Johann Wolfgang von Goethe

† à 82 ans
le 28 août 1749
Décédé le 22 mars 1832 Cause de la mort : crise cardiaque
Naissance :  Francfort-sur-le-Main ,  Allemagne  
Nationalité : allemande

Résumé biographique

Johann Wolfgang von Goethe /ˈjoːhan ˈvɔlfɡaŋ fɔn ˈɡøːtə/ , né le 28 août 1749 à Francfort et mort le 22 mars 1832 à Weimar, est un romancier, dramaturge, poète, scientifique, théoricien de l'art et homme d'État de la ville libre de Francfort.

L'œuvre littéraire de Goethe comprend aussi bien de la poésie, que du théâtre, de l'épopée, de l'autobiographie, une théorie littéraire ainsi que des écrits scientifiques, Goethe étant passionné entre autres par l'optique, la géologie et la botanique. Enfin, sa correspondance est d'une grande importance littéraire. Son œuvre appartient d'abord au Sturm und Drang, puis au classicisme de Weimar, que Goethe incarne avec Schiller, Herder et Wieland, aux côtés du romantisme des frères Schlegel.

Son premier roman, Les Souffrances du jeune Werther, le rend célèbre en Europe. Napoléon lui demande audience lors de l'entrevue d'Erfurt. Dans l'Empire allemand, il est élevé au rang de poète national annonciateur d'un « être allemand » et, en tant que tel, assimilé au nationalisme allemand. C'est ainsi qu'a commencé l'admiration non seulement de l'œuvre mais aussi de la personnalité du poète dont le mode de vie a été perçu comme exemplaire. Son Faust est reconnu comme l'une des œuvres les plus importantes de la littérature de langue allemande. Dans sa vieillesse, il est également considéré à l'étranger comme un représentant de l'Allemagne intellectuelle. Aujourd'hui encore, ses poèmes, ses drames et ses romans figurent parmi les chefs-d'œuvre de la littérature mondiale.

Extrait de Wikipédia

Citations

L'enfer même a ses lois.
Mourir est une distraction.
La perfection est inépuisable.
Mythologie. — Luxe de croyance.
On ne vit qu'en laissant vivre.
L'homme, ce petit monde de folie
Le plus petit cheveu fait ombre.
Un nom n'est que bruit et fumée.
Le temps est lui-même un élément.
La mauvaise volonté défigure tout.
J'aime celui qui rêve l'impossible.
Rien ne vaut ce jour d'aujourd'hui.
Tout ce qui passe n'est que symbole.
Tout homme qui marche peut s'égarer.
La présence est une puissante déesse.
L'originalité provoque l'originalité.
Un sage ne fait point de petite folie.
Semer est moins pénible que moissonner.
Avec les années augmentent les épreuves.
Parler est un besoin, écouter est un art.
En allemand, c'est mentir que d'être poli.
L'éternel féminin nous attire vers le haut.
Où l'intérêt cesse se perd aussi la mémoire.
Une gondole, c'est un cercueil avec une rame.
L'espérance est la seconde âme du malheureux.
L'homme qui n'a rien à perdre est redoutable.
Les couleurs sont des actions de la lumière...
Nul ne s'est jamais perdu dans le droit chemin.
On n'est jamais trompé ; on se trompe soi-même.
Qui sait profiter du moment est un homme avisé.
Etre adulte, c'est avoir pardonné à ses parents.
Le miracle est l'enfant le plus chéri de la foi.
La boue devient brillante lorsque le soleil luit.
La société des femmes est la source du bon usage.
Chaque pas vers un but doit être lui-même un but.
Celui qui joue avec la vie n'arrive jamais à rien.
Jouis de ce que tu peux , supporte ce que tu dois.
Les mathématiques ne peuvent effacer aucun préjugé.
La supériorité est souvent prise pour de l'égoïsme.
L'excellent est tout juste assez bon pour l'enfant.
L'Art et le Vin servent au rapprochement des hommes.
Il faut laisser à certains esprits leurs idiotismes.
Fermez vos coeurs avec plus de soins que vos portes.
Qu'est-ce que la poésie ? Une pensée dans une image.
Rien de plus inconséquent qu'une logique conséquente.
Qu'est-ce que ton devoir ? L'exigence de chaque jour.
Le devoir : aimer ce que l'on se prescrit à soi-même.
La société des femmes est l'élément des bonnes mœurs.
On ménage les vieillards comme on ménage les enfants.
Je puis promettre la franchise et non l'impartialité.
Rien ne nuit plus à une vérité qu'une erreur ancienne.
Les hommes déprécient ce qu'ils ne peuvent comprendre.
Ah ! Dieu ! l'art est long, et notre vie est courte !
Le péché écrit les histoires; la bonté est silencieuse.
Il y a une poésie sans figures qui n'est qu'une figure.
Nous ne vivons que par le passé, et le passé nous perd.
Les échecs, c'est la pierre de touche de l'intelligence.
Chaque mot qui sort de notre bouche peut être contredit.
Toute production importante est l'enfant de la solitude.
Vis superba formæ, belle expression de Johannes secundus.
Rien ne doit être estimé plus haut que le prix d'un jour.
Les difficultés croissent à mesure qu'on approche du but.
Combien de temps n'a-t-on pas disputé sur les antipodes ?
Il n'y a rien de terrible comme de voir agir l'ignorance.
Le Christ sera toujours un problème pour celui qui pense.
Celui qui sait profiter du moment, c'est là l'homme avisé.
On a toujours assez de temps quand on en fait un bon usage.
Il n'y a que le père qui n'envie pas le talent de son fils.
Un cadeau est bien arrivé quand il n'est pas trop mal reçu.
Les Indous du désert font voeu de ne pas manger de poisson.
Les nouveaux poètes mettent beaucoup d'eau dans leur encre.
Des habitudes, tant qu'il te plaira, mais non une habitude.
Aussitôt que je cesse d'être moral, je perds toute autorité.
Tout devient inintelligible pour celui qui a peur des idées.
L'homme ne comprend jamais combien il est anthropomorphique.
Que personne ne s'imagine avoir été attendu comme un sauveur.
Il n'arrive jamais à un homme sensé d'avoir une petite folie.
Écrire l'histoire est une manière de se débarrasser du passé.
Ce ne sont pas les sens qui nous trompent ; mais le jugement.
Les plus grandes difficultés sont là où on ne les attend pas.
La clarté, c'est une juste répartition d'ombres et de lumière.
Les habitants du désert font voeu de ne pas manger de poisson.
Si un arc-en-ciel dure un quart d'heure, on ne le regarde plus.
Les plus grandes difficultés sont où nous ne les cherchons pas.
La moitié d'une orange goûte aussi sucré qu'une orange entière.
Pour moi, le plus grand supplice serait d'être seul en paradis.
Si je suis un sot, on me tolère ; si j'ai raison, on m'injurie.
Nul n'est plus esclave que celui qui se croit libre sans l'être.
Homme, quand comprendras-tu que ne pas aboutir fait ta grandeur.
La moitié d'une orange goûte aussi sucrée qu'une orange entière.
Ce que tu as reçu de tes ancêtres, acquiers-le, pour le posséder.
J'aime mieux commettre une injustice que de souffrir un désordre.
On peut tout imposer à la société ; mais seulement pour un temps.
Un souvenir d'amour ressemble à l'amour - c'est aussi un bonheur.
La littérature se corrompt dans la même proportion que les hommes.
Qui ne connaît pas de langues étrangères ne connaît pas la sienne.
Ceux qui ne comprennent pas leur passé sont condamnés à le revivre.
Les hommes sensés sont les meilleurs dictionnaires de conversation.
Nous devons en rester à la vieille coutume de rester la tête haute.
Toute théorie est grise, mais vert florissant est l'arbre de la vie.
Si les singes savaient s'ennuyer, ils pourraient devenir des hommes.
Un esprit vraiment libéral est celui qui sait reconnaître le mérite.
Si l'éclat des étoiles doublait, l'univers serait à jamais ténébreux.
Combien fécond le plus petit domaine, quand on sait bien le cultiver.
Le point le plus élevé que l'homme puisse atteindre est l'étonnement.
Le plus pur bonheur du monde renferme un pressentiment de souffrance.
Quiconque a bu une tasse de chocolat résiste à une journée de voyage.
On n'est jamais plus esclave que quand on se croit libre sans l'être.
Nos désirs sont les pressentiments des possibilités qui sont en nous.
La conduite sociale est un miroir dans lequel chacun montre son image.
Voir le difficile traité facilement nous donne l'idée de l'impossible.
Les mots français ne viennent pas du latin écrit, mais du latin parlé.
Celui qui ne sait aucune langue étrangère ne sait pas sa propre langue.
L'appel à la postérité nait d'un sentiment pur et vif de l'immortalité.
Ecrire l'histoire est une façon comme une autre de se libérer du passé.
On ne vit réellement que quand on jouit de la bienveillance des autres.
Il est possible que tous les faux pas conduisent à un bien inestimable.
Souffler n'est pas jouer de la flûte. Il faut encore remuer les doigts.
Dès l'instant où vous aurez foi en vous-même, vous saurez comment vivre.
Seul est digne de la vie celui qui chaque jour part pour elle au combat.
Tout ce que j'ai publié n'est que des fragments d'une grande confession.
Le mysticisme est la scholastique du coeur, la dialectique du sentiment.
Celui-là seul est digne de la liberté qui chaque jour doit la conquérir.
S'il est vrai que la jeunesse soit un défaut, on s'en corrige bien vite.
Tous les travers qui vieillissent sont comme les matières qui rancissent.
Le monde est une cloche fêlée, elle fait du bruit mais elle ne sonne pas.
La raison et la déraison ont à souffrir ici-bas les mêmes contradictions.
Ne cherchez pas à corriger un esprit commun, il restera toujours le même.
Les passions sont des défauts ou des vertus poussées seulement à l'excès.
Quel temps extraordinaire que celui où l'on est réduit à envier les morts.
S'ils savaient où se trouve ce qu'ils cherchent, ils ne chercheraient pas.
Avant la révolution tout était tendance ; depuis tout est devenu exigence.
Ne dis pas que tu veux donner : donne. Jamais tu ne satisferas une attente.
Si vous avez confiance en vous-mêmes, vous inspirerez confiance aux autres.
On n'est jamais satisfait du portrait d'une personne que l'on connaît bien.
Seul mérite l'amour et la vie celui qui quotidiennement doit les conquérir.
Une différence qui n'offre aucun sens à la raison n'est pas une différence.
Le meunier s'imagine que le blé ne croit que pour faire tourner son moulin.
Si je dors je dors pour moi ; si je travaille, je ne sais pour qui ce sera.
On aurait des enfants tous élevés, si les parents étaient élevés eux-mêmes.
