Le président togolais Gnassingbé Eyadéma a dirigé son pays durant trente-huit années consécutives. Né le 15 avril 1935 à Pya, son pouvoir fut marqué par un régime à parti unique, un culte de la personnalité et une stabilité autoritaire.
Issu de l'ethnie Kabyè, il s'engage dans l'armée coloniale française en 1953, participant aux conflits en Indochine et en Algérie. De retour au Togo après l'indépendance, il joue un rôle central dans le premier coup d'État du pays en 1963, qui renverse Sylvanus Olympio. Chef d'état-major, il s'empare officiellement de la présidence le 14 avril 1967 à la faveur d'un nouveau putsch militaire. Dès lors, il instaure un régime à parti unique sous l'égide du Rassemblement du peuple togolais. Sa longévité au pouvoir s'appuie sur le contrôle étroit des forces armées et une diplomatie active au sein des instances régionales africaines. Survivant de l'accident d'avion de Sarakawa en 1974, il transforme cet événement en mythe fondateur de son pouvoir, nationalisant au passage les ressources de phosphate du pays.
Dans les années quatre-vingt-dix, face au vent de démocratisation soufflant sur le continent, il accepte la tenue d'une Conférence nationale souveraine mais parvient à conserver les leviers du pouvoir. Malgré les critiques internationales sur les processus électoraux, il est systématiquement réélu jusqu'à son décès. Il joue un rôle de médiateur dans les crises ouest-africaines, notamment au Tchad et en Côte d'Ivoire. En février 2005, sa disparition soudaine crée un vide politique, immédiatement comblé par son fils dans des conditions contestées par la communauté internationale. Son héritage reste contrasté, entre modernisation des infrastructures et verrouillage politique des institutions togolaises. Son règne demeure l'un des plus longs de l'histoire de l'Afrique post-coloniale.
Son régime a été régulièrement dénoncé par les organisations internationales pour de graves violations des droits de l'homme, incluant des exécutions extrajudiciaires et l'usage de la torture contre les opposants. La polémique la plus persistante concerne son implication directe dans l'assassinat du premier président togolais, Sylvanus Olympio, en 1963, un acte dont il s'était lui-même vanté avant de se rétracter. En 1999, un rapport d'Amnesty International dénonçant des centaines de meurtres lors de l'élection présidentielle de 1998 a provoqué une crise diplomatique, le pouvoir togolais engageant alors des poursuites judiciaires contre l'organisation pour diffamation.
1935 : Naissance le 15 avril à Pya, dans le nord du Togo.
1953 : Engagement dans l'armée française.
1963 : Participation au coup d'État contre le président Sylvanus Olympio.
1967 : Prise du pouvoir officiel en avril.
1969 : Fondation du Rassemblement du peuple togolais (RPT).
1974 : Accident d'avion de Sarakawa auquel il survit en janvier.
1979 : Élection à la présidence de la République au suffrage universel.
1991 : Ouverture forcée au multipartisme suite aux émeutes de Lomé.
1993 : Réélection lors d'un scrutin boycotté par l'opposition.
1998 : Réélection contestée face à Gilchrist Olympio.
2002 : Modification de la Constitution pour briguer un nouveau mandat.
2005 : Décès le 5 février lors de son évacuation sanitaire.
Fils de Gnassingbé et de Maman N'Danida, il grandit dans un milieu rural au nord du pays, conservant toute sa vie un lien avec son village de Pya. Son éducation militaire française a forgé son rapport hiérarchique au monde. Sa vie privée fut marquée par une polygamie traditionnelle assumée, avec une épouse officielle, Badagnaki Gnassingbé, qui l'accompagnait lors des réceptions d'État. Père d'une progéniture estimée à plusieurs dizaines d'enfants, il a préparé son fils, Faure Gnassingbé, aux plus hautes fonctions dès les années deux mille. Il entretenait des relations personnelles étroites avec Jacques Chirac et d'autres leaders africains historiques tels que Félix Houphouët-Boigny ou Mobutu Sese Seko. Il fut l'un des membres fondateurs de la CEDEAO en 1975. Passionné par la culture Kabyè, il organisait chaque année les luttes traditionnelles Evala.
Le chef d'État succombe à une crise cardiaque massive le 5 février 2005, alors qu'il se trouve à bord de l'avion présidentiel le transportant vers la France pour une hospitalisation d'urgence. Son décès est officiellement annoncé par le Premier ministre le soir même à la radio nationale. Ses obsèques nationales à Lomé réunissent de nombreux chefs d'État africains et des représentants de haut rang. La cérémonie, mêlant rites catholiques et hommages militaires, précède son inhumation dans son village natal de Pya, conformément à ses vœux.
Sa sépulture se situe à Pya, son village natal. À Lomé, le mémorial de Sarakawa et la place de l'Indépendance conservent des statues et édifices en son souvenir. Sa résidence privée de Pya reste un centre de pouvoir symbolique pour la famille Gnassingbé et les élites militaires du nord du pays.
1 - En 1974, il est l'un des rares survivants d'un crash d'avion qui tue plusieurs de ses conseillers proches. Il exploita cet événement pour affirmer qu'il bénéficiait d'une protection divine, renforçant ainsi son aura auprès des populations rurales.
2 - Le président portait systématiquement une canne sculptée lors de ses apparitions publiques, un attribut de chef traditionnel symbolisant son autorité sur les clans togolais.
3 - Il imposait que des groupes d'animation chantent ses louanges avant chacun de ses discours officiels. Ces chorales, composées de milliers de femmes vêtues de tissus à son effigie, étaient un rouage de sa communication politique.
4 - Il était connu pour sa passion pour la chasse au gros gibier et possédait une réserve privée où il invitait ses hôtes internationaux pour des safaris diplomatiques.
Métier(s) : Militaire, Chef d'État
Résidence principale : Lomé, Togo
Relations de couple : Badagnaki Gnassingbé (officielle)
Enfants : Faure Gnassingbé, Kpatcha Gnassingbé, Rock Gnassingbé (entre autres)
Distinctions : Grand-croix de la Légion d'honneur