Né le 27 mai 1894 à Courbevoie et mort le 1er juillet 1961 à Meudon, Louis-Ferdinand Céline, de son vrai nom Louis Ferdinand Destouches, est un écrivain et médecin français dont l'œuvre romanesque a renouvelé la prose du XXe siècle, marquée par la collaboration et l'antisémitisme assumé de son auteur.
Fils unique de Ferdinand Destouches, employé d'une compagnie d'assurances, et de Marguerite Guillou, dentellière, Louis Ferdinand Destouches grandit à Paris, passage Choiseul. Engagé volontaire dans la cavalerie en 1912, il est gravement blessé au bras en 1914 dans les Flandres, décoré de la médaille militaire et réformé. Affecté au consulat de France à Londres en 1915 puis envoyé au Cameroun pour une compagnie forestière, il rentre en France et entreprend des études de médecine, soutenant en 1924 une thèse sur Philippe Ignace Semmelweis. Recruté par la Société des Nations, il effectue plusieurs missions sanitaires en Europe et en Amérique. À partir de 1928, il ouvre un cabinet à Clichy puis exerce au dispensaire municipal dirigé par le docteur Grégoire Ichok.
Sous le pseudonyme de Céline, prénom de sa grand-mère maternelle, il publie en octobre 1932 chez Robert Denoël Voyage au bout de la nuit, roman qui manque le prix Goncourt de deux voix et obtient le prix Théophraste-Renaudot le 7 décembre 1932. Mort à crédit paraît en 1936. À partir de 1937, il publie trois pamphlets antisémites — Bagatelles pour un massacre, L'École des cadavres, Les Beaux draps — qui le rapprochent des milieux collaborationnistes. Médecin-chef au dispensaire de Bezons de 1940 à 1944, il fuit Paris en juin 1944 pour Sigmaringen, Berlin puis le Danemark, où il sera emprisonné. Sa trilogie tardive — D'un château l'autre (1957), Nord (1960), Rigodon (publié à titre posthume en 1969) — restitue cet exil.
Entre décembre 1937 et 1941, Céline publie chez Denoël trois pamphlets antisémites virulents. Sous l'Occupation, il fréquente les milieux collaborationnistes et le service de sécurité allemand, et dénonce nommément plusieurs personnes pour leur judéité supposée dans des courriers et publications. Le 19 avril 1945, le juge Zousman ouvre l'instruction. Le 21 février 1950, la cour de justice de la Seine le condamne par contumace à un an d'emprisonnement, 50 000 francs d'amende, l'indignité nationale et la confiscation de la moitié de ses biens, sur le fondement de l'article 83 du Code pénal pour actes nuisibles à la défense nationale. Le 20 avril 1951, le tribunal militaire de Paris, défendu par Maître Jean-Louis Tixier-Vignancour, prononce son amnistie. Le 6 décembre 1951, la Cour de cassation casse cet arrêt dans l'intérêt de la loi, mais Céline en conserve les bénéfices à titre personnel.
1894 : naissance le 27 mai à Courbevoie
1912 : engagement volontaire dans le 12e cuirassiers
1914 : blessure au bras dans les Flandres, médaille militaire
1924 : thèse de médecine sur Semmelweis à la Faculté de Paris
1932 : parution de Voyage au bout de la nuit, prix Renaudot le 7 décembre
1936 : parution de Mort à crédit
1937 : parution de Bagatelles pour un massacre
1943 : mariage avec Lucie Almansor le 15 février à Paris 18e
1944 : fuite vers Sigmaringen puis le Danemark en juin
1950 : condamnation par contumace le 21 février par la cour de justice de la Seine
1951 : amnistie le 20 avril et retour en France à Meudon en octobre
1957 : parution de D'un château l'autre
1960 : parution de Nord
1961 : mort le 1er juillet à Meudon
2021 : restitution aux ayants droit des manuscrits inédits conservés par Jean-Pierre Thibaudat
Louis Ferdinand Destouches naît au 11, rampe du Pont-de-Neuilly à Courbevoie. Sa famille paternelle est originaire de Bretagne et de Normandie, son grand-père Auguste Destouches enseigne au lycée François-Ier du Havre. La famille s'installe au 64, passage Choiseul à Paris, où sa mère tient une boutique de dentelles. Il fréquente la communale puis effectue plusieurs séjours linguistiques en Allemagne et en Angleterre. En 1919, il épouse Édith Follet, fille du directeur de l'École de médecine de Rennes ; de cette union naît en 1920 leur fille unique Colette Destouches, qui épousera plus tard Yves Turpin et renoncera à la succession paternelle en 1961.
