Résumé biographique

Viola Smith, batteuse américaine pionnière née en 1912 et décédée en 2020, incarna l'aube du jazz féminin avec une carrière étalée sur près d'un siècle. Surnommée la plus rapide des batteuses, elle joua dans des orchestres familiaux, des big bands tout-féminins et des productions broadwayiennes, collaborant avec Ella Fitzgerald et Chick Webb. Militante pour l'égalité des musiciennes, elle enregistra pour Hollywood et performa à l'inauguration de Harry Truman, marquant l'ère du swing par sa virtuosité et son engagement.


Parcours

Née Viola Clara Schmitz le 29 novembre 1912 à Mount Calvary dans le Wisconsin, Viola grandit dans une famille de dix enfants où la musique imprégnait le quotidien. Fille de Nicholas Schmitz, cornettiste professionnel et tenancier d'une salle de concert à Fond du Lac, et de Louise Steffes, elle apprit le piano comme ses sœurs avant d'opter pour la batterie à treize ans, l'instrument restant disponible dans l'orchestre familial. Dès les années 1920, son père forma les Schmitz Sisters Family Orchestra, un ensemble tout-féminin avec ses sept sœurs : Irene au trombone, Erma au vibraphone, Edwina à la trompette, Lila au saxophone, Mildred au violon-basse, Loretta au piano et Sally au saxophone basse. L'orchestre, rebaptisé Smith Sisters Orchestra, se produisit lors de mariages, foires d'État et tournées vaudeville sur le circuit RKO, tandis que Viola suivait une scolarité rurale et prenait des leçons auprès de musiciens de fosse.

Son apparition à l'émission radiophonique Major Bowes Amateur Hour dans les années 1930 propulsa la formation vers une notoriété nationale. En 1938, Viola et Mildred fondèrent les Coquettes, un big band tout-féminin qui s'installa à New York en 1942 ; Mildred assurait clarinette et saxophone, tandis que Viola, surnommée la plus rapide des batteuses, exécutait des solos pyrotechniques sur un kit de douze pièces, incluant deux toms de seize pouces à hauteur d'épaules. Elle étudia le timbale à la Juilliard School grâce à une bourse d'été et le snare drum auprès de Billy Gladstone, qui lui offrit des caisses sur mesure. Rejointe par Frances Carroll comme leader vocale et chorégraphique, les Coquettes tournèrent jusqu'en 1942. Durant la Seconde Guerre mondiale, Viola intégra l'Hour of Charm Orchestra de Phil Spitalny, un orchestre tout-féminin commercialement triomphant, où elle enregistra pour les films When Johnny Comes Marching Home en 1943 et Here Come the Co-Eds en 1945 avec la National Symphony Orchestra. 

Elle performa avec Ella Fitzgerald, Chick Webb, Bob Hope et apparut cinq fois au Ed Sullivan Show. En 1942, son article Give Girl Musicians a Break ! dans Down Beat magazine plaida pour l'embauche de femmes dans les big bands, contredisant le mythe de leur infériorité technique face aux tournées harassantes. L'orchestre se dissout en 1954 ; Viola forma alors Viola and her Seventeen Drums. De 1966 à 1970, elle intégra le Kit Kat Band pour la production originale de Broadway de Cabaret, qui tourna nationalement. Elle joua à l'inauguration de Harry Truman en 1949 et avec la NBC Symphony Orchestra. À la retraite en 1975, elle se produisit occasionnellement avec la Forever Young Band en Californie jusqu'en 2019, à 107 ans, et inspira des générations de batteuses par son kit innovant, préfigurant les doubles grosses caisses de Louis Bellson.


Repères de carrière

1920s : Débuts avec les Schmitz Sisters Family Orchestra dans le Wisconsin.
1930s : Apparition au Major Bowes Amateur Hour, tournées RKO vaudeville.
1938 : Fondation des Coquettes avec Mildred Schmitz.
1942 : Article Give Girl Musicians a Break ! dans Down Beat ; études à Juilliard.
1943 : Enregistrement pour When Johnny Comes Marching Home.
1945 : Enregistrement pour Here Come the Co-Eds.
1949 : Performance à l'inauguration de Harry Truman.
1966-1970 : Kit Kat Band dans Cabaret à Broadway.
1975 : Retraite officielle des tournées.


