Jean Raspail, écrivain et explorateur français né le 5 juillet 1925 à Chemillé-sur-Dême, est l'auteur du Camp des saints (1973), roman dystopique sur l'immigration traduit en neuf langues, et lauréat du Grand prix du roman de l'Académie française en 1981.
Fils d'Octave Raspail, officier et président des Grands moulins de Corbeil, et de Marguerite Chaix, Jean Raspail fait ses études au collège Saint-Jean-de-Passy à Paris, où il est l'élève de l'écrivain Marcel Jouhandeau, puis à l'institution Sainte-Marie d'Antony et enfin à l'École des Roches à Verneuil-sur-Avre. Formé au scoutisme catholique, il effectue dès 1949 une expédition de 4 565 kilomètres en canoë de Trois-Rivières à La Nouvelle-Orléans, sur les traces du père Jacques Marquette. De septembre 1951 à mai 1952, il relie la Terre de Feu à l'Alaska en automobile avec son adjoint Philippe Andrieu, avant de diriger en 1954 une expédition française sur les traces des Incas. En 1956, il passe une année entière au Japon, expérience dont est issu son premier roman, Le Vent des Pins, publié en 1958. Sa vocation littéraire, pourtant précoce, est freinée par le jugement négatif que l'académicien André François-Poncet, ami de son père, porte sur un manuscrit de jeunesse, le convainquant qu'il n'a pas encore assez vécu pour construire un monde littéraire.
Jusqu'en 1973, Jean Raspail publie presque exclusivement des récits de voyage et des articles de presse. Cette année-là, il revient au roman avec Le Camp des saints (Robert Laffont), dystopie décrivant l'arrivée d'un million de migrants indiens sur la Côte d'Azur. Le roman, accueilli favorablement par des critiques tels que Bernard Pivot et Jean Anouilh, connaît un succès progressif et est traduit en anglais dès 1975, puis en espagnol, portugais, italien, polonais, tchèque et néerlandais. En 1981, Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie (Albin Michel) lui vaut le Grand prix du roman de l'Académie française. Il se proclame la même année consul général de Patagonie, dernier représentant fictif du royaume d'Orélie-Antoine Ier, constituant une communauté imaginaire d'environ 5 000 personnes dont André Frossard, Didier Decoin et Michel Déon. En 2003, il reçoit le Grand prix de littérature de l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre. En 2015, le recueil Là-bas, au loin, si loin..., préfacé par Sylvain Tesson, rassemble ses principaux textes patagons.
Le roman Le Camp des saints (1973) fait l'objet d'accusations persistantes de racisme de la part de plusieurs critiques et institutions. En 2004, Jean Raspail publie dans Le Figaro une tribune intitulée « La patrie trahie par la République », dans laquelle il prédit une recomposition démographique de la France à l'horizon 2050. La Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) l'attaque en justice avec le quotidien pour « provocation à la haine raciale ». Par une décision rendue le 28 octobre par la 17e chambre du tribunal de grande instance de Paris, Jean Raspail est relaxé. Le Camp des saints est réédité en 2011 avec une préface intitulée « Big Other » et devient une référence pour des mouvements d'extrême droite en France et aux États-Unis. Marine Le Pen invite en 2015 les Français à le lire sur Radio Classique ; Stephen Miller, conseiller de Donald Trump, le cite publiquement lors de la campagne de 2016. Raspail réfute toute lecture idéologique directe, affirmant que le roman n'est « pas un mode d'emploi ».
1925 : naissance le 5 juillet à Chemillé-sur-Dême (Indre-et-Loire).
1949 : expédition en canoë de Trois-Rivières à La Nouvelle-Orléans, sur 4 565 kilomètres.
1951 : mariage avec Aliette Pénet (14 février) ; départ de l'expédition Terre de Feu-Alaska en automobile (septembre).
1952 : arrivée en Alaska en mai ; publication du premier ouvrage, Terre de Feu-Alaska.
1954 : direction d'une expédition française sur les traces des Incas.
1958 : publication de son premier roman, Le Vent des Pins, inspiré de son séjour au Japon.
1970 : prix Jean-Walter de l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre.
1973 : publication du Camp des saints (Robert Laffont).
1981 : Grand prix du roman de l'Académie française pour Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie ; autoproclamation comme consul général de Patagonie.
1986 : prix Chateaubriand et prix du Livre Inter pour Qui se souvient des hommes....
1995 : prix Maison de la Presse et prix Prince-Pierre-de-Monaco pour L'Anneau du pêcheur.
2003 : Grand prix de littérature de l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre.
2004 : officier de la Légion d'honneur ; tribune dans Le Figaro suivie d'une plainte de la LICRA, soldée par une relaxe.
2019 : publication de ses deux derniers romans, Les Pikkendorff (Albin Michel) et La Miséricorde (Équateurs).
2020 : décès le 13 juin à l'hôpital Henry-Dunant à Paris, à 94 ans.