Comparer n'est pour l'ignorant qu'un moyen commode de se dispenser de juger.
Il faut payer cher ses erreurs, et encore est-on bien heureux si on le peut.
Le véritable poète a pour vocation d'accueillir en lui la splendeur du monde.
Les plus grands hommes tiennent toujours à leur siècle par quelque faiblesse.
La libéralité obtient la faveur générale, surtout si l'humilité l'accompagne.
Le langage fabrique les gens bien plus que les gens ne fabriquent le langage.
On ne croit savoir que quand on sait peu ; avec la science augmente le doute.
Il vaut mieux qu'une injustice se produise plutôt que le monde soit sans loi.
Les faveurs ne sont le symbole de la souveraineté que pour les hommes faibles.
Vivre longtemps signifie survivre à beaucoup d'être aimés, haïs, indifférents.
Mon bon ami, toute théorie est sèche, et l'arbre précieux de la vie est fleuri.
Les grands talents sont les plus beaux moyens de conciliation entre les hommes.
Ce sont les erreurs de l'homme qui le rendent particulièrement digne d'intérêt.
Lorsqu'on vieillit il faut savoir s'arrêter avec conscience à un certain degré.
Rien ne trahit autant le caractère des gens que les choses dont ils se moquent.
Peu importe que nous disions le vrai ou le faux, on contredira l'un et l'autre.
Tout ce que nous faisons est une fatigue ; heureux celui qui ne se fatigue pas.
De tous les peuples ce sont les Grecs qui ont rêvé le plus beau rêve de la vie.
Tout s'arrangerait parfaitement bien si l'on pouvait faire les choses deux fois.
Notre participation aux affaires publiques n'est que de la politique de cabaret.
La main qui samedi tient un balai, est celle qui dimanche vous caresse le mieux.
Si tu veux progresser vers l'infini, explore le fini dans toutes les directions.
L'essentiel pour l'homme moral est de faire le bien sans s'inquiéter du résultat.
Si je reviens sur terre, je prierai les dieux de faire que je n'aime qu'une fois.
Celui qui reconnaît consciemment ses limites est le plus proche de la perfection.
Une parfaite contradiction est aussi mystérieuse pour les sages que pour les fous.
Un regard de toi, une seule parole m'en dit plus que toute la sagesse de ce monde.
Nul n'est plus désespérément esclave que ceux faussement convaincus d'être libres.
S'il fallait étudier toutes les lois, on aurait plus le temps de les transgresser.
L'animal est instruit par ses organes, l'homme instruit les siens et les gouverne.
Tout homme, parce qu'il est doué de la parole, croit pouvoir parler sur la langue.
Il reste toujours assez de force à chacun pour accomplir ce dont il est convaincu.
Le grand secret de notre maladie oscille entre la précipitation et la négligence.
On peut aussi bâtir quelque chose de beau avec les pierres qui entravent le chemin.
Ma nature est ainsi : j'aime mieux commettre une injustice que tolérer le désordre.
Le savoir-vivre, loin de nuire à l'originalité, devrait lui prêter un nouveau lustre.
Aussitôt que cessent les bonnes oeuvres vient la sentimentalité chez les protestants.
Châtie le chien, fouette le loup, si tu veux ; mais ne provoque pas les cheveux gris.
Tout bien considéré la philosophie n'est que le sens commun en langage amphigourique.
Le plus haut degré de bonheur consiste à nous perfectionner et à effacer nos défauts.
Il n'y a pas d'autre moyen de se défendre contre la supériorité d'autrui que d'aimer.
Les penseurs profonds et sérieux sont dans une mauvaise position vis-à-vis du public.
La vie n'oscille pas entre le bonheur et le malheur, mais entre le malheur et l'ennui.
Notre coup de maître, c'est de sacrifier notre existence propre, afin de mieux exister.
Quel est le meilleur gouvernement ? Celui qui nous apprend à nous gouverner nous-mêmes.
On aime les filles pour ce qu'elles sont, et les fils pour ce qu'ils promettent d'être.
Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pour recevoir.
Quel est le meilleur gouvernement ? Celui qui nous enseigne à nous gouverner nous-mêmes.
Dire que l'on pense vraiment que lorsqu'on n'arrive plus à concevoir ce que l'on pense !
On ne peut vivre pour tout le monde, surtout pour ceux avec qui on ne voudrait pas vivre.
Il y a des hommes qui ne se trompent jamais : parce qu'ils ne se proposent rien de sensé.
Les pauvres gens ne soupçonnent jamais le diable, quand même il les tiendrait à la gorge.
Un grand sacrifice est aisé, mais ce sont les petits sacrifices continuels qui sont durs.
Trouver partout le bien et l'apprécier, c'est en cela que se montre l'amour de la vérité.
L'ingratitude est une espèce de faiblesse. Je n'ai jamais vu d'hommes supérieurs ingrats.
Veux-tu vivre gaiement ? Chemine avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pour recevoir.
Le dilettantisme sérieux et la science traitée mécaniquement deviennent de la pédanterie.
L'homme le plus heureux est celui qui peut relier la fin de sa vie avec son commencement.
On peut reconnaître l'utilité d'une idée et ne pas savoir encore parfaitement s'en servir.
Un bon Allemand ne peut souffrir les Français, mais il boit volontiers les vins de France.
Ce qu'on peut appeler véritablement le bien se fait en grande partie clam, vi et precario.
La plus grande consolation pour la médiocrité est de voir que le génie n'est pas immortel.
C'est une grande faute de se croire plus que l'on est, et de s'estimer moins qu'on ne vaut.
Il n'y a personne à qui il ne reste assez de forces pour exécuter ce dont il est convaincu.
Si l'homme doit faire tout ce qu'on exige de lui, il doit aussi s'estimer plus qu'il n'est.
Le rythme a quelque chose d'enchanteur. Il nous fait croire que le sublime nous appartient.
On ne peut jamais se débarrasser de ce qui fait partie de nous-mêmes, même si on le rejette.
Quoi que tu rêves d'entreprendre, commence-le. L'audace a du génie, du pouvoir, de la magie.
Le plus grand avantage que nous retirons de l'histoire, c'est l'enthousiasme qu'elle excite.
Les hommes ne révèlent nulle part mieux leur caractère, que dans ce qu'ils trouvent ridicule.
Les conversations dont le fond est la contradiction ou la flatterie sont également mauvaises.
Le meilleur moyen de fuir le monde est l'art, et c'est aussi le meilleur moyen de le pénétrer.
Combien de joies ne voyons-nous pas à nos pieds quand notre regard est perdu dans les nuages ?
Tout ce qui est sage a déjà été pensé : il faut essayer seulement de le penser encore une fois.
Une activité sans bornes, de quelque nature qu'elle soit, finit toujours par faire banqueroute.
La félicité suprême du penseur, c'est de sonder le sondable et de vénérer en paix l'insondable.
Un honnête homme, d'un esprit borné, pénètre souvent les artifices des faiseurs les plus rusés.
Si tu ne veux pas que les choucas t'assiègent de leurs cris, ne sois pas la boule d'un clocher.
Les pensées reviennent, les convictions s'enracinent ; les états passent sans laisser de traces.
Si tu crois te connaître, tu ne reconnaîtras point Dieu, et même tu appelleras divin le mauvais.
Nos adversaires croient nous réfuter en répétant leurs opinions sans faire attention à la nôtre.
Ce sont les enfants et les oiseaux qu'il faut interroger sur le goût des cerises et des fraises.
Les hommes sont comme la mer Rouge : à peine la verge les a-t-elle séparés qu'ils se réunissent.
Tout ce qui est spinosisme dans la production poétique, devient machiavélisme dans la réflexion.
Rien n'est plus ordinaire aux imprévoyants que de chercher des expédients pour sortir d'embarras.
Une philosophie éclectique n'est pas possible ; mais il peut y avoir des philosophes éclectiques.
À un degré inférieur, la raison trouve presque tout risible ; à un degré supérieur, presque rien.
Celui qui ne se sent pas capable d'aimer, doit apprendre à flatter. Sans cela, il ne peut réussir.
On doit se tenir à distance de la beauté et de l'esprit, si l'on ne veut pas devenir leur esclave.
C'est un grand défaut que de se croire plus que l'on n'est et de s'estimer moins que l'on ne vaut.
Celui qui vise trop haut, celui qui se plaît dans les questions compliquées, est exposé à s'égarer.
Perte d'argent, perte légère ; perte d'honneur, grosse perte ; perte de courage, perte irréparable.
La mémoire peut toujours nous abandonner pourvu que le jugement ne nous manque pas dans l'occasion.
L'homme le plus heureux est celui qui sait mettre en rapport la fin de sa vie avec le commencement.
Plus d'un homme donne des coups de marteau sur le mur en croyant frapper juste sur la tête du clou.
Penser est facile ; agir est difficile ; agir suivant sa pensée est ce qu'il y a de plus difficile.
C'est bêtise de déprécier son ennemi avant le combat, et bassesse de l'amoindrir après la victoire.
Tout est combat, lutte : seul mérite l'amour et la vie celui qui quotidiennement doit les conquérir.
Des idées générales, jointes à une grande prétention, mettent sur la route des plus affreux malheurs.
Le meilleur de nos convictions ne peut se traduire par des paroles. Le langage n'est pas apte à tout.
Ce que l'on dit verbalement doit s'adresser au présent ; ce qu'on écrit doit être destiné à l'avenir,
On ne parlerait pas souvent dans le monde, si l'on savait combien souvent on comprend mal les autres.
Les hommes se connaîtraient mieux les uns les autres si chacun ne voulait être l'égal de son semblable.
On ferait beaucoup l'aumône si l'on avait des yeux pour voir le beau geste que fait la main qui reçoit.
On dit d'un homme, lorsqu'il fait quelque chose contre sa manière et ses habitudes : il mourra bientôt.
Nous ne sommes jamais plus éloignés de l'objet de nos désirs que quand nous nous imaginons le posséder.
Il n'est rien de sensé qui n'ait été déjà pensé, on doit seulement tâcher de le penser encore une fois.
La tolérance ne devrait être qu'un état transitoire. Elle doit mener au respect. Tolérer c'est offenser.
Quoi que vous puissiez faire ou rêver, commencez-le. L'audace a du génie, de la puissance et de la magie
La théorie, en elle-même, n'est utile qu'en ce qu'elle nous fait croire à l'enchaînement des phénomènes.
Il faut mieux faire la chose la plus insignifiante du monde que de passer une demi-heure sans rien faire.
Tout ce qui affranchit notre esprit sans nous donner les moyens de maîtriser nos passions est pernicieux.
La superstition est la poésie de la vie ; c'est pourquoi il n'est pas mal que le poète soit superstitieux.
Une dépendance volontaire est la position la plus belle ; mais comment serait-elle possible sans l'amour ?
