Cette année marque le 10ᵉ anniversaire de sa disparition.
Umberto Eco, né en 1932 et mort en 2016, s'impose comme le géant intellectuel de l'Italie contemporaine. Sémiologue érudit devenu romancier à succès tardif, il abolit les frontières entre la culture savante et populaire avec son chef-d'œuvre médiéval Le Nom de la rose.
Né dans le Piémont, Umberto Eco entame sa carrière loin de la fiction, se consacrant à la philosophie médiévale et à l'esthétique de Thomas d'Aquin. Après avoir travaillé à la télévision publique italienne (RAI) et publié des ouvrages théoriques majeurs comme L'Œuvre ouverte (1962), il devient une référence mondiale en sémiologie, l'étude des signes. En 1971, il cofonde le DAMS (Département d'Art, Musique et Spectacle) à l'Université de Bologne, devenant le premier professeur de sémiotique en Italie. Durant des décennies, il analyse la culture de masse, de James Bond à Superman, avec la même rigueur que les textes sacrés.
Le tournant décisif survient en 1980, alors qu'il approche de la cinquantaine. Il publie son premier roman, Le Nom de la rose, un polar médiéval érudit qui rencontre un succès planétaire inattendu, vendu à plusieurs millions d'exemplaires et adapté au cinéma. Ce triomphe lui permet de poursuivre une double carrière : celle de l'universitaire respecté et celle du romancier best-seller. Il enchaîne avec des œuvres complexes comme Le Pendule de Foucault (1988) ou Le Cimetière de Prague (2010), explorant les thèmes du complot et de la vérité historique. Jusqu'à la fin de sa vie, il demeure un observateur critique des médias et de la politique italienne.
1932 : Naissance à Alessandria (Piémont, Italie).
1954 : Obtention de son doctorat en philosophie à l'Université de Turin.
1962 : Publication de l'essai fondateur L'Œuvre ouverte.
1964 : Sortie de Apocalyptiques et intégrés, analyse de la culture de masse.
1971 : Devient professeur titulaire à l'Université de Bologne.
1980 : Publication de son premier roman, Le Nom de la rose.
1981 : Reçoit le prix Strega, la plus haute distinction littéraire italienne.
1988 : Publication du Pendule de Foucault.
2003 : Fonde son école supérieure en sciences humaines à Bologne.
2010 : Sortie du roman Le Cimetière de Prague.
2015 : Publication de son dernier roman, Numéro zéro.
2016 : Décès à son domicile de Milan.
Fils de Giulio Eco, comptable dans une quincaillerie, et de Giovanna Bisio, Umberto Eco grandit dans un milieu petit-bourgeois. Sa vie privée est marquée par une stabilité exemplaire : il épouse en septembre 1962 Renate Ramge, une graphiste et enseignante allemande spécialisée dans l'éducation artistique. Le couple reste uni jusqu'au décès de l'écrivain, élevant deux enfants : Stefano, qui devient réalisateur de télévision, et Carlotta, architecte. Eco organise son existence autour de sa dévoration intellectuelle, vivant au milieu d'une bibliothèque personnelle légendaire comptant plus de 30 000 ouvrages, qu'il considérait comme un outil de travail indispensable.
Bien que n'étant pas encarté dans un parti, Umberto Eco est un homme de gauche engagé, fervent défenseur de l'intégration européenne et opposant farouche à Silvio Berlusconi. Il participe activement au débat public italien à travers ses chroniques, notamment « La Bustina di Minerva » dans l'hebdomadaire L'Espresso. Musicien amateur passionné, il joue de la flûte à bec pour se détendre. Athée déclaré, il conserve néanmoins une fascination intellectuelle profonde pour la religion et l'histoire ecclésiastique, dialoguant régulièrement avec des dignitaires de l'Église, comme le cardinal Martini, sur les questions d'éthique et de foi.
