Résumé biographique

Cinéaste, historien du cinéma et acteur américain, Peter Bogdanovich fut l'une des figures de proue du mouvement "Nouvel Hollywood" dans les années 1970. Son œuvre, profondément imprégnée d'une nostalgie pour l'âge d'or du cinéma classique, a contribué à redéfinir la narration cinématographique moderne.


Parcours

Né à Kingston, dans l'État de New York, fils d'immigrants ayant fui l'Europe à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il se passionne très tôt pour le septième art. Il commence sa carrière comme programmateur de films au Museum of Modern Art (MoMA) de New York et comme critique influent pour Esquire. Cette érudition le conduit à Hollywood où il fait ses armes auprès du producteur Roger Corman. En 1971, il réalise son chef-d'œuvre, La Dernière Séance (The Last Picture Show), une chronique mélancolique en noir et blanc d'une petite ville du Texas. Le film reçoit huit nominations aux Oscars et impose Bogdanovich comme le successeur spirituel d'Orson Welles et de Howard Hawks, ses mentors et amis proches. Il enchaîne avec des succès retentissants comme la comédie loufoque On s'fait la valise, docteur ? et le drame intimiste La Barbe à papa, affirmant sa maîtrise des genres classiques.

Cependant, sa carrière connaît des turbulences majeures à la fin des années 1970, marquées par des échecs commerciaux et des tragédies personnelles. Malgré ces revers, il continue de tourner des films notables tels que Saint Jack ou Mask, qui démontrent sa persévérance artistique. Parallèlement à la réalisation, il poursuit une carrière d'acteur mémorable, notamment dans le rôle du Dr Elliot Kupferberg dans la série culte Les Soprano. Historien infatigable, il publie plusieurs ouvrages d'entretiens essentiels avec les maîtres du cinéma, préservant ainsi la mémoire de la mise en scène classique. Sa contribution au cinéma ne s'arrête pas à ses propres films ; il a œuvré toute sa vie pour la reconnaissance du patrimoine cinématographique mondial, achevant notamment le montage du film posthume d'Orson Welles, The Other Side of the Wind, sorti en 2018.


Repères chronologiques

1939 : Naissance le 30 juillet à Kingston, New York
1968 : Réalisation de son premier long-métrage, La Cible (Targets)
1971 : Succès critique et public de La Dernière Séance
1972 : Sortie de On s'fait la valise, docteur ? avec Barbra Streisand
1973 : Réalisation de La Barbe à papa (Paper Moon)
1980 : Assassinat de sa compagne Dorothy Stratten, un drame qui marque sa vie
1985 : Succès critique du film Mask avec Cher
1999 : Début de son rôle récurrent dans la série Les Soprano
2018 : Sortie du documentaire The Great Buster sur Buster Keaton
2022 : Décès le 6 janvier à Los Angeles à l'âge de 82 ans


Vie personnelle et engagements

Peter Bogdanovich a mené une vie personnelle aussi romanesque que ses films. Il fut marié à la chef décoratrice et scénariste Polly Platt, qui joua un rôle crucial dans le succès de ses premiers films. De leur union naquirent deux filles, Antonia et Alexandra. Sa liaison avec l'actrice Cybill Shepherd durant le tournage de La Dernière Séance provoqua leur divorce. Sa vie fut plus tard assombrie par le meurtre tragique de sa compagne, la Playmate Dorothy Stratten, en 1980. Quelques années plus tard, il épousa la sœur cadette de cette dernière, Louise Stratten, une union qui fit couler beaucoup d'encre à l'époque. Ces drames personnels ont souvent influencé la tonalité mélancolique de ses œuvres tardives.


Ses engagements étaient avant tout artistiques et mémoriels. Membre influent de la Directors Guild of America, il s'est battu pour la préservation du format original des films et contre le coloris des classiques en noir et blanc. Sa loyauté envers ses aînés, comme John Ford et Orson Welles, était sans faille ; il a passé des décennies à documenter leurs méthodes de travail pour les générations futures. Bogdanovich considérait le cinéma comme une forme d'art noble qui devait respecter ses racines tout en explorant la condition humaine. Jusqu'à son dernier souffle, il a partagé son savoir lors de conférences et de masterclasses, restant un défenseur acharné de la "politique des auteurs" à l'américaine.


Contexte du décès

Peter Bogdanovich s'est éteint paisiblement de causes naturelles le 6 janvier 2022, à son domicile de Los Angeles. Sa disparition a marqué la fin d'une époque pour Hollywood, celle d'une transition entre le classicisme et la modernité. Les hommages de réalisateurs contemporains comme Martin Scorsese, Guillermo del Toro ou Francis Ford Coppola ont souligné son rôle de passeur entre les générations et son immense culture cinématographique. Sa mort est survenue alors qu'il travaillait encore sur plusieurs projets de documentaires et de livres, témoignant d'une passion restée intacte jusqu'au bout.


Où se recueillir ?

L'inhumation de Peter Bogdanovich s'est déroulée dans l'intimité. Sa dépouille repose au Westwood Village Memorial Park Cemetery à Los Angeles, un cimetière célèbre pour abriter de nombreuses légendes du cinéma. Les admirateurs peuvent s'y recueillir sur sa tombe, située non loin de celles de certains des acteurs et réalisateurs qu'il a tant admirés et documentés tout au long de sa prolifique carrière.


Anecdotes

1 - Peter Bogdanovich portait presque toujours un bandana autour du cou, un accessoire devenu sa signature stylistique. Il affirmait que c'était une habitude prise pour se protéger du froid sur les plateaux, mais c'était aussi un clin d'œil à l'élégance des réalisateurs d'autrefois.
2 - Orson Welles a vécu chez lui pendant plusieurs années au milieu des années 1970. Bogdanovich, admirateur inconditionnel, aidait financièrement le vieux maître et l'assistait dans ses multiples projets inachevés.
3 - Pour le film La Dernière Séance, il a insisté pour tourner en noir et blanc à une époque où cela était considéré comme un suicide commercial. C'est Orson Welles qui lui aurait donné ce conseil : "Le noir et blanc est l'ami de l'acteur, il accentue chaque expression".


Points clés

- Métier(s) : Réalisateur, acteur, scénariste, historien du cinéma
- Résidence principale : Los Angeles, Californie
- Relations : Polly Platt (épouse), Cybill Shepherd, Dorothy Stratten
- Enfants : Antonia Bogdanovich, Alexandra Bogdanovich
- Distinctions : Grammy Award du meilleur film musical (2006)