Premier dirigeant haïtien à avoir achevé deux mandats constitutionnels sans subir de coup d'État, l'agronome René Préval reste une figure majeure de la transition démocratique. Son leadership, marqué par la quête du consensus, fut mis à rude épreuve lors du séisme dévastateur de 2010.
René Garcia Préval suit des études d'agronomie en Belgique, notamment à Gembloux, avant de parfaire sa formation en Italie. Après un exil aux États-Unis dans les années 1970 où il travaille dans la restauration à Brooklyn, il rentre en Haïti et cofonde une boulangerie coopérative à Port-au-Prince. Cet établissement fournit du pain à l'orphelinat du père Jean-Bertrand Aristide, scellant une alliance politique décisive. En 1991, il devient le Premier ministre d'Aristide avant d'être contraint à l'exil par un coup d'État militaire. En 1996, il lui succède à la présidence de la République, devenant le premier président élu à succéder pacifiquement à un autre. Son premier mandat se concentre sur des réformes économiques structurelles et la privatisation d'entreprises publiques, tout en naviguant dans un climat d'instabilité parlementaire chronique qui freine ses ambitions législatives initiales.
Après une période de retrait politique consacrée à des projets agricoles dans sa commune de Marmelade, il revient au pouvoir en 2006 sous la bannière de la plateforme Lespwa. Ce second mandat est dominé par des défis colossaux, notamment les émeutes de la faim en 2008 et le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Accusé de passivité lors de la gestion de la catastrophe, il parvient néanmoins à maintenir la stabilité institutionnelle jusqu'à la passation de pouvoir en 2011. Sa présidence reste associée à une politique de discrétion et de dialogue, contrastant avec le style populiste de ses prédécesseurs. En 2015, il fonde la plateforme Vérité, continuant d'influencer la vie politique nationale jusqu'à son décès soudain. Il demeure à ce jour le seul président haïtien de l'ère moderne à avoir bouclé deux mandats complets sans interruption violente.
Le second mandat de René Préval a été marqué par de vives critiques concernant sa gestion de l'après-séisme en 2010. Son absence prolongée des écrans et des ondes dans les jours suivant la catastrophe a été perçue par une partie de la population et de la classe politique comme une démission morale ou une paralysie décisionnelle. Par ailleurs, les élections présidentielles de 2010, organisées sous son administration dans un contexte de chaos humanitaire, ont fait l'objet d'accusations de fraudes massives au profit de son candidat désigné, Jude Célestin, entraînant des manifestations violentes et une médiation de l'OEA.
1943 : naissance le 17 janvier à Port-au-Prince
1963 : départ en exil pour la Belgique avec sa famille
1975 : retour définitif en Haïti après un séjour aux États-Unis
1991 : nommé Premier ministre par Jean-Bertrand Aristide en février
1996 : investiture comme président de la République le 7 février
2001 : quitte le pouvoir après son premier mandat complet
2006 : réélection à la présidence dès le premier tour de scrutin en février
2008 : fait face aux émeutes de la faim dues à la vie chère en avril
2010 : séisme du 12 janvier et début de la crise humanitaire
2011 : transmission officielle du pouvoir à Michel Martelly en mai
2015 : lancement de la plateforme politique Vérité pour les élections
2017 : décès le 3 mars à Port-au-Prince à l'âge de 74 ans
Fils de l'agronome Claude Préval, ancien secrétaire d'État, René Préval naît à Port-au-Prince mais reste viscéralement attaché à Marmelade, le berceau de sa famille. Il a été marié à Guerda Benoit, avec qui il a eu deux filles, Dominique et Patricia. En 2009, il épouse en troisièmes noces l'économiste Élisabeth Débrosse Delatour, qui fut également l'une de ses conseillères économiques à la présidence. Sa trajectoire est indissociable de son amitié historique avec Jean-Bertrand Aristide, bien que l'exercice du pouvoir ait conduit à une distanciation politique notable entre les deux hommes lors de la création de sa propre mouvance politique en 2006.
Ses engagements sont restés ancrés dans le développement du monde paysan et la souveraineté alimentaire. À Marmelade, il a impulsé des coopératives agricoles spécialisées dans le café et le bambou, promouvant l'indépendance économique par la production locale et l'encadrement technique des agriculteurs. Discret et austère, il fréquentait assidûment les milieux ruraux et préférait le dialogue direct avec les organisations de base aux cérémonies officielles. Il a reçu durant sa carrière plusieurs distinctions internationales, dont le Grand Collier de l'Ordre de l'Infant Dom Henrique au Portugal en 2008. Passionné par la terre, il considérait l'agronomie comme le seul véritable projet de développement viable pour la nation haïtienne.
René Préval est décédé le 3 mars 2017 à Laboule, dans la commune de Pétion-Ville. Transporté en urgence vers une clinique de la capitale après un malaise respiratoire, son décès a été constaté peu après son arrivée. Des funérailles nationales ont été organisées le 11 mars 2017 sur la place du Kiosque Occide Jeanty à Port-au-Prince. Le président Jovenel Moïse ainsi que les anciens présidents Jocelerme Privert et Michel Martelly étaient présents. L'éloge funèbre a salué sa capacité de dialogue et son respect scrupuleux de la durée constitutionnelle des mandats électoraux.
René Préval repose au cimetière de Marmelade, dans le département de l'Artibonite, conformément à ses dernières volontés. Sa sépulture simple reflète le style de vie austère qu'il a mené tout au long de sa carrière. À Port-au-Prince, la résidence qu'il occupait à Laboule et le site de son ancienne boulangerie coopérative demeurent des lieux symboliquement associés à sa mémoire politique et à son engagement social pré-présidentiel.
1 - Durant son exil aux États-Unis dans les années 1970, il a travaillé comme serveur à Brooklyn, une expérience qu'il utilisait fréquemment pour souligner sa proximité avec les difficultés quotidiennes de la diaspora haïtienne.
2 - Adepte de la simplicité, il lui arrivait de se déplacer à moto dans les rues de Port-au-Prince sans escorte imposante, notamment lors de la confusion totale ayant suivi le tremblement de terre de 2010.
3 - Après son premier mandat en 2001, il a surpris la classe politique en se retirant totalement à la campagne pour cultiver le café, refusant toute interview politique pendant près de cinq ans.
4 - Surnommé "Ti René" en raison de sa stature de 165 cm, il a transformé ce sobriquet, parfois utilisé de manière péjorative par ses adversaires, en une marque de proximité populaire et de sagesse paysanne.
- Métier(s) : Agronome, Homme d'État
- Résidence principale : Laboule, Pétion-Ville (décédé)
- Relations de couple : Élisabeth Débrosse Delatour (épouse)
- Enfants : Dominique Préval, Patricia Préval
- Distinctions : Grand Collier de l'Ordre de l'Infant Dom Henrique (2008).