Héloïse

1092–1164 · † à 72 ans
Naissance
1092
Montlhéry (91), France
Décès
16 mai 1164
Nationalité

Biographie

Née vers 1092 et morte le 16 mai 1164, Héloïse est une intellectuelle française du Moyen Âge, épouse de Pierre Abélard et première abbesse du Paraclet. Femme de lettres exceptionnelle de son temps, elle est connue pour sa correspondance latine avec Abélard et pour avoir affirmé une pensée propre du désir féminin.


Parcours

Héloïse grandit auprès des bénédictines de l'abbaye Notre-Dame d'Argenteuil, qui lui enseignent dès l'âge de sept ans la lecture et la grammaire. Adolescente, son éducation est confiée à son oncle maternel Fulbert, chanoine du chapitre cathédral de Notre-Dame de Paris, qui l'introduit au trivium et au cursus des arts libéraux. Sa maîtrise du latin, du grec et de l'hébreu, ainsi que son audace de consacrer ses études à un domaine non religieux, en font l'une des figures intellectuelles les plus en vue de Paris. Vers 1114-1115, Fulbert prend en pension sous son toit Pierre Abélard, alors écolâtre de l'école cathédrale du Cloître Notre-Dame, qui devient son précepteur. Une liaison s'engage entre le maître, de treize ans son aîné, et son élève. Abélard compose des chansons en latin à la gloire d'Héloïse, reprises par les goliards à travers tout l'Occident.

De cette union naît un fils, baptisé Astralabe, en 1116 ou 1117, qu'Héloïse met au monde au Pallet en Bretagne chez Denyse, la sœur d'Abélard. Le mariage secret qui suit est rendu public par Fulbert, ce qu'Héloïse refuse de reconnaître. Pour la soustraire à son oncle, Abélard la place comme pensionnaire au couvent d'Argenteuil. Fulbert, se croyant trahi, fait châtrer Abélard par des hommes de main. Héloïse prend alors le voile des mains de l'évêque de Paris Girbert, en obéissance à son époux. Devenue prieure d'Argenteuil, elle en est chassée en 1129 par Suger, abbé de Saint-Denis. Abélard lui offre alors l'oratoire qu'il avait fondé à Quincey, dans le comté de Champagne. Le 28 novembre 1131, le pape Innocent II confirme la fondation par privilège accordé à l'évêque Hatton de Troyes.


Repères chronologiques

vers 1092 : naissance, probablement à Paris ou en région parisienne
vers 1099 : entrée à l'abbaye Notre-Dame d'Argenteuil pour son éducation
vers 1113-1114 : éducation confiée à son oncle Fulbert à Paris
vers 1115 : début de la liaison avec Pierre Abélard
1116 ou 1117 : naissance de son fils Astralabe au Pallet
1117 : mariage secret à Paris, puis castration d'Abélard
1118 : prise du voile à l'abbaye d'Argenteuil
vers 1128 : prieure d'Argenteuil
1129 : expulsion d'Argenteuil par Suger, installation au Paraclet
28 novembre 1131 : privilège pontifical d'Innocent II validant la fondation
vers 1132 : première lettre conservée à Abélard, début de la correspondance latine
1135 : Héloïse reçoit le titre d'abbesse
1142 : mort d'Abélard à Saint-Marcel-lès-Chalon ; transfert du corps au Paraclet
1146 : obtention de plusieurs centaines d'hectares pour le Paraclet
16 mai 1164 : mort d'Héloïse au Paraclet


Vie personnelle et engagements

La filiation d'Héloïse reste discutée par les historiens. Sa mère se prénomme Hersende, identifiée par plusieurs travaux universitaires à Hersende de Champagne, dame de Montsoreau, dont on pense qu'elle aurait fondé l'abbaye de Fontevraud sous l'influence de Robert d'Arbrissel. Son père pourrait être Gilbert de Garlande, Grand bouteiller de France et frère du chancelier Étienne de Garlande, selon l'hypothèse avancée par l'historien Guy Lobrichon. Élevée à l'abbaye Notre-Dame d'Argenteuil puis à Paris sous la tutelle de son oncle Fulbert, chanoine de Notre-Dame, elle épouse en 1117 Pierre Abélard, dont elle a un fils, Astralabe, élevé en Bretagne par Denyse, la sœur d'Abélard.

Astralabe poursuit le cursus des arts libéraux à Nantes sous la houlette de son oncle paternel Porchaire, chanoine du chapitre de la cathédrale. Devenue abbesse, Héloïse entretient des relations étroites avec ses protecteurs de la cour de Champagne, notamment le comte Thibaut IV de Blois, qui lui octroie le terrain initial du Paraclet. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, devient son interlocuteur après la mort d'Abélard. Elle se trouve en revanche en opposition avec Bernard de Clairvaux, qui inspecte le Paraclet en 1139 et conteste son rituel liturgique. Sa correspondance latine et sa direction du Paraclet en font une figure pionnière de l'éducation des femmes.


Contexte du décès

Héloïse meurt le 16 mai 1164 à l'abbaye du Paraclet, près de Nogent-sur-Seine, dont elle assure la direction depuis plus de trente ans. La cause précise du décès n'a pas été établie par les sources médiévales. Conformément à ses volontés, elle est inhumée dans la chapelle du Petit Moustier, auprès de son époux Pierre Abélard, dont elle avait obtenu en 1144 le transfert depuis le prieuré clunisien de Saint-Marcel-lès-Chalon avec l'accord de Pierre le Vénérable. Selon une tradition rapportée par les chroniqueurs, ses ossements rejoignent ceux d'Abélard dans le même tombeau. Le poète François Villon évoquera cette union posthume dans la Ballade des dames du temps jadis, composée en 1460.


