Première femme élue à l'Académie française, Marguerite Yourcenar, née Marguerite Cleenewerck de Crayencour, est une romancière, essayiste et poète française d'origine belge, naturalisée américaine. Autrice de Mémoires d'Hadrien, elle a vécu la majeure partie de sa vie dans le Maine.
Élevée par son père Michel Cleenewerck de Crayencour après la mort de sa mère, Marguerite Yourcenar reçoit une éducation à domicile et n'a jamais fréquenté l'école. Elle passe son baccalauréat latin-grec à Nice et publie à compte d'auteur son premier poème, Le Jardin des chimères, en 1921, sous le pseudonyme Marg Yourcenar, anagramme de Crayencour. En 1929 paraît son premier roman, Alexis ou le Traité du vain combat, dont l'inspiration est rapprochée d'André Gide. La même année, la mort de son père lui laisse une certaine indépendance financière. Durant les années 1930, elle mène une vie de voyages entre Paris, Athènes et les îles grecques, publie Nouvelles orientales en 1938 et Le Coup de grâce en 1939. Elle traduit alors Les Vagues de Virginia Woolf. Bisexuelle, elle s'éprend durant cette décennie de l'écrivain et éditeur André Fraigneau.
En 1939, elle rejoint aux États-Unis Grace Frick, professeure de littérature rencontrée à Paris en 1937, qui devient sa compagne et la traductrice de son œuvre en anglais. Naturalisée américaine en 1947, elle enseigne quelques années puis s'installe sur l'île des Monts-Déserts, dans le Maine, dans une maison nommée Petite Plaisance. En 1951, Mémoires d'Hadrien, mémoires fictifs de l'empereur romain, lui apporte une reconnaissance internationale. En 1968, L'Œuvre au noir, dont le héros est l'alchimiste Zénon, reçoit le prix Femina. Élue à l'Académie royale de Belgique en 1970, puis première femme élue à l'Académie française le 6 mars 1980, avec le soutien de Jean d'Ormesson, elle y succède à Roger Caillois. Reçue sous la Coupole le 22 janvier 1981, elle rend hommage à Mme de Staël, George Sand et Colette.
1903 : naissance à Bruxelles
1921 : publication de son premier poème, Le Jardin des chimères
1929 : parution d'Alexis ou le Traité du vain combat et mort de son père
1937 : rencontre de Grace Frick à Paris
1939 : départ pour les États-Unis
1947 : naturalisation américaine
1951 : parution de Mémoires d'Hadrien
1968 : L'Œuvre au noir, prix Femina
1970 : élection à l'Académie royale de Belgique
1977 : Grand Prix de littérature de l'Académie française
1979 : mort de Grace Frick
1980 : élection à l'Académie française
1982 : publication de son œuvre dans la Bibliothèque de la Pléiade, de son vivant
1983 : prix Érasme
1987 : mort à Bar Harbor
Marguerite Yourcenar naît à Bruxelles, dans une maison de l'avenue Louise. Son père, Michel Cleenewerck de Crayencour, issu de la bourgeoisie de Flandre française, est un homme cultivé et grand voyageur. Sa mère, Fernande de Cartier de Marchienne, d'une famille de la noblesse belge, meurt dix jours après l'accouchement, d'une fièvre puerpérale. L'enfant est d'abord élevée chez sa grand-mère paternelle, Noémie Dufresne, entre Lille et le château familial du mont Noir. Privée de scolarité classique, elle apprend le latin et le grec auprès de précepteurs. Sa compagne pendant plus de quarante ans est Grace Frick. Elle n'a pas eu d'enfant.
Après la mort de Grace Frick en 1979, ses dernières années sont partagées entre l'écriture et de longs voyages avec le photographe Jerry Wilson, devenu son secrétaire et compagnon. Engagée pour la protection de la nature et des animaux, elle crée en 1982 la fondation Marguerite-Yourcenar, placée sous l'égide de la Fondation de France, qui contribue à une réserve naturelle dans les monts de Flandre. Lectrice du grec ancien et du latin, elle s'intéresse aux droits civiques et traduit des negro spirituals ainsi que des poèmes de Constantin Cavafy et des pièces de Yukio Mishima.
