Nikolaï Rimski-Korsakov incarne cette figure singulière de l'aristocrate russe devenu compositeur malgré les conventions de son milieu, façonnant une musique où la féerie orchestrale rencontre le folklore slave. Officier de marine diplômé, il a longtemps mené une double vie entre les salles de concert et l'état-major, avant de s'imposer comme l'un des maîtres de l'orchestration, transmettant son savoir à deux générations de créateurs russes et influençant la palette sonore de tout le vingtième siècle.
Né en 1844 à Tikhvine dans une famille aristocratique, Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov manifeste très jeune des dispositions pour la musique que ses parents jugent inconvenantes pour leur rang, y voyant une simple amusette plutôt qu'une vocation sérieuse. Contraint par les traditions familiales, il intègre le corps des cadets de la Marine à Saint-Pétersbourg, suivant ainsi la carrière militaire de son frère aîné Voïn. Parallèlement à cette formation, il prend en secret des leçons de piano et de composition, d'abord avec le violoncelliste Oulikh, puis avec Feodor Kanille à partir de l'automne 1859. Ce professeur lui ouvre l'univers de Mikhaïl Glinka et des compositeurs contemporains, mais Voïn fait cesser ces leçons dès qu'il en a connaissance en 1860. Kanille encourage néanmoins le jeune homme à le visiter le dimanche pour jouer ensemble, entretenant ainsi la flamme musicale malgré l'opposition familiale.
En 1861, Kanille présente Nikolaï à Mili Balakirev, pianiste et compositeur nationaliste influent qui le pousse à composer plutôt qu'à interpréter, lui prodiguant des conseils irréguliers entre deux embarquements. Par son intermédiaire, Rimski-Korsakov rencontre les futurs membres du Groupe des Cinq, cercle de compositeurs désireux de forger une identité musicale russe distincte de l'influence occidentale. En 1862, il part pour une campagne de trois ans autour du monde à bord du clipper Almaz, emportant avec lui les trois premiers mouvements de sa Symphonie n° 1, achevant l'adagio lors d'une escale en Angleterre. À son retour en 1865, Balakirev lui suggère de retravailler l'orchestration, ce qu'il fait avec application avant la création triomphale de l'œuvre le 31 décembre 1865. Le public découvre alors avec stupéfaction un officier en uniforme venant saluer en scène, incarnation inattendue de cette nouvelle école russe. Affecté à l'état-major avec des obligations réduites à quelques heures quotidiennes, il compose intensément : Sadko en 1867, Antar en 1868, et se lie d'amitié étroite avec Modeste Moussorgski, avec qui il partage réflexions et projets musicaux. Au printemps 1868, le cercle s'élargit à la famille Purgold, dont les soirées musicales deviennent un lieu de création et d'échange. C'est là qu'il rencontre Nadejda Purgold, pianiste et compositrice accomplie, qu'il épouse en 1872. Leur union, harmonieuse et féconde, donnera naissance à sept enfants, dont Andreï, futur musicologue et compositeur, et Vladimir, violoniste. Sa rencontre avec Piotr Ilitch Tchaïkovski la même année révèle deux esthétiques parallèles : formé au Conservatoire de Moscou dans un esprit plus occidental, Tchaïkovski suscite d'abord la méfiance du Groupe des Cinq, mais Rimski-Korsakov reconnaît rapidement la valeur de sa musique, établissant un respect mutuel teinté de réserve.
Nommé professeur de composition et d'orchestration au Conservatoire de Saint-Pétersbourg en 1871, il prend conscience de ses lacunes théoriques et entreprend un apprentissage acharné de l'harmonie et du contrepoint, étudiant nuit et jour pour devancer ses propres élèves. Cette période d'auto-formation rigoureuse façonne sa pédagogie exigeante et sa réputation de technicien hors pair. Pendant plus de trente ans, il forme des dizaines de compositeurs, parmi lesquels Alexandre Glazounov, Igor Stravinski, Sergueï Prokofiev et Ottorino Respighi, transmettant sa science de l'orchestration et sa passion pour le folklore russe. Ses opéras, inspirés des contes populaires slaves et des légendes, restent peu joués en Occident mais constituent des piliers du répertoire russe : La Nuit de mai en 1880, La Légende de la ville invisible de Kitège et de la demoiselle Fevronia en 1907, et surtout Le Coq d'or, achevé peu avant sa mort. Ses œuvres symphoniques, notamment Shéhérazade en 1888, La Grande Pâque russe en 1888 et Capriccio espagnol en 1887, connaissent en revanche un succès universel, saluées pour leur virtuosité orchestrale et leur sens de la couleur instrumentale. Rimski-Korsakov meurt le 21 juin 1908 à Lioubensk, près de Saint-Pétersbourg, laissant derrière lui une œuvre abondante et une influence déterminante sur l'évolution de la musique russe et mondiale.