Lieux de mémoire

Les restes d'Héloïse et d'Abélard reposent depuis 1817 dans un mausolée néogothique conçu par Alexandre Lenoir, dans la 7ᵉ division du cimetière du Père-Lachaise à Paris. Le monument funéraire est classé au titre des monuments historiques par arrêté du 14 novembre 1983 et compte parmi les sépultures les plus visitées de France.


Anecdotes

1 - Avant même sa rencontre avec Pierre Abélard, Héloïse était déjà célèbre à Paris pour ses connaissances en latin, en grec et en hébreu, ce qui était inouï pour une femme de son temps selon la chronique d'Abélard lui-même.
2 - Le prénom de leur fils, Astralabe, ne renvoyait à aucun saint chrétien mais à un instrument astrologique utilisé pour mesurer la position des astres, un choix très inhabituel au début du XIIᵉ siècle.
3 - À la demande d'Héloïse, Abélard composa pour le Paraclet un hymnaire de cent trente pièces, paroles et musique, dont le mélancolique O Quanta Qualia, faisant de l'abbaye le premier centre de musique sacrée de son temps.
4 - Héloïse commanda à Abélard la première exégèse chrétienne du Livre de la Genèse depuis saint Jérôme, inspirée des commentaires du rabbin Rachi de Troyes, dont Abélard avait accès au texte original grâce à ses amitiés rabbiniques.
5 - Quatre-vingts ans avant Claire d'Assise, Héloïse se préoccupa de doter son abbaye d'une règle monastique spécifiquement féminine, prenant en compte les contraintes propres à la vie des moniales, négligées par la règle de saint Benoît.
6 - En 1497, lors d'une translation rendue nécessaire par les inondations au Paraclet, une abbesse fit séparer les ossements d'Héloïse et d'Abélard, qui reposaient jusqu'alors dans un même cercueil.


Points clés

- Métier(s) : abbesse, théologienne, philosophe, femme de lettres
- Résidence principale : abbaye du Paraclet, près de Nogent-sur-Seine
- Relations de couple : épouse de Pierre Abélard depuis 1117
- Enfants : Astralabe, né vers 1116-1117
- Distinctions : première abbesse du Paraclet, titre conféré en 1135

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Citations

« Rien de toi, jamais, Dieu le sait, je n'ai requis, si ce n'est toi. »

— Première lettre d'Héloïse à Abélard, vers 1132 (traduit du latin)

« Il m'aurait paru plus souhaitable et plus digne d'être ta courtisane plutôt que l'impératrice d'Auguste. »

— Première lettre d'Héloïse à Abélard, vers 1132 (traduit du latin)

« Le nom d'épouse paraît plus sacré, mais j'aurais voulu, au risque de te choquer, celui de concubine et de putain. »

— Première lettre d'Héloïse à Abélard, vers 1132 (traduit du latin)

« Rien de toi, jamais, Dieu le sait, je n'ai requis, si ce n'est toi. »

— Première lettre d'Héloïse à Abélard, vers 1132 (traduit du latin)

« Il m'aurait paru plus souhaitable et plus digne d'être ta courtisane plutôt que l'impératrice d'Auguste. »

— Première lettre d'Héloïse à Abélard, vers 1132 (traduit du latin)

« Le nom d'épouse paraît plus sacré, mais j'aurais voulu, au risque de te choquer, celui de concubine et de putain. »

— Première lettre d'Héloïse à Abélard, vers 1132 (traduit du latin)

Questions autour de Héloïse

Qui était Héloïse, l'abbesse du Paraclet ?
Héloïse est une intellectuelle française du Moyen Âge, épouse de Pierre Abélard et première abbesse de l'abbaye féminine du Paraclet. Elle est l'une des plus anciennes femmes de lettres de l'Occident chrétien.
Qu'est devenu Astralabe, le fils d'Héloïse et Abélard ?
Astralabe, né vers 1116-1117 au Pallet, fut élevé en Bretagne par Denyse, la sœur d'Abélard. Il poursuivit le cursus des arts libéraux à Nantes sous la houlette de son oncle paternel Porchaire et serait devenu chanoine du chapitre de Nantes.
Héloïse a-t-elle épousé Pierre Abélard ?
Oui, Héloïse épousa secrètement Pierre Abélard à Paris en 1117, après la naissance de leur fils Astralabe. Héloïse exigea le secret du mariage pour ne pas compromettre la carrière ecclésiastique d'Abélard.
Pourquoi Héloïse est-elle entrée au couvent ?
Héloïse prit le voile en 1118 à l'abbaye d'Argenteuil, contrainte par son époux Pierre Abélard après la castration de celui-ci par les hommes de main de Fulbert. Elle s'y plia par obéissance, non par vocation.
Quelle œuvre a laissé Héloïse ?
Héloïse a laissé une correspondance latine échangée avec Pierre Abélard à partir de 1132, considérée comme un monument fondateur de la littérature française. On lui doit aussi les Problemata Heloissae et la règle monastique du Paraclet.
Où se trouve le tombeau d'Héloïse ?
Le tombeau d'Héloïse et de Pierre Abélard se trouve depuis 1817 dans la 7ᵉ division du cimetière du Père-Lachaise à Paris. Le monument funéraire néogothique est classé au titre des monuments historiques depuis 1983.
À quel âge est morte Héloïse ?
Héloïse est morte à environ 72 ans, le 16 mai 1164.
Qui est mort le même jour que Héloïse ?
Dabney Coleman, Mick Micheyl, Charles Perrault, François Maistre et Andy Kaufman sont morts le 16 mai comme Héloïse.
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