Umberto Eco s'éteint le 19 février 2016 à l'âge de 84 ans, à son domicile milanais, des suites d'un cancer du pancréas contre lequel il luttait depuis deux ans. Son décès suscite une vague d'hommages internationale, saluant l'un des plus grands esprits européens. Une cérémonie laïque se tient le 23 février dans la cour du château des Sforza à Milan, lieu symbolique de la culture de la ville. Conformément à ses dernières volontés, son corps est incinéré après ces adieux publics où se pressent des milliers d'anonymes et d'intellectuels.
Umberto Eco résidait principalement dans un vaste appartement près du château des Sforza à Milan, véritable labyrinthe de livres. Pour s'isoler et écrire, il se retirait dans sa résidence secondaire, une ancienne église jésuite du XVIIe siècle réaménagée à Monte Cerignone, dans la région des Marches (Italie). C'est dans ce refuge calme, surplombant la vallée, qu'il a rédigé la majeure partie de ses œuvres de fiction.
L'idée de son best-seller mondial Le Nom de la rose est née d'une pulsion meurtrière insolite. Il a déclaré avoir eu « envie d'empoisonner un moine ». C'est à partir de cette image initiale qu'il a construit toute l'intrigue policière complexe située dans une abbaye médiévale.
Fumeur invétéré pendant une grande partie de sa vie, il était célèbre pour sa consommation excessive de cigarettes, atteignant parfois trois paquets par jour. Après avoir dû arrêter pour des raisons de santé, il gardait souvent une cigarette éteinte ou un bâtonnet de réglisse à la bouche pour tromper le manque.
Il possédait une théorie personnelle sur sa bibliothèque, distinguant les livres lus de ceux à lire. Il appelait ces derniers son « anti-bibliothèque », estimant que les livres non lus étaient les plus précieux car ils représentaient tout ce qu'il restait à apprendre, une matérialisation de son ignorance.
Expert en culture populaire, il connaissait l'univers de James Bond sur le bout des doigts. Il a rédigé une analyse structurelle très sérieuse des romans de Ian Fleming, démontrant que chaque aventure de 007 suivait un schéma narratif identique et prévisible, ce qui n'enlevait rien à son plaisir de lecteur.
La langue de l'Europe, c'est la traduction
Si Dieu existait, il serait une bibliothèque.
Je me sens peu sûr de ma vérité, même si j'y crois.
Ce sont les inquisiteurs qui créent les hérétiques.
Chaque écrivain raconte toujours une même obsession.
Les faiblesses des méchants sont les mêmes que celles des saints.
Rien ne communique plus de courage au peureux que la peur d'autrui.
Une poule est l'artifice qu'utilise un oeuf pour produire un autre oeuf.
Laisse parler ton coeur, interroge les visages, n'écoute pas les langues...
La logique pouvait grandement servir à condition d'y entrer et puis d'en sortir.
Le sommeil diurne est comme le pêché de la chair : plus on en a eu, plus on le voudrait.
Le prix à payer pour avoir Einstein d'un côté, c'est d'avoir un imbécile de l'autre côté !
À lire des livres de médecine, on se persuade toujours d'éprouver les douleurs dont ils parlent.
L'unique chose à quoi on doit penser, et je m'en rends compte sur la fin de ma vie, c'est à la mort.
Tous les grands écrivains sont des grands lecteurs de dictionnaires : ils nagent à travers les mots.
Personne ne nous impose de savoir. Il le faut, un point c'est tout, fût-ce au prix de mal comprendre.
L'important ce n'est pas tellement d'avoir des souvenirs, c'est toujours de régler ses comptes avec eux.
Nier Dieu est à la portée de tous, polémiquer avec les religions remet en cause les structures sociales.
Les thèmes de la tragédie sont universels, alors que ceux de la comédie sont plus ancrés dans les cultures.
La télévision rend intelligent les gens qui n'ont pas accès à la culture et abrutit ceux qui se croient cultivés.
