Cette année marque le 50ᵉ anniversaire de sa disparition.
Raymond Queneau, romancier, poète et dramaturge français né au Havre le 21 février 1903, est cofondateur de l'Oulipo. Auteur de Zazie dans le métro et des Exercices de style, il est mort à Paris le 25 octobre 1976, cinquante ans jour pour jour.
Raymond Queneau naît le 21 février 1903 au Havre dans une famille de commerçants. Fils unique confié très tôt à une nourrice, il passe une enfance marquée par la solitude et cherche refuge dans les livres. À 17 ans, il rejoint Paris pour étudier la philosophie à la Sorbonne et à l'École pratique des hautes études, où il suit les cours d'Alexandre Kojève sur Hegel. Après un service militaire dans les zouaves en Algérie et au Maroc (1925-1927), qui lui permet de s'initier à l'arabe, il occupe plusieurs emplois, notamment comme employé de banque. En 1924, il intègre le groupe surréaliste d'André Breton, dont la belle-sœur Janine Kahn deviendra son épouse en 1928. Il collabore à la revue La Critique sociale de Boris Souvarine. Exclu du mouvement surréaliste en 1930, il cosigne le pamphlet collectif Un cadavre dirigé contre Breton. Son premier roman, Le Chiendent, paraît en 1933 et remporte le premier prix des Deux Magots.
En 1938, Queneau entre aux éditions Gallimard, où il devient successivement lecteur, traducteur et membre du comité de lecture, puis directeur de l'Encyclopédie de la Pléiade en 1956. C'est avec Pierrot mon ami (1942) qu'il obtient son premier succès public. En 1947, les Exercices de style, cent variations sur un même incident banal, sont publiés - inspirés par L'Art de la fugue de Jean-Sébastien Bach lors d'un concert avec son ami Michel Leiris. Son poème Si tu t'imagines, mis en musique par Joseph Kosma à l'initiative de Jean-Paul Sartre, est popularisé par Juliette Gréco dès 1949. En 1959, Zazie dans le métro rencontre un large public, adapté au cinéma par Louis Malle l'année suivante. En novembre 1960, il cofonde avec le mathématicien François Le Lionnais l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), réunissant écrivains et mathématiciens dans une approche formelle de la littérature. Les Fleurs bleues (1965) et Morale élémentaire (1975) complètent cette oeuvre.
1903 : Naissance le 21 février au Havre.
1920 : Arrivée à Paris pour des études de philosophie à la Sorbonne.
1924 : Adhésion au groupe surréaliste d'André Breton.
1928 : Mariage avec Janine Kahn, belle-soeur d'André Breton.
1930 : Exclusion du mouvement surréaliste ; participation au pamphlet collectif Un cadavre.
1933 : Publication de Le Chiendent, premier roman, prix des Deux Magots.
1938 : Entrée aux éditions Gallimard comme lecteur et traducteur.
1947 : Publication des Exercices de style.
1951 : Élection à l'Académie Goncourt.
1956 : Nomination comme directeur de l'Encyclopédie de la Pléiade.
1959 : Publication de Zazie dans le métro, adapté au cinéma par Louis Malle en 1960.
1960 : Cofondation de l'Oulipo avec François Le Lionnais.
1961 : Publication de Cent mille milliards de poèmes.
1965 : Publication des Fleurs bleues.
1976 : Décès le 25 octobre à Paris.
Raymond Queneau est fils unique de parents commerçants havrais, décrits comme merciers dans sa propre oeuvre poétique, bien que l'acte de naissance de son père indique la profession de comptable. La famille s'installe à Épinay-sur-Orge aux alentours de 1920 pour permettre à leur fils de poursuivre ses études parisiennes. En 1928, Queneau épouse Janine Kahn (1903-1972), belle-soeur d'André Breton par le mariage de ce dernier avec Simone Kahn. Leur fils Jean-Marie Queneau naît en 1934 ; il deviendra peintre, graveur et éditeur. Janine Kahn décède en 1972, quatre ans avant Raymond Queneau.