Le couple divorce en 1926. Céline rencontre la danseuse Lucie Almansor en 1935 et l'épouse le 15 février 1943 dans le 18e arrondissement de Paris, leurs témoins étant le marchand d'art Victor Carré et le peintre Gen Paul, voisin de Montmartre. Le couple fréquente Marcel Aymé, Roger Nimier, Robert Poulet et l'éditeur Claude Gallimard. Lucette Destouches, devenue dépositaire de l'œuvre après 1961, vivra jusqu'au 8 novembre 2019 dans la maison de Meudon, où elle enseignera la danse classique.
Louis-Ferdinand Céline meurt le 1er juillet 1961 vers dix-huit heures à son domicile du 25 ter route des Gardes à Meudon, vraisemblablement d'une rupture d'anévrisme consécutive à une athérosclérose cérébrale, selon les sources biographiques disponibles. Conformément à ses volontés, l'enterrement a lieu le 4 juillet 1961 dans la plus stricte intimité, sans cérémonie religieuse et sans discours. Une trentaine de personnes assistent à l'inhumation, parmi lesquelles sa fille Colette Destouches, sa veuve Lucette, son éditeur Claude Gallimard, ses amis Marcel Aymé, Roger Nimier, Jean-Roger Caussimon, Max Revol, Renée Cosima, le journaliste Robert Poulet et Lucien Rebatet. La nouvelle du décès est tue plusieurs jours sur décision de Lucette Destouches.
Louis-Ferdinand Céline est inhumé au cimetière des Longs Réages à Meudon, division C, tombe n° 571. La sépulture, en granit breton de couleur sable, est ornée d'un trois-mâts gravé et d'une croix. Sa veuve Lucette Destouches, morte le 8 novembre 2019 à 107 ans, repose à ses côtés.
1 - Il choisit son pseudonyme en hommage à sa grand-mère maternelle Céline Guillou, prénom également porté par sa mère Marguerite Céline Guillou. Cette filiation féminine, qu'il revendique dans Mort à crédit, n'apparaît pas dans la plupart des notices biographiques courantes.
2 - Sa thèse de médecine de 1924 portait sur le médecin hongrois Ignace Philippe Semmelweis, découvreur méconnu de l'asepsie obstétricale ; ce texte universitaire a été republié plus tard chez Gallimard comme œuvre littéraire à part entière.
3 - En 1933, parallèlement à son activité romanesque, Céline conçoit pour le laboratoire Gallier un traitement de la maladie de Basedow, et signe régulièrement la rubrique médicale « Hippocrate vous dit » dans Le Prolétaire de Clichy.
4 - En août 2021, soixante ans après sa mort, près de 6 000 feuillets manuscrits abandonnés en juin 1944 dans son appartement de la rue Girardon réapparaissent grâce au journaliste Jean-Pierre Thibaudat, donnant lieu aux publications posthumes de Guerre (2022) et Londres (2022) chez Gallimard.
5 - Lors des obsèques du 4 juillet 1961, le cortège a contourné l'église : ni messe ni discours ne furent prononcés, conformément aux volontés de l'écrivain, qui aurait préféré reposer au Père-Lachaise auprès de ses parents.
- Métier(s) : écrivain, médecin
- Résidence principale : Meudon, Hauts-de-Seine
- Relations de couple : Édith Follet (épouse 1919-1926), Lucie Almansor dite Lucette Destouches (épouse 1943-1961)
- Enfants : Colette Destouches, née en 1920
- Distinctions : médaille militaire (1914), prix Théophraste-Renaudot (1932)
« La vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce monde c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi. »
— Voyage au bout de la nuit, Denoël, 1932
« Je vis très bien, j'avoue, je proclame haut, émotivement et fort toute notre dégueulasserie commune, de droite ou de gauche d'homme. Cela on ne me le pardonnera jamais. »
— Correspondance, citée par Philippe Roussin
« Vous savez, dans les Écritures, il est écrit : Au commencement était le Verbe. Non ! Au commencement était l'émotion. Le Verbe est venu ensuite pour remplacer l'émotion, comme le trot remplace le galop. »
— Entretiens avec le professeur Y, Gallimard, 1955
« Si vous prenez un bâton et si vous voulez le faire paraître droit dans l'eau, vous allez le courber d'abord, parce que la réfraction fait que si je mets ma canne dans l'eau, elle a l'air d'être cassée. Il faut la casser avant de la plonger dans l'eau. C'est un vrai travail. C'est le travail du styliste. »
— Interview avec Madeleine Chapsal, L'Express, 1957
Tout est permis en dedans.