Quand entre en jeu la possession des choses terrestres, il est difficile que les hommes raisonnent selon la justice.
Ne pas supporter Dieu : certainement une bonne raison pour susciter l'ire de tous ceux qui s'en servent comme une arme.
Nous savons que nous allons vers la mort et, face à cette occurrence inéluctable, nous n'avons qu'un instrument : le rire.
Il y a quatre types idéals : le crétin, l'imbécile, le stupide et le fou. Le normal, c'est le mélange équilibré des quatre.
Dans le monde entier, il existe un moyen infaillible de reconnaître un chauffeur de taxi : c'est quelqu'un qui n'a jamais de monnaie.
C'est votre père qui est votre obligé, et non point le contraire : vous payez de bien des années de larmes un sien moment de plaisant chatouillement.
La science ne consiste pas seulement à savoir ce qu'on doit ou peut faire, mais aussi à savoir ce qu'on pourrait faire quand bien même on ne doit pas le faire.
Les simples ont quelque chose de plus que les docteurs, qui souvent se perdent à la recherche des lois les plus générales. Ils ont l'intuition de l'individuel.
La langue de l'Europe, c'est la traduction
Si Dieu existait, il serait une bibliothèque.
Je me sens peu sûr de ma vérité, même si j'y crois.
Ce sont les inquisiteurs qui créent les hérétiques.
Chaque écrivain raconte toujours une même obsession.
Les faiblesses des méchants sont les mêmes que celles des saints.
Rien ne communique plus de courage au peureux que la peur d'autrui.
Une poule est l'artifice qu'utilise un oeuf pour produire un autre oeuf.
Laisse parler ton coeur, interroge les visages, n'écoute pas les langues...
La logique pouvait grandement servir à condition d'y entrer et puis d'en sortir.
Le sommeil diurne est comme le pêché de la chair : plus on en a eu, plus on le voudrait.
Le prix à payer pour avoir Einstein d'un côté, c'est d'avoir un imbécile de l'autre côté !
À lire des livres de médecine, on se persuade toujours d'éprouver les douleurs dont ils parlent.
L'unique chose à quoi on doit penser, et je m'en rends compte sur la fin de ma vie, c'est à la mort.
Tous les grands écrivains sont des grands lecteurs de dictionnaires : ils nagent à travers les mots.
Personne ne nous impose de savoir. Il le faut, un point c'est tout, fût-ce au prix de mal comprendre.
L'important ce n'est pas tellement d'avoir des souvenirs, c'est toujours de régler ses comptes avec eux.
Nier Dieu est à la portée de tous, polémiquer avec les religions remet en cause les structures sociales.
Les thèmes de la tragédie sont universels, alors que ceux de la comédie sont plus ancrés dans les cultures.
La télévision rend intelligent les gens qui n'ont pas accès à la culture et abrutit ceux qui se croient cultivés.
Quand entre en jeu la possession des choses terrestres, il est difficile que les hommes raisonnent selon la justice.
Ne pas supporter Dieu : certainement une bonne raison pour susciter l'ire de tous ceux qui s'en servent comme une arme.
Nous savons que nous allons vers la mort et, face à cette occurrence inéluctable, nous n'avons qu'un instrument : le rire.
Il y a quatre types idéals : le crétin, l'imbécile, le stupide et le fou. Le normal, c'est le mélange équilibré des quatre.
Dans le monde entier, il existe un moyen infaillible de reconnaître un chauffeur de taxi : c'est quelqu'un qui n'a jamais de monnaie.
C'est votre père qui est votre obligé, et non point le contraire : vous payez de bien des années de larmes un sien moment de plaisant chatouillement.
La science ne consiste pas seulement à savoir ce qu'on doit ou peut faire, mais aussi à savoir ce qu'on pourrait faire quand bien même on ne doit pas le faire.
Les simples ont quelque chose de plus que les docteurs, qui souvent se perdent à la recherche des lois les plus générales. Ils ont l'intuition de l'individuel.