Edgar P. Jacobs est un auteur belge de bande dessinée né le 30 mars 1904 à Bruxelles et décédé le 20 février 1987 à Lasne (Belgique), principalement connu pour avoir créé la série Blake et Mortimer. Coloriste novateur, il a participé à l'essor de la ligne claire aux côtés d'Hergé avant de s'imposer comme l'un des piliers du journal Tintin avec des récits futuristes empreints de fantastique et d'ésotérisme.
Edgard Félix Pierre Jacobs naît au domicile familial à Schaerbeek, commune de Bruxelles. Son père, Jacques François Jacobs, orphelin d'origine modeste devenu garde-champêtre après son service militaire, élève son fils dans une discipline stricte. Sa mère, Elvire Billestraet, tient un temps l'épicerie du rez-de-chaussée avant de se consacrer au foyer. Enfant remuant élevé à l'écart des autres, Edgard reçoit de son père du matériel pour dessiner ainsi qu'un goût précoce pour la musique et la lecture. Inscrit brièvement dans une école moyenne de Bruxelles où il subit les moqueries dues à son origine sociale, il intègre ensuite une école communale de la rue des Éburons. Lecteur passionné, il fréquente la bibliothèque municipale et dévore des illustrés précurseurs de la bande dessinée. À douze ans, son père l'emmène au Théâtre royal des Galeries pour une représentation de Carmen, révélation qui bouleverse le jeune garçon et déclenche chez lui une passion durable pour l'opéra.
À l'issue d'une scolarité médiocre, notamment en mathématiques, Edgard intègre le degré commercial de l'école de la rue des Sols, formation destinée à le préparer aux métiers de comptabilité. Il y rencontre Jacques Van Melkebeke, excellent dessinateur originaire du quartier des Marolles. D'abord rivaux, les deux adolescents nouent une amitié indéfectible malgré la désapprobation des parents Jacobs. Réunis par leur passion commune pour les beaux-arts, le cinéma expressionniste allemand et la littérature, ils fréquentent les musées du parc du Cinquantenaire et assistent à de nombreuses projections. Van Melkebeke conseille à Jacobs la lecture des romans d'Herbert George Wells, qui le fascine, tandis qu'Edgard initie son ami à l'opéra. Découvrant la puissance de sa voix, Jacobs rêve d'une carrière de chanteur lyrique contre l'avis de ses parents. Il tente brièvement cette voie puis interprète des rôles secondaires à l'Opéra royal de la Monnaie, tout en gagnant sa vie en illustrant des catalogues publicitaires. Parallèlement, il suit une formation à l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, institution qui affine sa maîtrise du dessin et de la couleur.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Jacobs publie plusieurs bandes dessinées dans le journal Bravo puis est chargé de poursuivre Flash Gordon dans ce même périodique, les planches originales de l'auteur américain Alex Raymond ne parvenant plus en Belgique. Il crée par ailleurs sa première série personnelle, qui rencontre un certain succès. Son utilisation novatrice de la couleur séduit ses confrères, notamment Hergé, dont il devient le premier collaborateur. Jacobs participe à la refonte graphique et colorée des premiers albums de Tintin tout en aidant Hergé dans la conception de nouvelles aventures, en particulier Les Sept Boules de cristal. Il intègre l'équipe du journal Tintin à sa création en 1946 et en devient rapidement l'un des auteurs phares avec Le Secret de l'Espadon, première aventure du duo Blake et Mortimer publiée à partir de 1946. Il consacre les trois décennies suivantes à cette série, pour un total de huit récits. Perfectionniste et méticuleux, Jacobs s'attache au réalisme et à l'authenticité de ses mises en images, appuyées sur une documentation abondante, parfois établie par des déplacements sur les lieux de ses intrigues. Il préfère travailler seul et ne sollicite que rarement l'aide de ses confrères, uniquement pour des tâches mineures comme l'encrage. En raison d'une santé déclinante, il ne peut entreprendre la réalisation graphique du second tome de la dernière aventure, Les Trois Formules du professeur Satō, achevé quelques années après sa mort par Bob de Moor.
