Henri Verneuil, de son vrai nom Achod Malakian, est un réalisateur et scénariste français d'origine arménienne, né en Turquie en 1920. Il demeure le cinéaste ayant réuni le plus de spectateurs dans l'histoire du cinéma français, avec plus de 91 millions d'entrées en salles.
Né Achod Malakian à Rodosto, en Turquie, dans une famille arménienne rescapée du génocide, Henri Verneuil arrive à quatre ans à Marseille avec ses parents réfugiés. Diplômé de l'École des arts et métiers d'Aix-en-Provence en 1943, il devient journaliste avant de tourner, à partir de 1947, une quinzaine de courts métrages, dont plusieurs portés par l'acteur Jean Carmet. La même année, il convainc Fernandel, déjà célèbre, de tourner avec lui le court métrage Escale au soleil. En 1951, Fernandel impose le jeune cinéaste inconnu à la production de son premier long métrage, La Table-aux-crevés, adapté d'un roman de Marcel Aymé. Les deux hommes collaborent ensuite régulièrement jusqu'en 1955, à travers des comédies et drames populaires comme Le Fruit défendu, Le Mouton à cinq pattes ou Le Grand Chef, avant de se retrouver une dernière fois en 1959 pour le triomphe international de La Vache et le Prisonnier.
Dans les années 1960, Henri Verneuil devient le cinéaste des superproductions internationales. La MGM lui commande trois films réunissant Jean Gabin et le dialoguiste Michel Audiard : Le Président en 1961, puis Un singe en hiver, où Gabin partage l'affiche avec Jean-Paul Belmondo, et enfin Mélodie en sous-sol, où Gabin côtoie pour la première fois Alain Delon. Gabin, Delon et Lino Ventura se retrouvent en 1969 dans Le Clan des Siciliens, un des plus grands succès commerciaux du cinéaste. Verneuil tourne aussi à Hollywood deux films avec Anthony Quinn, puis enchaîne avec Belmondo, devenu son acteur fétiche, Peur sur la ville et Le Corps de mon ennemi. En 1979, il réalise avec Yves Montand le thriller politique I... comme Icare, inspiré des expériences de Stanley Milgram et de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Il clôt sa carrière dans les années 1990 avec le diptyque intimiste Mayrig et 588, rue Paradis, consacré à son enfance arménienne, porté par Omar Sharif et Claudia Cardinale.
1920 : Naissance à Rodosto (Empire ottoman, actuelle Turquie) sous le nom d'Achod Malakian.
1924 : Arrivée à Marseille avec sa famille, rescapée du génocide arménien.
1943 : Diplômé de l'École des arts et métiers d'Aix-en-Provence.
1947 : Rencontre avec Fernandel pour le court métrage Escale au soleil.
1951 : Premier long métrage, La Table-aux-crevés.
1956 : Consécration nationale avec Des gens sans importance, aux côtés de Jean Gabin.
1959 : Triomphe international de La Vache et le Prisonnier.
1963 : Mélodie en sous-sol, premier film avec Alain Delon.
1969 : Le Clan des Siciliens, un des plus grands succès de sa carrière.
1979 : I... comme Icare, nommé au César du meilleur film.
1984 : Les Morfalous, dernier film à caractère commercial.
1991 : Mayrig, adaptation de son roman autobiographique.
1996 : César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière.
2000 : Élection à l'Académie des beaux-arts.
2002 : Mort à Bagnolet, le 11 janvier.
Fils d'Agop Malakian et d'Arazi Kirazian, réfugiés arméniens installés à Marseille après le génocide, Henri Verneuil grandit dans cette ville avant de rejoindre l'École des arts et métiers d'Aix-en-Provence. De son union avec la monteuse et actrice Françoise Bonnot naissent une fille, Sophie Malakian, devenue vétérinaire, et un fils, le réalisateur Patrick Malakian, né le 27 août 1963. En 1984, il épouse l'égyptologue et écrivaine Véronique Sedro, dont il divorce en 2000 ; le couple a deux enfants, Sevan Malakian, né en 1985, et Gaya Verneuil, née Gayané Malakian en 1989, devenue comédienne.