Une biographie, ça s'invente !
Au commencement était l'émotion.
Il faut choisir, mourir ou mentir.
Il n'y a pas de vanité intelligente.
Rien qui n'éteigne comme un feu sacré.
Tout est permis en dedans de soi-même.
Etre seul, c'est s'entraîner à la mort.
Chacun pleure à sa façon le temps qui passe.
La peur. L'envers et l'endroit de la guerre.
Le culte des héros c'est le culte de la veine.
En somme la mort, c'est un peu comme un mariage.
Avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment.
La vie, c'est une classe dont l'ennui est le pion.
L'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches.
Le peuple, il n'a pas d'idéal, il n'a que des besoins.
La guerre et la maladie, ces deux infinis du cauchemar.
Presque tous les désirs du pauvre sont punis de prison.
On est puceau de l'horreur comme on l'est de la volupté.
Le délire de mentir et de croire s'attrape comme la gale.
La vie c'est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit.
Les grandes oeuvres sont celles qui réveillent notre génie.
Faire confiance aux hommes, c'est déjà se faire tuer un peu.
Les enfants c'est comme les années, on ne les revoit jamais.
Invoquer sa postérité, c'est faire un discours aux asticots.
Ce qu'il y a de plus subtil dans l'homme, c'est la sexualité.
Ce monde n'est qu'une immense entreprise à se foutre du monde.
L'homme n'est pas longtemps honnête quand il est seul, allez !
Le ventre des femmes recèle toujours un enfant ou une maladie.
Il n'y a de terrible en nous que ce qui n'a pas encore été dit.
On ne meurt pas de dettes. On meurt de ne plus pouvoir en faire.
Ce n'est peut-être que cela la jeunesse, de l'entrain à vieillir.
La beauté on sait que ça meurt, et comme ça on sait que ça existe.
On perd la plus grande partie de sa jeunesse à coups de maladresse.
C'est parfois difficile à supporter le prestige d'un homme habillé.
On perd la plus grande partie de sa jeunesse à coup de maladresses.
C'est des hommes et d'eux seulement qu'il faut avoir peur, toujours.
Un homme ce n'est rien après tout que de la pourriture en suspens...
Des pauvres, c'est-à-dire des gens dont la mort n'intéresse personne.
Si on se laissait aller à aimer les gens gentils, la vie serait atroce.
On n'a jamais assez de temps c'est vrai, rien que pour penser à soi-même.
Si les gens sont si méchants, c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent.
On prend tout pour des chagrins d'amour quand on est jeune et qu'on ne sait pas.
Ce monde n'est je vous l'assure qu'une immense entreprise à se foutre du monde !
Tout homme qui possède son alphabet est un écrivain qu'il ne faut pas méconnaître.
Il faudrait rapprendre à danser. La France est demeurée heureuse jusqu'au rigodon.
Le tout c'est qu'on s'explique dans la vie. À deux on y arrive mieux que tout seul.
Un livre tout entier d'argot est plus ennuyeux qu'un rapport de la Cour des comptes.
La conscience n'est dans le chaos du monde qu'une petite lumière, précieuse mais fragile.
Une forte vie intérieure se suffit à elle-même et ferait fondre vingt années de banquise.
La beauté, c'est comme l'alcool ou le confort, on s'y habitue, on n'y fait plus attention.
Quand on a pas d'imagination, mourir, c'est peu de chose, quand on en a, mourir c'est trop.
Quand on a pas d'imagination, mourir c'est peu de choses, quand on en a, mourir c'est trop.
Sachez avoir tort. Le monde est rempli de gens qui ont raison. C'est pour cela qu'il écoeure.
Philosopher n'est qu'une autre façon d'avoir peur et ne porte guère qu'aux lâches simulacres.
