Kit Carson, de son nom complet Christopher Houston Carson, est un pionnier américain, trappeur, guide d'expédition et général de l'Union, figure controversée de la conquête de l'Ouest, à la fois héros populaire célébré de son vivant et acteur de la déportation des Navajos lors de la Longue Marche de 1864.
Né le 24 décembre 1809 dans le comté de Madison, au Kentucky, Kit Carson grandit dans le Missouri rural après l'installation de sa famille à Boon's Lick. Orphelin de père à sept ans, il abandonne l'école et s'engage à quatorze ans en apprentissage chez le sellier David Workman à Franklin. À seize ans, il fuit cette condition pour rejoindre clandestinement une caravane partant pour Santa Fe. Il passe l'hiver 1826-1827 à Taos auprès du trappeur Matthew Kinkead, ami de feu son père, qui lui transmet le métier. Au printemps 1829, il rejoint l'expédition d'Ewing Young le long de la rivière Gila, en territoire apache : c'est sa première saison comme trappeur. Au cours de la décennie suivante, il sillonne les Rocheuses aux côtés du célèbre Jim Bridger pour la compagnie de la Baie d'Hudson, piégeant le castor le long de la Yellowstone, de la Powder et de la Bighorn.
En 1842, lors d'un voyage sur le Missouri, Carson rencontre par hasard l'explorateur John C. Frémont, qui cherche un guide vers South Pass. Il accompagne Frémont lors de trois expéditions successives en 1842, 1843 et 1845, contribuant à cartographier le Grand Bassin et la piste de l'Oregon. Les rapports publiés par le Congrès, soutenus par le sénateur Thomas Hart Benton, le rendent célèbre dans tout le pays. Pendant la guerre américano-mexicaine, Carson sert sous les ordres du général Stephen W. Kearny et participe à la sanglante bataille de San Pasqual en décembre 1846, traversant pieds nus le désert pour aller chercher des renforts à San Diego. Reçu à Washington par le président James K. Polk et le secrétaire d'État James Buchanan, il devient une figure nationale.
En 1863, sous les ordres du général James H. Carleton, Kit Carson conduit une campagne de terre brûlée contre les Navajos du Nouveau-Mexique : destruction des récoltes, abattage du bétail, incendie des villages. La résistance du chef Manuelito s'effondre au Canyon de Chelly en janvier 1864. Au printemps 1864, environ 8 000 Navajos, hommes, femmes et enfants, sont contraints à une marche forcée de près de 480 kilomètres jusqu'à Fort Sumner : c'est la Longue Marche des Navajos. Plusieurs centaines périssent en route, des milliers d'autres meurent durant les quatre années de détention à Bosque Redondo. Carson s'était auparavant opposé à l'ordre de Carleton d'exécuter tous les hommes mescaleros adultes en 1862. Il dénonce publiquement le massacre de Sand Creek perpétré par le colonel John M. Chivington fin novembre 1864.
1809 : naissance le 24 décembre à Richmond, comté de Madison, Kentucky
1811 : installation de la famille à Boon's Lick, dans le Missouri
1826 : fuite vers Santa Fe avec une caravane de marchands
1829 : première expédition de trappeur avec Ewing Young le long de la rivière Gila
1835 : duel à cheval contre Joseph Chouinard lors du rendez-vous des trappeurs sur la Green River
1837 : naissance d'Adaline, sa fille avec Waa-ni-beh
1842 : rencontre avec John C. Frémont à Saint-Louis, début des grandes expéditions
1843 : mariage avec Josefa Jaramillo à Taos, le 6 février
1846 : bataille de San Pasqual le 6 décembre, traversée pieds nus du désert
1853 : nomination comme agent fédéral des affaires indiennes pour le Nouveau-Mexique
1862 : participation à la bataille de Valverde en février
1864 : campagne contre les Navajos et bataille d'Adobe Walls le 25 novembre
1865 : promotion au grade de brevet brigadier-général
1868 : décès de son épouse Josefa le 23 avril, puis sa propre mort le 23 mai à Fort Lyon
Christopher Houston Carson est le fils de Lindsey Carson, fermier d'origine irlando-écossaise et vétéran de la guerre d'indépendance ayant combattu sous les ordres de Wade Hampton I, et de Rebecca Robinson, sa seconde épouse, cousine du frontiersman Daniel Boone. Illettré toute sa vie, il épouse en 1835 une Arapaho nommée Waa-ni-beh, avec qui il a deux filles dont Adaline. Veuf en 1838, il épouse brièvement la Cheyenne Making-Out-Road en 1841. Baptisé catholique par le padre Antonio José Martínez, il se marie à 34 ans avec Josefa Jaramillo, alors âgée de quatorze ans, le 6 février 1843 à Taos. Le couple aura huit enfants.
