Jean Marais, de son vrai nom Jean Alfred Villain-Marais, est un acteur, metteur en scène, peintre, sculpteur et potier français, né le 11 décembre 1913 à Cherbourg et mort le 8 novembre 1998 à Cannes, dont la carrière au cinéma et au théâtre s'est étendue sur plus de six décennies, notamment grâce à sa collaboration artistique et amoureuse avec Jean Cocteau.
Fils d'Alfred Villain-Marais, vétérinaire, et d'Henriette Bezon, Jean Marais grandit sans figure paternelle stable après le départ de son père à la fin de la Première Guerre mondiale. Elevé par les femmes de sa famille dans la banlieue parisienne, il quitte l'école à seize ans, passant par des petits métiers -- caddie de golf, apprenti électronicien, ouvrier chez Pathé -- avant de découvrir les cours d'art dramatique au conservatoire Maubel de Montmartre sur les conseils du photographe Henri Manuel. Recalé au Conservatoire national d'art dramatique en 1936, il entre en stagiaire chez Charles Dullin au Théâtre de l'Atelier. C'est en 1937 qu'il rencontre Jean Cocteau lors d'une audition pour OEdipe Roi : cette rencontre décisive lance véritablement sa carrière. Cocteau devient son amant, son mentor, son instructeur littéraire et artistique. Marais obtient ses premiers rôles à succès dans Les Chevaliers de la Table ronde (1937) puis dans Les Parents terribles (1938), pièce dont le triomphe lui vaut une reconnaissance durable de la profession. En 1941, il monte et joue Britannicus de Racine aux Bouffes-Parisiens, dans une mise en scène novatrice voulant briser la déclamation traditionnelle, avec Serge Reggiani dans le rôle-titre. Mobilisé en 1939, il rejoint après la Libération de Paris la 2e division blindée du général Philippe Leclerc de Hauteclocque et se distingue lors du bombardement de Marckolsheim en Alsace, recevant la Croix de guerre 1939-1945.
La renommée cinématographique de Jean Marais est forgée dès 1943 avec L'Eternel Retour de Jean Delannoy, scénarisé par Cocteau, qui en fait une icône de la jeunesse française. Il tient ensuite le triple rôle d'Avenant, de la Bête et du Prince dans La Belle et la Bête (1946), puis incarne le personnage central d'Orphée (1950) aux côtés de Maria Casarès et François Périer -- film récompensé par le Grand Prix international de la Critique à la Mostra de Venise. A partir des années 1950, il s'impose dans les films d'aventure et de cape et d'épée, réalisant lui-même la plupart de ses cascades dans Le Comte de Monte-Cristo (1955), Le Bossu (1959) -- aux côtés de Bourvil -- ou encore Le Capitan (1960), sous la direction d'André Hunebelle. Dans les années 1960, il tourne la trilogie Fantômas, partageant l'affiche avec Louis de Funès dans le rôle du commissaire Juve. En 1970, Jacques Demy lui confie le rôle du roi dans Peau d'âne aux côtés de Catherine Deneuve. Ses dernières apparitions à l'écran comprennent Les Misérables de Claude Lelouch (1995) et Beauté volée de Bernardo Bertolucci (1996). A partir des années 1970, Jean Marais se tourne avec passion vers la poterie et la sculpture à Vallauris, ouvrant plusieurs galeries et devenant un artiste reconnu dans ce domaine. En 1993, il reçoit un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière.
Durant l'Occupation, Jean Marais et Jean Cocteau figuraient parmi les invités réguliers de la chaîne de télévision allemande Fernsehsender Paris, ce qui valut à l'acteur des accusations de complaisance envers l'occupant. En 1941, après qu'Alain Laubreaux, critique du journal collaborationniste Je suis partout, eut signé plusieurs articles attaquant violemment Cocteau et Marais, qualifiant La Machine à écrire de "théâtre d'invertis", Jean Marais croisa son détracteur dans un restaurant du boulevard des Batignolles et lui cassa la figure. L'incident fit l'objet de nombreux articles de presse. Cocteau dut personnellement intervenir pour éviter des représailles contre son protégé. L'anecdote inspira François Truffaut pour une scène du film Le Dernier Métro (1980), avec Gérard Depardieu. La même année 1943, le secrétaire d'Etat à l'Information du gouvernement de Vichy, Philippe Henriot, avait fait interdire Andromaque, mise en scène par Marais, en déclarant que les "poses plastiques" de Marais et d'Alain Cuny "nuisaient plus à la France que les bombes anglaises". Le mouvement de résistance Défense de la France refusa de son côté de considérer Cocteau, Marais et leur partenaire Michèle Alfa comme des "martyrs de la résistance".
