Cette année marque le 10ᵉ anniversaire de sa disparition.
Ancien dirigeant autoritaire de l'Ouzbékistan, Islam Karimov a façonné le destin de sa nation depuis l'effondrement de l'Union soviétique jusqu'à sa disparition. Son règne, marqué par une centralisation absolue du pouvoir, demeure l'un des plus longs et des plus contestés d'Asie centrale.
Né à Samarcande durant l'ère soviétique, Islam Karimov gravit les échelons du Parti communiste ouzbek avant de devenir Premier secrétaire en 1989. Lors de l'accession à l'indépendance en 1991, il est élu président de la République d'Ouzbékistan, entamant une gouvernance caractérisée par une main de fer. Sur le plan économique, il refuse les thérapies de choc occidentales, privilégiant un modèle de développement graduel mais strictement contrôlé par l'État. Karimov se positionne comme un rempart contre l'extrémisme religieux dans la région, ce qui lui permet de nouer des alliances stratégiques fluctuantes avec les États-Unis, notamment après les attentats du 11 septembre, avant de se rapprocher de nouveau de la Russie. Sa politique étrangère est définie par une recherche constante de souveraineté et d'équilibre entre les grandes puissances mondiales.
Durant ses mandats successifs, souvent critiqués par les observateurs internationaux pour leur manque de pluralisme, il modernise les infrastructures du pays tout en maintenant un contrôle social rigoureux. La fin de son parcours est marquée par des enjeux de succession complexes au sein de l'élite ouzbèke. Le 2 septembre 2016, les autorités annoncent officiellement son décès des suites d'une hémorragie cérébrale, après plusieurs jours de rumeurs persistantes. Sa disparition ouvre une période de transition dirigée par son ancien Premier ministre, Shavkat Mirziyoyev. Karimov laisse derrière lui un pays structurellement stable mais marqué par le poids d'un appareil sécuritaire omniprésent. Son héritage fait aujourd'hui l'objet d'un culte de la personnalité entretenu par des monuments officiels à Tachkent et Samarcande, symbolisant l'unité nationale ouzbèke sous son ère.
Islam Karimov a été vivement condamné par les ONG internationales pour le massacre d'Andijan en 2005, où l'armée a ouvert le feu sur des manifestants. Son régime a été régulièrement accusé de tortures systématiques et de travail forcé dans les champs de coton. Sa fille aînée, Gulnara Karimova, a également été au centre de vastes scandales de corruption et de blanchiment d'argent internationaux, ternissant l'image de la présidence à la fin de son règne.
1938 : Naissance le 30 janvier à Samarcande, Ouzbékistan.
1960 : Diplômé de l'Institut Polytechnique d'Asie centrale.
1983 : Nommé ministre des Finances de la RSS d'Ouzbékistan.
1989 : Devient Premier secrétaire du Parti communiste ouzbek.
1991 : Proclamation de l'indépendance et élection à la présidence.
1995 : Prolongation de son mandat par référendum national.
2002 : Accord stratégique avec les USA pour l'usage de la base de Karchi-Khanabad.
2005 : Répression sanglante des manifestations dans la ville d'Andijan.
2007 : Réélection pour un troisième mandat présidentiel.
2015 : Dernière réélection avec plus de 90 % des voix exprimées.
2016 : Décès officiel annoncé le 2 septembre à Tachkent.
D'origine modeste, Islam Karimov passe une partie de son enfance dans un orphelinat d'État, une expérience qui a profondément influencé son caractère résilient et méfiant. Il se forme à l'ingénierie mécanique puis à l'économie, disciplines qui structurent sa vision technocratique de la gestion du pays. Marié en premières noces à Natalya Kuchmi, il s'unit ensuite à Tatyana Akbarovna Karimova, une économiste d'origine tadjike et russe qui a joué un rôle discret mais influent à ses côtés. Il est le père de deux filles, Gulnara et Lola, dont les parcours respectifs dans les affaires et la diplomatie ont souvent été scrutés par la presse internationale et les services de renseignement étrangers.
Peu enclin aux mondanités, Karimov était passionné par l'histoire de Tamerlan, qu'il a érigé en figure tutélaire de la nation pour légitimer son propre pouvoir. Ses cercles sociaux étaient restreints aux membres du Conseil de sécurité et à une élite fidèle issue des clans de Samarcande et de Tachkent. Ses engagements se limitaient strictement à la sphère étatique, percevant toute forme d'activisme indépendant comme une menace à la stabilité nationale. Il cultivait une image de "père de la nation" protecteur, mettant en avant les valeurs familiales traditionnelles ouzbèkes dans ses discours officiels. Privé de mentors extérieurs, il a dirigé seul, s'appuyant sur une loyauté sans faille de son entourage immédiat.
Âgé de 78 ans, Islam Karimov a succombé à une hémorragie cérébrale massive après une hospitalisation d'urgence à Tachkent. L'annonce de sa mort a été retardée de plusieurs jours par le gouvernement, provoquant une incertitude politique mondiale. Ses funérailles ont eu lieu à Samarcande, sa ville natale, lors d'une cérémonie d'État solennelle en présence de délégations étrangères russes et chinoises. Le cortège funèbre a été salué par des milliers d'Ouzbeks le long du parcours. L'éloge funèbre a été prononcé par Shavkat Mirziyoyev, soulignant le rôle historique du défunt dans la fondation de l'Ouzbékistan moderne. Un deuil national de trois jours a été décrété sur l'ensemble du territoire.
Sa sépulture se trouve dans le complexe historique de Hazrat Khizr à Samarcande, où un mausolée imposant a été édifié en son honneur pour les pèlerinages nationaux.
1 - Il était réputé pour son tempérament colérique et n'hésitait pas à réprimander publiquement ses ministres lors de sessions télévisées.
2 - Karimov a interdit l'utilisation du mot "Ouzbékistan" dans les noms de marques privées sans autorisation gouvernementale explicite.
3 - Malgré son passé soviétique, il a orchestré le passage de l'alphabet cyrillique au latin pour éloigner culturellement son pays de l'influence russe.
- Métier(s) : Homme d'État, ingénieur, économiste.
- Résidence principale : Palais présidentiel d'Oqsaroy, Tachkent.
- Relations de couple : Marié à Tatyana Karimova.
- Enfants : Gulnara Karimova, Lola Karimova-Tillyaeva.
- Distinctions : Ordre de la Toison d'or (Géorgie), Grand-Croix de la Légion d'honneur.