Figure emblématique de la résistance non-violente, Mohandas Karamchand Gandhi a mené l'Inde vers l'indépendance face à l'Empire britannique. Avocat formé à Londres et guide spirituel vénéré, il demeure une référence mondiale de la désobéissance civile et du pacifisme politique au XXe siècle.
Formé au droit à l'Inner Temple de Londres, le jeune avocat ne trouve sa véritable vocation qu'après son départ pour l'Afrique du Sud en 1893. Confronté directement à la ségrégation raciale, il y forge sa doctrine de la résistance passive, le Satyagraha, mobilisant la communauté indienne contre les lois discriminatoires du Transvaal. Ce laboratoire politique dure vingt ans avant son retour définitif en Inde en 1915, où il est accueilli en héros national. Il entreprend alors de parcourir le sous-continent pour comprendre les réalités rurales, s'engageant rapidement dans des luttes locales comme à Champaran pour défendre les cultivateurs d'indigo exploités. Prenant la tête du Congrès national indien en 1921, il transforme une organisation élitiste en un mouvement de masse, prônant le boycott des produits britanniques et l'autosuffisance économique à travers le tissage du khadi, symbolisant ainsi la réappropriation de l'identité indienne face à la puissance coloniale.
L'apogée de sa stratégie de désobéissance civile survient en 1930 avec la célèbre Marche du sel, un acte de défi symbolique contre le monopole fiscal britannique qui ébranle l'autorité impériale et captive l'opinion internationale. Malgré de multiples incarcérations, notamment après le lancement du mouvement Quit India en 1942 réclamant le départ immédiat des Anglais, son influence politique reste prépondérante lors des négociations constitutionnelles. Auteur de l'ouvrage majeur Autobiographie ou mes expériences de vérité, il privilégie toujours le dialogue, même si ses efforts pour maintenir l'unité hindou-musulmane se heurtent à la montée des tensions communautaires. L'indépendance acquise en 1947 est assombrie par la partition sanglante du pays et la création du Pakistan, une division qu'il vit comme un échec personnel tragique. Il consacre ses derniers mois à tenter d'apaiser les violences interreligieuses au Bengale et à Delhi, jeûnant jusqu'à la limite de ses forces pour rétablir la paix civile.
Bien que vénéré mondialement, le parcours du Mahatma comporte des zones d'ombre documentées par les historiens. Ses écrits de jeunesse en Afrique du Sud révèlent des positions racistes envers les populations noires africaines, qu'il qualifiait alors de "kaffirs" et jugeait inférieures aux Indiens, une posture qu'il a tardivement révisée. Plus tard, ses expérimentations sur la chasteté (brahmacharya) à la fin de sa vie ont suscité un malaise durable, notamment sa pratique de dormir nu aux côtés de femmes. Enfin, ses positions rigides concernant le système des castes et son opposition politique virulente au Dr Ambedkar sur la question des électorats séparés pour les Dalits restent des sujets de critiques académiques et sociales persistants en Inde.
1869 : Naissance à Porbandar (Gujarat).
1888 : Départ pour Londres afin d'étudier le droit.
1893 : Installation en Afrique du Sud et première expérience du racisme.
1906 : Première campagne de résistance passive (Satyagraha) à Johannesburg.
1909 : Rédaction de Hind Swaraj, son manifeste politique.
1915 : Retour définitif en Inde.
1919 : Appel à la grève générale après le massacre d'Amritsar.
1924 : Présidence du Congrès national indien.
1930 : Marche du sel contre le monopole britannique.
1932 : Grève de la faim et Pacte de Poona concernant les intouchables.
1942 : Lancement du mouvement "Quit India".
1944 : Décès de son épouse Kasturba en détention.
1947 : Indépendance de l'Inde et partition du pays.
1948 : Assassinat à New Delhi.
