Léon XIII, né Vincenzo Gioacchino Pecci, s'impose comme l'un des pontifes les plus intellectuels de l'histoire moderne. Son règne de vingt-cinq ans est marqué par une volonté de concilier la foi catholique avec les évolutions de la société industrielle et scientifique du XIXe siècle.
Vincenzo Gioacchino Pecci naît le 2 mars 1810 à Carpineto Romano, dans les États pontificaux, au sein d'une famille de la petite noblesse. Formé au Collège romain puis à l'Académie des nobles ecclésiastiques, il développe une expertise en diplomatie et en droit. Ordonné prêtre en 1837, il occupe diverses fonctions administratives avant d'être nommé nonce apostolique en Belgique en 1843. Cette mission lui permet d'observer les dynamiques des monarchies constitutionnelles et les prémices des mouvements ouvriers en Europe. En 1846, il devient évêque de Pérouse, siège qu'il occupe durant plus de trois décennies tout en approfondissant sa réflexion sur les rapports entre l'Église et la modernité.
Créé cardinal en 1853 par Pie IX, il est élu pape le 20 février 1878. Succédant à un pontificat marqué par l'intransigeance, il choisit le nom de Léon XIII et adopte une stratégie diplomatique plus souple. Il cherche à restaurer le prestige international du Saint-Siège tout en faisant face à la perte du pouvoir temporel de la papauté. Durant son long pontificat, il publie quatre-vingt-six encycliques, touchant à des domaines variés comme la philosophie, la politique et la question sociale. Son action vise à repositionner l'Église comme un acteur incontournable du débat public mondial, notamment en promouvant le thomisme comme base intellectuelle de l'enseignement catholique.
En 1884, Léon XIII publie l'encyclique Humanum Genus, dans laquelle il condamne fermement la franc-maçonnerie, qu'il accuse de vouloir détruire l'ordre chrétien. Cette prise de position durcit les relations avec plusieurs gouvernements européens, particulièrement en France et en Italie. Par ailleurs, il maintient la ligne de son prédécesseur concernant la Question romaine : refusant de reconnaître l'annexion de Rome par l'Italie en 1870, il s'interdit de sortir de l'enceinte du Vatican. Par le décret Non expedit, il interdit aux catholiques italiens de participer aux élections législatives nationales, une position qui retarde l'intégration politique des fidèles dans le nouvel État italien jusqu'au début du XXe siècle.
Issu d'une fratrie de sept enfants, Vincenzo Gioacchino Pecci conserve des liens étroits avec son frère Giuseppe Pecci, qu'il nomme cardinal en 1879. Homme de lettres, il est reconnu pour sa maîtrise du latin classique et sa production poétique personnelle. Malgré une santé fragile dans sa jeunesse, il s'impose une discipline de travail rigoureuse qui favorise sa longévité. Passionné par les sciences, il ordonne la refondation de l'Observatoire du Vatican en 1891 (la Specola Vaticana), affirmant sa conviction que la recherche scientifique et la théologie ne sont pas antinomiques. Cette curiosité s'étend aux innovations de son temps, le rendant favorable aux premières applications de la photographie et du cinéma.
Son engagement majeur reste la défense de la condition ouvrière face aux dérives de la révolution industrielle. En 1891, l'encyclique Rerum Novarum dénonce la misère des travailleurs, soutient le droit d'association syndicale et prône une juste rémunération, tout en s'opposant au socialisme athée. Ce texte pose les bases de la démocratie chrétienne moderne. Sur le plan historique, il prend la décision inédite d'ouvrir les Archives secrètes du Vatican aux chercheurs en 1881, affirmant que l'Église n'a rien à craindre de la vérité historique. Il encourage également le ralliement des catholiques aux régimes républicains, notamment en France, pour sortir l'institution de l'isolement politique.
Léon XIII s'éteint le 20 juillet 1903 au palais apostolique du Vatican à la suite d'une pleurésie aggravée. Son agonie, suivie par la presse internationale, dure deux semaines durant lesquelles il conserve sa lucidité. Ses funérailles solennelles sont célébrées à la basilique Saint-Pierre, attirant une foule immense et de nombreuses délégations étrangères. Bien qu'initialement déposée dans les grottes vaticanes, sa dépouille est transférée en 1924 à la basilique Saint-Jean-de-Latran, conformément à ses dernières volontés. Son successeur, Pie X, est élu lors du conclave d'août 1903, marquant un changement de style à la tête de l'Église.
Le lieu de sépulture définitif de Léon XIII est la basilique Saint-Jean-de-Latran à Rome, où un monument funéraire lui est dédié. Sa ville natale de Carpineto Romano abrite le palais Pecci, aujourd'hui transformé en musée consacré à sa mémoire. Pérouse reste une ville clé de son parcours, où il exerça son ministère épiscopal durant trente-deux ans au palais archiépiscopal. Enfin, le Vatican demeure le cadre de sa vie de reclus volontaire durant toute la durée de son pontificat.