Pour qu'un homme accomplisse tout ce qu'on lui demande, il doit se considérer comme plus grand qu'il n'est.
Dans la plus haute prospérité et dans le dernier degré de malheur, nous avons toujours besoin de l'artiste.
Mais le monde ! le coeur et l'esprit des hommes !... Chacun peut bien désirer d'en connaître quelque chose.
Ce n'est pas l'homme de bon sens, mais le bon sens, l'homme raisonnable, mais la raison qui nous gouvernent.
Si l'on impose à quelqu'un des devoirs, et qu'on ne veuille lui accorder aucun droit, il faut le bien payer.
Avant l'orage la poussière qui va disparaître pour longtemps se soulève pour la dernière fois avec violence.
Ce que vous avez hérité de vos ancêtres, il faut le mériter par vous-même autrement, ce ne sera jamais à vous.
On doit distinguer deux choses dans l'homme : ce qu'il a reçu de la nature, et ce qu'il a acquis par lui-même.
Dans le domaine des idées, tout dépend de l'enthousiasme. Dans le monde réel, tout repose sur la persévérance.
Chacun n'apprend que ce qu'il peut apprendre ; mais celui qui sait profiter du moment, c'est là l'homme avisé.
Il y a une réflexion enthousiaste qui est du plus haut prix, pourvu qu'on ne se laisse pas entraîner par elle.
Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es ; dis-moi de quoi tu t'occupes, je te dirai ce que tu deviendras.
Tout ce qui est lyrique doit être très raisonnable dans l'ensemble, mais dans les détails un peu déraisonnable.
L'étude de la littérature grecque et romaine doit rester toujours à la base de la haute culture intellectuelle.
La vérité ressemble à Dieu ; elle n'apparaît pas immédiatement. Nous devons la deviner sous ses manifestations.
Aussi, peut-on remarquer que ceux qui considèrent la dévotion comme le but sont pour la plupart des hypocrites.
Chacun souffre alors qu'il ne travaille pas pour lui-même. On travaille pour les autres afin de jouir avec eux.
Et tant que tu n'auras pas compris ce "meurs et deviens", tu ne seras qu'un hôte obscur sur la terre ténébreuse.
C'est quelque chose de terrible pour un homme distingué que de voir un sot tirer vanité de ses rapports avec lui.
Les hommes ne sympathisent qu'avec ce qui est plein de vie. La jeunesse se forme dans le commerce de la jeunesse.
Bien savoir et bien faire une seule chose procure un plus haut développement que d'en faire à demi une centaine.
L'homme tremble devant les maux qui ne l'atteindront pas et pleure continuellement les biens qu'il n'a pas perdus.
Dans tout objet d'art, grand ou petit, considéré jusque dans les plus petits détails, tout dépend de la conception.
Ce qui ne sert point est un pesant fardeau, mais ce que l'esprit peut créer en un instant, voilà ce qui est utile !
Penser est facile. Agir est difficile. Mais agir en accord avec les pensées d'un autre est plus difficile que tout.
Les grandes passions sont des maladies sans espérance, ce qui pourrait les guérir les rend plus dangereuses encore.
Ecraser l'innocent qui résiste, c'est un moyen que les tyrans emploient pour se faire place en mainte circonstance.
Un devoir rempli laisse toujours dans l'âme un sentiment qui ressemble au remords : celui de n'avoir pas assez fait.
L'histoire des sciences est un grand concert dans lequel on distingue successivement la voix des différents peuples.
Celui qui est et reste vrai pour lui-même et pour les autres, possède la plus belle qualité des plus grands talents.
Dans les oeuvres de l'homme, comme dans celles de la nature, c'est principalement le but qui mérite notre attention.
Il n'y a pas de grenouilles partout où il y a de l'eau, mais il y a de l'eau partout où l'on entend des grenouilles.
Il suffit de vieillir pour devenir plus indulgent. Je ne vois pas commettre une faute que je n'aie commise moi-même.
Nous voyons toujours avec nos yeux et notre imagination ; la nature seule sait ce qu'elle veut et ce qu'elle a voulu.
Les prétentions déraisonnables et despotiques du cardinal Richelieu ont fait que Corneille s'est trompé sur lui-même.
Nos passions sont de véritables phénix. Lorsqu'une ancienne est consumée, une nouvelle renaît aussitôt de ses cendres.
L'erreur nous va bien tant que nous sommes jeunes ; mais il ne faut pas la traîner avec soi jusque dans la vieillesse.
Quoi que vous puissiez faire, quoi que vous rêviez, commencez-le. La hardiesse a du génie, de la force et de la magie.
Ce ne serait pas la peine de vivre jusqu'à soixante-dix ans si toute la sagesse du monde n'était que folie devant Dieu.
Le plus noble bonheur de l'homme qui pense, c'est d'avoir exploré le concevable et de révérer en paix l'inconnaissable.
Le monde n'est-il pas déjà assez rempli d'énigmes, pour qu'on ne transforme pas en énigmes les choses les plus simples.
Il y a aussi dans l'homme la volonté de servir ; c'est pour cela que la chevalerie chez les Français s'appelait servage.
Partout où brûlent des lampes ou des cierges il y a des taches ; les flambeaux du ciel répandent seuls une lumière pure.
Traitez les gens comme s'ils étaient ce qu'ils devrait être, et vous les aiderez ainsi à devenir ce qu'ils peuvent être.
La femme qui a le plus de mérite est celle qui est en état de remplacer le père auprès des enfants, lorsqu'il est absent.
Le respect de nous-même est la règle de notre moralité. Le respect de nos semblables, celle de notre conduite envers eux.
Le public exige d'être traité comme les femmes auxquelles il ne faut surtout rien dire que ce qu'il leur plaît d'entendre.
Certains livres semblent avoir été écrits, non pour nous instruire, mais pour qu'on sache que l'auteur savait quelque chose.
Nous n'apprenons pas à connaître les hommes lorsqu'ils viennent à nous ; nous devons aller à eux pour savoir ce qu'ils sont.
Traitez les gens comme s'ils étaient ce qu'ils pourraient être et vous les aiderez à devenir ce qu'ils sont capables d'être.
L'amour est une chose idéale, le mariage une chose réelle, et toute confusion entre l'idéal et le réel ne va jamais impunie.
Quelqu'un consultait Timon sur l'instruction de ses enfants. Faites-leur enseigner, dit-il, ce qu'ils ne comprendront jamais.
La mode est une tradition momentanée. Or, toute tradition entraîne avec elle une certaine nécessité : celle de s'y conformer.
Le beau est une manifestation des lois secrètes de la nature, qui, sans cette révélation, seraient toujours restées inconnues.
Les réunions les plus agréables sont celles où règne entre tous les membres une politesse naturelle qui n'exclut pas la gaîté.
Le maniéré est un faux idéal, un idéal où la personnalité se montre seule. Aussi, ne peut-il se passer facilement de l'esprit.
Quoi que l'homme entreprenne et fasse, l'individu ne se suffit pas, la société reste le suprême besoin de tout homme de valeur.
Si l'on veut que je prête l'oreille à l'opinion d'autrui, qu'elle soit exprimée nettement. Je trouve en moi assez de problèmes.
On ne parlerait guère en société si l'on se souvenait combien de fois on a été incapable de comprendre ce que disait les autres.
La hauteur nous attire, mais non les degrés qui y mènent ; les yeux fixés sur la lune, nous cheminons volontiers dans la plaine.
Que sont la plupart des tragédies, sinon les passions mises en vers de gens qui s'embarrassent fort peu des choses extérieures ?
Celui à qui la nature commence à dévoiler ses secrets éprouve un désir irrésistible de connaître son plus digne interprète, l'art.
Un baiser est comme un verre de vin : d'abord un, puis un second, et puis un autre encore, jusqu'à ce que nous tombions d'ivresse.
La vérité est un flambeau, mais un flambeau immense ; aussi nous clignons de l'oeil en passant devant lui, de peur de nous brûler.
Le magnifique chant d'église Veni creator spiritus est un appel au génie. Aussi agit-il puissamment sur les âmes fortes et élevées.
Nous apprenons seulement des livres que nous ne pouvons juger. L'auteur d'un livre que nous pouvons juger devrait apprendre de nous.
Quels sont les défauts que nous devons conserver et même cultiver en nous ? Ceux qui flattent les autres plus qu'ils ne leur nuisent.
Mais les hommes ne peuvent facilement dégager l'inconnu, car ils ne savent pas que leur raison suit les mêmes procédés que la nature.
L'humanité doit être considérée comme un homme immortel qui incessamment réalise des idées nécessaires, et par là domine l'accidentel.
La résistance, l'opiniâtreté, empoisonnent la plus riche possession, et c'est pour sa peine et sa torture qu'on s'épuise à être juste.
Nous avons raison d'appeler nos maîtres ceux dont nous apprenons toujours. Mais tous ceux dont nous apprenons ne méritent pas ce titre.
On ne parlerait guère en société si l'on se souvenait du nombre de fois où on a été incapable de comprendre ce que disaient les autres.
Il existe une politesse du cœur ; elle est parente de l'amour ; c'est d'elle que naissent les manières les plus aisées dans la société.
L'art seul, et en particulier la poésie, impose des limites à l'imagination. Il n'y a rien de terrible comme l'imagination sans le goût.
La dévotion n'est pas un but, mais un moyen pour arriver par le calme le plus pur de l'âme au plus haut degré de perfectionnement moral.
Celui qui ose se déclarer libre sent dans le moment même sa dépendance ; celui qui ne craint pas de se déclarer dépendant se sent libre.
La haine est un déplaisir actif, l'envie un déplaisir passif ; aussi, ne doit-on pas s'étonner que l'envie se change si souvent en haine.
Rien de plus déplorable que la tendance à l'absolu dans ce monde où tout a des limites. Cela contient peut-être moins que jamais en 1830.
L'Allemand possède la liberté de penser, et c'est pour cela que, lorsqu'il manque de goût et de liberté d'esprit, il ne s'en aperçoit pas.
Le ridicule naît d'un contraste moral entre des objets hétérogènes fortuitement réunis, et sans que leur existence en paraisse compromise.
Les phrases que les hommes entendent continuellement finissent par devenir des convictions, mais dessèchent les organes de l'intelligence.
Toutes les lois sont faites par des vieillards et par des hommes. Les jeunes gens et les femmes veulent l'exception ; les anciens la règle.
Anaxagore enseignait que les animaux ont la raison active, mais non la raison passive, qui sert en même temps d'interprète au raisonnement.
Tout dépend des sentiments. Où le sentiment existe, la pensée ne peut manquer de se développer ; tel est le sentiment, telle est la pensée.
L'erreur se reproduit toujours davantage dans la conduite des hommes. On ne doit donc pas se lasser de répéter la vérité dans ses discours.
