Résumé biographique

Né le 8 décembre 1938 à Montreuil, Jean-Paul Goude est un graphiste, illustrateur et metteur en scène d’images qui a marqué la publicité et la culture visuelle, des couvertures d’Esquire au défilé du bicentenaire et aux campagnes emblématiques pour Chanel.


Parcours

Fils d’une danseuse américaine de music-hall et d’un père français, Jean-Paul Goude grandit à Saint-Mandé, en banlieue parisienne, nourri par les magazines illustrés que sa mère fait venir des États-Unis. Après des études à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, il devient illustrateur en 1964 pour les grands magasins du Printemps, imposant très tôt un style mêlant dessin, collage et déformation des corps. En 1970, il s’installe à New York et est nommé directeur artistique du magazine Esquire, où ses couvertures expérimentales, entre photomontage et satire, renouvellent l’image du titre. Dans ces années américaines, il affine un langage visuel fondé sur la stylisation extrême, la chorégraphie des poses et la théâtralisation des modèles.

De retour en France, il devient le créateur d’images d’une génération, notamment à travers sa collaboration avec Grace Jones, dont il façonne l’iconographie scénique, les pochettes d’albums et le film-concert A One Man Show. En 1982, il publie le livre Jungle Fever, manifeste de son imaginaire autour des corps et du métissage, puis signe des campagnes marquantes pour Perrier, Citroën, Kodak ou Chanel, dont le célèbre film pour le parfum Coco avec Vanessa Paradis en oiseau en cage. En 1989, il conçoit le grand défilé du bicentenaire de la Révolution française sur les Champs-Élysées, qui consacre sa renommée internationale. Depuis les années 2000, ses rétrospectives, dont Goudemalion au musée des Arts décoratifs, et des ouvrages comme Tout Goude ou So Far So Goude, installent son œuvre dans les institutions.


Controverse

Une part importante du travail de Jean-Paul Goude repose sur des représentations stylisées des corps noirs et métissés, notamment à travers Grace Jones et les images réunies dans Jungle Fever. Ces mises en scène spectaculaires, jouant sur l’exagération et la caricature, ont suscité de nombreux débats critiques sur l’objectification et l’exotisation, certains commentateurs y voyant la reprise de stéréotypes coloniaux, d’autres insistant sur la dimension de performance assumée par les modèles. En 2014, sa séance pour la couverture « Break the Internet » de Paper avec Kim Kardashian relance la polémique autour de son usage des références à l’histoire raciale, des voix dénonçant une esthétique jugée fétichisante, tandis que l’artiste revendique un travail sur les codes de la culture populaire et des clichés médiatiques.


Repères chronologiques

1938 : Naissance à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, d’un père français et d’une mère danseuse américaine.
1964 : Débuts comme illustrateur pour les magasins du Printemps à Paris.
1970 : Installation à New York et nomination comme directeur artistique du magazine Esquire pour la première moitié des années 1970.
1979 : Naissance de son fils Paulo, issu de sa relation avec Grace Jones.
1982 : Conçoit le spectacle vidéo A One Man Show pour Grace Jones et publie le livre Jungle Fever.
1989 : Orchestration du défilé du bicentenaire de la Révolution française sur les Champs-Élysées.
2001 : Devient directeur artistique des campagnes des Galeries Lafayette, fonction qu’il occupe pendant plus d’une décennie.
2009 : Reçoit un Lucie Award récompensant l’ensemble de sa contribution à la photographie et à l’image de mode.
2011 : Rétrospective Goudemalion au musée des Arts décoratifs à Paris, accompagnée d’un ouvrage du même nom.
2012 : Nommé commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres.
2019 : Acquiert la villa Zilveli, maison moderniste sur la butte Bergeyre à Paris, avec le projet de la restaurer.
2022 : Fait démolir la villa Zilveli, jugée irrémédiablement délabrée, en vue d’une reconstruction à l’identique.
2024 : Renonce à reconstruire la villa Zilveli et met en vente le terrain avec un projet de maison reprenant l’architecture originelle.