Marguerite Yourcenar est victime d'un accident vasculaire cérébral le 8 novembre 1987. Elle meurt le 17 décembre 1987 à l'hôpital de Bar Harbor, dans le Maine, à l'âge de 84 ans, la veille d'un départ prévu pour le Népal. Ses cendres sont déposées au cimetière de Brookside, à Somesville, sur l'île des Monts-Déserts. Sa disparition est saluée en France et en Belgique comme celle de la première académicienne. Son fauteuil à l'Académie française revient ensuite à Jean-Denis Bredin. Le troisième volume de son cycle autobiographique, Quoi ? L'Éternité, paraît à titre posthume en 1988.
Les cendres de Marguerite Yourcenar reposent au cimetière de Brookside, à Somesville, sur l'île des Monts-Déserts, près des tombes de Grace Frick et de Jerry Wilson. Sa maison Petite Plaisance, dans le Maine, est devenue en 1994 une maison-musée. Sa demeure d'enfance, au mont Noir à Saint-Jans-Cappel, abrite aujourd'hui la villa départementale Marguerite-Yourcenar.
1 - Admiratrice de son combat pour les animaux, elle sollicite en 1980 une rencontre avec Brigitte Bardot, qui refuse d'abord. À Cogolin, plus tard, l'actrice accepte enfin de la recevoir à la Madrague ; une correspondance amicale s'ensuit jusqu'en 1987.
2 - Elle n'a jamais mis les pieds dans une salle de classe. Instruite par son père et des précepteurs, elle apprend seule le latin puis le grec, et passe son baccalauréat latin-grec à Nice sans avoir fréquenté d'établissement scolaire.
3 - Le nom Yourcenar est une anagramme presque parfaite de Crayencour, à un C près. Choisi avec son père dès 1921 pour signer ses premiers vers, ce pseudonyme devient son patronyme légal en 1947, lors de sa naturalisation américaine.
4 - Le projet des Mémoires d'Hadrien remonte à une visite, adolescente, de la villa d'Hadrien à Tivoli avec son père. Une page manuscrite retrouvée des années plus tard dans une malle renvoyée de Suisse la décide à reprendre le livre.
5 - En septembre 1985, à 82 ans, elle subit une crise cardiaque suivie d'un quintuple pontage coronarien. La même année, elle renonce à un projet de voyage au Népal en raison de la maladie de son compagnon Jerry Wilson.
- Métier(s) : romancière, nouvelliste, essayiste, poète, traductrice
- Résidence principale : Mount Desert Island (Maine, États-Unis)
- Relations de couple : Grace Frick (1937-1979), puis Jerry Wilson (jusqu'en 1986)
- Enfants : aucun
- Distinctions : prix Femina (1968), Académie française (1980), prix Érasme (1983)
224 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
« Je crois qu'il faut presque toujours un coup de folie pour bâtir un destin. »
— Les Yeux ouverts, entretiens avec Matthieu Galey, 1980
« L'Académie a décidé de prendre une femme. Il s'est trouvé que cette femme, c'était moi. »
— Entretien BBC, Arena, 1986 (traduit de l'anglais)
« J'ai de fortes objections au féminisme tel qu'il se présente aujourd'hui. La plupart du temps, il est agressif, et ce n'est pas par l'agression qu'on parvient durablement à quelque chose. »
— Les Yeux ouverts, entretiens avec Matthieu Galey, 1980
Tout bonheur est une innocence.
Rien de plus sale que l'amour-propre.
Quand je perds tout, il me reste Dieu.
Tout ce qui est beau s'éclaire de Dieu.
Un bon négociateur ne fait pas confiance.
Peu d'hommes se réalisent avant de mourir.