N'oubliez pas que je suis vieux, je pourrais me payer le luxe de m'en foutre moi de l'avenir !
Je voudrais voir un peu Louis XIV face à un "assuré social"... Il verrait si l'Etat c'est lui !
Faut entendre au fond de toutes les musiques l'air sans notes, fait pour nous, l'air de la Mort.
Après tout, pourquoi n'y aurait-il pas autant d'art possible dans la laideur que dans la beauté ?
Nous sommes tous en fait absolument dépendants de notre société. C'est elle qui guide notre destin.
C'est peut-être pour tout le monde la même chose d'ailleurs, dès qu'on insiste un peu, c'est le vide.
On passe son temps à tuer ou à adorer en ce monde et cela tout ensemble. " Je te hais ! Je t'adore ! "
Nous sommes, par nature, si futiles, que seules les distractions peuvent nous empêcher vraiment de mourir.
C'est difficile d'arriver à l'essentiel, même en ce qui concerne la guerre, la fantaisie résiste longtemps.
Voyager, c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination. Tout le reste n'est que déceptions et fatigues.
C'est la manie des jeunes de mettre toute l'humanité dans un derrière, un seul, le sacré rêve, la rage d'amour.
Tout ce qui est intéressant se passe dans l'ombre, décidément. On ne sait rien de la véritable histoire des hommes.
Quand la haine des hommes ne comporte aucun risque, leur bêtise est vite convaincue, les motifs viennent tout seuls.
L'amour c'est comme l'alcool, plus on est impuissant et soûl et plus on se croit fort et malin, et sûr de ses droits.
L'amour c'est comme l'alcool, plus on est impuissant et saoûl et plus on se croit fort et malin, et sûr de ses droits.
La meilleure des choses à faire, n'est-ce pas, quand on est dans ce monde, c'est d'en sortir ? Fou ou pas, peur ou pas.
Être brave avec son corps ? Demandez alors à l'asticot aussi d'être brave, il est rose et pâle et mou, tout comme nous.
Nous ne changeons pas ! Ni de chaussettes, ni de maîtres, ni d'opinions, ou bien si tard, que ça n'en vaut pas la peine.
Faut comprendre ! On vous explique bien trop de choses ! Voilà le malheur ! Cherchez donc à comprendre ! Faites un effort !
A-t-on jamais vu personne descendre en enfer pour remplacer un autre ? Jamais. On l'y voit l'y faire descendre. C'est tout.
La télé est dangereuse pour les hommes. Personne ne pourra empêcher maintenant la marche en avant de cette infernale machine.
Pour que dans le cerveau d'un couillon, la pensée fasse un tour, il faut qu'il lui arrive beaucoup de choses et de bien cruelles.
La plupart des gens ne meurent qu'au dernier moment ; d'autres commencent et s'y prennent vingt ans d'avance et parfois davantage.
La médecine, c'est ingrat. Quand on se fait honorer par les riches, on a l'air d'un larbin ; par les pauvres, on a tout du voleur.
Le cinéma, ce nouveau petit salarié de nos rêves on peut l'acheter lui, se le procurer pour une heure ou deux, comme un prostitué.
Être vieux, c'est ne plus trouver de rôle ardent à jouer, c'est tomber dans cette insipide relâche où on n'attend plus que la mort.
A quoi sert-il d'être adoré ? Voulez-vous me le dire ? Est-ce que ça m'empêchera d'avoir un cancer du rectum, si je dois en avoir un !
C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.
La jeunesse vraie, la seule, c'est d'aimer tout le monde sans distinction, cela seulement est vrai, cela seulement est jeune et nouveau.
On devient rapidement vieux et de façon irrémédiable encore. On s'en aperçoit à la manière qu'on a prise d'aimer son malheur malgré soi.
Rien n'est gratuit en ce bas monde. Tout s'expie, le bien comme le mal, se paie tôt ou tard. Le bien c'est beaucoup plus cher forcément.
Une ville sans concierge ça n'a pas d'histoire, pas de goût, c'est insipide telle une soupe sans poivre ni sel, une ratatouille informe.
C'est peut-être cela qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.
Ne croyez jamais d'emblée au malheur des hommes. Demandez leur seulement s'ils peuvent dormir encore ?... Si oui, tout va bien. Ça suffit.
