Patrick Dils, Français né le 30 juin 1970 à Montigny-lès-Metz, est la première victime mineure de France condamnée à perpétuité pour meurtre à avoir obtenu la révision de sa condamnation : arrêté à 16 ans en 1987, innocenté en 2002 après quinze ans de détention.
Natif de Montigny-lès-Metz en Moselle, Patrick Dils grandit rue Vénizelos avec ses parents Jean et Jacqueline et son frère Alain. En apprentissage de cuisine dans un restaurant local, il est interpellé le 28 avril 1987 à la sortie de son travail, sept mois après le double meurtre de Cyril Beining et d'Alexandre Beckrich, deux enfants de huit ans retrouvés morts sur le ballast d'une voie de garage de la SNCF le 28 septembre 1986. Après trente-six heures de garde à vue conduite par l'inspecteur Bernard Varlet de la police judiciaire de Metz, il signe des aveux circonstanciés, qu'il expliquera plus tard par les questions orientées des enquêteurs et par la visibilité des éléments matériels de la scène de crime dans le local d'interrogatoire. Incarcéré à la maison d'arrêt de Metz-Queuleu, il réclame son innocence à son avocat Bertrand Becker dès le lendemain, et envoie une lettre de rétractation à la juge d'instruction Mireille Maubert le 30 mai 1987, sans succès.
Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d'assises des mineurs de la Moselle le 27 janvier 1989, Patrick Dils devient le premier mineur de France frappé d'une telle peine, l'excuse de minorité n'ayant pas été appliquée. Un pourvoi en cassation est rejeté en 1990 ; deux demandes en révision échouent en 1990 et 1994 ; François Mitterrand refuse la grâce présidentielle en juin 1994. La procédure en révision s'enclenche en 1998 lorsque ses parents mandatent les avocats Jean-Marc Florand et Karim Achoui pour réétudier le dossier. Un document établi par le gendarme Jean-François Abgrall atteste la présence du tueur en série Francis Heaulme sur les lieux du crime le jour des faits. La Cour de cassation annule la condamnation en 2001. Un deuxième procès, à Reims, condamne Patrick Dils à vingt-cinq ans en juin 2001 ; un troisième, à Lyon, l'acquitte définitivement le 24 avril 2002. Il sort de prison le soir même, après treize ans et trois mois de détention.
1970 : naissance le 30 juin à Montigny-lès-Metz (Moselle)
1986 : double meurtre de Cyril Beining et d'Alexandre Beckrich le 28 septembre à Montigny-lès-Metz
1987 : interpellation le 28 avril et inculpation d'homicides volontaires ; incarcération à la maison d'arrêt de Metz-Queuleu
1989 : condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité le 27 janvier par la cour d'assises des mineurs de la Moselle
1990 : rejet du pourvoi en cassation le 10 janvier ; premier dépôt d'une demande en révision, rejeté faute d'élément nouveau
1994 : refus de la grâce présidentielle par François Mitterrand ; deuxième demande en révision rejetée
1997 : le gendarme Jean-François Abgrall transmet à la justice un document révélant la présence de Francis Heaulme à Montigny-lès-Metz le jour du double meurtre
1998 : les avocats Jean-Marc Florand et Karim Achoui déposent une troisième requête en révision le 24 mars
2001 : annulation de la condamnation par la Cour de cassation ; deuxième procès à Reims aboutissant à vingt-cinq ans de réclusion en juin
2002 : acquittement définitif par la cour d'assises des mineurs du Rhône, à Lyon, le 24 avril ; libération le soir même ; publication du livre Je voulais juste rentrer chez moi aux éditions Michel Lafon
2014 : décès de Jacqueline Dils, mère de Patrick, le 29 mars
2017 : publication du livre Il ne me manque qu'une chose aux éditions Michel Lafon ; témoignage par visioconférence au procès de Francis Heaulme devant les assises de la Moselle
2018 : diffusion sur France 2 d'un téléfilm réalisé par Yves Rénier avec Mathilde Seigner et Thomas Mustin
2020 : Francis Heaulme définitivement condamné à la réclusion à perpétuité pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz
2022 : publication de la bande dessinée L'innocent incompris, écrite par Brigitte Vital-Durand et illustrée par Constance Lagrange
Patrick Dils est le fils de Jean Dils et de Jacqueline Dils, décédée le 29 mars 2014 à l'âge de soixante-douze ans, qui n'a jamais cessé de croire en l'innocence de son fils. Il a un frère, Alain Dils. La famille résidait rue Vénizelos à Montigny-lès-Metz, à deux cents mètres du lieu du double meurtre. Après sa libération, Patrick Dils travaille dans une usine du Doubs, puis s'installe à Bordeaux comme saisonnier dans la restauration. Il épouse Anaïs et le couple s'établit en Gironde, dans une maison près des vignes.
