Mustafa Kemal Atatürk, né Mustafa à Thessalonique vers 1881 et mort le 10 novembre 1938 à Istanbul, est le fondateur et premier président de la République de Turquie. Militaire brillant, héros de la bataille des Dardanelles en 1915, il tire son pays du démembrement de l'Empire ottoman par une guerre d'indépendance victorieuse, puis conduit une révolution laïque et modernisatrice d'une ampleur sans précédent dans le monde musulman. En 1934, le parlement lui attribue le nom Atatürk, désignant en turc l'ancêtre et le modèle des Turcs, traduit en français par "le Père des Turcs".
Mustafa grandit à Thessalonique, alors grande ville cosmopolite de l'Empire ottoman en Macédoine. Son père Ali Riza Efendi, fonctionnaire puis commerçant, meurt en 1888. Mustafa entre à l'école militaire de Thessalonique contre la volonté de sa mère, puis au lycée militaire de Monastir, où un professeur lui ajoute le surnom Kemal ("perfection") en hommage à ses capacités intellectuelles. En 1897, il tente de s'engager volontairement pour combattre les Grecs lors de la guerre gréco-turque, expérience qui forge son nationalisme précoce. Diplômé de l'Académie militaire d'Istanbul en 1905 avec le grade de capitaine, il fonde dès cette époque un groupe clandestin nationaliste, Vatan ve Hürriyet ("Patrie et Liberté"). Il s'illustre en 1911-1912 lors de la guerre italo-turque en Libye, où il est blessé à l'oeil gauche à la bataille de Tobrouk. Lors de la Première Guerre mondiale, il s'impose comme le défenseur de la presqu'île de Gallipoli : en 1915, colonel à la tête de la 19e division d'infanterie, il repousse les assauts franco-britanniques et contribue de façon déterminante à la victoire ottomane aux Dardanelles. En 1916, il reprend aux Russes les villes de Bitlis et de Mouche sur le front du Caucase, où il rencontre Ismet Inönü, qui deviendra son compagnon le plus fidèle.
Après l'armistice de Moudros du 30 octobre 1918, refusant la passivité du Sultan face au démembrement de l'Empire ottoman et à l'occupation alliée, il entre en résistance. Le 19 mai 1919, il débarque à Samsun, date retenue comme le début de la guerre d'indépendance turque. Il s'installe à Ankara en décembre 1919 et y fonde le Grand Congrès national de Turquie le 23 avril 1920, contre-pouvoir institutionnel face au Sultan d'Istanbul et véritable coeur de la résistance. En août 1921, il repousse l'armée grecque lors de la bataille de Sakarya et reçoit le titre de Gazi ("le Victorieux"). Le traité de Lausanne du 24 juillet 1923 reconnaît la souveraineté turque. Le 29 octobre 1923, la République de Turquie est proclamée et il en devient le premier président, déplaçant la capitale de Constantinople à Ankara. Sous sa présidence à parti unique, il conduit la révolution kémaliste : abolition du sultanat (1922) et du califat (1924), inscription de la laïcité dans la Constitution, remplacement de l'alphabet arabe par l'alphabet latin (1928), adoption du Code civil d'inspiration suisse, interdiction du fez, droit de vote accordé aux femmes pour les élections municipales (1930) puis législatives (1934), obligation pour les citoyens de porter un nom de famille. En 1934, il prend lui-même le patronyme Atatürk. Il gouverne jusqu'à sa mort en novembre 1938.