Il n'y a qu'une liberté, rien qu'une : c'est de voir clair d'abord, et puis ensuite d'avoir du pognon plein les poches, le reste c'est du mou !
Ne croyez donc jamais d'emblée au malheur des hommes. Demandez-leur seulement s'ils peuvent dormir encore ? ... Si oui, tout va bien. Ca suffit.
Que fait-on dans la rue, le plus souvent ? On rêve.
C'est un des lieux les plus méditatifs de notre époque, c'est notre sanctuaire moderne, la Rue.
Que fait-on dans la rue, le plus souvent ? On rêve. C'est un des lieux les plus méditatifs de notre époque, c'est notre sanctuaire moderne, la Rue.
La vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce monde, c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi.
Aucune chance de les séduire en leur disant : "Vous n'êtes pas mal". Il faut aller au moins jusqu'à : "Vous êtes unique au monde", minimum qu'elles tolèrent.
On dirait qu'on peut toujours trouver pour n'importe quel homme une sorte de chose pour laquelle il est prêt à mourir et tout de suite et bien content encore.
Le bonheur sur terre ça serait de mourir avec plaisir, dans du plaisir... Le reste c'est rien du tout, c'est de la peur qu'on n'ose pas avouer, c'est de l'art.
La grande défaite, en tout, c'est d'oublier, et surtout ce qui vous a fait crever, et de crever sans comprendre jamais jusqu'à quel point les hommes sont vaches.
Il y a un moment de la misère où l'esprit n'est plus déjà tout le temps avec le corps. Il s'y trouve vraiment trop mal. C'est déjà presque une âme qui vous parle.
La plupart des gens ne meurent qu'au dernier moment ; d'autres commencent et s'y prennent vingt ans d'avance et parfois davantage. Ce sont les malheureux de la terre.
L'âme, c'est la vanité et le plaisir du corps tant qu'il est bien portant, mais c'est aussi l'envie d'en sortir, du corps, dès qu'il est malade ou que les choses tournent mal.
« La vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce monde c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi. »
— Voyage au bout de la nuit, Denoël, 1932
« Je vis très bien, j'avoue, je proclame haut, émotivement et fort toute notre dégueulasserie commune, de droite ou de gauche d'homme. Cela on ne me le pardonnera jamais. »
— Correspondance, citée par Philippe Roussin
« Vous savez, dans les Écritures, il est écrit : Au commencement était le Verbe. Non ! Au commencement était l'émotion. Le Verbe est venu ensuite pour remplacer l'émotion, comme le trot remplace le galop. »
— Entretiens avec le professeur Y, Gallimard, 1955
« Si vous prenez un bâton et si vous voulez le faire paraître droit dans l'eau, vous allez le courber d'abord, parce que la réfraction fait que si je mets ma canne dans l'eau, elle a l'air d'être cassée. Il faut la casser avant de la plonger dans l'eau. C'est un vrai travail. C'est le travail du styliste. »
— Interview avec Madeleine Chapsal, L'Express, 1957
Tout est permis en dedans.
Une biographie, ça s'invente !
Au commencement était l'émotion.
Il faut choisir, mourir ou mentir.
Il n'y a pas de vanité intelligente.
Rien qui n'éteigne comme un feu sacré.
Tout est permis en dedans de soi-même.
Etre seul, c'est s'entraîner à la mort.
Chacun pleure à sa façon le temps qui passe.
La peur. L'envers et l'endroit de la guerre.
Le culte des héros c'est le culte de la veine.
En somme la mort, c'est un peu comme un mariage.
Avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment.
La vie, c'est une classe dont l'ennui est le pion.
L'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches.
Le peuple, il n'a pas d'idéal, il n'a que des besoins.
La guerre et la maladie, ces deux infinis du cauchemar.
Presque tous les désirs du pauvre sont punis de prison.
On est puceau de l'horreur comme on l'est de la volupté.
Le délire de mentir et de croire s'attrape comme la gale.
La vie c'est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit.
Les grandes oeuvres sont celles qui réveillent notre génie.
Faire confiance aux hommes, c'est déjà se faire tuer un peu.
Les enfants c'est comme les années, on ne les revoit jamais.
Invoquer sa postérité, c'est faire un discours aux asticots.
Ce qu'il y a de plus subtil dans l'homme, c'est la sexualité.
Ce monde n'est qu'une immense entreprise à se foutre du monde.