C'est avoir tort que d'avoir raison trop tôt.
L'histoire ne s'intéresse qu'aux privilégiés.
Les conventions finissent par former les êtres.
Tâchons d'entrer dans la mort les yeux ouverts.
Les êtres finissent toujours par vous échapper.
Tout moment est dernier, parce qu'il est unique.
On choisit son père plus souvent qu'on ne pense.
Tout être qui a vécu l'aventure humaine est moi.
Je ne me tuerai pas, on oublie si vite les morts.
Je sais que je ne sais pas ce que je ne sais pas.
Beaucoup d'hommes se défont, peu d'hommes meurent.
Peu de bipèdes depuis Adam ont mérité le nom d'homme.
Je suis comme vous, la chasse m'empoisonne l'automne.
Le silence est fait de paroles que l'on n'a pas dites.
Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin.
Il y avait entre eux l'intimité d'un secret bien gardé.
Le bonheur n'est peut-être qu'un malheur mieux supporté.
Il y a un apaisement au fond de toute grande impuissance.
Laissons le choix au Hasard, cet homme de paille de Dieu.
Tout ce que les hommes ont dit de mieux a été dit en grec.
Rien n'est plus lent que la véritable naissance d'un homme.
La doctrine du salut par la foi ravale la dignité de l'homme.
C'est insulter les autres que de paraître dédaigner leurs joies.
L'amitié, c'est le respect, l'acceptation totale d'un autre être.
La musique m'a toujours paru à la fois un spécifique et une fête.
On ne doit plus craindre les mots lorsqu'on a consenti aux choses.
Tout soldat rencontré dans un lieu désert tourne aisément au bandit.
Le "moi" est une commodité grammaticale, philosophique, psychologique.
Avoir du mérite à s'abstenir d'une faute, c'est une façon d'être coupable.
L'amour est un châtiment. Nous sommes punis de n'avoir pas pu rester seuls.
Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait le tour de sa prison !
Nous nous croyons purs tant que nous méprisons ce que nous ne désirons pas.
L'alcool dégrise. Après quelques gorgées de cognac, je ne pense plus à toi.
Ce qui rend la pauvreté si dure, ce sont les privations, c'est la promiscuité.
Qu'est la volupté elle même, sinon un moment d'attention passionnée du corps ?
La tendresse du père est presque toujours en conflit avec les intérêts du chef.
Nos défauts sont parfois les meilleurs adversaires que nous opposions à nos vices.
Tous nous serions transformés si nous avions le courage d'être ce que nous sommes.
Il ne faut pas pleurer pour ce qui n'est plus mais être heureux pour ce qui a été.
Il goûtait cette froide connaissance qu'on a des êtres quand on ne les désire plus.
Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait au moins le tour de sa prison ?
Mon métier me parut vain, ce qui est presque aussi absurde que de le croire sublime.
Personne ne sait encore si tout ne vit que pour mourir ou ne meurt que pour renaître.
La protection de l'animal, c'est au fond le même combat que la protection de l'homme.
Manier les mots, les soupeser, en explorer le sens, est une manière de faire l'amour...
Dans tout combat entre le fanatisme et le sens commun, ce dernier a rarement le dessus.
Je ne me suis jamais entêté à une idée par crainte du désarroi où je tomberais sans elle.
On n'est pas libre tant qu'on désire, qu'on veut, qu'on craint, peut-être tant qu'on vit.
C'est au moment où l'on rejette tous les principes qu'il convient de se munir de scrupules.
Il ne faut pas pleurer parce que cela n'est plus, mais il faut sourire parce que cela a été.
On n'est bien que libre, et cacher ses opinions est encore plus gênant que de couvrir sa peau.
La nature humaine change peut tout en étant capable d'une plasticité extraordinaire à l'extérieur.
La plus haute forme de vertu, la seule que je supporte encore : la ferme détermination d'être utile.
Toute loi trop souvent transgressée est mauvaise : c'est au législateur à l'abroger ou à la changer.
