Juan Perón, né officiellement en 1895 à Lobos et mort en 1974, est un militaire et homme politique argentin, fondateur du péronisme. Élu président de la Nation en 1946, 1951 et 1973, il a connu dix-huit ans d'exil après le coup d'État de 1955.
Juan Perón entre au Colegio Militar de la Nación en 1911 et en sort en 1913 avec le grade de sous-lieutenant d'infanterie. Il enseigne ensuite l'histoire militaire à l'École supérieure de guerre et publie Estudios estratégicos en 1928, puis Apuntes de historia militar en 1932 et 1933. En 1930, il participe au coup d'État du général José Félix Uriburu, tout en soutenant le général Agustín Justo, plus modéré. Attaché militaire au Chili à partir de 1937, il est envoyé en Italie en 1939 pour étudier la guerre de montagne et séjourne en Europe jusqu'en 1941. De retour avec le grade de colonel, il rejoint le Groupe d'officiers unis, qui prend part au coup d'État de juin 1943 contre le président Ramón Castillo. Sous les présidents Pedro Pablo Ramírez puis Edelmiro Farrell, il dirige le Département national du travail, puis le secrétariat du Travail et de la Prévoyance, avant de devenir ministre de la Guerre en février 1944 et vice-président de facto en juillet.
Arrêté en octobre 1945 après son éviction par des officiers rivaux, Juan Perón est libéré le 17 octobre sous la pression de la CGT et de la foule réunie place de Mai. Il remporte la présidentielle de février 1946 et prend ses fonctions le 4 juin, avec Hortensio Quijano comme vice-président. Son gouvernement lance un plan quinquennal, étend le droit de vote aux femmes et s'appuie sur Eva Perón, qui meurt en juillet 1952. Réélu en 1951, il est renversé le 16 septembre 1955 par un soulèvement militaire que mène Eduardo Lonardi. Il s'exile au Paraguay d'Alfredo Stroessner, puis au Panamá, au Nicaragua, au Venezuela et en République dominicaine, avant de s'installer à Madrid en 1960 sous la protection de Francisco Franco. Héctor Cámpora, son délégué personnel, gagne l'élection de mars 1973, puis démissionne le 13 juillet. Perón est élu en septembre avec Isabel Perón comme vice-présidente et entame sa troisième présidence le 12 octobre 1973.
Après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement de Juan Perón a facilité l'entrée en Argentine de criminels de guerre nazis. Selon le journaliste Uki Goñi, auteur de The Real Odessa en 2002, près de 300 d'entre eux ont été accueillis par un réseau dirigé depuis la Casa Rosada par Rodolfo Freude, conseiller de Perón et directeur du service de renseignement. En 1992, le président Carlos Menem a ordonné la publication des documents relatifs à ces relations. Le 20 juin 1973, le retour définitif de Perón est marqué par le massacre d'Ezeiza : des tireurs de la droite péroniste ouvrent le feu sur la foule, faisant au moins 13 morts et plus de 300 blessés. La sécurité de l'événement était confiée à Jorge Osinde, placé sous l'autorité de José López Rega, et les historiens lui attribuent une part de responsabilité. En juin 1955, l'expulsion de deux prêtres vers l'Italie, suivie de l'excommunication des responsables, précède de trois mois le coup d'État qui renverse Perón.
1895 : naissance officielle le 8 octobre, déclarée à Lobos
1913 : sort du Colegio Militar avec le grade de sous-lieutenant d'infanterie
1929 : épouse Aurelia Tizón le 5 janvier
1939 : mission d'étude en Italie, où il reste jusqu'en 1941
1943 : participe au coup d'État militaire de juin
1944 : rencontre Eva Duarte le 22 janvier, devient ministre de la Guerre en février puis vice-président en juillet
1945 : libéré le 17 octobre après son arrestation, puis épouse Eva Duarte
1946 : élu président en février, entre en fonction le 4 juin
1951 : réélu président en novembre
1952 : mort d'Eva Perón le 26 juillet
1955 : renversé le 16 septembre, part en exil
1960 : s'installe à Madrid en janvier
1961 : épouse María Estela Martínez, dite Isabel
1973 : retour définitif le 20 juin, élu en septembre, investi le 12 octobre
1974 : meurt le 1er juillet à Olivos
Perón naît de Mario Tomás Perón, exploitant agricole, et de Juana Sosa. Ses parents ne se marient qu'en 1901 et reconnaissent alors leurs deux fils. Il a un frère aîné, Mario Avelino, et un grand-père paternel médecin, Tomás Perón. En 1904, il est placé dans un pensionnat de Buenos Aires dirigé par sa grand-mère paternelle, puis entre au Colegio Militar grâce à une bourse. Il épouse en 1929 l'enseignante Aurelia Tizón, qui meurt d'un cancer de l'utérus en 1938. Sa deuxième épouse, Eva Duarte, rencontrée en 1944, meurt en 1952. Il se marie une troisième fois en 1961 avec María Estela Martínez, dite Isabel Perón. Il n'a pas eu d'enfants.
