Raymond Aron est un philosophe, sociologue et journaliste français, éditorialiste au Figaro pendant trente ans et auteur de L'Opium des intellectuels. Rival intellectuel de Jean-Paul Sartre, il incarne le libéralisme politique français du vingtième siècle face aux illusions idéologiques de son époque.
Reçu à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1924, Raymond Aron y côtoie Jean-Paul Sartre, Paul Nizan et Georges Canguilhem, avant d'être reçu premier à l'agrégation de philosophie en 1928. Il séjourne ensuite en Allemagne, à l'université de Cologne puis à Berlin, où il observe la montée du nazisme et les autodafés organisés par le régime, une expérience qui le détourne durablement du pacifisme de sa jeunesse. De retour en France, il enseigne au lycée du Havre en remplacement de Sartre, puis soutient en 1938 une thèse sur la philosophie de l'histoire. Mobilisé en 1939, il rejoint Londres en juin 1940 après la débâcle et s'engage dans les Forces françaises libres, où il rencontre Charles de Gaulle et devient rédacteur en chef de la revue La France libre, signant ses articles du pseudonyme René Avord. De retour à Paris en 1944, il devient directeur de cabinet d'André Malraux au ministère de l'Information, puis cofonde avec Sartre la revue Les Temps modernes en 1945.
En 1947, en désaccord avec Sartre, Raymond Aron rejoint Le Figaro comme éditorialiste, poste qu'il occupe pendant trente ans, avant de devenir en 1977 président du comité directeur de L'Express jusqu'à sa mort. Parallèlement, il mène une carrière universitaire qui le conduit à l'École nationale d'administration, à l'Institut d'études politiques de Paris, à la Sorbonne, puis à l'École pratique des hautes études, dont il reste directeur d'études jusqu'en 1983. En 1960, il crée le Centre de sociologie européenne avec pour assistant Pierre Bourdieu, qui en prendra la direction après leur rupture lors de Mai 68. Élu en 1963 à l'Académie des sciences morales et politiques, il devient en 1970 titulaire de la chaire de sociologie de la civilisation moderne au Collège de France, qu'il quitte en 1978. La même année, il fonde avec Jean-Claude Casanova la revue Commentaire, destinée à défendre les principes d'une société libérale face au conformisme marxisant qu'il dénonce depuis les années 1950.
Cofondateur en 1950 du Congrès pour la liberté de la culture, Raymond Aron en est membre suppléant du comité exécutif jusqu'en 1967, année où est révélé le financement secret de l'organisation par la Central Intelligence Agency, qui finance également la revue Preuves à laquelle il collabore. Dans ses Mémoires, il affirme avoir ignoré ce financement et indique qu'il ne l'aurait probablement pas toléré s'il l'avait su, sans pour autant renier sa participation. En 1973, il justifie publiquement le coup d'État du général Augusto Pinochet au Chili, estimant qu'il permettrait de prévenir une guerre civile, une position documentée et commentée dans la presse spécialisée, dont Le Monde diplomatique.
1905 : Naissance de Raymond Claude Ferdinand Aron à Paris
1924 : Entrée à l'École normale supérieure
1928 : Reçu premier à l'agrégation de philosophie
1933 : Mariage avec Suzanne Gauchon
1938 : Soutenance de sa thèse de doctorat sur la philosophie de l'histoire
1940 : Rejoint Londres et les Forces françaises libres
1945 : Cofonde la revue Les Temps modernes avec Jean-Paul Sartre
1947 : Devient éditorialiste au Figaro
1955 : Publication de L'Opium des intellectuels
1960 : Création du Centre de sociologie européenne
1963 : Élection à l'Académie des sciences morales et politiques
1970 : Nomination à la chaire de sociologie de la civilisation moderne au Collège de France
1978 : Fondation de la revue Commentaire
1983 : Mort à Paris
Troisième enfant de Gustave Émile Aron, professeur de droit, et de Suzanne Levy, Raymond Aron grandit dans une famille juive aisée aux côtés de ses frères Adrien et Robert Aron. Il étudie au lycée Hoche de Versailles, où il obtient son baccalauréat en 1922, puis en khâgne au lycée Condorcet à Paris. En 1933, il épouse Suzanne Gauchon, dont il aura trois filles : Dominique Schnapper, future sociologue et membre du Conseil constitutionnel, Emmanuelle et Laurence Aron. La fortune familiale, perdue lors de la crise de 1929, contraint son père à reprendre une activité professionnelle jusqu'à sa mort en 1934.