Très peu d'hommes et de femmes existent par eux-mêmes, ont le courage de dire oui ou non par eux-mêmes.
Je me suis gardé de faire de la vérité une idole, préférant lui laisser son nom plus humble d'exactitude.
Toute tolérance accordée aux fanatiques leur fait croire immédiatement à de la sympathie pour leur cause.
La possibilité de jeter le masque en toutes choses est l'un des rares avantages que je trouve à vieillir.
Il y a plus d'une sagesse, et toutes sont nécessaires au monde ; il n'est pas mauvais qu'elles alternent.
Les villes portent les stigmates des passages du temps, occasionnellement les promesses d'époques futures.
Des moments libres. Toute vie bien réglée a les siens, et qui ne sait pas les provoquer ne sait pas vivre.
Bien plutôt qu'anthropomorphiser l'animal, l'homme a choisi le plus souvent de sacraliser en s'animalisant.
On ne bâtit un bonheur que sur un fondement de désespoir. Je crois que je vais pouvoir me mettre à construire.
Quand on aime la vie, on aime le passé, parce que c'est le présent tel qu'il a survécu dans la mémoire humaine.
Mais quand je vois combien peu de gens lisent L'Iliade d'Homère, je prends plus gaiement mon parti d'être peu lu.
Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l'esclavage : on en changera tout au plus le nom.
Un triomphe ne sied guère qu'aux morts. Vivant, il se trouve toujours quelqu'un pour nous reprocher nos faiblesses .
Le monde des réalités sensuelles est barré de prohibitions dont les plus dangereuses sont peut-être celles du langage.
Ce n'était pas trop de toute une vie pour confronter l'un par l'autre ce monde où nous sommes et ce monde qui est nous.
Il y a une jouissance à savoir qu'on est pauvre, qu'on est seul et que personne ne songe à nous. Cela simplifie la vie.
Construire, c'est collaborer avec la terre : c'est mettre une marque humaine sur un paysage qui en sera modifié à jamais.
Le véritable lieu de naissance est celui où l'on a porté, pour la première fois, un coup d'oeil intelligent sur soi-même.
Je vois une objection à tout effort pour améliorer la condition humaine : c'est que les hommes en sont peut-être indignes.
La mémoire de la plupart des hommes est un cimetière abandonné, où gisent sans honneurs des morts qu'ils ont cessé de chérir.
Les lois sont dangereuses quand elles retardent sur les moeurs. Elles le sont davantage lorsqu'elles se mêlent de les précéder.
Vaut-il la peine de s'évertuer durant vingt ans pour arriver au doute, qui pousse de lui-même dans toutes les têtes bien faites ?
La relation entre l'écrivain et ses personnages est difficile à décrire. C'est un peu la même qu'entre des parents et des enfants.
Magiques enfin l'amour, et la haine, qui impriment dans nos cerveaux l'image d'un être par lequel nous consentons à nous laisser hanter.
L'emploi qu'un homme finit par obtenir est rarement celui pour lequel il se croyait préparé et dans lequel il pensait pouvoir être utile.
C'est un fait que les morts les plus chers, au bout de quelques mois, seraient, s'ils revenaient, des intrus dans l'existence des vivants.
L'homme a peu de chance de cesser d'être un tortionnaire pour l'homme tant qu'il continuera à apprendre sur la bête son métier de bourreau
Un homme qui lit, ou qui pense, ou qui calcule, appartient à l'espèce et non au sexe ; dans les meilleurs moments il échappe même à l'humain.
Notre grande erreur est d'essayer d'obtenir de chacun en particulier les vertus qu'il n'a pas, et de négliger de cultiver celles qu'il possède.
Il n'y a pas d'amour malheureux : on ne possède que ce que l'on ne possède pas. Il n'y a pas d'amour heureux : ce qu'on possède, on ne le possède plus.
