Née Henriette-Rosine Bernard, Sarah Bernhardt est une actrice française (1844-1923) tenue pour la première star planétaire de la scène mondiale. Surnommée « la Voix d'or » par Victor Hugo, elle réalise neuf tournées aux États-Unis et dirige le Théâtre Sarah Bernhardt à Paris jusqu'à sa mort.
Sarah Bernhardt naît le 22 octobre 1844 à Paris, fille illégitime de Julie Bernard, courtisane néerlandaise surnommée « Youle », et d'un père non officiellement identifié dont les archives civiles ont été détruites en 1871. Élevée par une nourrice à Quimperlé en Bretagne puis dans un pensionnat à Auteuil, elle est admise au couvent du Grand-Champ à Versailles. C'est le duc de Morny, protecteur de sa mère, qui use de son influence auprès de Daniel Auber, directeur du Conservatoire national d'art dramatique de Paris, pour lui obtenir une audition. Sarah y commence ses études en janvier 1860 sous la direction de Joseph-Isidore Samson et de Jean-Baptiste Provost. Admise à la Comédie-Française en 1862, elle débute dans Les Femmes savantes, mais est renvoyée l'année suivante après avoir giflé la sociétaire Madame Nathalie, qui avait bousculé sa sœur Régine dans les coulisses. Elle rejoint le Théâtre de l'Odéon en 1866, où le directeur Félix Duquesnel lui permet d'affirmer son jeu, et se révèle au grand public en 1869 dans Le Passant de François Coppée.
De retour à la Comédie-Française en 1872, Sarah Bernhardt y obtient le statut de sociétaire en 1875 et triomphe successivement dans Phèdre de Jean Racine (1874) et dans Hernani de Victor Hugo (1877). En 1880, elle quitte définitivement la maison de Molière, fonde sa propre compagnie itinérante et entreprend la première de neuf tournées aux États-Unis. Sa notoriété internationale repose sur des rôles écrits pour elle par Victorien Sardou, dont Fédora (1882), La Tosca (1887) et Cléopâtre (1890), ainsi que sur la reprise de La Dame aux Camélias d'Alexandre Dumas fils. En 1899, elle prend la direction du Théâtre des Nations qu'elle rebaptise Théâtre Sarah Bernhardt et crée en 1900 L'Aiglon d'Edmond Rostand, dans lequel elle joue à cinquante-six ans le rôle du jeune fils de Napoléon. En parallèle, elle expose ses sculptures au Salon des Artistes Français de Paris de 1874 à 1897 et contribue en 1894-1895 au lancement de la carrière de l'affichiste Alphonse Mucha, en lui commandant une affiche pour Gismonda.
En 1883, l'actrice Marie Colombier, qui avait accompagné Sarah Bernhardt lors de sa première tournée américaine (1880-1881), publie un pamphlet satirique intitulé Les Mémoires de Sarah Barnum, dans lequel elle raille son ancienne collègue sous un pseudonyme transparent. Bernhardt se rend au domicile de Colombier ; plusieurs témoignages relayés dans la presse nationale décrivent une agression physique. L'incident est documenté dans un recueil de pièces à conviction paru en 1884, citant notamment le Figaro. Par ailleurs, l'écrivain Édouard Drumont cible Bernhardt dans son ouvrage antisémite La France juive (1886). Ces attaques n'empêchent pas l'actrice de prendre publiquement position en faveur d'Alfred Dreyfus et d'Émile Zola à partir de 1898, au prix d'une rupture prolongée avec son fils Maurice et d'une partie de son public.
1844 : Naissance le 22 octobre à Paris sous le nom d'Henriette-Rosine Bernard
1860 : Début des études au Conservatoire national d'art dramatique de Paris
1862 : Débuts à la Comédie-Française dans Les Femmes savantes ; renvoi en 1863
1864 : Naissance de son fils Maurice Bernhardt, père Henri de Ligne
1870 : Transformation du Théâtre de l'Odéon en hôpital militaire pendant le siège de Paris
1874 : Triomphe dans Phèdre de Jean Racine à la Comédie-Française
1880 : Fondation de sa compagnie itinérante ; première tournée aux États-Unis
1882 : Mariage avec l'acteur grec Aristide Damala à Londres
1894 : Acquisition d'une propriété à Belle-Île-en-Mer ; commande de l'affiche Gismonda à Alphonse Mucha
1898 : Soutien public à Émile Zola dans l'affaire Dreyfus
1899 : Prise de direction du Théâtre des Nations, rebaptisé Théâtre Sarah Bernhardt
1900 : Triomphe dans L'Aiglon d'Edmond Rostand ; premier film, Le Duel d'Hamlet
1914 : Légion d'honneur (chevalier) pour ses services à la langue française
1915 : Amputation de la jambe droite ; poursuite des tournées
1923 : Décès le 26 mars à Paris pendant le tournage de La Voyante de Sacha Guitry
Sarah Bernhardt est la fille illégitime de Julie Bernard, courtisane néerlandaise surnommée « Youle ». L'identité du père reste incertaine : les archives civiles ayant été détruites en 1871, elle crée elle-même de faux actes de naissance faisant état d'un père nommé Édouard Bernhardt, avocat au Havre. En 1864, à vingt ans, elle a un fils unique, Maurice Bernhardt (1864-1928), issu de sa liaison avec le prince belge Henri de Ligne, fils du huitième prince de Ligne. En 1882, elle épouse à Londres l'acteur grec Aristide Damala. Le couple se sépare rapidement en raison des infidélités et de l'addiction à la morphine de Damala, qui décède en 1889.
