René Clément demeure l'unique cinéaste français double lauréat de l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, honneur acquis pour Jeux interdits (1952) et Les Murs de Malapaga (1949). Architecte de formation, documentariste puis réalisateur de longs-métrages narratifs, il a imposé une esthétique naturaliste fondée sur les prises de vues en décors réels et les caméras mobiles. De La Bataille du rail (1946) au Passager de la pluie (1969), son œuvre traverse les genres avec une exigence formelle constante.
Né le 18 mars 1913 à Bordeaux, René Clément grandit dans un milieu artistique : son père Maurice exerce la profession de décorateur. Après le lycée à Bordeaux, il intègre les Beaux-Arts de Paris pour y étudier l'architecture. Dès 1931, à dix-huit ans, il réalise César chez les Gaulois, un court-métrage d'animation. La mort prématurée de son père le contraint à abandonner ses études pour se consacrer entièrement au cinéma. En 1934, il rencontre Jacques Tati et collabore avec lui. Entre 1936 et la Seconde Guerre mondiale, il réalise plusieurs documentaires et courts-métrages, notamment Soigne ton gauche avec Tati (1936). En 1937, il accompagne l'archéologue André Parrot en Tunisie pour un documentaire ethnographique, contracte le typhus et est incarcéré à plusieurs reprises.
Pendant l'Occupation, il poursuit son travail documentaire avec Ceux du rail (1943). Il réalise ensuite son premier long-métrage, La Bataille du rail (1946), qui triomphe en salles et lui vaut le Grand Prix du Festival de Cannes 1946. Les Murs de Malapaga (1949) lui valent un premier Oscar. En 1952, Jeux interdits reçoit le Lion d'or à Venise et un second Oscar. Il enchaîne avec Monsieur Ripois (1954), Gervaise (1956), Barrage contre le Pacifique (1958), Plein Soleil (1960, avec Alain Delon) et Paris brûle-t-il ? (1966). Membre fondateur de l'IDHEC, il enseigne et diversifie styles et thématiques. En 1974, à la création de la section cinéma et audiovisuel de l'Académie des beaux-arts, il est élu et en devient président en 1988. Son dernier film, La Baby-sitter, sort en 1975. Il est en 2026 le cinéaste français le plus récompensé du Festival de Cannes, avec cinq prix obtenus entre 1946 et 1954.
À partir de la fin des années 1950, René Clément devient la cible de jeunes critiques de la Nouvelle Vague, notamment François Truffaut, qui multiplient les attaques contre son cinéma jugé académique. Ces reproches contrastent avec l'opinion de Jean-Luc Godard, qui reconnaît l'apport technique et esthétique de Clément. La violence des critiques marquera durablement le réalisateur. La réhabilitation critique ne débutera qu'au début des années 2000, notamment avec la rétrospective de la Cinémathèque française en octobre 2013.
René Clément a été marié à Johanna Harwood, scénariste britannique connue pour son travail sur les deux premiers films James Bond. Après avoir longtemps vécu entre Paris et le sud de la France, René Clément s'établit dans une propriété à Saint-Pée-sur-Nivelle, au Pays basque.
René Clément s'éteint le 17 mars 1996 à Monaco, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Il est inhumé dans le jardin de sa propriété de Saint-Pée-sur-Nivelle. En 1998, Jean-Loup Passek prononce son éloge sous la Coupole de l'Institut de France.