Depuis près d'un demi-siècle, il se servait de son esprit comme d'un coin pour élargir de son mieux les interstices du mur qui de toute part nous confine.
La morale est une convention privée ; la décence est affaire publique ; toute licence trop visible m'a toujours fait l'effet d'un étalage de mauvais aloi.
Tout bonheur est un chef-d'oeuvre : la moindre erreur le fausse, la moindre hésitation l'altère, la moindre lourdeur le dépare, la moindre sottise l'abêtit.
Le véritable lieu de naissance est celui où l'on a porté pour la première fois un coup d'oeil intelligent sur soi-même : mes premières patries ont été les livres.
L'homme est une entreprise qui a contre elle le temps, la nécessité, la fortune, et l'imbécile et toujours croissante primauté du nombre. Les hommes tueront l'homme.
Aimer les yeux fermés, c'est aimer comme un aveugle. Aimer les yeux ouverts, c'est peut-être aimer comme un fou : c'est éperdument accepter. Je t'aime comme une folle.
Vous autres poètes avez fait de l'amour une immense imposture : ce qui nous échoit semble toujours moins beau que ces rimes accolées comme deux bouches l'une sur l'autre.
La mémoire de la plupart des hommes est un cimetière abandonné, où gisent sans honneurs des morts qu'ils ont cessé de chérir. Toute douleur prolongée insulte à leur oubli.
Ce qui nous rassure du sommeil, c'est qu'on en sort, et qu'on en sort inchangé, puisqu'une interdiction bizarre nous empêche de rapporter avec nous l'exact résidu de nos songes.
« Je crois qu'il faut presque toujours un coup de folie pour bâtir un destin. »
— Les Yeux ouverts, entretiens avec Matthieu Galey, 1980
« L'Académie a décidé de prendre une femme. Il s'est trouvé que cette femme, c'était moi. »
— Entretien BBC, Arena, 1986 (traduit de l'anglais)
« J'ai de fortes objections au féminisme tel qu'il se présente aujourd'hui. La plupart du temps, il est agressif, et ce n'est pas par l'agression qu'on parvient durablement à quelque chose. »
— Les Yeux ouverts, entretiens avec Matthieu Galey, 1980
Tout bonheur est une innocence.
Rien de plus sale que l'amour-propre.
Quand je perds tout, il me reste Dieu.
Tout ce qui est beau s'éclaire de Dieu.
Un bon négociateur ne fait pas confiance.
Peu d'hommes se réalisent avant de mourir.
C'est avoir tort que d'avoir raison trop tôt.
L'histoire ne s'intéresse qu'aux privilégiés.
Les conventions finissent par former les êtres.
Tâchons d'entrer dans la mort les yeux ouverts.
Les êtres finissent toujours par vous échapper.
Tout moment est dernier, parce qu'il est unique.
On choisit son père plus souvent qu'on ne pense.
Tout être qui a vécu l'aventure humaine est moi.
Je ne me tuerai pas, on oublie si vite les morts.
Je sais que je ne sais pas ce que je ne sais pas.
Beaucoup d'hommes se défont, peu d'hommes meurent.
Peu de bipèdes depuis Adam ont mérité le nom d'homme.
Je suis comme vous, la chasse m'empoisonne l'automne.
Le silence est fait de paroles que l'on n'a pas dites.
Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin.
Il y avait entre eux l'intimité d'un secret bien gardé.
Le bonheur n'est peut-être qu'un malheur mieux supporté.
Il y a un apaisement au fond de toute grande impuissance.
Laissons le choix au Hasard, cet homme de paille de Dieu.
Tout ce que les hommes ont dit de mieux a été dit en grec.
Rien n'est plus lent que la véritable naissance d'un homme.
La doctrine du salut par la foi ravale la dignité de l'homme.
C'est insulter les autres que de paraître dédaigner leurs joies.
L'amitié, c'est le respect, l'acceptation totale d'un autre être.
La musique m'a toujours paru à la fois un spécifique et une fête.