Proche de nombreux artistes de son époque, Sarah Bernhardt entretient une longue amitié avec la peintre Louise Abbéma. Juive par sa mère, elle soutient publiquement Émile Zola lors de l'affaire Dreyfus à partir de 1898, ce qui provoque une rupture prolongée avec son fils Maurice, proche des milieux conservateurs. Elle milite également contre la peine de mort et soutient Louise Michel. Passionnée d'art, elle pratique la peinture et la sculpture, et publie en 1907 son autobiographie Ma double vie. Elle acquiert en 1894 une propriété à Belle-Île-en-Mer, qu'elle fréquente régulièrement entre deux tournées.
Sarah Bernhardt décède le 26 mars 1923 à Paris, des suites d'une urémie consécutive à une insuffisance rénale. Elle était alors en plein tournage de La Voyante, film dont le scénario est signé Sacha Guitry ; une partie des scènes avait été filmée à son domicile du boulevard Pereire, l'état de santé de l'actrice ne lui permettant plus de se déplacer. Son fils Maurice Bernhardt était présent à ses côtés. Les obsèques, célébrées à l'église Saint-François-de-Sales, sont publiques. Plus d'un million de personnes se pressent sur le parcours du cortège entre le boulevard Pereire et le cimetière du Père-Lachaise. Le gouvernement français salue officiellement sa disparition ; le ministre René Viviani lui avait remis la Légion d'honneur en 1914.
Sarah Bernhardt est inhumée au cimetière du Père-Lachaise à Paris, division 44. Le théâtre situé place du Châtelet à Paris, qu'elle dirige de 1899 à sa mort sous le nom de Théâtre Sarah Bernhardt, est rebaptisé Théâtre de la Cité sous l'Occupation, puis Théâtre de la Ville en 1968. Une étoile lui est dédiée sur le Hollywood Walk of Fame, au 1751 Vine Street, Los Angeles.
1 - Dès ses premiers succès, Sarah Bernhardt se fait photographier allongée dans un cercueil capitonné installé dans sa chambre. Son imprésario Edward Jarrett diffuse ces clichés officiels pour alimenter sa réputation d'excentrique lors des tournées américaines à partir de 1880.
2 - À partir des années 1870, Bernhardt sculpte des bronzes et expose régulièrement au Salon des Artistes Français jusqu'en 1897. Son autoportrait en bronze L'Autoportrait en chimère (1880), la figurant avec des ailes de chauve-souris, est offert au prince de Galles, futur Édouard VII.
3 - En décembre 1894, Alphonse Mucha, artiste alors inconnu à Paris, reçoit en urgence la commande d'une affiche pour Gismonda. Le résultat, affiché le 1er janvier 1895, lance sa carrière d'affichiste Art nouveau et lui vaut un contrat de six affiches supplémentaires avec Bernhardt.
4 - Amputée de la jambe droite en 1915, Bernhardt poursuit ses tournées depuis un fauteuil et joue devant les soldats des tranchées. En 1923, l'équipe de tournage de La Voyante déplace tout son matériel dans son domicile parisien pour pallier son immobilité.
5 - En 1898, son soutien à Alfred Dreyfus et à Émile Zola provoque une rupture avec son fils Maurice, monarchiste convaincu, qui s'installe dans le sud de la France avec sa famille et coupe toute communication pendant plus d'un an.
6 - Jean Cocteau forge pour Bernhardt l'expression « monstre sacré », qui intègre le vocabulaire théâtral. Edmond Rostand écrit dans la préface d'un essai lui étant consacré (1899) : « Jamais aucune vie n'a pu contenir tant d'action. »
- Métier(s) : Actrice de théâtre, directrice de théâtre, sculptrice, peintre, auteure
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Henri de Ligne (liaison, père de Maurice Bernhardt), Aristide Damala (époux, 1882-1889)
- Enfants : Maurice Bernhardt (1864-1928)
- Distinctions : Légion d'honneur (chevalier, 1914), étoile sur le Hollywood Walk of Fame (1751 Vine Street)
71 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
Une fois que le rideau est levé, l'acteur cesse de s'appartenir. Il appartient à son personnage, à son auteur, à son public. Il doit faire l'impossible pour s'identifier avec le premier, ne pas trahir le second, et ne pas décevoir le troisième.
— Propos rapportés dans Madam Sarah de Cornelia Otis Skinner, Houghton Mifflin, 1966 (traduit de l'anglais)
Le trac, cela vient avec le talent.
Il faut haïr très peu, car c'est très fatigant.
Si l'homme avait sa place dans l'univers cela se saurait.
La vie engendre la vie. L'énergie produit l'énergie. C'est en se dépensant soi-même que l'on devient riche.