En 1989, Henri Verneuil réalise le clip de la chanson caritative Pour toi, Arménie, écrite par Charles Aznavour après le tremblement de terre qui frappe l'Arménie en 1988, interprétée par quatre-vingt-neuf artistes français. Le 6 décembre 2000, il est élu à l'Académie des beaux-arts, au fauteuil laissé vacant par le peintre Yves Brayer, dans une section cinéma et audiovisuel créée deux ans plus tôt. Le cinéaste Régis Wargnier lui succède en 2007 et prononce son éloge sous la Coupole de l'Institut de France. Resté très attaché à ses racines, Verneuil consacre en 1985 un roman autobiographique à sa mère, Mayrig, traduit en trente-sept langues.
Henri Verneuil meurt d'une crise cardiaque le 11 janvier 2002, à la clinique Floréal de Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, à l'âge de 81 ans. Ses obsèques religieuses sont célébrées en la cathédrale arménienne Saint-Jean-Baptiste de Paris, rue Jean-Goujon, en présence de nombreuses personnalités du cinéma et de la culture, dont Alain Delon, Charles Aznavour et Claudia Cardinale. Lors de son inhumation, sa fille Sophie Malakian prononce un hommage à sa mémoire, rappelant son attachement à ses deux identités, arménienne et française. En 2007, le cinéaste Régis Wargnier, élu à son fauteuil de l'Académie des beaux-arts, lui rend hommage dans son discours de réception sous la Coupole.
Henri Verneuil est inhumé au cimetière Saint-Pierre de Marseille, dans le caveau familial. Son nom est aussi gravé dans l'espace public : une rue Henri-Verneuil existe dans le 19e arrondissement de Paris ainsi qu'à Erevan, une place Henri-Verneuil se trouve à Marseille, et un cinéma porte son nom à La Valette-du-Var. Une étoile lui est dédiée sur le Walk of Fame d'Erevan, en Arménie.
1 - Dans Le Mouton à cinq pattes, où Fernandel interprète à lui seul six rôles, un jeune Louis de Funès apparaît brièvement dans un second rôle, bien avant de devenir l'une des plus grandes vedettes comiques du cinéma français.
2 - Au tout début des années 1950, Henri Verneuil tourne une quinzaine de courts métrages comiques, souvent portés par le jeune Jean Carmet, notamment On demande un bandit et L'Art d'être courtier, bien avant que l'acteur ne devienne une figure du cinéma français.
3 - Henri Verneuil aura dirigé la quasi-totalité des grands noms du cinéma français de son temps, à une exception notable : jamais il ne tourne avec Bourvil, pourtant l'une des vedettes comiques les plus populaires de la même génération.
4 - En 1990, Henri Verneuil s'exprime longuement sur la colorisation des films anciens dans un entretien conservé par les archives de la Télévision suisse romande, sujet qui divise alors vivement les professionnels du cinéma.
5 - En 1973, Henri Verneuil reçoit le prix Nessim-Habif, récompense peu médiatisée décernée par l'Académie des beaux-arts pour l'ensemble d'une œuvre, bien avant son élection à cette même institution en 2000.
- Métier(s) : Réalisateur, scénariste et producteur de cinéma
- Résidence principale : Non documentée
- Relations de couple : Françoise Bonnot (union) ; Véronique Sedro (épouse, 1984-2000)
- Enfants : Sophie, Patrick, Sevan et Gaya (quatre enfants)
- Distinctions : César d'honneur (1996) ; Académie des beaux-arts (2000) ; deux nominations à l'Oscar et au César (1956, 1980) ; prix Nessim-Habif (1973) ; prix Saint-Simon (1986)
Je serai cinéaste.
— Académie des beaux-arts, discours de réception au fauteuil d'Henri Verneuil, 1 février 2012 (traduit du fragment français original, propos rapportés)
Arménien je suis, mais plus Français que moi, tu meurs !
— Propos rapportés par sa fille Sophie Malakian lors de ses obsèques, Le Parisien, 18 janvier 2002