On ne doit plus craindre les mots lorsqu'on a consenti aux choses.
Tout soldat rencontré dans un lieu désert tourne aisément au bandit.
Le "moi" est une commodité grammaticale, philosophique, psychologique.
Avoir du mérite à s'abstenir d'une faute, c'est une façon d'être coupable.
L'amour est un châtiment. Nous sommes punis de n'avoir pas pu rester seuls.
Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait le tour de sa prison !
Nous nous croyons purs tant que nous méprisons ce que nous ne désirons pas.
L'alcool dégrise. Après quelques gorgées de cognac, je ne pense plus à toi.
Ce qui rend la pauvreté si dure, ce sont les privations, c'est la promiscuité.
Qu'est la volupté elle même, sinon un moment d'attention passionnée du corps ?
La tendresse du père est presque toujours en conflit avec les intérêts du chef.
Nos défauts sont parfois les meilleurs adversaires que nous opposions à nos vices.
Tous nous serions transformés si nous avions le courage d'être ce que nous sommes.
Il ne faut pas pleurer pour ce qui n'est plus mais être heureux pour ce qui a été.
Il goûtait cette froide connaissance qu'on a des êtres quand on ne les désire plus.
Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait au moins le tour de sa prison ?
Mon métier me parut vain, ce qui est presque aussi absurde que de le croire sublime.
Personne ne sait encore si tout ne vit que pour mourir ou ne meurt que pour renaître.
La protection de l'animal, c'est au fond le même combat que la protection de l'homme.
Manier les mots, les soupeser, en explorer le sens, est une manière de faire l'amour...
Dans tout combat entre le fanatisme et le sens commun, ce dernier a rarement le dessus.
Je ne me suis jamais entêté à une idée par crainte du désarroi où je tomberais sans elle.
On n'est pas libre tant qu'on désire, qu'on veut, qu'on craint, peut-être tant qu'on vit.
C'est au moment où l'on rejette tous les principes qu'il convient de se munir de scrupules.
Il ne faut pas pleurer parce que cela n'est plus, mais il faut sourire parce que cela a été.
On n'est bien que libre, et cacher ses opinions est encore plus gênant que de couvrir sa peau.
La nature humaine change peut tout en étant capable d'une plasticité extraordinaire à l'extérieur.
La plus haute forme de vertu, la seule que je supporte encore : la ferme détermination d'être utile.
Toute loi trop souvent transgressée est mauvaise : c'est au législateur à l'abroger ou à la changer.
Très peu d'hommes et de femmes existent par eux-mêmes, ont le courage de dire oui ou non par eux-mêmes.
Je me suis gardé de faire de la vérité une idole, préférant lui laisser son nom plus humble d'exactitude.
Toute tolérance accordée aux fanatiques leur fait croire immédiatement à de la sympathie pour leur cause.
La possibilité de jeter le masque en toutes choses est l'un des rares avantages que je trouve à vieillir.
Il y a plus d'une sagesse, et toutes sont nécessaires au monde ; il n'est pas mauvais qu'elles alternent.
Les villes portent les stigmates des passages du temps, occasionnellement les promesses d'époques futures.
Des moments libres. Toute vie bien réglée a les siens, et qui ne sait pas les provoquer ne sait pas vivre.
Bien plutôt qu'anthropomorphiser l'animal, l'homme a choisi le plus souvent de sacraliser en s'animalisant.
On ne bâtit un bonheur que sur un fondement de désespoir. Je crois que je vais pouvoir me mettre à construire.
Quand on aime la vie, on aime le passé, parce que c'est le présent tel qu'il a survécu dans la mémoire humaine.
Mais quand je vois combien peu de gens lisent L'Iliade d'Homère, je prends plus gaiement mon parti d'être peu lu.
Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l'esclavage : on en changera tout au plus le nom.
Un triomphe ne sied guère qu'aux morts. Vivant, il se trouve toujours quelqu'un pour nous reprocher nos faiblesses .