C'est rendre un très grand service à la science que de rechercher et de développer les vérités incomplètes que possédaient déjà les anciens.
Traitez un individu comme il est, il restera ce qu'il est. Traitez-le comme il doit et peut devenir, il deviendra ce qu'il doit et peut être.
L'erreur est à la vérité ce que le sommeil est à la veille. J'ai remarqué qu'on revient de l'erreur à la vérité comme délassé par le sommeil.
Les heureux du monde croient-ils que le malheureux doit périr devant eux avec la même grâce que la populace romaine exigeait des gladiateurs ?
Chacun a ses originalités dont il ne peut se débarrasser ; cependant, plus d'un homme se perd par ses originalités souvent les plus innocentes.
Depuis bientôt vingt ans, les Allemands s'occupent d'idées transcendantes ; quand ils s'en apercevront, ils se trouveront bien extraordinaires.
Les idées audacieuses sont comme les pions qui avancent aux échecs ; ils peuvent être pris, mais ils peuvent aussi démarrer une partie gagnante.
Il y a deux sortes de faux artistes, les dilettantes et les spéculateurs. Les premiers font de l'art pour leur plaisir, les seconds par intérêt.
Cette question : De quelle idée le poète s'est-il inspiré ? Appartient encore au premier point de vue. Le comment c'est ce que personne ne sait.
En y regardant de près, nous devons chercher tous les jours à nous réformer et à protester contre les autres quoique non dans un sens religieux.
Le jugement d'une nation n'est formé que du moment où elle peut se juger elle-même. Mais cette haute prérogative elle ne l'obtient que fort tard.
Il y a tant d'hommes d'un vrai mérite dispersés dans ce monde, et qui vivent dans la même époque ! Mais malheureusement ils ne se connaissent pas.
Un esprit doué d'activité et de vivacité, qui dans la pratique poursuit toujours un but immédiat, est ce qu'il y a de plus distingué sur la terre.
Tous les adversaires d'une idée nouvelle remuent des charbons ardents qui jetés çà et là mettent le feu dans des endroits où il n'aurait pas pris.
Les matériaux de l'art sont à la portée de tous. L'idée n'appartient qu'à l'esprit original, et la forme est un secret presque pour tout le monde.
On doit de temps en temps répéter sa confession de foi, déclarer ce qu'on approuve, ce que l'on condamne ; nos adversaires ne s'en font pas faute.
L'homme ne peut vivre qu'avec ses semblables, et même avec eux il ne peut pas vivre, car, il lui devient intolérable qu'un autre soit son semblable.
Le ruisseau est l'ami du meunier à qui il est utile, et il aime à faire tourner son moulin. Que lui sert-il de couler nonchalamment dans la vallée ?
Les hommes prudents et actifs qui connaissent leur force et s'en servent avec mesure et circonspection, seuls iront loin dans les affaires du monde.
Ce n'est pas tant pour avoir laissé quelques ouvrages que pour avoir agi, et vécu, et porté les autres à agir et à vivre, qu'un homme reste marquant.
Il est difficile d'apprécier une erreur complète, une moitié et un quart d'erreur, d'en démêler le vrai, et de le mettre à la place qui lui convient.
La dialectique est le perfectionnement de l'esprit de contradiction, qui a été donné à l'homme afin qu'il apprit à connaître la différence des choses.
L'homme heureux ne croit pas qu'il arrive encore des prodiges ; c'est dans le malheur qu'on apprend que le doigt de Dieu dirige les bons vers le bien.
Ce n'est pas assez de faire des pas qui doivent un jour conduire au but, chaque pas doit être lui-même un but en même temps qu'il nous porte en avant.
Si nous regardons volontiers devant nous, c'est que nous nous plaisons secrètement à arranger au gré de nos désirs ce qui flotte vaguement dans l'avenir.
Il n'y a aucun signe extérieur de politesse qui n'ait un principe moral. La bonne éducation serait celle qui donnerait à la fois le signe et le principe.
Un fait accidentel où nous ne découvrons pour le moment ni une loi de la nature ni un effet de la liberté, nous l'appelons un accident de la vie commune.
Nous nous trouvons rarement dans une grande réunion sans penser que le hasard, qui a ainsi rassemblé tant de personnes, doit aussi y avoir amené nos amis.
Les dieux nous apprennent à imiter leurs propres oeuvres. Cependant, nous ne savons que ce que nous faisons ; nous ne connaissons pas ce que nous imitons.
Et cependant quoique la littérature soit incomplète, on y trouve mille répétitions ; ce qui montre combien sont bornés l'esprit et la destinée de l'homme.
Nous, hommes, nous ne conduisons pas notre destinée : tout pouvoir sur nous est laissé aux mauvais esprits ; et leur malveillance travaille à notre ruine.
On regarde par habitude une montre qui s'est arrêtée, comme si elle marchait ; ainsi, on considère la figure d'une belle femme comme si elle aimait encore.
La nature demande que l'homme s'étourdisse quelquefois sans dormir. De là vient le plaisir de fumer, de boire des liqueurs fortes et de prendre de l'opium.
La sentimentalité des Anglais est humoristique et tendre ; celle des Français est commune et pleure facilement ; celle des Allemands est naïve et naturelle.
L'art est le plus sûr moyen de se soustraire aux exigences du monde, et cependant il n'y a pas de liaisons plus sûres que celles dont l'art est le principe.
Parfois, notre destin ressemble à un arbre fruitier en hiver. Qui penserait que ces branches reverdiront et fleuriront, mais nous l'espérons, nous le savons.
Il y a des enthousiastes empyriques qui s'extasient sur certaines productions nouvelles, louables d'ailleurs, comme s'il ne s'était rien vu de pareil au monde.
La plus grande probabilité de voir nos voeux accomplis laisse encore un doute ; c'est pourquoi, quand nos espérances se réalisent, nous sommes toujours surpris.
Le caractère, dans les grandes et les petites choses se montre lorsque l'homme poursuit avec constance la réalisation d'un but qu'il se sent capable d'atteindre.
Il y a un scepticisme pratique qui s'efforce sans cesse de se vaincre lui-même et d'arriver, par une expérience méthodique, à une espèce de certitude restreinte.
L'air frais des champs ; voilà notre vraie place ; il semble que là l'esprit de Dieu entoure l'homme de son souffle, et qu'il soit soumis à une influence divine.
Tous les hommes utiles doivent être en rapport les uns avec les autres, de même que l'entrepreneur se réfère à l'architecte et celui-ci au maçon et au charpentier.
Si l'on pouvait abolir la mort, il n'y aurait rien à dire. Abolir la peine de mort serait difficile. Mais si cela arrivait, on serait bientôt forcé de la rétablir.
Si la société se démet du droit d'infliger la peine de mort, chacun se fera immédiatement justice à lui-même, et la sanguinaire vendetta viendra frapper aux portes.
Celui qui ne redoute rien et qui marche hardiment, sent, à mesure qu'il avance, les hautes facultés de son esprit se développer, et goûte une jouissance délicieuse.
De même que l'homme doit vivre du dedans au-dehors, l'artiste doit opérer du dedans au-dehors : car il aura beau faire, il ne produira jamais que son individualité.
On devrait souhaiter à tout homme sensé une certaine dose de poésie. Ce serait le vrai moyen de lui donner de la dignité et de la grâce, quelle que fût sa position.
Les idées audacieuses sont comme les pièces qu'on déplace sur un échiquier : on risque de les perdre mais elles peuvent aussi être l'amorce d'une stratégie gagnante.
Nous reconnaissons volontiers la supériorité des anciens, mais non pas celle de la postérité. Il n'y a qu'un père qui n'envie pas à son fils la supériorité du talent.
Certains défauts sont nécessaires à notre manière d'être individuelle. Nous serions très fâchés si nos anciens amis venaient à se dépouiller de certaines originalités.
Il n'arrive en ce monde rien de déraisonnable que la raison et le hasard ne puisse redresser, rien de raisonnable que la déraison et le hasard ne puisse faire manquer.
On doit chercher à gagner, par la conduite et les bonnes mœurs, ce qu'on ne pourrait obtenir autrement que par la force, et même ce que la force ne donne pas toujours.
Mais il est un point sur lequel les premiers ont toujours l'avantage. Le talent simplement naturel l'emporte sur les esprits cultivés par le laconisme de l'expression.
La littérature est le fragment des fragments. La plus petite partie de ce qui a été fait et dit, a été écrit, et de ce qui a été écrit la plus faible partie est restée.
Celui qui rencontre de bonne heure des obstacles parvient à une liberté tranquille ; celui qui ne rencontre des obstacles que plus tard, ne connaît qu'une liberté amère.
Dans l'art et dans la science, aussi bien que dans l'action et la pratique, l'essentiel est de saisir nettement les objets, et de les traiter conformément à leur nature.
Quand nous voulons apprendre quelque chose de grand, nous sommes obligés de faire un retour sur notre misérable nature, et par cela même nous avons appris quelque chose.
Les mathématiciens sont comme les français : quoique vous leur dites ils le traduisent dans leur propre langue et le transforme en quelque chose de totalement différent.
Ce que les hommes ont établi de bien ou de mal n'est pas toujours conforme au but ; mais ce que font les Dieux, que cela paraisse bon ou mauvais, est toujours à sa place.
L'observateur de la nature cherche les causes les plus générales, et attribue les phénomènes semblables à une cause générale, mais on pense rarement à la cause prochaine.
Il est aussi certain qu'étonnant que la vérité et l'erreur découlent de la même source. Aussi, souvent on ne peut toucher à l'erreur sans nuire en même temps à la vérité.
Toute vérité abstraite est mise à la portée du sens commun par les applications, et ainsi le sens commun s'élève, par la pratique et l'observation, jusqu'à l'abstraction.
Personne ne peut contribuer au progrès de l'art, si ce n'est les grands maîtres. Les protecteurs contribuent à faire avancer l'artiste, mais l'art n'y gagne pas toujours.
Dans une traduction, il faut aller jusqu'à l'intraduisible, C'est alors seulement qu'on s'aperçoit combien une langue nous est étrangère, ainsi que la nation qui la parle.
La musique, du moins celle qui mérite ce nom, se passe plus facilement de la nouveauté ; et même plus elle est ancienne, plus on y est accoutumé, plus elle produit d'effet.
On dit à l'artiste : Étudiez la nature. Mais ce n'est pas une petite difficulté que de tirer le noble du commun et de donner le caractère de la beauté à ce qui est informe.
On doit supporter avec beaucoup de bienveillance l'importunité des jeunes dilettantes. Ils deviennent en avançant en âge les vrais admirateurs de l'art et des grands maîtres.
Les hommes ont beaucoup de mal à se connaître, même lorsqu'ils sont animés de la meilleure intention. Comment y parviendraient-ils avec la mauvaise volonté qui défigure tout.