Vie personnelle et engagements

Jean-Paul Goude grandit dans un foyer bilingue et biculturel, entre la rigueur de son père, ouvrier puis technicien, et l’univers du spectacle de sa mère, danseuse américaine devenue professeure de ballet à Saint-Mandé. Cette double appartenance nourrit très tôt son intérêt pour les images venues des magazines illustrés américains et pour les corps en mouvement, qu’il observe dans les studios de danse maternels. Il raconte avoir été marqué, adolescent, par la découverte d’illustrations publicitaires audacieuses et par la liberté formelle des couvertures d’Esquire, qui l’orientent vers une carrière où dessin, photographie et mise en scène dialoguent en permanence.

Sur le plan sentimental, il entretient des relations assumées avec les mannequins Toukie Smith et Radiah Frye, puis avec Grace Jones, avec laquelle il a un fils, Paulo, né en 1979. Dans les années 1980, il partage la vie de Farida Khelfa, qui devient l’une de ses muses visuelles. Par la suite, il fonde une famille avec Karen Park Goude, dont il a deux enfants. Installé à Paris, il reste présent dans la vie culturelle à travers expositions, masterclasses et documentaires qui interrogent son rapport au métissage, aux stéréotypes et à la représentation des femmes, tout en revenant sur les ambiguïtés de son œuvre.


Lieux de référence

Le parcours de Jean-Paul Goude s’ancre d’abord en région parisienne, entre Montreuil, où il naît, et Saint-Mandé, où sa mère dirige une école de danse. Paris devient ensuite sa ville de référence, depuis les grands magasins du Printemps jusqu’aux Galeries Lafayette dont il signe les campagnes. Le défilé du bicentenaire sur les Champs-Élysées, la rétrospective Goudemalion au musée des Arts décoratifs ou encore son projet autour de la villa Zilveli près du parc des Buttes-Chaumont inscrivent durablement son travail dans le paysage culturel et urbain parisien.


Anecdotes

1 - Enfant puis adolescent, il passe des heures à feuilleter les magazines américains reçus à la maison, fascinés par la mise en page et la force des images publicitaires ; il explique que la découverte des couvertures de Esquire signées George Lois a cristallisé son désir de devenir directeur artistique.
2 - Pour le parfum Coco de Chanel, il imagine Vanessa Paradis suspendue dans une cage comme un petit oiseau, clin d’œil assumé aux cartoons et à son goût pour les personnages stylisés, dans un film publicitaire devenu l’une des icônes audiovisuelles des années 1990.
3 - Le défilé du bicentenaire de 1989, conçu comme une succession de tableaux célébrant les « tribus planétaires », mêle fanfares, chars thématiques et figures stéréotypées ; il y voit une utopie interraciale tandis que certains observateurs soulignent déjà l’ambivalence de ces images spectaculaires.
4 - L’achat puis la démolition de la villa Zilveli, maison moderniste connue aussi comme décor du roman Vernon Subutex, suscitent un vif débat patrimonial à Paris ; le projet de reconstruction à l’identique, finalement abandonné, illustre son attirance pour les architectures emblématiques et les scénographies totales.
5 - La séance pour la couverture « Break the Internet » de Paper avec Kim Kardashian réactive les discussions autour de son usage des références coloniales ; il assume une esthétique de la démesure médiatique tout en reconnaissant que ses images peuvent heurter une partie du public contemporain.


Points clés

- Métier(s) : graphiste, illustrateur, photographe, réalisateur de films publicitaires, metteur en scène d’événements
- Résidence principale : Paris (France)
- Relations : Toukie Smith ; Radiah Frye ; Grace Jones ; Farida Khelfa ; Karen Park Goude (épouse)
- Enfants : Paulo (né en 1979) ; deux enfants nés de son union avec Karen Park Goude
- Distinctions : Lucie Award pour l’ensemble de son œuvre (2009) ; commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres (2012)