Père de deux filles nées en 2012 et 2015, Patrick Dils témoigne régulièrement dans des conférences en universités et lycées afin d'alerter sur les risques des aveux sous pression et les dysfonctionnements de la procédure pénale. La journaliste Brigitte Vital-Durand a consacré à son affaire la bande dessinée L'innocent incompris, illustrée par Constance Lagrange et publiée en 2022. Un téléfilm réalisé par Yves Rénier, avec Mathilde Seigner dans le rôle de Jacqueline Dils et Thomas Mustin dans celui de Patrick, est diffusé sur France 2 en janvier 2018 et en février 2021.
1 - Patrick Dils collectionnait les timbres dans les poubelles situées le long des voies ferrées de Montigny-lès-Metz : c'est cette habitude qui l'a placé, aux yeux des enquêteurs, dans le voisinage du lieu du double meurtre le soir du 28 septembre 1986.
2 - Au premier procès de janvier 1989, Patrick Dils souffrait d'une rage de dents pendant toute la durée des débats, ce qui a aggravé son incapacité à s'exprimer devant la cour d'assises, selon le compte rendu diffusé par l'émission Faites entrer l'accusé sur France 2 en 2007.
3 - Lors du troisième procès à Lyon en 2002, Francis Heaulme, cité comme simple témoin, a déclaré à la barre que Patrick Dils l'empêchait de dormir la nuit et qu'il savait qu'il était innocent, avant de lui souhaiter bonne chance en quittant la salle.
4 - À sa sortie de prison en 2002, des gardes du corps rémunérés par TF1 -- à qui son avocat avait accordé l'exclusivité médiatique -- entouraient la famille Dils pour tenir les journalistes à distance, selon les informations parues dans la presse à l'époque.
5 - Patrick Dils a enregistré une chanson intitulée Le condamné à tort, dont le texte a été écrit par Cédric Goueytes après la lecture de son livre, sur une musique de Cédric Lemire.
- Métier(s) : victime d'erreur judiciaire, auteur, conférencier
- Résidence principale : Gironde (région de Bordeaux)
- Relations de couple : marié à Anaïs
- Enfants : deux filles (nées en 2012 et 2015)
- Distinctions : indemnisation de 1 146 000 euros versée par l'État français au titre de la détention injustifiée
On m'a volé quinze ans de ma vie.
— 20 Minutes, 2017
Il ne faut jamais désespérer des hommes, même quand certains d'entre eux nous blessent, nous briment, nous humilient.
— Je voulais juste rentrer chez moi, éditions Michel Lafon, 2002
15 ans, c'est très court et c'est très long à la fois. C'est une décennie et demi, c'est énorme dans la vie d'une personne. Mais je peux dire que je suis sans doute le seul détenu français qui sort grandi de cette tragédie.
— Télé Z, 22 janvier 2021
J'étais un enfant de 16 ans, complètement introverti, enfermé dans un cocon familial, très solitaire et avec un peu peur de tout. J'ai été propulsé du jour au lendemain dans le rouleau-compresseur qu'est la justice. Si deux majeurs sont capables d'avouer un crime aussi horrible, pourquoi un enfant ne le ferait pas à son tour ?
— Europe 1, avril 2017
Je préfère témoigner, encore et encore. Continuer à raconter mon histoire, pour que chacun comprenne que l'injustice s'est abattue sur un pauvre garçon comme des millions d'autres ; pour que ceux qui sont chargés de traquer les criminels n'oublient jamais que de leurs intuitions dépendent des vies entières ; et pour que ceux qui doivent faire appliquer la justice sachent à quoi ressemble l'injustice.
— Je voulais juste rentrer chez moi, éditions Michel Lafon, 2002