1913 : naissance le 11 décembre à Cherbourg (Manche)
1933 : premiers rôles de figurant dans les films de Marcel L'Herbier
1937 : rencontre Jean Cocteau lors d'une audition pour OEdipe Roi
1938 : triomphe au théâtre dans Les Parents terribles de Jean Cocteau
1941 : met en scène et joue Britannicus aux Bouffes-Parisiens ; rosse le critique Alain Laubreaux
1943 : star nationale avec L'Eternel Retour de Jean Delannoy
1944 : rejoint la 2e DB du général Leclerc ; reçoit la Croix de guerre 1939-1945
1946 : rôle triple dans La Belle et la Bête de Jean Cocteau
1950 : tourne Orphée, Grand Prix international de la Critique à Venise
1951 : pensionnaire de la Comédie-Française ; met en scène Britannicus salle Richelieu
1955 : grand succès populaire avec Le Comte de Monte-Cristo
1963 : mort de Jean Cocteau ; Marais renonce à l'héritage au profit d'Edouard Dermit
1964 : premier opus de la trilogie Fantômas d'André Hunebelle
1975 : ouvre sa première galerie de poterie et sculpture à Vallauris
1983 : spectacle solo Cocteau-Marais au Théâtre de l'Atelier
1993 : César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière
1996 : reçoit la cravate de Commandeur de la Légion d'honneur des mains de Jacques Chirac
1998 : décès le 8 novembre à Cannes, à l'hôpital des Broussailles
Jean Marais est le fils d'Alfred Villain-Marais, vétérinaire, et d'Henriette Bezon, d'origine alsacienne, connue pour des comportements kleptomanes qui lui valurent plusieurs arrestations. Son frère aîné Henri est né quelques années avant lui ; une soeur née en 1911 mourut en bas âge. Jean Marais a un fils, Serge Ayala, né le 31 août 1942 à Arzacq-Arraziguet (Pyrénées-Atlantiques), reconnu en 1963 après que l'acteur l'eut retrouvé par hasard ; ce dernier mena une brève carrière de chanteur dans les années 1965-1966 avant que leur relation ne se détériore. Jean Marais désavoua la reconnaissance de paternité dans son testament de 1996, léguant tous ses biens à son amie Nicole Pasquali, dite Nini. Serge Ayala récupéra néanmoins l'héritage après des batailles juridiques, avant de se suicider le 2 mars 2012 à Villiers-sur-Marne. Jean Marais fut l'amant de Jean Cocteau de 1937 à 1947, puis entretint une relation avec l'actrice Mila Parély de 1942 à 1946, et vécut avec le danseur américain Georges Reich de 1950 à 1959.
Jean Marais ne se maria jamais. Il entretenait des amitiés solides et durables avec Jean-Pierre Aumont, qui fut son voisin rue Norvins à Montmartre, et avec l'actrice Edwige Feuillère, sa partenaire sur scène dans L'Aigle à deux têtes (1946) et dans Cher menteur et La Maison du lac dans les années 1980. Son amitié avec le poète Max Jacob, arrêté par la Gestapo en février 1944, fut selon ses propres déclarations le choc qui lui fit prendre conscience de l'horreur du nazisme. Il s'engagea dans le soutien à Sida Info Service avec le prince Albert de Monaco. Il votait à chaque élection et exprimait une préférence pour la figure du général Charles de Gaulle. Ses dernières années furent organisées et surveillées sur le plan financier par Nicole Pasquali, à qui il légua l'ensemble de ses biens.
Jean Marais souffrait depuis 1994 d'un myélome, cancer hématologique de la moelle osseuse, dont la vérité lui avait été dissimulée par son rhumatologue niçois, le professeur Gérard Ziegler. En octobre 1997, il s'effondra en pleine répétition de La Tempête de Shakespeare sur la scène du Théâtre de l'Eldorado à Paris et fut hospitalisé d'urgence à l'hôpital Bichat. Il mourut le 8 novembre 1998 à l'hôpital des Broussailles à Cannes d'un oedème aigu du poumon, un mois avant son 85e anniversaire. L'acteur Pierre Arditi lui rendit hommage sur un plateau de télévision le lendemain. Cinq jours plus tard, Edwige Feuillère, apprenant la nouvelle, fut victime d'une crise cardiaque et mourut le jour des obsèques. Catherine Trautmann, ministre de la Culture, fit une déclaration officielle. Les obsèques eurent lieu en l'église Sainte-Anne de Vallauris, en présence notamment de Michèle Morgan, Jean-Paul Belmondo, Michel Serrault, Annie Cordy et Jean-Pierre Aumont. La mairie de Vallauris décréta quatre jours de deuil.