L'homme n'est pas longtemps honnête quand il est seul, allez !
Le ventre des femmes recèle toujours un enfant ou une maladie.
Il n'y a de terrible en nous que ce qui n'a pas encore été dit.
On ne meurt pas de dettes. On meurt de ne plus pouvoir en faire.
Ce n'est peut-être que cela la jeunesse, de l'entrain à vieillir.
La beauté on sait que ça meurt, et comme ça on sait que ça existe.
On perd la plus grande partie de sa jeunesse à coups de maladresse.
C'est parfois difficile à supporter le prestige d'un homme habillé.
On perd la plus grande partie de sa jeunesse à coup de maladresses.
C'est des hommes et d'eux seulement qu'il faut avoir peur, toujours.
Un homme ce n'est rien après tout que de la pourriture en suspens...
Des pauvres, c'est-à-dire des gens dont la mort n'intéresse personne.
Si on se laissait aller à aimer les gens gentils, la vie serait atroce.
On n'a jamais assez de temps c'est vrai, rien que pour penser à soi-même.
Si les gens sont si méchants, c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent.
On prend tout pour des chagrins d'amour quand on est jeune et qu'on ne sait pas.
Ce monde n'est je vous l'assure qu'une immense entreprise à se foutre du monde !
Tout homme qui possède son alphabet est un écrivain qu'il ne faut pas méconnaître.
Il faudrait rapprendre à danser. La France est demeurée heureuse jusqu'au rigodon.
Le tout c'est qu'on s'explique dans la vie. À deux on y arrive mieux que tout seul.
Un livre tout entier d'argot est plus ennuyeux qu'un rapport de la Cour des comptes.
La conscience n'est dans le chaos du monde qu'une petite lumière, précieuse mais fragile.
Une forte vie intérieure se suffit à elle-même et ferait fondre vingt années de banquise.
La beauté, c'est comme l'alcool ou le confort, on s'y habitue, on n'y fait plus attention.
Quand on a pas d'imagination, mourir, c'est peu de chose, quand on en a, mourir c'est trop.
Quand on a pas d'imagination, mourir c'est peu de choses, quand on en a, mourir c'est trop.
Sachez avoir tort. Le monde est rempli de gens qui ont raison. C'est pour cela qu'il écoeure.
Philosopher n'est qu'une autre façon d'avoir peur et ne porte guère qu'aux lâches simulacres.
N'oubliez pas que je suis vieux, je pourrais me payer le luxe de m'en foutre moi de l'avenir !
Je voudrais voir un peu Louis XIV face à un "assuré social"... Il verrait si l'Etat c'est lui !
Faut entendre au fond de toutes les musiques l'air sans notes, fait pour nous, l'air de la Mort.
Après tout, pourquoi n'y aurait-il pas autant d'art possible dans la laideur que dans la beauté ?
Nous sommes tous en fait absolument dépendants de notre société. C'est elle qui guide notre destin.
C'est peut-être pour tout le monde la même chose d'ailleurs, dès qu'on insiste un peu, c'est le vide.
On passe son temps à tuer ou à adorer en ce monde et cela tout ensemble. " Je te hais ! Je t'adore ! "
Nous sommes, par nature, si futiles, que seules les distractions peuvent nous empêcher vraiment de mourir.
C'est difficile d'arriver à l'essentiel, même en ce qui concerne la guerre, la fantaisie résiste longtemps.
Voyager, c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination. Tout le reste n'est que déceptions et fatigues.
C'est la manie des jeunes de mettre toute l'humanité dans un derrière, un seul, le sacré rêve, la rage d'amour.
Tout ce qui est intéressant se passe dans l'ombre, décidément. On ne sait rien de la véritable histoire des hommes.
Quand la haine des hommes ne comporte aucun risque, leur bêtise est vite convaincue, les motifs viennent tout seuls.
L'amour c'est comme l'alcool, plus on est impuissant et soûl et plus on se croit fort et malin, et sûr de ses droits.
L'amour c'est comme l'alcool, plus on est impuissant et saoûl et plus on se croit fort et malin, et sûr de ses droits.
La meilleure des choses à faire, n'est-ce pas, quand on est dans ce monde, c'est d'en sortir ? Fou ou pas, peur ou pas.
Être brave avec son corps ? Demandez alors à l'asticot aussi d'être brave, il est rose et pâle et mou, tout comme nous.