Dans chaque circonstance l'esprit du jour pèse sur lui, et rien n'est plus nécessaire que de lui faire remarquer de bonne heure le but vers lequel doit se diriger sa volonté.
La vérité nous oblige à reconnaître que nous sommes des êtres bornés ; l'erreur nous flatte, en nous faisant croire que dans une direction au moins, nous n'avons pas de limites.
Toute ma vie intérieure se révèle comme une méthode vivante d'invention, qui, reconnaissant une règle inconnue, s'efforce de la trouver ou de l'introduire dans le monde extérieur.
L'enfer même a ses lois.
Mourir est une distraction.
La perfection est inépuisable.
Mythologie. — Luxe de croyance.
On ne vit qu'en laissant vivre.
L'homme, ce petit monde de folie
Le plus petit cheveu fait ombre.
Un nom n'est que bruit et fumée.
Le temps est lui-même un élément.
La mauvaise volonté défigure tout.
J'aime celui qui rêve l'impossible.
Rien ne vaut ce jour d'aujourd'hui.
Tout ce qui passe n'est que symbole.
Tout homme qui marche peut s'égarer.
La présence est une puissante déesse.
L'originalité provoque l'originalité.
Un sage ne fait point de petite folie.
Semer est moins pénible que moissonner.
Avec les années augmentent les épreuves.
Parler est un besoin, écouter est un art.
En allemand, c'est mentir que d'être poli.
L'éternel féminin nous attire vers le haut.
Où l'intérêt cesse se perd aussi la mémoire.
Une gondole, c'est un cercueil avec une rame.
L'espérance est la seconde âme du malheureux.
L'homme qui n'a rien à perdre est redoutable.
Les couleurs sont des actions de la lumière...
Nul ne s'est jamais perdu dans le droit chemin.
On n'est jamais trompé ; on se trompe soi-même.
Qui sait profiter du moment est un homme avisé.
Etre adulte, c'est avoir pardonné à ses parents.
Le miracle est l'enfant le plus chéri de la foi.
La boue devient brillante lorsque le soleil luit.
La société des femmes est la source du bon usage.
Chaque pas vers un but doit être lui-même un but.
Celui qui joue avec la vie n'arrive jamais à rien.
Jouis de ce que tu peux , supporte ce que tu dois.
Les mathématiques ne peuvent effacer aucun préjugé.
La supériorité est souvent prise pour de l'égoïsme.
L'excellent est tout juste assez bon pour l'enfant.
L'Art et le Vin servent au rapprochement des hommes.
Il faut laisser à certains esprits leurs idiotismes.
Fermez vos coeurs avec plus de soins que vos portes.
Qu'est-ce que la poésie ? Une pensée dans une image.
Rien de plus inconséquent qu'une logique conséquente.
Qu'est-ce que ton devoir ? L'exigence de chaque jour.
Le devoir : aimer ce que l'on se prescrit à soi-même.
La société des femmes est l'élément des bonnes mœurs.
On ménage les vieillards comme on ménage les enfants.
Je puis promettre la franchise et non l'impartialité.
Rien ne nuit plus à une vérité qu'une erreur ancienne.
Les hommes déprécient ce qu'ils ne peuvent comprendre.
Ah ! Dieu ! l'art est long, et notre vie est courte !
Le péché écrit les histoires; la bonté est silencieuse.
Il y a une poésie sans figures qui n'est qu'une figure.
Nous ne vivons que par le passé, et le passé nous perd.
Les échecs, c'est la pierre de touche de l'intelligence.
Chaque mot qui sort de notre bouche peut être contredit.
Toute production importante est l'enfant de la solitude.
Vis superba formæ, belle expression de Johannes secundus.
Rien ne doit être estimé plus haut que le prix d'un jour.
Les difficultés croissent à mesure qu'on approche du but.
Combien de temps n'a-t-on pas disputé sur les antipodes ?
Il n'y a rien de terrible comme de voir agir l'ignorance.
Le Christ sera toujours un problème pour celui qui pense.
Celui qui sait profiter du moment, c'est là l'homme avisé.
On a toujours assez de temps quand on en fait un bon usage.
Il n'y a que le père qui n'envie pas le talent de son fils.
Un cadeau est bien arrivé quand il n'est pas trop mal reçu.
Les Indous du désert font voeu de ne pas manger de poisson.
Les nouveaux poètes mettent beaucoup d'eau dans leur encre.
Des habitudes, tant qu'il te plaira, mais non une habitude.
Aussitôt que je cesse d'être moral, je perds toute autorité.
Tout devient inintelligible pour celui qui a peur des idées.
L'homme ne comprend jamais combien il est anthropomorphique.
Que personne ne s'imagine avoir été attendu comme un sauveur.
Il n'arrive jamais à un homme sensé d'avoir une petite folie.
Écrire l'histoire est une manière de se débarrasser du passé.
Ce ne sont pas les sens qui nous trompent ; mais le jugement.
Les plus grandes difficultés sont là où on ne les attend pas.
La clarté, c'est une juste répartition d'ombres et de lumière.
Les habitants du désert font voeu de ne pas manger de poisson.
Si un arc-en-ciel dure un quart d'heure, on ne le regarde plus.
Les plus grandes difficultés sont où nous ne les cherchons pas.
La moitié d'une orange goûte aussi sucré qu'une orange entière.
Pour moi, le plus grand supplice serait d'être seul en paradis.
Si je suis un sot, on me tolère ; si j'ai raison, on m'injurie.
Nul n'est plus esclave que celui qui se croit libre sans l'être.
Homme, quand comprendras-tu que ne pas aboutir fait ta grandeur.
La moitié d'une orange goûte aussi sucrée qu'une orange entière.
Ce que tu as reçu de tes ancêtres, acquiers-le, pour le posséder.
J'aime mieux commettre une injustice que de souffrir un désordre.
On peut tout imposer à la société ; mais seulement pour un temps.
Un souvenir d'amour ressemble à l'amour - c'est aussi un bonheur.
La littérature se corrompt dans la même proportion que les hommes.
Qui ne connaît pas de langues étrangères ne connaît pas la sienne.
Ceux qui ne comprennent pas leur passé sont condamnés à le revivre.
Les hommes sensés sont les meilleurs dictionnaires de conversation.
Nous devons en rester à la vieille coutume de rester la tête haute.
Toute théorie est grise, mais vert florissant est l'arbre de la vie.
Si les singes savaient s'ennuyer, ils pourraient devenir des hommes.
Un esprit vraiment libéral est celui qui sait reconnaître le mérite.
Si l'éclat des étoiles doublait, l'univers serait à jamais ténébreux.
Combien fécond le plus petit domaine, quand on sait bien le cultiver.
Le point le plus élevé que l'homme puisse atteindre est l'étonnement.
Le plus pur bonheur du monde renferme un pressentiment de souffrance.
Quiconque a bu une tasse de chocolat résiste à une journée de voyage.
On n'est jamais plus esclave que quand on se croit libre sans l'être.
Nos désirs sont les pressentiments des possibilités qui sont en nous.
La conduite sociale est un miroir dans lequel chacun montre son image.
Voir le difficile traité facilement nous donne l'idée de l'impossible.
Les mots français ne viennent pas du latin écrit, mais du latin parlé.
Celui qui ne sait aucune langue étrangère ne sait pas sa propre langue.
L'appel à la postérité nait d'un sentiment pur et vif de l'immortalité.
Ecrire l'histoire est une façon comme une autre de se libérer du passé.
On ne vit réellement que quand on jouit de la bienveillance des autres.
Il est possible que tous les faux pas conduisent à un bien inestimable.
Souffler n'est pas jouer de la flûte. Il faut encore remuer les doigts.
Dès l'instant où vous aurez foi en vous-même, vous saurez comment vivre.
Seul est digne de la vie celui qui chaque jour part pour elle au combat.
Tout ce que j'ai publié n'est que des fragments d'une grande confession.
Le mysticisme est la scholastique du coeur, la dialectique du sentiment.
Celui-là seul est digne de la liberté qui chaque jour doit la conquérir.
S'il est vrai que la jeunesse soit un défaut, on s'en corrige bien vite.
Tous les travers qui vieillissent sont comme les matières qui rancissent.
Le monde est une cloche fêlée, elle fait du bruit mais elle ne sonne pas.
La raison et la déraison ont à souffrir ici-bas les mêmes contradictions.
Ne cherchez pas à corriger un esprit commun, il restera toujours le même.
Les passions sont des défauts ou des vertus poussées seulement à l'excès.
Quel temps extraordinaire que celui où l'on est réduit à envier les morts.
S'ils savaient où se trouve ce qu'ils cherchent, ils ne chercheraient pas.
Avant la révolution tout était tendance ; depuis tout est devenu exigence.
Ne dis pas que tu veux donner : donne. Jamais tu ne satisferas une attente.
Si vous avez confiance en vous-mêmes, vous inspirerez confiance aux autres.
On n'est jamais satisfait du portrait d'une personne que l'on connaît bien.
Seul mérite l'amour et la vie celui qui quotidiennement doit les conquérir.
Une différence qui n'offre aucun sens à la raison n'est pas une différence.
Le meunier s'imagine que le blé ne croit que pour faire tourner son moulin.
Si je dors je dors pour moi ; si je travaille, je ne sais pour qui ce sera.
On aurait des enfants tous élevés, si les parents étaient élevés eux-mêmes.
Comparer n'est pour l'ignorant qu'un moyen commode de se dispenser de juger.
Il faut payer cher ses erreurs, et encore est-on bien heureux si on le peut.
Le véritable poète a pour vocation d'accueillir en lui la splendeur du monde.
Les plus grands hommes tiennent toujours à leur siècle par quelque faiblesse.
La libéralité obtient la faveur générale, surtout si l'humilité l'accompagne.
Le langage fabrique les gens bien plus que les gens ne fabriquent le langage.
On ne croit savoir que quand on sait peu ; avec la science augmente le doute.
Il vaut mieux qu'une injustice se produise plutôt que le monde soit sans loi.
Les faveurs ne sont le symbole de la souveraineté que pour les hommes faibles.
Vivre longtemps signifie survivre à beaucoup d'être aimés, haïs, indifférents.
Mon bon ami, toute théorie est sèche, et l'arbre précieux de la vie est fleuri.
Les grands talents sont les plus beaux moyens de conciliation entre les hommes.
Ce sont les erreurs de l'homme qui le rendent particulièrement digne d'intérêt.
Lorsqu'on vieillit il faut savoir s'arrêter avec conscience à un certain degré.
Rien ne trahit autant le caractère des gens que les choses dont ils se moquent.
Peu importe que nous disions le vrai ou le faux, on contredira l'un et l'autre.
Tout ce que nous faisons est une fatigue ; heureux celui qui ne se fatigue pas.