Jean Marais est inhumé dans le vieux cimetière de Vallauris (Alpes-Maritimes), ville où il vécut ses dernières décennies et pratiqua la poterie et la sculpture. L'Espace Jean Marais de Vallauris, rouvert après restauration en 2023 devant la statue de La Rebellissière qu'il avait sculptée, lui est consacré. Une place Jean-Marais a été inaugurée à Montmartre, près du Sacré-Coeur. En France, 24 rues et places portent son nom.
1 - Pour La Belle et la Bête (1946), le masque de la Bête nécessitait trois heures de pose quotidienne et provoqua chez Jean Marais un eczéma au visage. Les crocs fixés sur ses canines rendant impossible toute alimentation normale, il se nourrissait essentiellement de purée et de compote pendant le tournage.
2 - Jean Marais brisa délibérément sa voix de fausset à coups de cigarettes pour se rendre employable au cinéma et au théâtre, au risque d'altérer durablement sa santé vocale.
3 - Lors d'une représentation au Gala de l'Union des artistes au Cirque d'Hiver, il réalisa sans harnais de sécurité un numéro de haute voltige au sommet d'une perche flexible à dix-huit mètres du sol. C'est ce jour qu'André Hunebelle le remarqua et décida de l'engager pour ses films d'aventure.
4 - Jean Marais avouait que toute sa carrière de cascadeur était née de son admiration enfantine pour l'actrice américaine Pearl White, avant de découvrir qu'elle était systématiquement doublée dans ses films -- ce qu'elle lui confirma elle-même lors d'une visite.
5 - Lors du tournage de Le Capitan (1960), il se blessa à l'oeil en escaladant les murailles du Château de Val lors d'une scène d'escrime. Il effectuait la quasi-totalité de ses cascades lui-même, quinze ans avant que Jean-Paul Belmondo ne popularise cette pratique.
6 - Jean Marais se planta lui-même une dette fiscale colossale atteignant 120 millions de centimes de franc. Pour solder ses dettes, il mit en vente ses deux propriétés de Marnes-la-Coquette et de Cabris, décidant de s'installer définitivement là où se vendrait la maison en meilleur état -- ce fut Marnes, ce qui le conduisit à Vallauris.
- Métier(s) : acteur, metteur en scène, sculpteur, potier, peintre, écrivain
- Résidence principale : Vallauris (Alpes-Maritimes) à partir de 1981
- Relations de couple : Jean Cocteau (1937-1947), Mila Parély (1942-1946), Georges Reich (1950-1959)
- Enfants : Serge Ayala (né le 31 août 1942, reconnu en 1963)
- Distinctions : Croix de guerre 1939-1945 ; César d'honneur 1993 ; Commandeur de la Légion d'honneur 1996
22 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
Voir le top des personnalités avec le plus de voies à leur nom en France
« J'ai vécu vingt-quatre ans avant de naître. »
— Histoires de ma vie, mémoires de Jean Marais, 1975
« J'ai eu tellement de chance dans ma vie, il faut bien payer la note. »
— Déclaration à ses amis lors du vernissage de sa dernière exposition, fin 1998, citée dans Nini Pasquali, 2004
« Je ne suis rien. Tout juste pour un artisan et surtout pour un vieil enfant qui s'amuse. »
— Entretien avec Gilles Durieux, cité dans la biographie Nini Pasquali, 2004
« Je suis né deux fois : le 11 décembre 1913 et ce jour de 1937 quand j'ai rencontré Jean Cocteau. »
— Histoires de ma vie, mémoires de Jean Marais, 1975
« Est-ce beaucoup exagérer que de dire que Jean Cocteau fut mon véritable père en ce qu'il me créa ? »
— L'Inconcevable Jean Cocteau, Jean Marais, 1993
« A cette époque, j'avais la propriété de Marnes-la-Coquette et j'avais déjà celle de Cabris. J'ai mis les deux propriétés en vente en me disant : la première qui se vendra me dira où je devrai finir ma vie. »
— Entretien avec Nini Pasquali, cité dans Nini Pasquali, 2004
Ma vie est une énorme injustice : je suis trop heureux.
Je fais du théâtre pour ressentir les sensations que la vie ne m'apporte pas...