Karl Polanyi (1886-1964), économiste et historien austro-hongrois, est l'auteur de La Grande Transformation (1944), ouvrage qui conteste la naturalité du marché autorégulateur et fonde le courant du substantivisme économique. Exilé à Vienne, en Grande-Bretagne puis au Canada, il enseigna à l'université Columbia de New York.
Né le 25 octobre 1886 à Vienne dans l'empire austro-hongrois, Károly Pollacsek grandit à Budapest où la famille s'installe vers 1890 après avoir magyarisé son patronyme en Polányi. Fils de Mihály Pollacsek, ingénieur ferroviaire, il fréquente le Minta Gymnasium puis intègre l'université de Budapest, où il obtient un doctorat en philosophie en 1908 sous la direction de Bódog Somló, puis un doctorat en droit en 1912. En marge de ses études, il fonde en 1908 le Cercle Galilée, organisation progressiste d'étudiants dont il est le premier président, et fréquente des intellectuels tels que György Lukács, Karl Mannheim et Oszkár Jászi. Il participe en 1914 à la création du Parti radical hongrois et en devient secrétaire. Mobilisé comme officier de cavalerie dans l'armée austro-hongroise lors de la Première Guerre mondiale, il est hospitalisé sur le front russe, puis démobilisé pour incapacité.
Après que Béla Kun renverse le gouvernement républicain de Mihály Károlyi pour instaurer la République des Conseils de Hongrie, Polanyi s'exile à Vienne en 1919. De 1924 à 1933, il exerce comme journaliste économique pour la revue Der Oesterreichische Volkswirt, référence viennoise en économie politique, où il débat notamment avec Ludwig von Mises, chef de file de l'école autrichienne, sur la viabilité d'une économie socialiste. La montée du nazisme le contraint à quitter Vienne pour Londres en 1933, où il enseigne l'histoire économique pour la Workers' Educational Association, liée aux universités d'Oxford et de Londres. En 1940, bénéficiant d'une bourse de la fondation Rockefeller, il rejoint le Bennington College dans le Vermont et y rédige La Grande Transformation. L'ouvrage, publié en 1944, lui vaut une nomination comme visiting professor d'histoire économique à l'université Columbia de New York en 1947. Il y dirige, avec Conrad Arensberg, un séminaire de recherche sur les systèmes économiques anciens jusqu'à sa retraite en 1953.
1886 : Naissance le 25 octobre à Vienne, dans l'empire austro-hongrois.
1890 : Installation de la famille à Budapest ; magyarisation du patronyme Pollacsek en Polányi.
1908 : Doctorat en philosophie à l'université de Budapest ; fondation du Cercle Galilée.
1912 : Doctorat en droit ; admission au barreau hongrois.
1914 : Co-fondation du Parti radical hongrois ; mobilisation dans la cavalerie austro-hongroise.
1919 : Exil à Vienne après la chute du gouvernement républicain de Mihály Károlyi.
1923 : Mariage avec Ilona Duczynska à Vienne ; naissance de Kari Polanyi-Levitt.
1924 : Début de la collaboration journalistique à la revue viennoise Der Oesterreichische Volkswirt.
1933 : Émigration en Grande-Bretagne sous la pression de la montée du nazisme.
1940 : Arrivée aux États-Unis ; enseignement et recherche au Bennington College, Vermont.
1944 : Publication de The Great Transformation chez Farrar & Rinehart, New York.
1947 : Nomination comme visiting professor d'histoire économique à l'université Columbia, New York.
1957 : Publication de Trade and Market in the Early Empires, avec Conrad Arensberg et Harry Pearson.
1964 : Décès le 23 avril à Pickering, Ontario, Canada.
1986 : Conférence internationale du centenaire à Budapest ; inhumation de ses cendres au cimetière national de Fiumei út.
Karl Polanyi est le fils de Mihály Pollacsek (mort en 1905), ingénieur ferroviaire ayant participé à la construction du réseau ferroviaire hongrois, et de Cecília Wohl (1862-1939), fondatrice d'une école privée pour femmes à Budapest en 1912, dont le salon attira les intellectuels hongrois jusqu'à sa mort. Il est le frère de Michael Polanyi (1891-1976), chimiste et épistémologue, et de Laura Polányi Striker (1882-1959), historienne. En 1923, à Vienne, il épouse Ilona Duczynska (1897-1978), militante socialiste polonaise. Leur fille, Kari Polanyi-Levitt, née en 1923, est professeure d'économie à l'université McGill de Montréal.