De tous les peuples ce sont les Grecs qui ont rêvé le plus beau rêve de la vie.
Tout s'arrangerait parfaitement bien si l'on pouvait faire les choses deux fois.
Notre participation aux affaires publiques n'est que de la politique de cabaret.
La main qui samedi tient un balai, est celle qui dimanche vous caresse le mieux.
Si tu veux progresser vers l'infini, explore le fini dans toutes les directions.
L'essentiel pour l'homme moral est de faire le bien sans s'inquiéter du résultat.
Si je reviens sur terre, je prierai les dieux de faire que je n'aime qu'une fois.
Celui qui reconnaît consciemment ses limites est le plus proche de la perfection.
Une parfaite contradiction est aussi mystérieuse pour les sages que pour les fous.
Un regard de toi, une seule parole m'en dit plus que toute la sagesse de ce monde.
Nul n'est plus désespérément esclave que ceux faussement convaincus d'être libres.
S'il fallait étudier toutes les lois, on aurait plus le temps de les transgresser.
L'animal est instruit par ses organes, l'homme instruit les siens et les gouverne.
Tout homme, parce qu'il est doué de la parole, croit pouvoir parler sur la langue.
Il reste toujours assez de force à chacun pour accomplir ce dont il est convaincu.
Le grand secret de notre maladie oscille entre la précipitation et la négligence.
On peut aussi bâtir quelque chose de beau avec les pierres qui entravent le chemin.
Ma nature est ainsi : j'aime mieux commettre une injustice que tolérer le désordre.
Le savoir-vivre, loin de nuire à l'originalité, devrait lui prêter un nouveau lustre.
Aussitôt que cessent les bonnes oeuvres vient la sentimentalité chez les protestants.
Châtie le chien, fouette le loup, si tu veux ; mais ne provoque pas les cheveux gris.
Tout bien considéré la philosophie n'est que le sens commun en langage amphigourique.
Le plus haut degré de bonheur consiste à nous perfectionner et à effacer nos défauts.
Il n'y a pas d'autre moyen de se défendre contre la supériorité d'autrui que d'aimer.
Les penseurs profonds et sérieux sont dans une mauvaise position vis-à-vis du public.
La vie n'oscille pas entre le bonheur et le malheur, mais entre le malheur et l'ennui.
Notre coup de maître, c'est de sacrifier notre existence propre, afin de mieux exister.
Quel est le meilleur gouvernement ? Celui qui nous apprend à nous gouverner nous-mêmes.
On aime les filles pour ce qu'elles sont, et les fils pour ce qu'ils promettent d'être.
Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pour recevoir.
Quel est le meilleur gouvernement ? Celui qui nous enseigne à nous gouverner nous-mêmes.
Dire que l'on pense vraiment que lorsqu'on n'arrive plus à concevoir ce que l'on pense !
On ne peut vivre pour tout le monde, surtout pour ceux avec qui on ne voudrait pas vivre.
Il y a des hommes qui ne se trompent jamais : parce qu'ils ne se proposent rien de sensé.
Les pauvres gens ne soupçonnent jamais le diable, quand même il les tiendrait à la gorge.
Un grand sacrifice est aisé, mais ce sont les petits sacrifices continuels qui sont durs.
Trouver partout le bien et l'apprécier, c'est en cela que se montre l'amour de la vérité.
L'ingratitude est une espèce de faiblesse. Je n'ai jamais vu d'hommes supérieurs ingrats.
Veux-tu vivre gaiement ? Chemine avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pour recevoir.
Le dilettantisme sérieux et la science traitée mécaniquement deviennent de la pédanterie.
L'homme le plus heureux est celui qui peut relier la fin de sa vie avec son commencement.
On peut reconnaître l'utilité d'une idée et ne pas savoir encore parfaitement s'en servir.
Un bon Allemand ne peut souffrir les Français, mais il boit volontiers les vins de France.
Ce qu'on peut appeler véritablement le bien se fait en grande partie clam, vi et precario.
La plus grande consolation pour la médiocrité est de voir que le génie n'est pas immortel.
C'est une grande faute de se croire plus que l'on est, et de s'estimer moins qu'on ne vaut.
Il n'y a personne à qui il ne reste assez de forces pour exécuter ce dont il est convaincu.
Si l'homme doit faire tout ce qu'on exige de lui, il doit aussi s'estimer plus qu'il n'est.
Le rythme a quelque chose d'enchanteur. Il nous fait croire que le sublime nous appartient.
On ne peut jamais se débarrasser de ce qui fait partie de nous-mêmes, même si on le rejette.
Quoi que tu rêves d'entreprendre, commence-le. L'audace a du génie, du pouvoir, de la magie.
Le plus grand avantage que nous retirons de l'histoire, c'est l'enthousiasme qu'elle excite.
Les hommes ne révèlent nulle part mieux leur caractère, que dans ce qu'ils trouvent ridicule.
Les conversations dont le fond est la contradiction ou la flatterie sont également mauvaises.
Le meilleur moyen de fuir le monde est l'art, et c'est aussi le meilleur moyen de le pénétrer.
Combien de joies ne voyons-nous pas à nos pieds quand notre regard est perdu dans les nuages ?
Tout ce qui est sage a déjà été pensé : il faut essayer seulement de le penser encore une fois.
Une activité sans bornes, de quelque nature qu'elle soit, finit toujours par faire banqueroute.
La félicité suprême du penseur, c'est de sonder le sondable et de vénérer en paix l'insondable.
Un honnête homme, d'un esprit borné, pénètre souvent les artifices des faiseurs les plus rusés.
Si tu ne veux pas que les choucas t'assiègent de leurs cris, ne sois pas la boule d'un clocher.
Les pensées reviennent, les convictions s'enracinent ; les états passent sans laisser de traces.
Si tu crois te connaître, tu ne reconnaîtras point Dieu, et même tu appelleras divin le mauvais.
Nos adversaires croient nous réfuter en répétant leurs opinions sans faire attention à la nôtre.
Ce sont les enfants et les oiseaux qu'il faut interroger sur le goût des cerises et des fraises.
Les hommes sont comme la mer Rouge : à peine la verge les a-t-elle séparés qu'ils se réunissent.
Tout ce qui est spinosisme dans la production poétique, devient machiavélisme dans la réflexion.
Rien n'est plus ordinaire aux imprévoyants que de chercher des expédients pour sortir d'embarras.
Une philosophie éclectique n'est pas possible ; mais il peut y avoir des philosophes éclectiques.
À un degré inférieur, la raison trouve presque tout risible ; à un degré supérieur, presque rien.
Celui qui ne se sent pas capable d'aimer, doit apprendre à flatter. Sans cela, il ne peut réussir.
On doit se tenir à distance de la beauté et de l'esprit, si l'on ne veut pas devenir leur esclave.
C'est un grand défaut que de se croire plus que l'on n'est et de s'estimer moins que l'on ne vaut.
Celui qui vise trop haut, celui qui se plaît dans les questions compliquées, est exposé à s'égarer.
Perte d'argent, perte légère ; perte d'honneur, grosse perte ; perte de courage, perte irréparable.
La mémoire peut toujours nous abandonner pourvu que le jugement ne nous manque pas dans l'occasion.
L'homme le plus heureux est celui qui sait mettre en rapport la fin de sa vie avec le commencement.
Plus d'un homme donne des coups de marteau sur le mur en croyant frapper juste sur la tête du clou.
Penser est facile ; agir est difficile ; agir suivant sa pensée est ce qu'il y a de plus difficile.
C'est bêtise de déprécier son ennemi avant le combat, et bassesse de l'amoindrir après la victoire.
Tout est combat, lutte : seul mérite l'amour et la vie celui qui quotidiennement doit les conquérir.
Des idées générales, jointes à une grande prétention, mettent sur la route des plus affreux malheurs.
Le meilleur de nos convictions ne peut se traduire par des paroles. Le langage n'est pas apte à tout.
Ce que l'on dit verbalement doit s'adresser au présent ; ce qu'on écrit doit être destiné à l'avenir,
On ne parlerait pas souvent dans le monde, si l'on savait combien souvent on comprend mal les autres.
Les hommes se connaîtraient mieux les uns les autres si chacun ne voulait être l'égal de son semblable.
On ferait beaucoup l'aumône si l'on avait des yeux pour voir le beau geste que fait la main qui reçoit.
On dit d'un homme, lorsqu'il fait quelque chose contre sa manière et ses habitudes : il mourra bientôt.
Nous ne sommes jamais plus éloignés de l'objet de nos désirs que quand nous nous imaginons le posséder.
Il n'est rien de sensé qui n'ait été déjà pensé, on doit seulement tâcher de le penser encore une fois.
La tolérance ne devrait être qu'un état transitoire. Elle doit mener au respect. Tolérer c'est offenser.
Quoi que vous puissiez faire ou rêver, commencez-le. L'audace a du génie, de la puissance et de la magie
La théorie, en elle-même, n'est utile qu'en ce qu'elle nous fait croire à l'enchaînement des phénomènes.
Il faut mieux faire la chose la plus insignifiante du monde que de passer une demi-heure sans rien faire.
Tout ce qui affranchit notre esprit sans nous donner les moyens de maîtriser nos passions est pernicieux.
La superstition est la poésie de la vie ; c'est pourquoi il n'est pas mal que le poète soit superstitieux.
Une dépendance volontaire est la position la plus belle ; mais comment serait-elle possible sans l'amour ?
Pour qu'un homme accomplisse tout ce qu'on lui demande, il doit se considérer comme plus grand qu'il n'est.
Dans la plus haute prospérité et dans le dernier degré de malheur, nous avons toujours besoin de l'artiste.
Mais le monde ! le coeur et l'esprit des hommes !... Chacun peut bien désirer d'en connaître quelque chose.
Ce n'est pas l'homme de bon sens, mais le bon sens, l'homme raisonnable, mais la raison qui nous gouvernent.
Si l'on impose à quelqu'un des devoirs, et qu'on ne veuille lui accorder aucun droit, il faut le bien payer.
Avant l'orage la poussière qui va disparaître pour longtemps se soulève pour la dernière fois avec violence.
Ce que vous avez hérité de vos ancêtres, il faut le mériter par vous-même autrement, ce ne sera jamais à vous.
On doit distinguer deux choses dans l'homme : ce qu'il a reçu de la nature, et ce qu'il a acquis par lui-même.
Dans le domaine des idées, tout dépend de l'enthousiasme. Dans le monde réel, tout repose sur la persévérance.
Chacun n'apprend que ce qu'il peut apprendre ; mais celui qui sait profiter du moment, c'est là l'homme avisé.
Il y a une réflexion enthousiaste qui est du plus haut prix, pourvu qu'on ne se laisse pas entraîner par elle.
Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es ; dis-moi de quoi tu t'occupes, je te dirai ce que tu deviendras.
