Charlotte Brontë est une romancière britannique née le 21 avril 1816 à Thornton et décédée le 31 mars 1855 à Haworth, dans le Yorkshire, à trente-huit ans. Auteure de Jane Eyre (1847), elle s'est imposée comme l'une des voix les plus novatrices de la littérature victorienne, forgée dans le deuil répété, l'isolement des landes du Yorkshire et une passion non partagée pour son professeur de Bruxelles, Constantin Héger, dont l'empreinte traverse ses romans jusqu'à Villette en 1853.
Charlotte Brontë naît à Thornton, troisième enfant du révérend Patrick Brontë, diplômé de Cambridge, et de Maria Branwell, qui meurt à Haworth le 15 septembre 1821 après plusieurs mois de souffrances, d'un cancer (ou de complications post-partum) dont la nature exacte reste discutée par les historiens. Charlotte a cinq ans. Sa tante maternelle Elizabeth Branwell quitte Penzance pour s'installer durablement au presbytère et élever les six enfants. En 1824, Charlotte est envoyée à l'école de Cowan Bridge, pensionnat pour filles de clergé peu fortuné, avec ses sœurs aînées Maria et Elizabeth. Les conditions y sont sévères : nourriture insuffisante et insalubre, froid, marches dominicales de deux miles jusqu'à Tunstall Church. Maria et Elizabeth contractent la tuberculose et meurent respectivement le 6 mai et le 15 juin 1825 à Haworth. Charlotte, retirée de Cowan Bridge avec Emily, demeure traumatisée par cet épisode qu'elle transcrit vingt ans plus tard dans Jane Eyre sous les traits de l'école Lowood et du personnage d'Helen Burns.
Dès 1827, les quatre enfants survivants, stimulés par les numéros du Blackwood's Magazine que leur lit leur père, créent un univers imaginaire collectif, Glass Town, puis Angria pour Charlotte et Branwell, et Gondal pour Emily et Anne. Ils produisent des milliers de pages en caractères microscopiques imitant les polices d'imprimerie, peuplées de personnages récurrents comme le comte de Northangerland ou le peintre Edward de Lisle. En 1831, Charlotte entre à la pension de Miss Wooler à Roe Head, où elle noue des amitiés durables avec Ellen Nussey et Mary Taylor. Elle y revient comme institutrice entre 1835 et 1838, période de profonde mélancolie qu'elle exprime en poèmes. En décembre 1836, elle écrit au poète lauréat Robert Southey pour lui soumettre ses vers. Southey répond le 12 mars 1837 que « la littérature ne peut être l'affaire de la vie d'une femme ». Charlotte lui répond sur le ton de la gratitude, inscrivant sur l'enveloppe de sa réponse : « Southey's advice. To be kept forever. » Elle n'en continue pas moins d'écrire.
De 1839 à 1841, elle exerce comme gouvernante dans le Yorkshire, métier qu'elle supporte mal. Désireuse d'ouvrir son propre pensionnat, elle part à Bruxelles en février 1842 avec Emily pour parfaire ses compétences linguistiques au Pensionnat Héger, établissement dirigé par Claire Zoé Parent, épouse depuis 1836 du professeur Constantin Héger. Ce dernier, né en 1809, prend Charlotte et Emily sous sa direction pédagogique. Charlotte lui voue rapidement une passion que lui-même ne partage pas. La mort de leur tante Elizabeth Branwell le 29 octobre 1842 oblige les deux sœurs à rentrer. Charlotte revient seule à Bruxelles en janvier 1843 comme enseignante d'anglais, mais sombre dans une obsession pour Héger, qui finit par cesser leur correspondance. De retour à Haworth en janvier 1844, elle lui adresse depuis le Yorkshire des lettres en français dont quatre, déchirées par Héger et reconstituées par son épouse à l'aide d'une aiguille et du fil, sont données au British Museum par le fils de Constantin, Paul Héger, en 1913. Leur publication dans The Times en juillet 1913 provoque une sensation littéraire mondiale.
