Rafael Trujillo, né Rafael Leónidas Trujillo Molina, fut un militaire dominicain devenu dictateur, au pouvoir de 1930 à son assassinat en 1961. Son régime de 31 ans, le Trujillato, causa entre 25 000 et 50 000 morts, dont ceux du massacre du Perejil de 1937.
Rafael Leónidas Trujillo Molina naquit le 24 octobre 1891 à San Cristóbal, République dominicaine, dans une famille de classe moyenne inférieure. Son père, José Trujillo Valdez, était d'origine hispano-dominicaine, et sa mère, Altagracia Julia Molina Chevalier, comptait parmi ses ancêtres des officiers haïtiens mulâtres et un aristocrate français. Troisième d'une fratrie de onze enfants, il fréquenta les écoles locales de San Cristóbal avant de travailler comme opérateur télégraphique à l'âge de 16 ans. Après plusieurs démêlés avec la justice, il rejoignit la Garde nationale dominicaine en 1918, lors de l'occupation américaine du pays, et fut formé par le corps des Marines des États-Unis. Son ascension militaire fut rapide : lieutenant en 1919, capitaine en 1922, puis brigadier général en 1928. En février 1930, il s'allia avec le chef rebelle Rafael Estrella Ureña contre le président Horacio Vásquez, se positionna comme candidat présidentiel, et remporta l'élection avec un résultat officiellement enregistré à 99 % des suffrages, selon l'ambassadeur américain Charles Boyd Curtis.
Installé au pouvoir le 16 août 1930, Trujillo instaura un régime de parti unique autour du Parti dominicain, rebaptisa la capitale en Ciudad Trujillo et fit ériger des milliers de statues à son effigie à travers le pays. Il gouverna alternativement en tant que président (1930-1938 et 1942-1952) et sous des présidents fantoches – Jacinto Peynado, son frère Héctor Trujillo, puis Joaquín Balaguer – tout en conservant le commandement de l'armée et le contrôle de l'économie nationale. Son service de renseignement militaire, le SIM, dirigé par Johnny Abbes, étendait ses opérations jusqu'aux États-Unis, à Cuba et au Mexique. Trujillo s'empara de plus du tiers des terres agricoles du pays et contrôlait environ 80 % de l'industrie nationale, accumulant à sa mort une fortune estimée à 800 millions de dollars. En 1940, il signa avec le secrétaire d'État américain Cordell Hull le traité qui porte leurs deux noms, mettant fin à la tutelle financière américaine sur les douanes dominicaines.
En octobre 1937, Trujillo ordonna le massacre d'immigrants haïtiens le long de la frontière dominicano-haïtienne, crime connu sous le nom de massacre du Perejil. Le nombre de victimes est estimé entre 12 000 et 30 000 personnes. Les soldats dominicains utilisèrent principalement des machettes pour masquer l'implication de l'armée d'État. Sous pression américaine, Trujillo accepta en janvier 1938 une indemnisation fixée à 750 000 dollars, réduite à 525 000 l'année suivante, soit moins de 30 dollars par victime selon les historiens. En 1956, ses agents organisèrent à New York l'enlèvement de Jesús de Galíndez, un juriste basque naturalisé américain et critique du régime, qui ne fut jamais retrouvé. Le 24 juin 1960, un attentat à la voiture piégée commandité par Trujillo blessa le président vénézuélien Rómulo Betancourt à Caracas sans le tuer. Ces actes provoquèrent une condamnation unanime de l'Organisation des États américains, qui vota des sanctions économiques et diplomatiques en 1960. Le 25 novembre 1960, les sœurs Mirabal – Patria, Minerva et María Teresa – militantes de l'opposition intérieure, furent assassinées sur ordre du dictateur, accélérant sa chute.
1891 : naissance le 24 octobre à San Cristóbal, République dominicaine
1918 : intègre la Garde nationale dominicaine, formé par les Marines américains lors de l'occupation
1928 : promu général de brigade par le président Horacio Vásquez
1930 : prise du pouvoir le 16 août; début de la première présidence de la République dominicaine
1931 : création du Parti dominicain, parti unique; la capitale rebaptisée Ciudad Trujillo
1934 : se proclame généralissime des forces armées dominicaines
1937 : massacre du Perejil : extermination de 12 000 à 30 000 immigrants haïtiens en octobre
1940 : signature du traité Hull-Trujillo avec le secrétaire d'État américain Cordell Hull
1942 : reprend officiellement la présidence pour une deuxième période (jusqu'en 1952)
1955 : organise une grande célébration nationale pour le 25e anniversaire de son règne
1956 : enlèvement et disparition à New York du juriste basque Jesús de Galíndez
1960 : tentative d'assassinat de Rómulo Betancourt; sanctions de l'OEA; assassinat des sœurs Mirabal (25 novembre)
1961 : assassiné le 30 mai sur la route Santo Domingo–San Cristóbal
Trujillo fut marié trois fois. Il épousa Aminta Ledesma y Pérez le 13 août 1913, dont il eut deux filles, Julia Genoveva et Flor de Oro; le mariage fut dissous en 1925. Il se remaria le 30 mars 1927 avec Bienvenida Ricardo y Martínez, native de Monte Cristi, dont il se sépara en 1935. Sa troisième épouse, María de los Ángeles Martínez y Alba, lui donna trois enfants : Ramfis Trujillo (né le 5 juin 1929), Angelita Trujillo (née le 10 juin 1939 à Paris) et Leónidas Rhadamés Trujillo (né le 1er décembre 1942). Il eut également deux enfants avec Lina Lovatón Pittaluga : Yolanda (1939) et Rafael (1943).