Tout ce qui est lyrique doit être très raisonnable dans l'ensemble, mais dans les détails un peu déraisonnable.
L'étude de la littérature grecque et romaine doit rester toujours à la base de la haute culture intellectuelle.
La vérité ressemble à Dieu ; elle n'apparaît pas immédiatement. Nous devons la deviner sous ses manifestations.
Aussi, peut-on remarquer que ceux qui considèrent la dévotion comme le but sont pour la plupart des hypocrites.
Chacun souffre alors qu'il ne travaille pas pour lui-même. On travaille pour les autres afin de jouir avec eux.
Et tant que tu n'auras pas compris ce "meurs et deviens", tu ne seras qu'un hôte obscur sur la terre ténébreuse.
C'est quelque chose de terrible pour un homme distingué que de voir un sot tirer vanité de ses rapports avec lui.
Les hommes ne sympathisent qu'avec ce qui est plein de vie. La jeunesse se forme dans le commerce de la jeunesse.
Bien savoir et bien faire une seule chose procure un plus haut développement que d'en faire à demi une centaine.
L'homme tremble devant les maux qui ne l'atteindront pas et pleure continuellement les biens qu'il n'a pas perdus.
Dans tout objet d'art, grand ou petit, considéré jusque dans les plus petits détails, tout dépend de la conception.
Ce qui ne sert point est un pesant fardeau, mais ce que l'esprit peut créer en un instant, voilà ce qui est utile !
Penser est facile. Agir est difficile. Mais agir en accord avec les pensées d'un autre est plus difficile que tout.
Les grandes passions sont des maladies sans espérance, ce qui pourrait les guérir les rend plus dangereuses encore.
Ecraser l'innocent qui résiste, c'est un moyen que les tyrans emploient pour se faire place en mainte circonstance.
Un devoir rempli laisse toujours dans l'âme un sentiment qui ressemble au remords : celui de n'avoir pas assez fait.
L'histoire des sciences est un grand concert dans lequel on distingue successivement la voix des différents peuples.
Celui qui est et reste vrai pour lui-même et pour les autres, possède la plus belle qualité des plus grands talents.
Dans les oeuvres de l'homme, comme dans celles de la nature, c'est principalement le but qui mérite notre attention.
Il n'y a pas de grenouilles partout où il y a de l'eau, mais il y a de l'eau partout où l'on entend des grenouilles.
Il suffit de vieillir pour devenir plus indulgent. Je ne vois pas commettre une faute que je n'aie commise moi-même.
Nous voyons toujours avec nos yeux et notre imagination ; la nature seule sait ce qu'elle veut et ce qu'elle a voulu.
Les prétentions déraisonnables et despotiques du cardinal Richelieu ont fait que Corneille s'est trompé sur lui-même.
Nos passions sont de véritables phénix. Lorsqu'une ancienne est consumée, une nouvelle renaît aussitôt de ses cendres.
L'erreur nous va bien tant que nous sommes jeunes ; mais il ne faut pas la traîner avec soi jusque dans la vieillesse.
Quoi que vous puissiez faire, quoi que vous rêviez, commencez-le. La hardiesse a du génie, de la force et de la magie.
Ce ne serait pas la peine de vivre jusqu'à soixante-dix ans si toute la sagesse du monde n'était que folie devant Dieu.
Le plus noble bonheur de l'homme qui pense, c'est d'avoir exploré le concevable et de révérer en paix l'inconnaissable.
Le monde n'est-il pas déjà assez rempli d'énigmes, pour qu'on ne transforme pas en énigmes les choses les plus simples.
Il y a aussi dans l'homme la volonté de servir ; c'est pour cela que la chevalerie chez les Français s'appelait servage.
Partout où brûlent des lampes ou des cierges il y a des taches ; les flambeaux du ciel répandent seuls une lumière pure.
Traitez les gens comme s'ils étaient ce qu'ils devrait être, et vous les aiderez ainsi à devenir ce qu'ils peuvent être.
La femme qui a le plus de mérite est celle qui est en état de remplacer le père auprès des enfants, lorsqu'il est absent.
Le respect de nous-même est la règle de notre moralité. Le respect de nos semblables, celle de notre conduite envers eux.
Le public exige d'être traité comme les femmes auxquelles il ne faut surtout rien dire que ce qu'il leur plaît d'entendre.
Certains livres semblent avoir été écrits, non pour nous instruire, mais pour qu'on sache que l'auteur savait quelque chose.
Nous n'apprenons pas à connaître les hommes lorsqu'ils viennent à nous ; nous devons aller à eux pour savoir ce qu'ils sont.
Traitez les gens comme s'ils étaient ce qu'ils pourraient être et vous les aiderez à devenir ce qu'ils sont capables d'être.
L'amour est une chose idéale, le mariage une chose réelle, et toute confusion entre l'idéal et le réel ne va jamais impunie.
Quelqu'un consultait Timon sur l'instruction de ses enfants. Faites-leur enseigner, dit-il, ce qu'ils ne comprendront jamais.
La mode est une tradition momentanée. Or, toute tradition entraîne avec elle une certaine nécessité : celle de s'y conformer.
Le beau est une manifestation des lois secrètes de la nature, qui, sans cette révélation, seraient toujours restées inconnues.
Les réunions les plus agréables sont celles où règne entre tous les membres une politesse naturelle qui n'exclut pas la gaîté.
Le maniéré est un faux idéal, un idéal où la personnalité se montre seule. Aussi, ne peut-il se passer facilement de l'esprit.
Quoi que l'homme entreprenne et fasse, l'individu ne se suffit pas, la société reste le suprême besoin de tout homme de valeur.
Si l'on veut que je prête l'oreille à l'opinion d'autrui, qu'elle soit exprimée nettement. Je trouve en moi assez de problèmes.
On ne parlerait guère en société si l'on se souvenait combien de fois on a été incapable de comprendre ce que disait les autres.
La hauteur nous attire, mais non les degrés qui y mènent ; les yeux fixés sur la lune, nous cheminons volontiers dans la plaine.
Que sont la plupart des tragédies, sinon les passions mises en vers de gens qui s'embarrassent fort peu des choses extérieures ?
Celui à qui la nature commence à dévoiler ses secrets éprouve un désir irrésistible de connaître son plus digne interprète, l'art.
Un baiser est comme un verre de vin : d'abord un, puis un second, et puis un autre encore, jusqu'à ce que nous tombions d'ivresse.
La vérité est un flambeau, mais un flambeau immense ; aussi nous clignons de l'oeil en passant devant lui, de peur de nous brûler.
Le magnifique chant d'église Veni creator spiritus est un appel au génie. Aussi agit-il puissamment sur les âmes fortes et élevées.
Nous apprenons seulement des livres que nous ne pouvons juger. L'auteur d'un livre que nous pouvons juger devrait apprendre de nous.
Quels sont les défauts que nous devons conserver et même cultiver en nous ? Ceux qui flattent les autres plus qu'ils ne leur nuisent.
Mais les hommes ne peuvent facilement dégager l'inconnu, car ils ne savent pas que leur raison suit les mêmes procédés que la nature.
L'humanité doit être considérée comme un homme immortel qui incessamment réalise des idées nécessaires, et par là domine l'accidentel.
La résistance, l'opiniâtreté, empoisonnent la plus riche possession, et c'est pour sa peine et sa torture qu'on s'épuise à être juste.
Nous avons raison d'appeler nos maîtres ceux dont nous apprenons toujours. Mais tous ceux dont nous apprenons ne méritent pas ce titre.
On ne parlerait guère en société si l'on se souvenait du nombre de fois où on a été incapable de comprendre ce que disaient les autres.
Il existe une politesse du cœur ; elle est parente de l'amour ; c'est d'elle que naissent les manières les plus aisées dans la société.
L'art seul, et en particulier la poésie, impose des limites à l'imagination. Il n'y a rien de terrible comme l'imagination sans le goût.
La dévotion n'est pas un but, mais un moyen pour arriver par le calme le plus pur de l'âme au plus haut degré de perfectionnement moral.
Celui qui ose se déclarer libre sent dans le moment même sa dépendance ; celui qui ne craint pas de se déclarer dépendant se sent libre.
La haine est un déplaisir actif, l'envie un déplaisir passif ; aussi, ne doit-on pas s'étonner que l'envie se change si souvent en haine.
Rien de plus déplorable que la tendance à l'absolu dans ce monde où tout a des limites. Cela contient peut-être moins que jamais en 1830.
L'Allemand possède la liberté de penser, et c'est pour cela que, lorsqu'il manque de goût et de liberté d'esprit, il ne s'en aperçoit pas.
Le ridicule naît d'un contraste moral entre des objets hétérogènes fortuitement réunis, et sans que leur existence en paraisse compromise.
Les phrases que les hommes entendent continuellement finissent par devenir des convictions, mais dessèchent les organes de l'intelligence.
Toutes les lois sont faites par des vieillards et par des hommes. Les jeunes gens et les femmes veulent l'exception ; les anciens la règle.
Anaxagore enseignait que les animaux ont la raison active, mais non la raison passive, qui sert en même temps d'interprète au raisonnement.
Tout dépend des sentiments. Où le sentiment existe, la pensée ne peut manquer de se développer ; tel est le sentiment, telle est la pensée.
L'erreur se reproduit toujours davantage dans la conduite des hommes. On ne doit donc pas se lasser de répéter la vérité dans ses discours.
C'est rendre un très grand service à la science que de rechercher et de développer les vérités incomplètes que possédaient déjà les anciens.
Traitez un individu comme il est, il restera ce qu'il est. Traitez-le comme il doit et peut devenir, il deviendra ce qu'il doit et peut être.
L'erreur est à la vérité ce que le sommeil est à la veille. J'ai remarqué qu'on revient de l'erreur à la vérité comme délassé par le sommeil.
Les heureux du monde croient-ils que le malheureux doit périr devant eux avec la même grâce que la populace romaine exigeait des gladiateurs ?
Chacun a ses originalités dont il ne peut se débarrasser ; cependant, plus d'un homme se perd par ses originalités souvent les plus innocentes.
Depuis bientôt vingt ans, les Allemands s'occupent d'idées transcendantes ; quand ils s'en apercevront, ils se trouveront bien extraordinaires.
Les idées audacieuses sont comme les pions qui avancent aux échecs ; ils peuvent être pris, mais ils peuvent aussi démarrer une partie gagnante.
Il y a deux sortes de faux artistes, les dilettantes et les spéculateurs. Les premiers font de l'art pour leur plaisir, les seconds par intérêt.
Cette question : De quelle idée le poète s'est-il inspiré ? Appartient encore au premier point de vue. Le comment c'est ce que personne ne sait.
En y regardant de près, nous devons chercher tous les jours à nous réformer et à protester contre les autres quoique non dans un sens religieux.