Edgar P. Jacobs épouse Jeanne De Belder, avec qui il partage une grande partie de sa vie. Le couple n'a pas d'enfant. Homme discret, Jacobs s'exprime surtout à travers son œuvre plutôt que dans sa vie publique. Sa passion pour l'opéra, héritée de l'enfance, imprègne profondément son travail : les références musicales et théâtrales traversent ses récits, et cette conception dramaturgique influence sa manière de concevoir la bande dessinée comme un opéra de papier. Grand admirateur de Richard Wagner, il est capable de supporter de longues heures d'attente pour assister à une représentation de La Walkyrie ou de Parsifal au Théâtre de la Monnaie. Il collectionne les livrets d'opéra et les partitions, qu'il étudie avec minutie. Amateur de cinéma expressionniste allemand, il puise dans les chefs-d'œuvre de Fritz Lang et Friedrich Wilhelm Murnau des ambiances visuelles qu'il transpose dans ses planches. Lecteur assidu d'Herbert George Wells et de Jules Verne, il nourrit son imaginaire de littérature d'anticipation et de romans d'aventures. Son amitié indéfectible avec Jacques Van Melkebeke structure sa vie créative : ce dernier l'aide à faire naître ses scénarios et partage avec lui un univers de références culturelles et littéraires communes.
Perfectionniste obsédé par l'exactitude historique et géographique, Jacobs se déplace sur les lieux de ses intrigues pour documenter ses planches. Il entreprend ainsi des voyages en Égypte, en Grande-Bretagne et dans diverses capitales européennes afin de reproduire fidèlement l'architecture, les costumes et les atmosphères. Soucieux du détail, il accumule des centaines de croquis, de photographies et de coupures de presse. Sa conception du récit accorde une large place à la crainte du déclin occidental, aux progrès de la science et aux mystères du quotidien, thématiques qui traversent l'ensemble de son œuvre. Il a longtemps souffert d'un manque de reconnaissance et a toujours considéré sa carrière de dessinateur comme une véritable frustration, lui qui rêvait d'une carrière de chanteur lyrique. Cette tension entre vocation contrariée et accomplissement graphique alimente la densité émotionnelle de ses récits.
Edgar P. Jacobs décède le 20 février 1987 à Lasne à l'âge de 82 ans. Sa santé déclinante l'avait contraint à interrompre son travail graphique plusieurs années auparavant. Il laisse inachevé le second tome des Trois Formules du professeur Satō, dont Bob de Moor assure la réalisation graphique posthume en respectant scrupuleusement les indications et les crayonnés laissés par Jacobs. Ses funérailles se déroulent à Bruxelles en présence de nombreux confrères et admirateurs du monde de la bande dessinée. Les hommages soulignent la rigueur de son trait, l'ambition de ses scénarios et l'influence durable qu'il a exercée sur le neuvième art européen.
Edgar P. Jacobs repose à Bruxelles, ville où il est né, a vécu et créé l'intégralité de son œuvre. Ses funérailles et son inhumation se sont déroulées dans la capitale belge, haut lieu de la bande dessinée européenne. Schaerbeek, commune bruxelloise où il a grandi, demeure associée à ses premières passions artistiques. Le Centre Belge de la Bande Dessinée, situé à Bruxelles, conserve des planches originales et des documents inédits sur son processus créatif, et accueille régulièrement des expositions consacrées à Blake et Mortimer. Le Théâtre de la Monnaie, où il a découvert l'opéra enfant et interprété des rôles secondaires, reste un lieu symbolique de sa vocation contrariée. Les musées du parc du Cinquantenaire, qu'il fréquentait assidûment avec Jacques Van Melkebeke, ont nourri son imaginaire visuel et sa passion pour l'archéologie, thème central de plusieurs aventures de Blake et Mortimer.