Ami puis rival de Jean-Paul Sartre pendant plus de trente ans, Raymond Aron se réconcilie avec lui en 1979 autour de la cause des boat people vietnamiens, un an avant la mort de l'écrivain qu'il appelle alors « mon petit camarade » dans ses Mémoires. Engagé au Rassemblement du peuple français dès 1947, il fonde en 1978 le Comité des intellectuels pour l'Europe des libertés avec Alain Ravennes. Joueur de tennis régulier, il doit selon ses propres souvenirs la carrière bancaire de son frère Robert, entré à la Banque de Paris et des Pays-Bas, à ses parties disputées avec le directeur de l'établissement.
Raymond Aron meurt d'une crise cardiaque à Paris le 17 octobre 1983, à l'âge de soixante-dix-huit ans, alors qu'il quitte le palais de justice du 4e arrondissement où il venait de témoigner en faveur de Bertrand de Jouvenel lors du procès opposant celui-ci à l'historien Zeev Sternhell. Sa disparition suscite de nombreux hommages dans la presse et le monde intellectuel français. Au Collège de France, où il avait enseigné jusqu'en 1978, l'anthropologue Claude Lévi-Strauss lui rend hommage dans l'annuaire de l'institution, rappelant sa capacité à conjuguer l'engagement et la distance du spectateur. La cause du décès, un arrêt cardiaque, est documentée de façon concordante par plusieurs sources institutionnelles et universitaires.
Raymond Aron est inhumé dans le caveau familial du cimetière du Montparnasse, à Paris, division 24. À l'École des hautes études en sciences sociales, boulevard Raspail, un centre d'études de philosophie politique porte son nom, le Centre Raymond-Aron, perpétuant l'héritage intellectuel du sociologue au sein de l'institution où il exerça comme directeur d'études jusqu'à sa mort.
1 - Lors de son élection à l'Académie des sciences morales et politiques en 1963, Raymond Aron fait graver sur son épée d'académicien une citation d'Hérodote affirmant qu'aucun homme n'est assez dénué de raison pour préférer la guerre à la paix.
2 - Installé à Londres pendant la guerre, Raymond Aron rédige ses premiers articles de la revue La France libre sous le pseudonyme de René Avord, bien avant de devenir l'un des éditorialistes français les plus lus de sa génération.
3 - Selon ses propres Mémoires, Raymond Aron attribue en partie l'entrée de son frère cadet Robert à la Banque de Paris et des Pays-Bas aux parties de tennis qu'il disputait régulièrement avec le directeur de l'établissement.
4 - Dans l'hommage qu'il lui rend au Collège de France, l'anthropologue Claude Lévi-Strauss rapporte que Raymond Aron confessait n'avoir jamais consacré plus de trois demi-heures à la rédaction d'un article pour la presse.
5 - En 1944, le doyen de l'université de Bordeaux propose à Raymond Aron la chaire de sociologie de l'établissement, qu'il refuse pour se consacrer au journalisme, un choix dont il confie dans ses Mémoires avoir ensuite regretté la radicalité.
6 - Reçu premier à l'agrégation de philosophie en 1928, Raymond Aron devance de peu Emmanuel Mounier, classé second, tandis que Jean-Paul Sartre, recalé cette année-là, n'est reçu premier qu'en 1929, avec un total de points supérieur à celui obtenu par Aron.
- Métier(s) : philosophe, sociologue, politologue, historien et journaliste
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : marié à Suzanne Gauchon de 1933 jusqu'à sa mort en 1983
- Enfants : Dominique Schnapper, Emmanuelle Aron et Laurence Aron
- Distinctions : officier de la Légion d'honneur, croix de guerre 1939-1945, commandeur de l'ordre des Palmes académiques, croix Pour le Mérite (Allemagne), prix Goethe de la ville de Francfort (1979)
29 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
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Meme un demagogue de bas etage n'aurait pas utilises.
— Reponse a Jean-Paul Sartre, mai 1968, rapportee dans Le Figaro Magazine, 2017.
Même un démagogue de bas étage n'aurait pas utilisés.
— Réponse à Jean-Paul Sartre, mai 1968, rapportée dans Le Figaro Magazine, 2017.
L'adhesion au fascisme ou au PPF etait simplement inconcevable.
— Memoires, 1983.
L'adhésion au fascisme ou au PPF était simplement inconcevable.
— Mémoires, 1983.
Je suis arrive a Tocqueville a partir du marxisme, de la philosophie allemande.
— Les Etapes de la pensee sociologique, introduction, 1967.
Je suis arrivé à Tocqueville à partir du marxisme, de la philosophie allemande.
— Les Étapes de la pensée sociologique, introduction, 1967.
Max Weber interdisait au professeur de prendre parti dans les querelles du Forum.
— Préface à Max Weber, Le Savant et le politique, Plon, 1959.