Biographie
Figure centrale de la vie politique française du XXe siècle, François Mitterrand a été le premier président socialiste de la Ve République. Stratège hors pair surnommé « le Sphinx », il a profondément transformé la société française par de grandes réformes sociales tout en marquant l'histoire par sa longévité exceptionnelle au pouvoir.
Parcours
François Mitterrand naît à Jarnac dans une famille catholique et conservatrice. Après des études de droit et de lettres, il est mobilisé en 1939, blessé, puis fait prisonnier par les Allemands. Son évasion en 1941 marque le début d'un parcours complexe entre l'administration de Vichy et un engagement actif dans la Résistance sous le pseudonyme de « Morland ». À la Libération, il entame une carrière politique fulgurante, devenant député de la Nièvre et occupant onze postes ministériels sous la IVe République. Opposant déterminé au général de Gaulle lors du retour de ce dernier en 1958, il dénonce un « coup d'État permanent ». Il parvient à unifier la gauche lors du congrès d'Épinay en 1971, créant le Parti socialiste moderne sur une stratégie d'alliance avec les communistes.
Après deux échecs en 1965 et 1974, il est élu président de la République le 10 mai 1981. Son premier septennat est marqué par l'abolition de la peine de mort, la dépénalisation de l'homosexualité, la décentralisation et les nationalisations. Confronté à des difficultés économiques, il opère le « tournant de la rigueur » en 1983. Réélu en 1988 sur le thème de la « France unie », il traverse deux périodes de cohabitation avec la droite. Sur le plan international, il est l'un des architectes du traité de Maastricht et de la construction européenne aux côtés de Helmut Kohl. Il quitte l'Élysée en 1995, affaibli par le cancer, et s'éteint quelques mois plus tard, laissant une trace indélébile sur les institutions et le paysage urbain de Paris avec ses « Grands Travaux ».
Controverse
La carrière de François Mitterrand est jalonnée de zones d'ombre qui ont suscité de vifs débats. Son passé à Vichy et sa décoration de la Francisque en 1943, bien que justifiée par lui comme une couverture pour ses activités de résistant, ont fait l'objet de vives critiques lors de la parution du livre de Pierre Péan en 1994. L'affaire de l'Observatoire en 1959, où il fut accusé d'avoir mis en scène un faux attentat contre lui-même pour regagner en popularité, reste une tache sur sa réputation de stratège. Durant sa présidence, l'affaire des écoutes de l'Élysée, visant à protéger le secret de sa vie privée et notamment l'existence de sa fille cachée Mazarine Pingeot, a révélé des dérives dans l'usage des services de renseignement. Enfin, le scandale du Rainbow Warrior en 1985, où les services secrets français ont coulé un navire de Greenpeace, a terni l'image internationale de sa présidence.
Repères chronologiques
1946 : Élection comme député de la Nièvre sous l'étiquette de l'UDSR.
1959 : Affaire de l'Observatoire, point de rupture dans sa carrière sous la Ve République.
1965 : Met le général de Gaulle en ballottage lors de la première élection présidentielle au suffrage universel.
1971 : Prend la tête du Parti socialiste lors du congrès d'Épinay.
1981 : Élu 4e président de la Ve République face à Valéry Giscard d'Estaing.
1981 : Promulgation de la loi abolissant la peine de mort portée par Robert Badinter.
1986 : Début de la première cohabitation avec Jacques Chirac comme Premier ministre.
1988 : Réélu président de la République face à Jacques Chirac.
1994 : Inauguration du tunnel sous la Manche avec la reine Elizabeth II.
1996 : Décès le 8 janvier à Paris à l'âge de 79 ans.
Vie personnelle et engagements
François Mitterrand a partagé sa vie officielle avec Danielle Gouze, épousée en 1944, avec qui il a eu trois fils : Pascal (mort en bas âge), Jean-Christophe et Gilbert. Parallèlement, il a entretenu une relation de plus de trente ans avec Anne Pingeot, dont est née Mazarine Pingeot en 1974. Cette double vie, longtemps gardée secrète par la presse et l'Élysée, ne fut révélée au grand public qu'à la fin de son second mandat. Homme de lettres passionné par la forêt et la marche, il cultivait une image de « force tranquille » et entretenait des amitiés fidèles, parfois controversées, avec des personnalités aux parcours éclectiques.
Son engagement politique était doublé d'une profonde quête mystique et d'un intérêt pour l'histoire longue. Grand bâtisseur, il a voulu laisser sa marque sur Paris à travers la Pyramide du Louvre, la Bibliothèque nationale de France ou l'Arche de la Défense. Européen convaincu, il voyait dans l'union du continent le seul rempart contre le retour des nationalismes, déclarant lors de son dernier discours au Parlement européen que « le nationalisme, c'est la guerre ». Malgré les critiques sur son exercice solitaire du pouvoir, il a su incarner la majesté de la fonction présidentielle tout en menant des combats sociaux essentiels qui structurent encore la France d'aujourd'hui.
Contexte du décès
François Mitterrand succombe le 8 janvier 1996 à son domicile parisien de l'avenue Frédéric-Le-Play, des suites d'un cancer de la prostate qu'il avait caché dès son élection en 1981. Ses obsèques ont donné lieu à une image frappante : la présence côte à côte de ses deux familles (Danielle et ses fils d'un côté, Anne et Mazarine de l'autre) lors de la cérémonie religieuse à Notre-Dame de Paris, scellant ainsi l'unité posthume de sa vie privée.
Où se recueillir ?
François Mitterrand est inhumé dans le caveau familial au cimetière de Jarnac, en Charente. Chaque année, ses proches et des militants socialistes s'y retrouvent pour commémorer sa mémoire. Sa maison natale à Jarnac est également devenue un musée géré par la fondation qui porte son nom.
Anecdotes
1 - Amateur de gastronomie fine, son dernier repas de réveillon en 1995 est resté célèbre pour la dégustation d'ortolans, un oiseau dont la consommation est interdite, ce qui fut interprété comme un ultime pied de nez aux règles terrestres.
2 - On raconte que Mitterrand consultait régulièrement l'astrologue Elizabeth Teissier pour choisir les dates de certains événements politiques ou pour analyser le profil de ses adversaires, témoignant de son intérêt pour les sciences occultes.
3 - Lors de sa rencontre historique avec Helmut Kohl à Douaumont en 1984, le geste spontané de se tenir par la main devant l'ossuaire n'était pas prévu au protocole et est devenu le symbole mondial de la réconciliation franco-allemande.
4 - Grand marcheur, il aimait se rendre à pied de son domicile à l'Élysée en début de mandat, forçant ses gardes du corps à une vigilance constante dans les rues de Paris avant que des impératifs de sécurité ne l'obligent à utiliser la voiture officielle.
Points clés
- Métier(s) : Président de la République, avocat
- Résidence principale : Palais de l'Élysée / Paris
- Relations : Helmut Kohl (partenaire européen), Jacques Chirac (rival)
- Enfants : Jean-Christophe, Gilbert, Mazarine Pingeot
- Distinctions : Grand-Croix de la Légion d'honneur, Grand-Croix de l'Ordre national du Mérite

