Cette année marque le 40ᵉ anniversaire de sa disparition.
Andreï Tarkovski est un réalisateur soviétique né en 1932, reconnu comme l'un des maîtres incontestés du cinéma d'auteur du XXe siècle. Son œuvre, composée de sept longs-métrages réalisés entre 1962 et 1986, se distingue par une approche contemplative, des plans-séquences méditatifs et une quête spirituelle profonde qui renouvelle les codes du septième art.
Andreï Arsenievitch Tarkovski naît le 4 avril 1932 à Zavrazhye, un village de l'oblast d'Ivanovo en Union soviétique. Fils d'Arseni Tarkovski, poète reconnu, et de Maria Vichniakova, correctrice, il grandit dans un milieu intellectuel propice à l'éveil artistique. Sa sœur Marina naît en 1934. Le départ de son père en 1935 marque le jeune Andreï, qui partage ensuite son enfance entre un appartement communautaire moscovite et la maison de campagne de son grand-père à Youriévets, où il découvre les poèmes paternels. En 1943, il entre au lycée de Moscou et s'initie à la musique et à la peinture. Une tuberculose le contraint à séjourner en sanatorium en 1947. Entre 1951 et 1952, il étudie l'arabe à l'institut des langues orientales de Moscou avant d'intégrer en 1956 le VGIK, l'Institut fédéral d'État du cinéma, où il suit l'enseignement du cinéaste Mikhaïl Romm.
En 1960, Tarkovski réalise son film de fin d'études, Le Rouleau compresseur et le Violon, un moyen-métrage pour enfants tourné en couleurs dont il coécrit le scénario avec Andreï Kontchalovski. L'année suivante, il débute son premier long-métrage, L'Enfance d'Ivan, qui sort en 1962 et obtient le Lion d'or à la Mostra de Venise, accompagné de sept distinctions internationales. Ce succès critique propulse Tarkovski sur la scène mondiale et annonce un renouveau du cinéma soviétique, marquant une rupture avec le réalisme socialiste. Dès son deuxième long-métrage, Andreï Roublev, tourné entre 1964 et 1966, le réalisateur adopte une posture indépendante qui le confronte à la censure soviétique. Les allusions politiques et l'audace formelle du film déplaisent au Goskino, qui impose un remontage et retarde sa sortie jusqu'en 1969, année où il est présenté hors compétition au Festival de Cannes. Entre 1966 et 1972, Tarkovski voit plusieurs de ses projets refusés. En 1972, il réalise Solaris, d'après le roman de Stanisław Lem, qui lui vaut le grand prix spécial du jury au Festival de Cannes. Souvent comparé à 2001, l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick, le film connaît un retentissement international malgré les compromis technologiques imposés par la production. En 1975 sort Le Miroir, film introspectif où Tarkovski intègre des épisodes de sa propre enfance et des poèmes de son père. Les autorités soviétiques, jugeant l'œuvre hermétique et trop personnelle, la déprogramment du festival de Moscou. Seule l'intervention de personnalités comme Tonino Guerra et Michelangelo Antonioni permet une projection devant un comité restreint. Tarkovski achève en URSS un dernier long-métrage, Stalker, sorti en 1979 et adapté du roman des frères Strougatski Pique-nique au bord du chemin. Ce film métaphysique, tourné dans des conditions éprouvantes, conforte sa réputation de cinéaste exigeant et visionnaire.
Confronté à l'hostilité des autorités culturelles soviétiques, Tarkovski entreprend plusieurs voyages en Europe occidentale. En 1982, il tourne en Italie Nostalghia, coécrit avec Tonino Guerra, un film largement autobiographique sur l'exil et le déracinement. En juillet 1984, lors d'un voyage en Italie, il décide de ne pas retourner en URSS. Larissa Kizilova, son épouse, et leur fils Andreï Jr. le rejoignent en 1985 après un long processus d'exil. Il réalise son ultime film, Le Sacrifice, en Suède en 1986, qui obtient le grand prix du jury au Festival de Cannes. Atteint d'un cancer du poumon diagnostiqué en 1985, il décède le 29 décembre 1986 à Paris, à l'âge de 54 ans. Ses sept longs-métrages restent des références incontournables du cinéma d'auteur, reconnus pour leur profondeur spirituelle, leur maîtrise formelle et leur capacité à interroger la condition humaine.