Passionné dès 1921 du philosophe orientaliste René Guénon, dont il lit l'intégralité des ouvrages et avec qui il entretient une brève correspondance, Queneau s'intéresse également à la psychanalyse et à l'histoire des religions. Après la Libération, il fréquente le cercle de Saint-Germain-des-Prés, côtoyant Michel Leiris et entretenant une correspondance avec Boris Vian. Élu à l'Académie Goncourt en 1951, il est parallèlement admis au Collège de 'Pataphysique comme Satrape (1950) et à la Société mathématique de France (1948). Une partie importante de ses manuscrits est aujourd'hui conservée à la Bibliothèque municipale du Havre.
Raymond Queneau décède le 25 octobre 1976 à Paris. Des sources secondaires indiquent un cancer du poumon comme cause ; la localisation précise varie selon les sources entre le 13e arrondissement de Paris et Neuilly-sur-Seine, sans confirmation dans une source primaire identifiée. Il reçoit les derniers sacrements avant de mourir. Dès le 26 octobre 1976, Le Monde publie l'annonce de sa disparition sous la plume de la critique Jacqueline Piatier. Aucun hommage officiel nominatif n'a pu être identifié dans les sources disponibles. Dans les années suivant sa mort, ses oeuvres complètes sont éditées chez Gallimard dans la Bibliothèque de la Pléiade.
Raymond Queneau est inhumé au cimetière ancien de Juvisy-sur-Orge (Essonne), aux côtés de ses parents. Une rue et une impasse portant son nom existent dans le 18e arrondissement de Paris. La station de métro Bobigny - Pantin - Raymond Queneau, dans la commune de Pantin, perpétue son nom en région parisienne. Ses manuscrits sont conservés à la Bibliothèque municipale du Havre depuis 1991.
1 - Les Exercices de style (1947) sont nés d'un concert : aux côtés de Michel Leiris, Queneau écoute L'Art de la fugue de Jean-Sébastien Bach et conçoit l'idée de réécrire un même incident anodin selon une centaine de styles.
2 - Sous le double pseudonyme Sally Mara (romancière irlandaise fictive) et Michel Presle (son traducteur supposé), Queneau publie en 1947 On est toujours trop bon avec les femmes pour contourner la censure.
3 - Queneau calcule que la lecture intégrale de Cent mille milliards de poèmes (1961), en enchaînant toutes les combinaisons possibles de ses sonnets à bandelettes, nécessiterait environ 190 millions d'années à raison de vingt-quatre heures par jour.
4 - En 1963, Queneau interprète le rôle de Georges Clemenceau dans le film Landru réalisé par Claude Chabrol. Cette unique apparition comme acteur dans un long métrage est rarement mentionnée dans les biographies standard de l'auteur.
5 - Son premier roman, Le Chiendent (1933), est construit selon ses propres dires comme une illustration littéraire du Discours de la méthode de René Descartes, transposant une démarche philosophique en structure narrative.
- Métier(s) : Romancier, poète, dramaturge, éditeur
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Janine Kahn (épouse 1928, décédée 1972)
- Enfants : Jean-Marie Queneau (né 1934)
- Distinctions : Prix des Deux Magots (1933), Académie Goncourt (1951)
37 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
Je préfère botter le train au langage.
— Conversation avec Georges Ribemont-Dessaignes", in Bâtons, chiffres et lettres, Gallimard, 1965, p. 38
Je naquis au Havre un vingt et un février / en mil neuf cent et trois. / Ma mère était mercière et mon père mercier : / ils trépignaient de joie.
— Chêne et chien, Gallimard, 1969, p. 31
C'est somme toute une sorte de machine à fabriquer des poèmes, mais en nombre limité ; il est vrai que ce nombre, quoique limité, fournit de la lecture pour près de deux cents millions d'années.
— Introduction de l'auteur, Cent mille milliards de poèmes, Gallimard, 1961
Luxure : 1 + 1 = 69
Comparaison n'est pas raison.
Aucun métier n'est bien marrant.
Parler, c'est marcher devant soi.