Carson noue des amitiés professionnelles durables avec John C. Frémont, le trappeur Jim Bridger et le commerçant Ceran St. Vrain, descendant d'aristocrates français ayant fui la Révolution, fondateur de l'infanterie volontaire du Nouveau-Mexique qu'il rejoint en 1861. Polyglotte, il parle l'espagnol et plusieurs langues amérindiennes, dont le navajo, l'apache, le cheyenne, l'arapaho, le shoshone et l'ute. Comme agent fédéral des affaires indiennes à partir de 1853, il défend en privé l'idée que les raids amérindiens résultent surtout des agressions des colons blancs et plaide pour la création de réserves protectrices, position rapportée par l'historien Hampton Sides.
Kit Carson meurt à Fort Lyon, dans le Colorado, le 23 mai 1868, à l'âge de 58 ans, d'une rupture d'anévrisme de l'aorte abdominale. La pathologie aurait été aggravée par une chute de cheval survenue dans les montagnes de San Juan plusieurs années auparavant. Il s'éteint dans les quartiers du chirurgien, le Dr Tilton, en présence de son ami Thomas Boggs. Ses derniers mots, rapportés par les témoins présents, sont « Goodbye, friends. Adiós, compadres. » Son décès survient exactement un mois après celui de son épouse Josefa Jaramillo, morte le 23 avril 1868 des suites de l'accouchement de leur huitième enfant, Josefita. Carson est inhumé avec les honneurs militaires, son grade de brevet brigadier-général lui ayant été conféré par le général James H. Carleton en 1865.
Initialement inhumés à Boggsville, dans le Colorado, les restes de Kit Carson et de son épouse Josefa Jaramillo sont transférés au Kit Carson Cemetery de Taos, au Nouveau-Mexique. Son ancienne demeure de Taos est devenue le Kit Carson Home and Museum, ouvert au public. Carson City, capitale du Nevada, et le Fort Carson dans le Colorado portent son nom.
1 - Illettré toute sa vie, Kit Carson signait son nom mais ne savait ni lire ni écrire ; il dictait sa correspondance et ses mémoires, parues sous le titre Kit Carson's Autobiography. Il maîtrisait pourtant l'espagnol et au moins six langues amérindiennes.
2 - Une nouvelle de Charles E. Averill, Kit Carson: The Prince of the Gold Hunters, parue en 1849, fut retrouvée près du cadavre d'Ann White, captive enlevée par des Apaches jicarillas qu'il n'avait pu sauver à temps : cet épisode le hanta jusqu'à sa mort.
3 - En 1846, sur ordre de John C. Frémont, il exécuta trois Mexicains capturés près de San Quentin, dont Ramon et Francisco de Haro, fils du maire de Sonoma : Frémont refusa toute prise de prisonniers.
4 - Lors de la bataille de Klamath en mai 1846, Carson aurait, hors de lui après la mort de son ami Basil Lajeunesse, réduit la tête d'un guerrier amérindien en bouillie à coups de hache, selon Allan Nevins.
5 - Il fut le héros de plus de 552 fascicules publiés par l'éditeur lyonnais Impéria à partir de 1949, et apparaît depuis 1948 dans la série italienne Tex Willer comme meilleur ami du personnage-titre.
6 - L'écrivaine Mary Pope Osborne a publié en 2000 le roman pour enfants Adaline Falling Star, qui raconte la vie de Carson vue par sa fille aînée Adaline.
- Métier(s) : trappeur, guide d'expédition, agent fédéral des affaires indiennes, officier de l'US Army (brevet brigadier-général)
- Résidence principale : Taos, Nouveau-Mexique, puis Boggsville, Colorado en fin de vie
- Relations de couple : Waa-ni-beh (1835-1838), Making-Out-Road (1841), Josefa Jaramillo (1843-1868)
- Enfants : dix enfants au total dont Adaline, Charles, William, Teresina, Cristóbal, Rebecca, Estefana et Josefita
- Distinctions : brevet de brigadier-général de l'Armée de l'Union (1865), nombreux toponymes posthumes (Carson City, Fort Carson, comté de Kit Carson)