thouars, fille de Miles II de Thouars et de Béatrice de Montjean. Le couple a une fille unique, Marie de Rais, née vers 1433-1434, qui épousera successivement l'amiral Prigent de Coëtivy puis le maréchal André de Lohéac.

Au faîte de sa puissance, Gilles de Rais maintient à sa suite plus de deux cents hommes à cheval ainsi qu'une domesticité de chapelains, musiciens et pages. Il entretient une chapelle privée dédiée aux Saints Innocents, dotée d'ornements d'or enrichis de pierreries et d'un orgue portatif. Ses alliances incluent une fraternité politique avec Georges de La Trémoille et des rapports avec Arthur de Richemont, connétable de France. En 1435, son frère René de La Suze et ses cousins de la maison de Laval, dont André de Lohéac, obtiennent de Charles VII sa mise sous interdit pour dilapidation du patrimoine.


Contexte du décès

Gilles de Rais est mis à mort par pendaison, son corps étant partiellement brûlé au bûcher, le 26 octobre 1440 à Nantes. Il est exécuté simultanément avec ses deux serviteurs complices, Étienne Corrillaut dit Poitou et Henri Griart dit Henriet, tous deux condamnés pour leur participation aux meurtres. Selon les chroniques contemporaines, il demande à être exécuté le premier pour donner l'exemple à ses gens ; sa requête est accordée. En raison de sa condition nobiliaire, son corps est placé dans un cercueil avant d'être partiellement brûlé. Des dames de son lignage recueillent ses cendres pour les inhumer. La condamnation avait été prononcée par le duc Jean V de Bretagne (juridiction séculière) et l'évêque Jean de Malestroit (tribunal ecclésiastique).


Lieux de mémoire

Les restes de Gilles de Rais sont inhumés dans l'église du monastère des Carmes, Notre-Dame des Carmes, à Nantes, où ses cendres furent déposées après l'exécution du 26 octobre 1440. Les ruines des châteaux de Machecoul et de Tiffauges, liés à ses crimes et à son procès, constituent les principaux sites de mémoire associés à sa vie. Le château de Champtocé-sur-Loire, lieu de sa naissance, est partiellement conservé.


Anecdotes

1 - Le 17 juillet 1429, lors du sacre de Charles VII à Reims, Gilles de Rais est l'un des quatre seigneurs désignés pour transporter solennellement la Sainte Ampoule depuis la basilique Saint-Remi jusqu'à la cathédrale, charge réservée aux plus hauts dignitaires du royaume.
2 - Charles VII lui accorde le droit d'ajouter à son blason une bordure aux armes de France, fleurs de lis d'or sur champ d'azur, faveur partagée uniquement avec Jeanne d'Arc à l'issue de la campagne de la Loire de 1429.
3 - Dans sa confession de 1440, Gilles de Rais attribue ses crimes à la lecture d'un ouvrage de Suétone décrivant les pratiques de Tibère et de Caligula envers des enfants, livre découvert dans la bibliothèque de son grand-père Jean de Craon ; les historiens voient là un argument de déresponsabilisation personnelle.
4 - En 1439, lors d'un séjour à Orléans, Gilles dépense de quatre-vingts à cent mille écus selon les sources contemporaines, dont une part pour des représentations théâtrales somptueuses ; l'historien Matei Cazacu lui attribue le mécénat du Mystère du siège d'Orléans, pièce de plus de 20 000 vers commémorant la levée du siège de 1429.
5 - Le philosophe Georges Bataille publie en 1959 une édition commentée des actes du procès de Gilles de Rais, qui devient un ouvrage de référence pour les médiévistes et contribue à inscrire la figure du baron dans le débat intellectuel du XXe siècle.
6 - L'association entre Gilles de Rais et le personnage du conte La Barbe bleue de Charles Perrault reste historiquement contestée : le conte, publié en 1697, met en scène un meurtrier de femmes et non d'enfants, et aucune source médiévale n'établit de lien direct entre les deux figures.


Points clés

- Métier(s) : Chevalier, seigneur, maréchal de France
- Résidence principale : Château de Machecoul (Bretagne)
- Relations de couple : Catherine de Thouars (épouse, 1422)
- Enfants : Marie de Rais (vers 1433-1434)
- Distinctions : Maréchal de France (1429) ; droit d'adjoindre les armes de France à son blason

Autres militaires

Citation

Cette idée diabolique me vint il y a huit ans, année où mourut le sire de Suze, mon parent. Me trouvant alors par hasard dans la bibliothèque de son château, je trouvai un livre latin sur la vie et les moeurs des empereurs romains, écrit par le savant historien Suétone.

— Aveux de Gilles de Rais devant le tribunal ecclésiastique de Nantes, 22 octobre 1440 ; reproduit in Eugène Bossard, Gilles de Rais, dit Barbe-Bleue, Paris, H. Champion, 1886

Questions autour de Gilles de Rais

Quel est le vrai nom de Gilles de Rais ?
Son nom complet est Gilles de Montmorency-Laval, baron de Rais. Il est aussi orthographié Gilles de Retz ou Gilles de Rays dans les sources médiévales, en référence à sa baronnie de Retz.
Quel titre Gilles de Rais a-t-il obtenu lors du sacre de Charles VII ?
Gilles de Rais est élevé à la dignité de maréchal de France le 17 juillet 1429, jour du sacre de Charles VII à Reims, en reconnaissance de ses services militaires lors de la guerre de Cent Ans.
Gilles de Rais est-il à l'origine du conte de Barbe-Bleue ?
Cette association est historiquement contestée. Le conte La Barbe bleue de Charles Perrault est publié en 1697, soit 257 ans après la mort de Gilles de Rais. Le personnage du conte est un meurtrier de femmes et non d'enfants, et aucune source médiévale n'établit de lien direct.
Qui était l'épouse de Gilles de Rais ?
Gilles de Rais épouse Catherine de Thouars en 1422, cérémonie célébrée au château de Chalonnes-sur-Loire. Le couple a une fille unique, Marie de Rais, née vers 1433-1434.
Où est enterré Gilles de Rais ?
Gilles de Rais est inhumé dans l'église du monastère des Carmes, Notre-Dame des Carmes, à Nantes, où ses cendres furent déposées après son exécution le 26 octobre 1440.
Pourquoi Gilles de Rais a-t-il été exécuté ?
Gilles de Rais est condamné à mort en 1440 par un tribunal ecclésiastique pour hérésie, sodomie et meurtre d'au moins cent quarante enfants, et par la justice séculière du duché de Bretagne pour rébellion et crimes contre des enfants. Il est exécuté par pendaison et bûcher à Nantes le 26 octobre 1440.
À quel âge est mort Gilles de Rais ?
Gilles de Rais est mort à environ 36 ans, le 26 octobre 1440.
Qui est mort le même jour que Gilles de Rais ?
Carlo Collodi, Françoise Bertin, Jack DeJohnette, Khun Sa et Michèle Barzach sont morts le 26 octobre comme Gilles de Rais.
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