Installé à Pickering, en Ontario, Polanyi fait la navette vers New York car les autorités américaines refusent à Ilona Duczynska un visa en raison de son passé révolutionnaire. Polanyi entretient des liens étroits avec György Lukács et Karl Mannheim, fréquentés depuis Budapest, ainsi qu'avec des cercles chrétiens-socialistes en Angleterre. En 1987, Kari Polanyi-Levitt fonde à l'université Concordia de Montréal l'Institut Karl Polanyi d'économie politique, qui perpétue ses travaux. Dès les années 1920, Polanyi s'intéresse à la doctrine sociale de l'Église catholique et se convertit au christianisme par conviction éthique.
Karl Polanyi décède le 23 avril 1964 à son domicile de Pickering, en Ontario, Canada. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille. Ses travaux inachevés sont publiés à titre posthume : Dahomey and the Slave Trade en 1966 et The Livelihood of Man en 1977, édité par Harry Pearson. En 1986, à l'occasion du centenaire de sa naissance, une conférence internationale se tient à Budapest sous l'égide de Kari Polanyi-Levitt ; ses cendres y sont transférées et inhumées. Son épouse Ilona Duczynska lui survit quatorze ans, décédant le 24 avril 1978, et oeuvre à la diffusion de son héritage intellectuel.
Les cendres de Karl Polanyi reposent au cimetière national de Fiumei út à Budapest, en Hongrie, inhumées lors de la conférence du centenaire en 1986. L'Institut Karl Polanyi d'économie politique, fondé en 1987 à l'université Concordia de Montréal, et la Fondation Karl Polanyi créée par Kari Polanyi-Levitt au Québec constituent les principaux lieux de mémoire institutionnelle.
1 - La Grande Transformation ne fut traduite en français qu'en 1983, soit trente-neuf ans après sa parution en anglais. Publiée chez Gallimard dans la collection Bibliothèque des sciences humaines, cette traduction tardive a joué un rôle déterminant dans la réception de Polanyi en France.
2 - Les autorités américaines refusèrent à Ilona Duczynska tout visa d'entrée en raison de son engagement révolutionnaire de 1919. Karl Polanyi, nommé à l'université Columbia de New York, s'établit à Pickering, en Ontario, et rejoignait régulièrement son poste depuis le Canada.
3 - La mère de Karl Polanyi, Cecília Wohl, tenait à Budapest un salon intellectuel dont les habitués comptaient György Lukács et Karl Mannheim. Fondatrice d'une des premières écoles privées pour femmes à Budapest en 1912, elle fut aussi une pionnière du féminisme hongrois.
4 - Karl Polanyi organisa à Vienne dans les années 1920 un séminaire où il s'opposa à Ludwig von Mises sur la viabilité d'une économie socialiste. Il y défendait un modèle coopératif décentralisé, fondé sur des associations de producteurs et de consommateurs, contre les thèses libérales de l'école autrichienne.
5 - Karl Polanyi obtint dans les années 1950 une subvention de la Ford Foundation pour un vaste programme comparatif sur les systèmes économiques des empires anciens, qui aboutit à la publication de Trade and Market in the Early Empires en 1957, avec Conrad Arensberg.
6 - Des vers du poète hongrois Attila József furent inscrits sur le cercueil de Karl Polanyi lors de ses funérailles à Pickering en 1964, geste rappelant l'attachement d'un intellectuel exilé depuis 1919 à la culture de son pays natal.
- Métier(s) : Économiste, historien économique, anthropologue, journaliste, professeur
- Résidence principale : Pickering (Ontario, Canada)
- Relations de couple : Ilona Duczynska (mariée en 1923, décédée le 24 avril 1978)
- Enfants : Kari Polanyi-Levitt (née en 1923)
- Distinctions : Aucune distinction officielle documentée dans les sources consultées
Car j'étais né pour être enseignant.
— Note autobiographique, citée par Ilona Duczynska Polanyi, préface de La Subsistance de l'Homme, Flammarion, 2011
Je n'ai jamais été un homme politique.
— Lettre de 1950, citée par Ilona Duczynska Polanyi, préface de La Subsistance de l'Homme, Flammarion, 2011
Pour comprendre le fascisme allemand, nous devons en revenir à l'Angleterre de Ricardo.
— Essais, Seuil, 2008 (traduit de l'anglais)