Né dans une famille catholique bourgeoise du 16e arrondissement de Paris, Jean Raspail est le benjamin de quatre enfants. Son père Octave Raspail est officier puis industriel ; sa mère, Marguerite Chaix, transmet un catholicisme traditionnel qui irrigue toute l'oeuvre de l'écrivain. Jean Raspail épouse Aliette Pénet le 14 février 1951 ; le couple a deux enfants, Quentin et Marion. Ils collaborent sur plusieurs ouvrages illustrés, notamment Hong-Kong, Chine en sursis (1963) et Les Peaux-Rouges aujourd'hui (1978), pour lesquels Aliette signe les photographies. Aliette Raspail décède le 10 janvier 2022 à l'âge de 92 ans ; ses obsèques sont célébrées en l'église Saint-Roch à Paris.
Royaliste convaincu, Jean Raspail crée en 1992 le Comité pour la commémoration de la mort de Louis XVI et occupe symboliquement l'archipel des Minquiers à deux reprises, en 1989 puis en 1998, au nom du consulat de Patagonie. Il entretient des liens avec l'écrivain Sylvain Tesson, qui préface son anthologie de 2015. Parmi ceux qui se revendiquent citoyens patagons figurent l'amiral Édouard Guillaud et Michel-Édouard Leclerc. Passionné de civilisations en voie de disparition, il fonde une partie de son oeuvre sur ses rencontres avec les Alakalufs de la Terre de Feu et les populations indigènes d'Amérique du Nord.
Jean Raspail décède le 13 juin 2020 à l'hôpital Henry-Dunant à Paris, à l'âge de 94 ans, après une hospitalisation entamée fin décembre 2019. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille, bien que son fils Quentin Raspail ait indiqué que l'épidémie de Covid-19 avait empêché les proches de lui rendre visite durant plusieurs mois. Il avait reçu les derniers sacrements la veille de sa mort. Ses funérailles sont célébrées le 17 juin en l'église Saint-Roch à Paris, en présence du comte de Paris Jean d'Orléans, de Philippe de Villiers, de Marion Maréchal, de l'amiral Édouard Guillaud et de Sylvain Tesson. Son cercueil est recouvert du drapeau patagon (bleu, blanc et vert).
Jean Raspail est inhumé dans le caveau familial de la division 7 du cimetière du Montparnasse à Paris. Son épouse Aliette Pénet-Raspail, décédée en janvier 2022, repose à ses côtés. En janvier 2022, un navire méthanier de la compagnie Geogas Maritime prend la mer sous le nom de Jean Raspail.
1 - Lors de son expédition en canoë de 1949, Raspail emporte depuis le village abandonné de Sagonnik, sur le lac Huron, une affiche de toile datant de 1923 interdisant l'accès à une réserve indienne : cet objet l'accompagne toute sa vie comme talisman littéraire.
2 - Se définissant comme « marin manqué », Raspail occupe à deux reprises l'archipel des Minquiers (1989 et 1998) au nom du royaume de Patagonie pour protester contre « l'occupation des Malouines » par les Britanniques, revendication qu'il qualifie lui-même de « jeu du roi ».
3 - En 2014, le dessinateur Philippe Francq emprunte les traits de Raspail pour créer le personnage de Mr Banks dans Chassé-croisé, le dix-neuvième album de la série Largo Winch, à l'insu du romancier.
4 - La liste qu'il annexe à l'édition de 2011 du Camp des saints recense lui-même « un minimum de 87 passages » du roman qui l'exposeraient à des poursuites judiciaires si les lois sur la haine raciale avaient un effet rétroactif.
5 - L'écrivain Renaud Camus dédie en 2011 son essai Le Grand Remplacement à Jean Raspail et à Enoch Powell, faisant de Raspail une référence fondatrice du concept, que l'auteur n'a pourtant jamais employé lui-même.
6 - Lors d'une rencontre dans l'appartement de Jean Raspail en 1993, organisée par le général Pierre Gallois, le journaliste Srdja Trifkovic rapporte que l'écrivain buvait du whisky single malt — une préférence que personne n'attendait chez un chantre de la France traditionnelle.
- Métier(s) : écrivain, explorateur, journaliste
- Résidence principale : Paris (16e et 17e arrondissements documentés)
- Relations de couple : Aliette Pénet (mariage le 14 février 1951, jusqu'à son décès le 13 juin 2020)
- Enfants : Quentin Raspail, Marion Raspail
- Distinctions : Grand prix du roman de l'Académie française (1981), Grand prix de littérature de l'Académie française (2003), prix Chateaubriand (1986), prix du Livre Inter (1987), prix Maison de la Presse (1995), officier de la Légion d'honneur (2004)
Ce n'est pas un mode d'emploi. C'est un roman !
— Interview France Info, 2017 (à propos du Camp des saints)
Je suis d'abord un homme libre, jamais inféodé à un parti. Je patrouille aux lisières.
— Entretien repris dans plusieurs médias, dont Livres Hebdo, juin 2020
Je ne vais pas sur Internet, je ne suis pas entré dans le 21e siècle, je ne sais donc pas ce qu'on y dit.
— Interview Le Point, 2015
Le maniement de cet extraordinaire agencement qu'est la langue française... Écrire c'est une sorte d'ébénisterie, de menuiserie : il y a une grammaire, il y a une syntaxe, il y a des mots, il faut que ça s'emboîte, il faut que ça s'emboîte bien, il faut que la colle tienne.
— Festival Étonnants Voyageurs, Saint-Malo, 23 mai 1994