Trujillo pratiquait nominalement le catholicisme mais se tournait davantage vers la religion populaire locale. Son frère Héctor Bienvenido Trujillo servit comme président fantoche de 1952 à 1960, tandis que son frère José Arismendy Trujillo supervisait la création de La Voz Dominicana, la principale radio nationale, puis de la télévision nationale, quatrième dans les Caraïbes. Trujillo entretenait des relations diplomatiques cordiales avec Francisco Franco d'Espagne, Juan Perón d'Argentine et Anastasio Somoza García du Nicaragua. Méthodique et secret, il se levait chaque matin à quatre heures, travaillait jusqu'en soirée et effectuait des sorties incognito en ville pour observer et mémoriser.
Trujillo fut tué le 30 mai 1961 : sa Chevrolet Bel Air bleue de 1957 fut prise en embuscade sur la route reliant Santo Domingo à San Cristóbal. Les conspirateurs – Salvador Estrella Sadhalá, le général Juan Tomás Díaz, Pedro Livio Cedeño, Antonio de la Maza, Amado García Guerrero et le général Antonio Imbert Barrera – utilisèrent des armes partiellement fournies par la CIA. Son fils Ramfis Trujillo revint de Paris et fit exécuter la quasi-totalité des conjurés lors du massacre de la Hacienda María le 18 novembre 1961. Seul Antonio Imbert Barrera survécut à la répression. Le président américain John F. Kennedy apprit la nouvelle lors d'une rencontre diplomatique avec le président français Charles de Gaulle. Joaquín Balaguer prononça l'éloge funèbre lors des obsèques publiques à San Cristóbal.
Le corps de Trujillo fut d'abord inhumé à San Cristóbal, sa ville natale. Sa famille tenta de quitter le pays avec la dépouille à bord du navire Angelita, mais fut contrainte de faire demi-tour. Les restes furent transférés au cimetière du Père-Lachaise à Paris le 14 août 1964, puis déplacés en 1970 au cimetière de Mingorrubio, dans le quartier d'El Pardo à Madrid, où ils demeurent.
1 - Trujillo était surnommé "Chapitas" (capsules de bouteille) en raison de son habitude d'accrocher des médailles et décorations sur tous ses uniformes. Des enfants dominicains imitaient le dictateur en fabriquant de fausses décorations avec des capsules de bouteilles récupérées.
2 - Indifférent au baseball, Trujillo recruta néanmoins le lanceur Satchel Paige, vedette de la Negro League américaine, pour jouer sous les couleurs des Dragones de Ciudad Trujillo en 1937. L'équipe remporta le championnat dominicain cette même année.
3 - Lors de la conférence d'Évian de 1938 sur les réfugiés juifs fuyant l'Europe nazie, la République dominicaine fut le seul État à proposer d'en accueillir jusqu'à 100 000. Trujillo offrit 26 000 acres de ses terres personnelles pour établir la colonie de Sosúa, où arrivèrent les premiers réfugiés en mai 1940.
4 - Par décret du 18 avril 1933, Trujillo fit nommer son fils Ramfis Trujillo colonel dans l'armée dominicaine à l'âge de quatre ans. Les prénoms de Ramfis et de son frère Leónidas Rhadamés étaient empruntés aux personnages de l'opéra Aïda de Giuseppe Verdi.
5 - Trujillo avait une passion obsessionnelle pour son apparence : ses biographes recensent une garde-robe d'environ 2 000 uniformes et costumes, ainsi qu'une collection de plus de 10 000 cravates. Il se couvrait systématiquement de parfum lors de ses apparitions publiques.
- Métier(s) : Militaire, homme d'État, dictateur
- Résidence principale : San Cristóbal, puis Ciudad Trujillo
- Relations de couple : Aminta Ledesma y Pérez (1913-1925), Bienvenida Ricardo y Martínez (1927-1935), María de los Ángeles Martínez y Alba (1937-1961)
- Enfants : 8 reconnus, dont Ramfis Trujillo, Angelita Trujillo, Flor de Oro Trujillo et Leónidas Rhadamés Trujillo
- Distinctions : Généralissime des forces armées dominicaines (1934-1961)
« Celui qui ne sait pas tromper ne sait pas gouverner. »
— Déclaration attribuée à Rafael Trujillo sur son mode de gouvernement, citée dans History.com et Biography.com (traduit de l'espagnol)
« D'abord le chaos, puis les Américains, ensuite... quelqu'un de pire que moi. »
— Citation attribuée à Rafael Trujillo sur l'avenir de la République dominicaine après lui, rapportée dans des biographies hispaniques (traduit de l'espagnol)
« Je renonce volontairement, et contre les souhaits de mon peuple, à ma réélection à la haute fonction. »
— Déclaration officielle de Rafael Trujillo, 1937, citée dans Current Biography 1941, H. W. Wilson Company (traduit de l'espagnol)