Le jugement d'une nation n'est formé que du moment où elle peut se juger elle-même. Mais cette haute prérogative elle ne l'obtient que fort tard.
Il y a tant d'hommes d'un vrai mérite dispersés dans ce monde, et qui vivent dans la même époque ! Mais malheureusement ils ne se connaissent pas.
Un esprit doué d'activité et de vivacité, qui dans la pratique poursuit toujours un but immédiat, est ce qu'il y a de plus distingué sur la terre.
Tous les adversaires d'une idée nouvelle remuent des charbons ardents qui jetés çà et là mettent le feu dans des endroits où il n'aurait pas pris.
Les matériaux de l'art sont à la portée de tous. L'idée n'appartient qu'à l'esprit original, et la forme est un secret presque pour tout le monde.
On doit de temps en temps répéter sa confession de foi, déclarer ce qu'on approuve, ce que l'on condamne ; nos adversaires ne s'en font pas faute.
L'homme ne peut vivre qu'avec ses semblables, et même avec eux il ne peut pas vivre, car, il lui devient intolérable qu'un autre soit son semblable.
Le ruisseau est l'ami du meunier à qui il est utile, et il aime à faire tourner son moulin. Que lui sert-il de couler nonchalamment dans la vallée ?
Les hommes prudents et actifs qui connaissent leur force et s'en servent avec mesure et circonspection, seuls iront loin dans les affaires du monde.
Ce n'est pas tant pour avoir laissé quelques ouvrages que pour avoir agi, et vécu, et porté les autres à agir et à vivre, qu'un homme reste marquant.
Il est difficile d'apprécier une erreur complète, une moitié et un quart d'erreur, d'en démêler le vrai, et de le mettre à la place qui lui convient.
La dialectique est le perfectionnement de l'esprit de contradiction, qui a été donné à l'homme afin qu'il apprit à connaître la différence des choses.
L'homme heureux ne croit pas qu'il arrive encore des prodiges ; c'est dans le malheur qu'on apprend que le doigt de Dieu dirige les bons vers le bien.
Ce n'est pas assez de faire des pas qui doivent un jour conduire au but, chaque pas doit être lui-même un but en même temps qu'il nous porte en avant.
Si nous regardons volontiers devant nous, c'est que nous nous plaisons secrètement à arranger au gré de nos désirs ce qui flotte vaguement dans l'avenir.
Il n'y a aucun signe extérieur de politesse qui n'ait un principe moral. La bonne éducation serait celle qui donnerait à la fois le signe et le principe.
Un fait accidentel où nous ne découvrons pour le moment ni une loi de la nature ni un effet de la liberté, nous l'appelons un accident de la vie commune.
Nous nous trouvons rarement dans une grande réunion sans penser que le hasard, qui a ainsi rassemblé tant de personnes, doit aussi y avoir amené nos amis.
Les dieux nous apprennent à imiter leurs propres oeuvres. Cependant, nous ne savons que ce que nous faisons ; nous ne connaissons pas ce que nous imitons.
Et cependant quoique la littérature soit incomplète, on y trouve mille répétitions ; ce qui montre combien sont bornés l'esprit et la destinée de l'homme.
Nous, hommes, nous ne conduisons pas notre destinée : tout pouvoir sur nous est laissé aux mauvais esprits ; et leur malveillance travaille à notre ruine.
On regarde par habitude une montre qui s'est arrêtée, comme si elle marchait ; ainsi, on considère la figure d'une belle femme comme si elle aimait encore.
La nature demande que l'homme s'étourdisse quelquefois sans dormir. De là vient le plaisir de fumer, de boire des liqueurs fortes et de prendre de l'opium.
La sentimentalité des Anglais est humoristique et tendre ; celle des Français est commune et pleure facilement ; celle des Allemands est naïve et naturelle.
L'art est le plus sûr moyen de se soustraire aux exigences du monde, et cependant il n'y a pas de liaisons plus sûres que celles dont l'art est le principe.
Parfois, notre destin ressemble à un arbre fruitier en hiver. Qui penserait que ces branches reverdiront et fleuriront, mais nous l'espérons, nous le savons.
Il y a des enthousiastes empyriques qui s'extasient sur certaines productions nouvelles, louables d'ailleurs, comme s'il ne s'était rien vu de pareil au monde.
La plus grande probabilité de voir nos voeux accomplis laisse encore un doute ; c'est pourquoi, quand nos espérances se réalisent, nous sommes toujours surpris.
Le caractère, dans les grandes et les petites choses se montre lorsque l'homme poursuit avec constance la réalisation d'un but qu'il se sent capable d'atteindre.
Il y a un scepticisme pratique qui s'efforce sans cesse de se vaincre lui-même et d'arriver, par une expérience méthodique, à une espèce de certitude restreinte.
L'air frais des champs ; voilà notre vraie place ; il semble que là l'esprit de Dieu entoure l'homme de son souffle, et qu'il soit soumis à une influence divine.
Tous les hommes utiles doivent être en rapport les uns avec les autres, de même que l'entrepreneur se réfère à l'architecte et celui-ci au maçon et au charpentier.
Si l'on pouvait abolir la mort, il n'y aurait rien à dire. Abolir la peine de mort serait difficile. Mais si cela arrivait, on serait bientôt forcé de la rétablir.
Si la société se démet du droit d'infliger la peine de mort, chacun se fera immédiatement justice à lui-même, et la sanguinaire vendetta viendra frapper aux portes.
Celui qui ne redoute rien et qui marche hardiment, sent, à mesure qu'il avance, les hautes facultés de son esprit se développer, et goûte une jouissance délicieuse.
De même que l'homme doit vivre du dedans au-dehors, l'artiste doit opérer du dedans au-dehors : car il aura beau faire, il ne produira jamais que son individualité.
On devrait souhaiter à tout homme sensé une certaine dose de poésie. Ce serait le vrai moyen de lui donner de la dignité et de la grâce, quelle que fût sa position.
Les idées audacieuses sont comme les pièces qu'on déplace sur un échiquier : on risque de les perdre mais elles peuvent aussi être l'amorce d'une stratégie gagnante.
Nous reconnaissons volontiers la supériorité des anciens, mais non pas celle de la postérité. Il n'y a qu'un père qui n'envie pas à son fils la supériorité du talent.
Certains défauts sont nécessaires à notre manière d'être individuelle. Nous serions très fâchés si nos anciens amis venaient à se dépouiller de certaines originalités.
Il n'arrive en ce monde rien de déraisonnable que la raison et le hasard ne puisse redresser, rien de raisonnable que la déraison et le hasard ne puisse faire manquer.
On doit chercher à gagner, par la conduite et les bonnes mœurs, ce qu'on ne pourrait obtenir autrement que par la force, et même ce que la force ne donne pas toujours.
Mais il est un point sur lequel les premiers ont toujours l'avantage. Le talent simplement naturel l'emporte sur les esprits cultivés par le laconisme de l'expression.
La littérature est le fragment des fragments. La plus petite partie de ce qui a été fait et dit, a été écrit, et de ce qui a été écrit la plus faible partie est restée.
Celui qui rencontre de bonne heure des obstacles parvient à une liberté tranquille ; celui qui ne rencontre des obstacles que plus tard, ne connaît qu'une liberté amère.
Dans l'art et dans la science, aussi bien que dans l'action et la pratique, l'essentiel est de saisir nettement les objets, et de les traiter conformément à leur nature.
Quand nous voulons apprendre quelque chose de grand, nous sommes obligés de faire un retour sur notre misérable nature, et par cela même nous avons appris quelque chose.
Les mathématiciens sont comme les français : quoique vous leur dites ils le traduisent dans leur propre langue et le transforme en quelque chose de totalement différent.
Ce que les hommes ont établi de bien ou de mal n'est pas toujours conforme au but ; mais ce que font les Dieux, que cela paraisse bon ou mauvais, est toujours à sa place.
L'observateur de la nature cherche les causes les plus générales, et attribue les phénomènes semblables à une cause générale, mais on pense rarement à la cause prochaine.
Il est aussi certain qu'étonnant que la vérité et l'erreur découlent de la même source. Aussi, souvent on ne peut toucher à l'erreur sans nuire en même temps à la vérité.
Toute vérité abstraite est mise à la portée du sens commun par les applications, et ainsi le sens commun s'élève, par la pratique et l'observation, jusqu'à l'abstraction.
Personne ne peut contribuer au progrès de l'art, si ce n'est les grands maîtres. Les protecteurs contribuent à faire avancer l'artiste, mais l'art n'y gagne pas toujours.
Dans une traduction, il faut aller jusqu'à l'intraduisible, C'est alors seulement qu'on s'aperçoit combien une langue nous est étrangère, ainsi que la nation qui la parle.
La musique, du moins celle qui mérite ce nom, se passe plus facilement de la nouveauté ; et même plus elle est ancienne, plus on y est accoutumé, plus elle produit d'effet.
On dit à l'artiste : Étudiez la nature. Mais ce n'est pas une petite difficulté que de tirer le noble du commun et de donner le caractère de la beauté à ce qui est informe.
On doit supporter avec beaucoup de bienveillance l'importunité des jeunes dilettantes. Ils deviennent en avançant en âge les vrais admirateurs de l'art et des grands maîtres.
Les hommes ont beaucoup de mal à se connaître, même lorsqu'ils sont animés de la meilleure intention. Comment y parviendraient-ils avec la mauvaise volonté qui défigure tout.
Dans chaque circonstance l'esprit du jour pèse sur lui, et rien n'est plus nécessaire que de lui faire remarquer de bonne heure le but vers lequel doit se diriger sa volonté.
La vérité nous oblige à reconnaître que nous sommes des êtres bornés ; l'erreur nous flatte, en nous faisant croire que dans une direction au moins, nous n'avons pas de limites.
Toute ma vie intérieure se révèle comme une méthode vivante d'invention, qui, reconnaissant une règle inconnue, s'efforce de la trouver ou de l'introduire dans le monde extérieur.

Autres dramaturges

Questions autour de Johann Wolfgang von Goethe

Qui est né le même jour que Johann Wolfgang von Goethe ?
Philippe Léotard, Billy Boyd, Edmond Dantès, Claudio Brook et David Soul sont nés le 28 août comme Johann Wolfgang von Goethe.
À quel âge est mort Johann Wolfgang von Goethe ?
Johann Wolfgang von Goethe est mort à 82 ans, le 22 mars 1832.
Qui est mort le même jour que Johann Wolfgang von Goethe ?
Jean-Baptiste Lully, Pierre Brossolette, Walter Lantz, Pierre Papadiamandis et Lionel Jospin sont morts le 22 mars comme Johann Wolfgang von Goethe.
Qui est né à Francfort-sur-le-Main comme Johann Wolfgang von Goethe ?
Lien copié dans le presse-papier !