Biographie
Père de la démocratie portugaise et figure de proue du socialisme européen, Mário Soares a été l'artisan infatigable du renouveau de son pays après des décennies de dictature. Son courage politique et sa vision humaniste ont scellé l'ancrage du Portugal au sein de la famille européenne.
Parcours
Né à Lisbonne sous le régime autoritaire de Salazar, il s'engage très tôt dans l'opposition, ce qui lui vaut douze arrestations et plusieurs années d'exil. Avocat de formation, il fonde le Parti Socialiste portugais en exil en 1973. Lors de la Révolution des Œillets en 1974, il rentre triomphalement au pays et devient le visage civil de la transition démocratique. Premier ministre à plusieurs reprises, il dirige le pays dans des moments de grande instabilité, parvenant à écarter la menace d'une dictature communiste au profit d'un modèle pluraliste. Son plus grand accomplissement reste l'adhésion du Portugal à la Communauté Économique Européenne, dont il signe le traité en 1985, ouvrant la voie à la modernisation fulgurante de sa nation.
Élu président de la République en 1986, il exerce deux mandats marqués par une proximité inédite avec le peuple. Surnommé le "président de tous les Portugais", il invente les "présidences ouvertes", parcourant le pays pour écouter les préoccupations de ses concitoyens. Son influence dépasse largement les frontières lusitaniennes ; il devient une autorité morale au sein de l'Internationale Socialiste et au Parlement européen. Même après son retrait de la vie politique active, il reste un observateur critique et passionné, n'hésitant pas à dénoncer les dérives de l'austérité ou les crises de solidarité en Europe. En 2026, sa stature d'homme d'État visionnaire demeure une référence absolue pour la jeunesse portugaise, symbolisant la résistance à l'oppression et l'espoir d'un avenir partagé.
Repères chronologiques
1924 : Naissance le 7 décembre à Lisbonne
1970 : Départ pour l'exil en France après avoir été déporté à Sao Tomé
1973 : Fondation du Parti Socialiste portugais à Bad Münstereifel en Allemagne
1974 : Retour au Portugal le 28 avril, quelques jours après la Révolution des Œillets
1976 : Devient le premier Premier ministre constitutionnel après la dictature
1985 : Signature du traité d'adhésion du Portugal à la CEE au monastère des Hiéronymites
1986 : Élu président de la République portugaise (réélu en 1991 avec un score historique)
1999 : Élu député au Parlement européen
2006 : Ultime candidature à l'élection présidentielle pour défendre ses idéaux
2017 : Décès le 7 janvier à l'hôpital de la Croix-Rouge à Lisbonne
Vie personnelle et engagements
Né le 7 décembre 1924, il était le fils de João Lopes Soares, un ancien ministre et pédagogue réputé, et d'Elisa Nobre Baptista. Il a partagé sa vie avec la comédienne Maria Barroso, une figure intellectuelle respectée, avec qui il a formé un couple légendaire de la résistance antifasciste. Ensemble, ils ont eu deux enfants : Isabel et João, ce dernier ayant également embrassé une carrière politique. La famille Soares était connue pour son goût pour les arts, la littérature et la défense des libertés académiques. Mário Soares possédait une bibliothèque impressionnante et entretenait des amitiés étroites avec des écrivains comme José Saramago ou des politiciens comme François Mitterrand et Willy Brandt.
Ses engagements étaient guidés par une foi inébranlable dans la justice sociale et le dialogue interculturel. Il fut un fervent défenseur de la décolonisation de l'Afrique portugaise, bien que le processus fût complexe et douloureux. En 2025, la Fondation Mário Soares et Maria Barroso continue de préserver ses archives et de promouvoir les valeurs démocratiques à travers des débats et des publications. Il s'est battu jusqu'à ses derniers jours pour une Europe fédérale et sociale, voyant dans l'union des peuples le seul rempart contre les nationalismes. Sa personnalité joviale, sa culture encyclopédique et son courage physique lors des manifestations populaires ont fait de lui un "père de la nation" dont l'héritage est célébré bien au-delà des clivages partisans.
Contexte du décès
Mário Soares s'est éteint le 7 janvier 2017 à Lisbonne, à l'âge de 92 ans. Il avait été hospitalisé quelques semaines auparavant à la suite d'une dégradation générale de son état de santé. Sa disparition a déclenché un deuil national de trois jours au Portugal. Des funérailles d'État grandioses ont été organisées, au cours desquelles son cercueil, porté par une garde d'honneur, a traversé les rues de Lisbonne devant une foule immense venue lui dire adieu. Les dirigeants du monde entier ont salué la perte d'un "géant de la liberté".
Où se recueillir ?
Il repose au cimetière de Prazeres à Lisbonne, dans le panthéon familial. Sa tombe est un lieu de passage fréquent pour les citoyens portugais et les touristes souhaitant rendre hommage au bâtisseur de la démocratie. Son souvenir est également perpétué au siège de sa fondation à Lisbonne, un espace dédié à l'histoire politique contemporaine et à la réflexion citoyenne.
Anecdotes
1 - Lors de son retour d'exil en 1974, la foule était si compacte à la gare de Santa Apolónia qu'il a dû être porté à bout de bras pour sortir du train, un moment devenu le symbole de la libération du pays.
2 - Mário Soares était un grand gourmand et aimait discuter politique autour d'une table bien garnie ; il affirmait souvent que les meilleures décisions se prenaient lors d'un bon dîner entre amis.
3 - Il n'a jamais appris à conduire, préférant utiliser les transports en commun ou se faire conduire, ce qui lui permettait de lire sans cesse ou de discuter avec les gens qu'il croisait.
4 - Pendant sa présidence, il lui arrivait de sortir seul du palais de Belém pour aller s'acheter des livres dans les librairies du centre-ville, au grand désespoir de ses services de sécurité.
5 - On raconte que lors d'une visite officielle, il a tenu tête à un dictateur étranger en lui offrant un livre sur les droits de l'homme, prouvant que sa diplomatie passait toujours par la culture et la conviction.
Points clés
- Métier(s) : Avocat, Premier ministre, Président de la République
- Résidence principale : Lisbonne, Portugal
- Relations : Maria Barroso (épouse), François Mitterrand (allié européen)
- Enfants : João Soares, Isabel Soares
- Distinctions : Grand-Collier de l'Ordre de la Liberté, Prix Nord-Sud du Conseil de l'Europe