Né dans une famille de marchands, il est le fils de Karamchand Gandhi, haut fonctionnaire, et de Putlibai, dont la piété influence sa spiritualité. Marié à treize ans à Kasturba Makhanji Kapadia, il noue avec elle un partenariat politique indéfectible. Le couple a quatre fils : Harilal, Manilal, Ramdas et Devdas. Ses rapports avec son aîné, Harilal, sont marqués par une rupture tragique, ce dernier rejetant l'austérité paternelle. Cette fracture familiale illustre le coût personnel de ses exigences morales, le père de la nation échouant à maintenir le lien avec son propre fils, un drame intime qui le hantera tout au long de son existence publique.
Au-delà du cercle familial, il tisse des liens intellectuels profonds, correspondant notamment avec l'écrivain Léon Tolstoï dont les idées le marquent. En Afrique du Sud, son amitié avec l'architecte Hermann Kallenbach est centrale, les deux hommes partageant la vie communautaire à la Ferme Tolstoï. Il est également proche du prêtre anglican Charles Freer Andrews, allié précieux pour la cause indienne. Fondateur de lieux collectifs comme l'ashram de Sabarmati, il y impose une discipline stricte, entouré de disciples dévoués comme Vinoba Bhave ou Madeleine Slade, rebaptisée Mirabehn, fille d'amiral britannique ayant tout quitté pour servir sa cause et vivre selon ses préceptes.
Assassiné le 30 janvier 1948, il est abattu à bout portant dans les jardins de la Birla House à New Delhi alors qu'il se rendait à une prière œcuménique. L'auteur des coups de feu, Nathuram Godse, un nationaliste hindou radical, lui tire trois balles dans la poitrine, reprochant au Mahatma sa complaisance supposée envers les musulmans lors de la partition. Transporté à l'intérieur de la résidence, il succombe quelques minutes plus tard. Ses funérailles nationales rassemblent plus de deux millions de personnes dans les rues de la capitale, une marée humaine accompagnant sa dépouille jusqu'au lieu de crémation sur les rives de la Yamuna.
Sa dépouille a été incinérée à Raj Ghat à Delhi, devenu un mémorial sobre constitué d'une plateforme de marbre noir où brûle une flamme éternelle. Ses cendres ont été dispersées dans plusieurs fleuves sacrés, notamment à Allahabad au confluent du Gange et de la Yamuna, ainsi qu'au lac Nakki et même en Afrique du Sud.
Nommé cinq fois pour le prix Nobel de la paix entre 1937 et 1948, il ne l'a jamais reçu, une omission que le comité Nobel a regrettée publiquement des décennies plus tard en déclarant qu'il n'y avait pas de lauréat vivant adéquat l'année de sa mort.
Lors de sa visite à Londres en 1931 pour une conférence de la table ronde, il a insisté pour emmener ses propres chèvres afin de s'assurer un approvisionnement quotidien en lait frais, refusant de consommer du lait de vache.
Il a adressé deux lettres à Adolf Hitler en 1939 et 1940, débutant par "Cher Ami", pour tenter de le dissuader de déclencher la guerre, arguant que la non-violence était la seule force capable de vaincre le nazisme sans destruction totale.
Ses célèbres lunettes rondes, achetées dans les années 1890, ainsi que ses sandales et sa montre de poche, ont été vendues aux enchères à New York en 2009 pour près de 1,8 million de dollars, acquis par un homme d'affaires indien.
Il ne portait pas de dentier en permanence mais le gardait dans un pli de son pagne, ne l'insérant dans sa bouche que pour manger ou pour prononcer des discours importants, ce qui explique son sourire édenté sur de nombreuses photos.
- Métier(s) : Avocat, homme politique, philosophe.
- Résidence principale : Ashram de Sabarmati (Gujarat) et Sevagram.
- Relations de couple : Kasturba Gandhi (1883-1944).
- Enfants : Harilal, Manilal, Ramdas, Devdas.
- Distinctions : Personnalité de l'année du Time Magazine (1930).