Le parcours de Tarkovski est jalonné de tensions avec les instances culturelles soviétiques. Dès Andreï Roublev en 1966, le Goskino et la censure jugent le film politiquement incorrect et imposent un remontage qui retarde sa sortie de trois ans. Le réalisateur se voit refuser plusieurs projets entre 1966 et 1972. En 1975, Le Miroir est déprogrammé du festival de Moscou en raison de son hermétisme et de son caractère introspectif, jugés non conformes aux canons esthétiques officiels. Cette mise au ban contraint Tarkovski à envisager l'exil pour poursuivre son œuvre. En juillet 1984, lors d'un voyage professionnel en Italie, il choisit de ne pas retourner en URSS, un acte perçu comme une défection par les autorités soviétiques. En 1985, Larissa et Andreï Jr. obtiennent finalement l'autorisation de le rejoindre en Occident.
Andreï Tarkovski se marie une première fois en 1957 avec Irma Raush, camarade de promotion au VGIK et actrice qui interprète le rôle de l'innocente muette dans Andreï Roublev. De cette union naît en 1962 un fils, Arseni, qui devient médecin. Le couple se sépare en 1970. La même année, Tarkovski épouse Larissa Kizilova, rencontrée sur le tournage d'Andreï Roublev. Ils s'installent dans une maison de campagne à Myasnoye, où le cinéaste entreprend la rédaction d'un journal intime qu'il poursuit presque quotidiennement jusqu'à sa mort, accompagnant ses écrits de dessins et de notes de projets. Leur fils, Andreï Jr., naît en 1970. En 1984, lors du choix de l'exil, Larissa et Andreï Jr. demeurent d'abord en URSS avant de rejoindre Tarkovski en Europe occidentale en 1985. Le réalisateur s'installe en France, où il réside jusqu'à son décès. Sa relation avec son père, le poète Arseni Tarkovski, traverse les décennies malgré la séparation familiale de 1935 : Andreï intègre plusieurs poèmes paternels dans Le Miroir, témoignant d'un dialogue artistique ininterrompu.
Tarkovski manifeste tout au long de sa carrière un engagement pour la liberté artistique et une résistance face aux injonctions idéologiques. Son refus des compromis esthétiques imposés par le Goskino et sa décision de quitter l'URSS en 1984 illustrent sa défense d'un cinéma libre et spirituel. Il entretient des amitiés professionnelles avec des figures comme Tonino Guerra, scénariste et poète italien qui collabore à Nostalghia, et Michelangelo Antonioni, qui soutient publiquement ses films face aux critiques. Tarkovski exprime dans ses écrits et entretiens une quête spirituelle marquée par une interrogation sur le sacré, la mémoire et le temps, thématiques centrales de son œuvre cinématographique.
Andreï Tarkovski décède à Paris le 29 décembre 1986, à l'âge de 54 ans, des suites d'un cancer du poumon diagnostiqué en 1985. La maladie progresse rapidement au cours du tournage de Le Sacrifice en Suède, son dernier film. Exilé en France depuis 1985, il passe ses derniers mois dans la capitale française, entouré de Larissa Kizilova et de leur fils Andreï Jr. Des hommages sont rendus par des cinéastes et critiques du monde entier, saluant l'œuvre d'un artiste qui a redéfini les contours du cinéma d'auteur. Son décès marque la fin d'une carrière marquée par sept longs-métrages considérés comme des classiques du septième art.
Andreï Tarkovski est inhumé au cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l'Essonne, en France, un lieu emblématique de la diaspora russe où reposent de nombreux émigrés et artistes russes. Sa tombe est régulièrement visitée par des cinéphiles et des admirateurs venus rendre hommage à son œuvre. Une statue du réalisateur a été érigée à l'entrée du Mosfilm, célèbre studio de cinéma de Moscou, témoignant de la reconnaissance posthume de son pays d'origine. Zavrazhye, son village natal, demeure un lieu symbolique lié à ses racines, tandis que Youriévets, où se situait la maison de campagne de son grand-père, évoque son enfance marquée par la découverte des poèmes de son père. Sa période d'exil en Italie et en France entre 1982 et 1986 reste associée à ses deux derniers films, Nostalghia et Le Sacrifice, tournés respectivement en Italie et en Suède.