Les saisons, ça ne se discute pas.
Les grandes douleurs sont muettes.
C'est en lisant qu'on devient liseron.
L'être ou le néant, voilà le problème.
Consensus universel : l'accord des "on".
Rime sans raison n'est que ruine de l'orme.
Frappée d'amour, elle tombait dans ses bras.
L'histoire est la science du malheur des hommes.
J'ai une fessée rentrée dans le creux de ma main.
Les hommes sont volages. Bien folle est qui s'y fie.
Tant va l'autruche à l'eau qu'à la fin elle se palme.
Tu causes, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire.
On ne peut rien dire de Dieu, même qu'il n'existe pas.
Les mots il suffit qu'on les aime pour écrire un poème.
Les actualités d'aujourd'hui, c'est l'histoire de demain.
Les plaintes de la souffrance sont à l'origine du langage.
Il y a deux sortes d'arbres : les hêtres et les non-hêtres.
Dieu : le non-être qui a le mieux réussi à faire parler de lui.
J'connaîtrai jamais le bonheur sur terre, je suis bien trop con.
Elle dévisagea sa soeur, puis la dépoitrina et enfin la déjamba.
Il y des gens qui trouvent toujours quelque chose à ne rien dire.
L'orthographe est plus qu'une mauvaise habitude, c'est une vanité.
Il ne faut jamais faire de confidences, cela abîme les sentiments.
Les jumelles grossissent et les soeurs qui ne le sont pas grandissent.
L'assiette pleine cache une assiette vide, comme l'être cache le néant.
Monter, descendre, aller, venir, tant fait l'homme qu'à la fin il disparaît.
Toute forme de langage devrait être reconnue et libre d'exister sans ironie.
Comment ne pas avoir peur devant cette absence de raison dénuée de toute folie ?
Il vaut mieux que les enfants rougissent des parents que les parents des enfants.
L'homme dissipe son angoisse en inventant ou en adaptant des malheurs imaginaires.
L'erreur, le crime et l'adultère : voilà tout ce qui rend les hommes intéressants.
- J'ai l'estomac dans les talons.- On aimerait mieux avoir l'étalon dans l'estomac.
Il ne me reste plus que la latitude d'aller me coucher sur la longitude de mon pieu.
- J'ai l'estomac dans les talons.
- On aimerait mieux avoir l'étalon dans l'estomac.
La télé, c'est de l'actualité qui se congèle en histoire. Aussitôt fait, aussitôt dit.
Comme le théâtre est fait pour être joué,
la poésie est avant tout faite pour être dite.
- Ca m'arrive souvent de ne penser à rien.- C'est déjà mieux que de ne pas penser du tout.
- Vous voyez comme c'est intéressant, les faits divers.
- Surtout quand ils ont lieu l'été.
L'infini n'existe pas. L'univers est fini quoique illimité. Il n'y a pas de place pour Dieu.
Je suis inculte parce que je n'en pratique aucun et insecte parce que je me méfie de toutes.
Quand on arrive à un certain âge, il ne reste plus grand-chose de ce qu'on a connu dans sa jeunesse.
Il n'y a rien de tel pour vous donner du génie que d'avoir un oncle cinglé ou une grand-mère sinoque.
Avoir un système borne son horizon ; n'en avoir pas est impossible. Le mieux est d'en posséder plusieurs.
L'être ou le néant, voilà le problème. Monter, descendre, aller, venir, tant fait l'homme qu'à la fin il disparaît.
Le Paris que vous aimâtesN'est pas celui que nous aimonsEt nous nous dirigeons sans hâteVers celui que nous oublierons.
Ah ! la grande amour, ça vient, on ne sait pas quand, on ne sait pas comment, et qui mieux est, on ne sait pas pour qui.
La philosophie, ça vient avec l'âge. Quand on a vu des guerres, des naufrages, des supplices, alors on commence à philosopher.
C'est comme un animal, l'âge. C'est un animal qui grandit, qui grandit, qui grandit encore et qui finit par vous dévorer tout vivant.