Vie personnelle et engagements

Sixième d'une fratrie de dix dans une maisonnée musicale du Wisconsin rural, Viola Schmitz perdit tôt le contact avec ses frères, l'orchestre familial se concentrant sur les filles. Élevée par des parents qui valorisaient la lecture musicale (tous apprirent le piano), elle grandit dans une enfance rythmée par les répétitions et les voyages, tout en fréquentant une école unifiée. À New York en 1942, elle s'engagea sentimentalement, mais la conscription de son fiancé pendant la guerre annula les noces ; elle ne se maria jamais et n'eut pas d'enfants. Installée en Californie à la retraite, elle cultiva une vie discrète, entourée de neveux comme Dennis Bartash.

Militante acharnée pour les droits des musiciennes, Viola dénonça en 1942 les préjugés sexistes dans Down Beat, arguant que les femmes supportaient aussi bien les tournées et les one-nighters que les hommes. Son plaidoyer, bien que peu suivi par les big bands masculins, inspira l'essor des ensembles féminins pendant la guerre et posa les bases de l'égalité dans le jazz. Membre de la Percussive Arts Society, intronisée au Hall of Fame, elle soutint des initiatives pour les jeunes batteuses et accorda des interviews tardives, comme en 2013 pour Allegro Magazine ou en 2017 pour Drum Talk TV, promouvant la persévérance : Never lose your groove ! À 99 ans, elle confia à Tom Tom Magazine sa gratitude d'être acceptée comme batteuse professionnelle.


Lieu de mémoire

Viola Smith s'éteignit le 21 octobre 2020 à l'âge de cent sept ans. Elle résidait à Costa Mesa en Californie, où elle s'était installée après des décennies de tournées. Crémée après des funérailles privées, ses cendres reposent en privé auprès de la famille. Le Wisconsin honore son legs par des plaques à Mount Calvary et Fond du Lac ; la Juilliard School et le Hall of Fame de la Percussive Arts Society portent des hommages permanents à sa pionnière.


Contexte du décès

Viola Smith succomba le 21 octobre 2020 à son domicile de Costa Mesa en Californie, des complications de la maladie d'Alzheimer qui l'affligeait depuis plusieurs années. Âgée de cent sept ans, elle s'endormit paisiblement, entourée de proches. Aucun rituel public n'accompagna son départ, respectant sa discrétion ; son neveu Dennis Bartash annonça le décès, soulignant sa vie exemplaire jusqu'au bout.


Anecdotes

1 - À treize ans, Viola choisit la batterie car ses sœurs aînées occupaient tous les instruments convoités, transformant une contrainte familiale en passion professionnelle fulgurante.
2 - Sur son kit géant de treize pièces, elle plaça deux toms à hauteur d'épaules, innovation qui inspira Louis Bellson à adopter les doubles grosses caisses dans les années 1940.
3 - Surnommée la plus rapide des batteuses, elle inversa le compliment en déclarant Gene Krupa comme le mâle Viola Smith lors d'interviews des années 1940.
4 - En 1942, Billy Gladstone lui offrit des caisses snare artisanales après des leçons, objets collector qu'elle chérit comme talismans de sa formation new-yorkaise.
5 - À cent six ans en 2018, elle accorda une interview à Dan Barrett, reliant vaudeville des années 1920 et swing moderne avec une vitalité intacte.


Points clés

- Métier(s) : Batteuse de jazz et swing, leader d'orchestre, musicienne symphonique
- Résidence principale : Costa Mesa (Californie)
- Relations : Aucune union documentée
- Enfants : Aucun
- Distinctions : Hall of Fame de la Percussive Arts Society, bourse Juilliard School, pionnière des batteuses féminines