En 1845, Charlotte découvre par hasard les poèmes d'Emily et convainc ses sœurs de publier un recueil collectif, Poems by Currer, Ellis and Acton Bell, financé sur leurs propres économies, en 1846. Le volume se vend peu mais ouvre la voie aux romans. Son premier manuscrit, The Professor, est refusé par plusieurs éditeurs. Jane Eyre, rédigé rapidement en 1846 et publié en octobre 1847 sous le pseudonyme Currer Bell, rencontre un succès immédiat et scandalise une partie de la critique par l'affirmation de soi de son héroïne. Branwell, alcoolique et dépendant aux opiacés depuis une déception sentimentale, meurt de tuberculose le 24 septembre 1848. Emily refuse tout soin médical et décède le 19 décembre de la même maladie. Anne meurt à son tour le 28 mai 1849 à Scarborough. Charlotte achève péniblement Shirley, publié en octobre 1849, avant de se faire connaître dans les cercles littéraires londoniens, rencontrant Thackeray, Elizabeth Gaskell et Harriet Martineau. Elle publie Villette en 1853, roman inspiré de son expérience bruxelloise. Le 29 juin 1854, elle épouse Arthur Bell Nicholls, vicaire de son père, après plusieurs années de résistance. Enceinte de quelques mois, elle souffre de nausées intenses et de déshydratation sévère, probablement une hyperemesis gravidarum, et décède le 31 mars 1855.
Charlotte vit presque toute son existence au presbytère de Haworth, environnement isolé sur les landes du Yorkshire qui nourrit son imaginaire. Son père Patrick lui transmet une solide culture classique et une grande liberté intellectuelle, lui donnant accès à sa bibliothèque et lisant à haute voix le Blackwood's Magazine aux enfants. Les amitiés avec Ellen Nussey et Mary Taylor, nouées à Roe Head en 1831, perdurent toute sa vie : Ellen Nussey conserve précieusement les lettres de Charlotte, devenues l'une des sources biographiques majeures sur l'auteure. Charlotte éprouve pour Constantin Héger, son professeur à Bruxelles, une passion que lui-même ne partage pas et à laquelle son épouse met fin. Cette relation non consommée irrigue The Professor et Villette, dont le personnage de M. Paul Emanuel est directement inspiré de Héger. Charlotte mesure environ 1,50 mètre et souffre toute sa vie d'une constitution fragile. Elle épouse Arthur Bell Nicholls le 29 juin 1854, après des années de résistance à ses demandes et malgré l'opposition farouche de son père, qui finit par céder. L'union est brève : neuf mois plus tard, elle décède enceinte.
Charlotte défend l'accès des femmes à l'écriture sans jamais se revendiquer féministe au sens militant du terme. Sa préface à la seconde édition de Jane Eyre en 1848 s'attaque aux conventions sociales qui brident les aspirations féminines et prend à partie les critiques qui lui reprochent la « grossièreté » de son héroïne. En 1850, elle rédige la préface à la réédition des Hauts de Hurlevent et d'Agnes Grey, défendant la mémoire littéraire d'Emily et d'Anne. Elle entretient une correspondance régulière avec Elizabeth Gaskell, romancière et réformatrice sociale, rencontrée en 1850 lors d'un séjour dans le Lake District. Gaskell publie en 1857 The Life of Charlotte Brontë, première biographie de l'auteure, qui façonne durablement sa postérité mais passe sous silence les lettres à Héger pour protéger sa réputation.
Charlotte Brontë décède le 31 mars 1855 à Haworth, à trente-huit ans. Enceinte de quelques mois, elle souffre depuis des semaines de nausées intenses et incessantes, de vomissements et d'une déshydratation progressive. Son certificat de décès mentionne la tuberculose (« phthisis »), mais les historiens s'accordent majoritairement, depuis les travaux du professeur Philip Rhodes en 1972, sur des complications obstétricales, probablement une hyperemesis gravidarum. Arthur Bell Nicholls et Patrick Brontë l'assistent jusqu'à la fin. Elle est inhumée dans la crypte familiale sous l'église Saint Michael and All Angels à Haworth. Patrick Brontë, qui survivra à tous ses enfants, meurt en 1861 à 84 ans.
Charlotte Brontë naît à Thornton dans le Yorkshire et passe l'essentiel de son existence au presbytère de Haworth, aujourd'hui devenu le Brontë Parsonage Museum. Elle est inhumée dans la crypte familiale sous l'église Saint Michael and All Angels de Haworth, aux côtés de sa mère, de ses sœurs Maria, Elizabeth et Emily, et de son frère Branwell. Seule Anne repose ailleurs, à Scarborough, où elle demanda à mourir au bord de la mer. Bruxelles, où Charlotte séjourne entre février 1842 et janvier 1844, demeure associée à sa passion pour Héger et à la genèse de Villette. Les landes du Yorkshire, omniprésentes dans son œuvre, incarnent l'espace symbolique central de la littérature Brontë.