Le régime d'Atatürk repose sur un système à parti unique et supprime toute opposition organisée. En 1925, la révolte de Cheikh Saïd, soulèvement à la fois kurde et religieux contre l'abolition du califat, est réprimée militairement. Elle déclenche l'adoption de la loi Takrir-i Sükûn ("Maintien de l'ordre"), qui suspend la presse d'opposition et institue de fait la dictature à parti unique. En juillet 1926, à la suite d'un complot découvert à Smyrne, Mustafa Kemal fait arrêter et condamner plusieurs parlementaires et opposants, y compris d'anciens alliés, dont le colonel Arif, son confident de longue date. En 1937-1938, la répression de la rébellion de Dersim fait plus de 13 000 morts selon les estimations. La fille adoptive d'Atatürk, Sabiha Gökçen, première femme pilote de chasse au monde, participe aux bombardements. Ces événements ont fait l'objet d'une reconnaissance partielle du gouvernement turc en 2011. Sur le plan des minorités, le régime kémaliste mène après 1923 une politique de turquisation forcée : il nie l'existence des Kurdes en tant que peuple distinct, interdit l'usage public de la langue kurde et applique la politique "Citoyen, parle turc !" visant l'assimilation linguistique et culturelle forcée des minorités non reconnues par le traité de Lausanne. Son héritage est régulièrement contesté depuis l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement islamo-conservateur en Turquie à partir de 2003.
Mustafa Kemal Atatürk meurt le 10 novembre 1938 à Istanbul, dans le palais de Dolmabahçe, des suites d'une cirrhose du foie, à l'âge de 57 ans. Des funérailles nationales sont organisées. Il est d'abord inhumé au musée ethnographique d'Ankara, avant d'être transféré le 10 novembre 1953 dans le mausolée de l'Anıtkabir, à Ankara. Chaque année, à l'heure exacte de son décès, la Turquie observe une minute de silence nationale.
Mustafa Kemal épouse Latife Uşaklıgil le 29 janvier 1923. Juriste formée à la Sorbonne, issue d'une famille de riches commerçants d'Izmir, Latife est présentée par Atatürk comme le symbole de la nouvelle femme turque émancipée. Elle l'accompagne dans ses visites officielles à travers le pays. Leur union, sans enfant, est rompue par le divorce du 5 août 1925 dans des circonstances restées obscures. Latife Uşaklıgil ne donne jamais la moindre interview après la séparation et meurt en 1975, ses funérailles étant organisées aux frais de l'État. Atatürk adopte par ailleurs plusieurs enfants : Wikipedia fr en dénombre huit filles, dont Sabiha Gökçen, première femme pilote militaire au monde rencontrée à Bursa en 1925 à l'âge de douze ans, et Afet Inan, historienne. Il adopte également un garçon prénommé Mustafa. La mère d'Atatürk, Zübeyde Hanım, meurt en janvier 1923 à Izmir. Sa soeur Makbulé Atadan est la seule de ses frères et soeurs à avoir survécu à l'âge adulte.
Grand buveur notoire et positiviste convaincu, Atatürk axe son discours public sur la science et la raison contre l'obscurantisme religieux, sans jamais se déclarer athée publiquement. Son anticléricalisme d'État est en revanche radical et constant. L'historien français Alexandre Jevakhoff lui consacre une biographie de référence. Son héritage, objet d'un culte officiel en Turquie, est protégé par une loi pénale qui interdit toute offense à sa mémoire.
Né à Thessalonique, aujourd'hui ville grecque, dans une maison qui abrite désormais le consulat turc et un musée en sa mémoire. Il passe sa carrière militaire entre Istanbul, la Syrie, la Libye, le Caucase et le front de Gallipoli. Après 1919, Ankara devient le centre de son action politique et la nouvelle capitale de la République. Il meurt à Istanbul dans le palais de Dolmabahçe. Sa dépouille repose à l'Anıtkabir d'Ankara. Le deuxième aéroport international d'Istanbul porte le nom de sa fille adoptive Sabiha Gökçen.
Je ne vous ordonne pas d'attaquer, je vous ordonne de mourir.
— Ordre à ses troupes lors de la bataille de Gallipoli, 1915, largement attesté dans la littérature historique
Je ne mourrai pas en laissant l'exemple pernicieux d'un pouvoir personnel.
— Déclaration de 1930, citée dans Wikipedia fr et plusieurs sources biographiques
Je ne vous ordonne pas d'attaquer, je vous ordonne de mourir.
— Ordre à ses troupes lors de la bataille de Gallipoli, 1915, largement attesté dans la littérature historique
Je ne mourrai pas en laissant l'exemple pernicieux d'un pouvoir personnel.
— Déclaration de 1930, citée dans Wikipedia fr et plusieurs sources biographiques