Résumé biographique
Né à La Ferté-Milon, Jean Racine impose au XVIIe siècle une tragédie d’une précision psychologique rare. Entre Port-Royal, la scène parisienne et la cour de Louis XIV, il façonne un classicisme fondé sur la passion, la langue et la tension morale.
Parcours
Orphelin très jeune, Racine est formé dans l’orbite de Port-Royal, où il acquiert une culture grecque et latine qui marque durablement sa poétique. Après des études à Paris, il s’oriente vers le théâtre et s’impose rapidement. Ses débuts avec La Thébaïde puis Alexandre le Grand ouvrent une période de création intense, dominée par l’analyse des passions et l’économie de l’action. Le succès d’Andromaque confirme sa place sur la scène parisienne et installe une écriture resserrée, attentive à la culpabilité, au désir et à la fatalité. Avec Britannicus et Bérénice, il met en jeu le pouvoir, la raison d’État et la renonciation amoureuse, sans renoncer à la clarté de l’alexandrin. Les tragédies Bajazet et Iphigénie élargissent encore son répertoire, entre exotisme de cour et réécriture des mythes antiques. Il explore aussi la comédie avec Les Plaideurs, exception dans une œuvre surtout tragique.
Élu à l’Académie française en 1673, Racine bénéficie du soutien de Louis XIV et devient historiographe du roi avec Boileau, ce qui ralentit sa production dramatique. En 1677, il donne Phèdre, sommet de sa réflexion sur le désir et la faute, puis se retire en grande partie du théâtre public. À la demande de Madame de Maintenon, il revient toutefois à la scène avec deux œuvres bibliques destinées aux pensionnaires de Saint-Cyr, Esther et Athalie, qui renouvellent le tragique par le chœur et la dimension spirituelle. Ses dernières années sont marquées par un rapprochement avec Port-Royal et par l’écriture d’un Abrégé de l’histoire de Port-Royal, publié après sa mort. Enterré d’abord à Port-Royal-des-Champs, il sera ensuite transféré à l’église Saint-Étienne-du-Mont à Paris. Ses tragédies restent parmi les plus jouées. Son influence, portée par la Comédie-Française et l’école, fait de son style une référence du classicisme.
Repères chronologiques
1639 : naissance à La Ferté-Milon (Picardie, France)
1655 : retour aux Petites écoles de Port-Royal-des-Champs
1664 : création de La Thébaïde
1665 : création d’Alexandre le Grand
1667 : succès d’Andromaque
1668 : création de la comédie Les Plaideurs
1669 : création de Britannicus
1670 : création de Bérénice
1673 : élu à l’Académie française
1677 : création de Phèdre ; mariage avec Catherine de Romanet
1689 : création d’Esther pour Saint-Cyr
1699 : mort à Paris ; inhumation à Port-Royal-des-Champs
1711 : transfert des restes à l’église Saint-Étienne-du-Mont (Paris)
Vie personnelle et engagements
Fils de Jean Racine et de Jeanne Sconin, il perd sa mère en 1641 puis son père en 1643 et grandit sous la tutelle familiale, avec un lien durable à Port-Royal. Installé à Paris, il fréquente les milieux littéraires et la cour, tout en conservant une sensibilité religieuse issue de sa formation. En 1677, il épouse Catherine de Romanet. Le couple a sept enfants, dont plusieurs filles entreront dans les ordres. Il mène alors une vie familiale réputée régulière. Ses lettres et son testament témoignent d’une piété affirmée à la fin de sa vie.
Nommé historiographe du roi, il participe à la mise en récit officielle du règne, mission qu’il exerce aux côtés de Boileau. Dans les années 1680-1690, il soutient Port-Royal et tente d’obtenir des protections pour le monastère, engagement qui le met en délicatesse avec certains relais de pouvoir. Il écrit aussi, pour un cercle restreint, un Abrégé de l’histoire de Port-Royal, diffusé après sa disparition. Au sein de sa famille, il exhorte ses enfants à une discipline religieuse stricte. Ses pièces sacrées pour Saint-Cyr s’inscrivent dans ce retour public à une inspiration biblique et morale, sans abandonner les exigences de la scène.
Lieux de référence
À La Ferté-Milon (Aisne), la maison natale et le musée Jean-Racine rappellent ses origines. À Paris, la rue Visconti (ancienne rue des Marais-Saint-Germain) conserve une plaque signalant le lieu de sa mort, et la Comédie-Française demeure un repère pour ses représentations. L’église Saint-Étienne-du-Mont abrite sa sépulture actuelle. Le site de Port-Royal-des-Champs, à Magny-les-Hameaux, éclaire sa formation et ses liens spirituels.
Contexte du décès
À la fin de sa vie, Racine souffre d’une affection du foie décrite comme un abcès ou une tumeur. Il meurt à Paris, dans le quartier de Saint-Sulpice, après une aggravation progressive de son état. Conformément à son souhait, le roi autorise son inhumation à Port-Royal-des-Champs, près de son ancien maître Jean Hamon, signe public de l’importance que le lieu a gardée dans son parcours. Les cérémonies restent celles d’un homme de lettres proche de la cour, mais attaché à une sobriété religieuse.
Où se recueillir ?
On peut se recueillir à Paris, à l’église Saint-Étienne-du-Mont, où ses restes ont été transférés après la destruction de Port-Royal-des-Champs. Le site historique de Port-Royal-des-Champs, aujourd’hui lieu de mémoire et de visite, permet également d’évoquer encore son éducation, ses soutiens au monastère et la première inhumation accordée à sa demande.
Anecdotes
1 - Seule incursion comique, Les Plaideurs (1668) tranche avec ses tragédies : Racine y transpose librement Aristophane et fait de la « chicane » un ressort burlesque, tout en gardant une langue très travaillée.
2 - Commandée pour l’institution de Saint-Cyr, Esther (1689) est jouée par les pensionnaires devant la cour ; l’œuvre illustre le retour de Racine à un théâtre biblique, adapté à un cadre éducatif et religieux.
3 - À Paris, une plaque au-dessus d’une ancienne blanchisserie de la rue Visconti indique le lieu traditionnellement retenu pour sa mort, rappel discret que l’écrivain a vécu et fini ses jours dans le tissu urbain de Saint-Germain.
4 - D’abord inhumé à Port-Royal-des-Champs, il est transféré ensuite à l’église Saint-Étienne-du-Mont : sa tombe se trouve près de celle de Blaise Pascal, autre figure associée à l’histoire de Port-Royal.
Points clés
- Métier(s) : dramaturge, poète, historiographe du roi
- Résidence principale : Paris (France)
- Relations : Catherine de Romanet (épouse)
- Enfants : sept enfants
- Distinctions : Académie française (élu en 1673)