Perón rencontre Isabel Martínez à Panamá pendant son exil, et elle le suit à Madrid, où le couple vit d'abord dans le quartier d'El Viso, puis à la Quinta 17 de Octubre, à Puerta de Hierro. José López Rega, que Isabel a connu en 1965, devient le secrétaire personnel de Perón. Pratiquant l'escrime, la boxe, l'équitation, le ski et l'alpinisme, il est aussi l'auteur de La Comunidad Organizada en 1949 et de Conducción política en 1952, textes centraux du justicialisme. Le 17 octobre 1950, il lit depuis le balcon de la Casa Rosada les Vingt vérités du justicialisme.
Juan Perón meurt le 1er juillet 1974 à 13 h 15 à la Quinta de Olivos, résidence présidentielle, d'un infarctus aigu du myocarde survenu après une infection bronchique. Les médecins Pedro Cossio, Jorge Taiana, Domingo Liotta et Pedro Vázquez signent le certificat de décès, et Isabel Perón annonce la nouvelle à la télévision. Sa dépouille est veillée dans la chapelle Nuestra Señora de la Merced, à Olivos, puis à la cathédrale métropolitaine et au Congrès jusqu'au 4 juillet. Près d'un million de personnes se rassemblent sous la pluie à Buenos Aires. Richard Nixon, qui envoie le secrétaire au Commerce Frederick Dent aux funérailles, et Juscelino Kubitschek lui rendent hommage.
Perón est d'abord inhumé dans la crypte de la chapelle Nuestra Señora de la Merced, à la Quinta de Olivos. Après le coup d'État de 1976, sa dépouille est déplacée au cimetière de la Chacarita, à Buenos Aires. Elle y est profanée en juin 1987 : des inconnus sectionnent ses deux mains. Depuis 2006, elle repose au musée de la Quinta 17 de Octubre, à San Vicente.
1 - Entre 1951 et 1953, Perón publie chaque semaine dans le quotidien Democracia une série d'articles intitulée Política y estrategia, signée du pseudonyme Descartes. Un volume de 454 pages les réunit en 1952.
2 - Après le coup d'État de 1955, la dépouille d'Eva Perón est saisie par le régime militaire, envoyée secrètement en Italie et enterrée à Milan sous un faux nom. Perón la récupère à Madrid en 1971.
3 - En janvier 1960, l'avion qui ramène Perón de Ciudad Trujillo reçoit l'ordre d'atterrir à Séville et non à Madrid, par crainte d'un rassemblement de partisans. Le général quittait la République dominicaine de Rafael Trujillo.
4 - Installé à Madrid dans un duplex du quartier d'El Viso, Perón a pour voisine l'actrice hollywoodienne Ava Gardner, qui multiplie les fêtes. Il porte plainte contre elle pour tapage, rapporte la presse argentine.
5 - Champion d'escrime de l'armée, Perón est aussi maître d'armes des cadets du Colegio Militar. Cette discipline s'ajoute à la boxe, à l'équitation, au ski et à l'alpinisme, qu'il pratique avec assiduité.
6 - En décembre 1964, Perón tente de rentrer en Argentine, mais l'armée brésilienne interrompt son voyage lors d'une escale à Rio de Janeiro. Le président argentin Arturo Illia avait demandé cette intervention.
- Métier(s) : militaire, homme politique, écrivain, président de l'Argentine
- Résidence principale : Madrid de 1960 à 1973, puis Buenos Aires
- Relations de couple : Aurelia Tizón (1929 à 1938), Eva Duarte (1945 à 1952), Isabel Martínez (1961 à 1974)
- Enfants : aucun
- Distinctions : aucune récompense officielle documentée
Mon seul héritier est le peuple.
— Discours de Juan Perón, 12 juin 1974 (traduit de l'espagnol)
Pour un Argentin, il n'y a rien de mieux qu'un autre Argentin.
— Discours de Juan Perón, 12 juin 1974 (traduit de l'espagnol)
Ceci est le peuple. Ceci est le peuple souffrant qui représente la douleur de la terre mère.
— Discours de Juan Perón place de Mai, 17 octobre 1945 (traduit de l'espagnol)
Certains imberbes prétendent avoir plus de mérites que ceux qui ont lutté pendant vingt ans.
— Discours de Juan Perón place de Mai, 1er mai 1974 (traduit de l'espagnol)
Je porte dans mes oreilles la plus merveilleuse musique, qui est pour moi la parole du peuple argentin.
— Discours de Juan Perón, 12 juin 1974 (traduit de l'espagnol)