Issu d'une famille aristocratique où son père Andreï Petrovitch Rimski-Korsakov occupait une fonction de fonctionnaire civil et sa mère Sofia Vassilievna appartenait à un milieu aisé, Nikolaï grandit dans un environnement cultivé mais rigide, peu enclin à valoriser ses dons musicaux. Son frère aîné Voïn, officier de marine, exerce une influence déterminante en imposant la carrière militaire et en surveillant de près les activités du cadet, voyant dans la musique une distraction futile. Le mariage avec Nadejda Purgold en 1872 marque un tournant : leur union repose sur une profonde complicité artistique, Nadejda l'accompagnant au piano, discutant ses compositions et lui offrant un foyer stable. Ensemble, ils ont sept enfants, dont plusieurs hériteront de la vocation musicale paternelle, à l'image d'Andreï, qui deviendra musicologue, et de Vladimir, violoniste. Rimski-Korsakov cultive une vie de famille structurée, partageant son temps entre l'enseignement, la composition et les moments domestiques. Passionné par la littérature russe et les contes populaires, il puise dans ces récits matière à nourrir ses opéras et ses partitions orchestrales, tissant un lien intime entre héritage culturel et création. Ses années dans la marine lui laissent une attirance pour la mer, thème récurrent dans son œuvre, de Sadko à Shéhérazade.
Membre fondateur du Groupe des Cinq aux côtés de Mili Balakirev, Alexandre Borodine, Modeste Moussorgski et César Cui, Rimski-Korsakov partage avec eux la volonté de promouvoir une musique nationale russe, émancipée des modèles germaniques et italiens dominants. Cette fraternité artistique structure sa vie intellectuelle et sociale : les échanges avec Moussorgski, notamment, sont intenses et fraternels, les deux hommes travaillant parfois de concert, partageant appartement et idées. Rimski-Korsakov achève ou orchestre plusieurs œuvres laissées inachevées par ses confrères disparus, notamment Boris Godounov de Moussorgski et Le Prince Igor de Borodine, geste de fidélité et de transmission. Sa pédagogie au Conservatoire prolonge cet engagement : il y forme une génération entière de compositeurs russes, inculquant rigueur technique et respect du folklore. Bien qu'éloigné des engagements politiques directs, il défend farouchement la liberté académique et soutient discrètement les étudiants lors des troubles de 1905, attitude qui lui vaut des tensions avec l'administration impériale.
Nikolaï Rimski-Korsakov meurt le 21 juin 1908 à l'âge de soixante-quatre ans dans sa résidence d'été de Lioubensk, près de Saint-Pétersbourg. Les derniers mois de sa vie sont marqués par une santé déclinante, affaiblie par des problèmes cardiaques qui le contraignent à réduire ses activités. Il s'éteint entouré de sa famille, ayant achevé quelques semaines plus tôt la partition du Coq d'or, opéra satirique qui lui tient particulièrement à cœur. Ses funérailles, célébrées à Saint-Pétersbourg, rassemblent un grand nombre de personnalités musicales et d'anciens élèves, parmi lesquels Igor Stravinski et Alexandre Glazounov, venus rendre hommage au maître. La presse russe salue unanimement la disparition du dernier représentant du Groupe des Cinq et du plus grand orchestrateur de son temps. Son cercueil est accompagné par une foule importante jusqu'au cimetière Tikhvine du monastère Alexandre-Nevski, lieu de repos d'autres compositeurs russes illustres.
Nikolaï Rimski-Korsakov repose au cimetière Tikhvine du monastère Alexandre-Nevski à Saint-Pétersbourg, aux côtés de Mikhaïl Glinka, Modeste Moussorgski et Alexandre Borodine, formant ainsi une nécropole symbolique de la musique russe. Sa tombe, ornée d'une stèle sobre, est régulièrement fleurie par les mélomanes et les étudiants du Conservatoire. Son dernier domicile, la maison de Lioubensk où il passait ses étés en famille, a été transformé en musée dédié à sa mémoire, préservant manuscrits, instruments et objets personnels. Né à Tikhvine, petite ville située entre Saint-Pétersbourg et Moscou, il conserve toute sa vie un attachement à cette région, y retournant occasionnellement. Saint-Pétersbourg demeure le centre de son existence adulte : c'est là qu'il étudie, compose, enseigne et tisse ses amitiés déterminantes. Le Conservatoire de la ville, où il forma tant de disciples, porte aujourd'hui son nom en hommage à son legs pédagogique.