Le monde des réalités sensuelles est barré de prohibitions dont les plus dangereuses sont peut-être celles du langage.
Ce n'était pas trop de toute une vie pour confronter l'un par l'autre ce monde où nous sommes et ce monde qui est nous.
Il y a une jouissance à savoir qu'on est pauvre, qu'on est seul et que personne ne songe à nous. Cela simplifie la vie.
Construire, c'est collaborer avec la terre : c'est mettre une marque humaine sur un paysage qui en sera modifié à jamais.
Le véritable lieu de naissance est celui où l'on a porté, pour la première fois, un coup d'oeil intelligent sur soi-même.
Je vois une objection à tout effort pour améliorer la condition humaine : c'est que les hommes en sont peut-être indignes.
La mémoire de la plupart des hommes est un cimetière abandonné, où gisent sans honneurs des morts qu'ils ont cessé de chérir.
Les lois sont dangereuses quand elles retardent sur les moeurs. Elles le sont davantage lorsqu'elles se mêlent de les précéder.
Vaut-il la peine de s'évertuer durant vingt ans pour arriver au doute, qui pousse de lui-même dans toutes les têtes bien faites ?
La relation entre l'écrivain et ses personnages est difficile à décrire. C'est un peu la même qu'entre des parents et des enfants.
Magiques enfin l'amour, et la haine, qui impriment dans nos cerveaux l'image d'un être par lequel nous consentons à nous laisser hanter.
L'emploi qu'un homme finit par obtenir est rarement celui pour lequel il se croyait préparé et dans lequel il pensait pouvoir être utile.
C'est un fait que les morts les plus chers, au bout de quelques mois, seraient, s'ils revenaient, des intrus dans l'existence des vivants.
L'homme a peu de chance de cesser d'être un tortionnaire pour l'homme tant qu'il continuera à apprendre sur la bête son métier de bourreau
Un homme qui lit, ou qui pense, ou qui calcule, appartient à l'espèce et non au sexe ; dans les meilleurs moments il échappe même à l'humain.
Notre grande erreur est d'essayer d'obtenir de chacun en particulier les vertus qu'il n'a pas, et de négliger de cultiver celles qu'il possède.
Il n'y a pas d'amour malheureux : on ne possède que ce que l'on ne possède pas. Il n'y a pas d'amour heureux : ce qu'on possède, on ne le possède plus.
Depuis près d'un demi-siècle, il se servait de son esprit comme d'un coin pour élargir de son mieux les interstices du mur qui de toute part nous confine.
La morale est une convention privée ; la décence est affaire publique ; toute licence trop visible m'a toujours fait l'effet d'un étalage de mauvais aloi.
Tout bonheur est un chef-d'oeuvre : la moindre erreur le fausse, la moindre hésitation l'altère, la moindre lourdeur le dépare, la moindre sottise l'abêtit.
Le véritable lieu de naissance est celui où l'on a porté pour la première fois un coup d'oeil intelligent sur soi-même : mes premières patries ont été les livres.
L'homme est une entreprise qui a contre elle le temps, la nécessité, la fortune, et l'imbécile et toujours croissante primauté du nombre. Les hommes tueront l'homme.
Aimer les yeux fermés, c'est aimer comme un aveugle. Aimer les yeux ouverts, c'est peut-être aimer comme un fou : c'est éperdument accepter. Je t'aime comme une folle.
Vous autres poètes avez fait de l'amour une immense imposture : ce qui nous échoit semble toujours moins beau que ces rimes accolées comme deux bouches l'une sur l'autre.
La mémoire de la plupart des hommes est un cimetière abandonné, où gisent sans honneurs des morts qu'ils ont cessé de chérir. Toute douleur prolongée insulte à leur oubli.
Ce qui nous rassure du sommeil, c'est qu'on en sort, et qu'on en sort inchangé, puisqu'une interdiction bizarre nous empêche de rapporter avec nous l'exact résidu de nos songes.