Nous ne changeons pas ! Ni de chaussettes, ni de maîtres, ni d'opinions, ou bien si tard, que ça n'en vaut pas la peine.
Faut comprendre ! On vous explique bien trop de choses ! Voilà le malheur ! Cherchez donc à comprendre ! Faites un effort !
A-t-on jamais vu personne descendre en enfer pour remplacer un autre ? Jamais. On l'y voit l'y faire descendre. C'est tout.
La télé est dangereuse pour les hommes. Personne ne pourra empêcher maintenant la marche en avant de cette infernale machine.
Pour que dans le cerveau d'un couillon, la pensée fasse un tour, il faut qu'il lui arrive beaucoup de choses et de bien cruelles.
La plupart des gens ne meurent qu'au dernier moment ; d'autres commencent et s'y prennent vingt ans d'avance et parfois davantage.
La médecine, c'est ingrat. Quand on se fait honorer par les riches, on a l'air d'un larbin ; par les pauvres, on a tout du voleur.
Le cinéma, ce nouveau petit salarié de nos rêves on peut l'acheter lui, se le procurer pour une heure ou deux, comme un prostitué.
Être vieux, c'est ne plus trouver de rôle ardent à jouer, c'est tomber dans cette insipide relâche où on n'attend plus que la mort.
A quoi sert-il d'être adoré ? Voulez-vous me le dire ? Est-ce que ça m'empêchera d'avoir un cancer du rectum, si je dois en avoir un !
C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.
La jeunesse vraie, la seule, c'est d'aimer tout le monde sans distinction, cela seulement est vrai, cela seulement est jeune et nouveau.
On devient rapidement vieux et de façon irrémédiable encore. On s'en aperçoit à la manière qu'on a prise d'aimer son malheur malgré soi.
Rien n'est gratuit en ce bas monde. Tout s'expie, le bien comme le mal, se paie tôt ou tard. Le bien c'est beaucoup plus cher forcément.
Une ville sans concierge ça n'a pas d'histoire, pas de goût, c'est insipide telle une soupe sans poivre ni sel, une ratatouille informe.
C'est peut-être cela qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.
Ne croyez jamais d'emblée au malheur des hommes. Demandez leur seulement s'ils peuvent dormir encore ?... Si oui, tout va bien. Ça suffit.
Il n'y a qu'une liberté, rien qu'une : c'est de voir clair d'abord, et puis ensuite d'avoir du pognon plein les poches, le reste c'est du mou !
Ne croyez donc jamais d'emblée au malheur des hommes. Demandez-leur seulement s'ils peuvent dormir encore ? ... Si oui, tout va bien. Ca suffit.
Que fait-on dans la rue, le plus souvent ? On rêve.
C'est un des lieux les plus méditatifs de notre époque, c'est notre sanctuaire moderne, la Rue.
Que fait-on dans la rue, le plus souvent ? On rêve. C'est un des lieux les plus méditatifs de notre époque, c'est notre sanctuaire moderne, la Rue.
La vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce monde, c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi.
Aucune chance de les séduire en leur disant : "Vous n'êtes pas mal". Il faut aller au moins jusqu'à : "Vous êtes unique au monde", minimum qu'elles tolèrent.
On dirait qu'on peut toujours trouver pour n'importe quel homme une sorte de chose pour laquelle il est prêt à mourir et tout de suite et bien content encore.
Le bonheur sur terre ça serait de mourir avec plaisir, dans du plaisir... Le reste c'est rien du tout, c'est de la peur qu'on n'ose pas avouer, c'est de l'art.
La grande défaite, en tout, c'est d'oublier, et surtout ce qui vous a fait crever, et de crever sans comprendre jamais jusqu'à quel point les hommes sont vaches.
Il y a un moment de la misère où l'esprit n'est plus déjà tout le temps avec le corps. Il s'y trouve vraiment trop mal. C'est déjà presque une âme qui vous parle.
La plupart des gens ne meurent qu'au dernier moment ; d'autres commencent et s'y prennent vingt ans d'avance et parfois davantage. Ce sont les malheureux de la terre.
L'âme, c'est la vanité et le plaisir du corps tant qu'il est bien portant, mais c'est aussi l'envie d'en sortir, du corps, dès qu'il est malade ou que les choses tournent mal.