Résumé biographique

Acteur fétiche de Jean Cocteau, star des films de cape et d’épée et artiste aux multiples talents, Jean Marais a marqué le cinéma français par ses rôles romantiques et héroïques, son engagement physique spectaculaire et une seconde carrière de sculpteur et potier.


Parcours

Né à Cherbourg en 1913, Jean Marais grandit dans une famille modeste avant de multiplier les petits emplois à Paris, tout en fréquentant assidûment les salles de cinéma. Formé chez Charles Dullin après un échec au Conservatoire, il s’impose progressivement sur scène, grâce à son physique athlétique et à une énergie très physique du jeu. En 1937, sa rencontre avec Jean Cocteau, qui le distribue dans ses pièces, transforme sa carrière et l’impose comme jeune premier du théâtre parisien. Au cinéma, il débute comme figurant, puis obtient ses premiers grands rôles pendant l’Occupation, notamment dans Le pavillon brûle et Le Lit à colonnes. Engagé dans les Forces françaises libres en Alsace, il interrompt un temps sa carrière, décoré ensuite de la Croix de guerre 1939-1945. En 1943, il devient une star avec L’éternel retour, avant d’atteindre une notoriété internationale grâce à La Belle et la Bête et Orphée, où son alliance avec l’univers poétique de Cocteau définit durablement son image.

Dans les années 1950, Jean Marais devient l’un des visages les plus populaires du cinéma français, enchaînant films de cape et d’épée et mélodrames romantiques. Sa prestation dans Le Comte de Monte-Cristo en 1954 confirme son statut de vedette, bientôt renforcé par des succès comme Le Bossu, Le Capitan et la trilogie Fantômas, où il assure lui-même l’essentiel des cascades. Parallèlement, il mène une intense carrière théâtrale comme comédien et metteur en scène, de Britannicus à Andromaque, tout en apparaissant à la télévision dans plusieurs adaptations de classiques. À partir des années 1970, il se consacre davantage aux arts plastiques, découvre la poterie à Cabris puis à Vallauris, ouvre plusieurs galeries et développe une œuvre de sculpteur, dont Le Passe-Muraille à Montmartre. Jusqu’aux années 1990, il reste présent au cinéma, de Peau d’âne à Les Misérables, tout en se faisant le gardien de la mémoire de Cocteau et en recevant un César d’honneur et les plus hautes décorations françaises.


Controverse

Pendant l’Occupation, la mise en scène d’Andromaque par Jean Marais au théâtre fait l’objet d’attaques virulentes dans une partie de la presse collaborationniste, qui critique à la fois sa lecture du texte et son jeu. En 1944, la pièce est rapidement interdite sur décision des autorités de Vichy, après une intervention publique du secrétaire d’État à l’Information Philippe Henriot, qui dénonce le spectacle à la radio. Cette affaire, très commentée, illustre la manière dont l’activité artistique de l’acteur se trouve alors prise dans les tensions idéologiques et la propagande du régime, sans remettre en cause sa popularité auprès du public.


Repères chronologiques

1933 : Débuts au cinéma comme figurant dans plusieurs films de Marcel L’Herbier
1937 : Rencontre avec Jean Cocteau lors d’une audition et entrée dans son univers théâtral
1943 : Accès au premier grand rôle de cinéma avec L’éternel retour, qui révèle son charisme de jeune premier
1946 : Tournage et succès international de La Belle et la Bête, qui impose le duo Cocteau-Marais
1949 : Interprétation d’Orphée dans le film Orphée, couronné à la Mostra de Venise
1954 : Triomphe populaire dans Le Comte de Monte-Cristo, sommet de ses rôles d’aventurier romantique
1964 : Renouveau de sa popularité auprès du jeune public avec le premier film Fantômas
1975 : Ouverture de sa première galerie de poterie et de sculpture à Vallauris, ville dont il devient une figure emblématique
1983 : Création du spectacle solo Cocteau-Marais, où il rend hommage sur scène au poète disparu
1993 : Récompense d’un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière au cinéma français
1996 : Remise de la Légion d’honneur et des plus hautes distinctions culturelles pour son apport aux arts
1998 : Mort à Cannes, après plus de soixante ans de carrière au théâtre, au cinéma et dans les arts plastiques


Vie personnelle et engagements

Fils d’Alfred Villain-Marais, vétérinaire, et d’Aline Marie Louise Vassord, Jean Marais grandit entre Cherbourg, le Vésinet et Saint-Germain-en-Laye au sein d’une famille marquée par les difficultés financières et les tensions avec sa mère. Sa vie sentimentale, assumée mais discrète, se structure très tôt autour de rencontres décisives. À partir de 1937, il partage la vie de Jean Cocteau, qui devient à la fois compagnon, mentor artistique et collaborateur étroit, leur relation amoureuse évoluant ensuite en amitié fidèle jusqu’à la mort du poète. Dans les années 1950, il vit également une longue relation avec le danseur américain George Reich.
Bisexuel, Jean Marais entretient aussi des relations avec des femmes, notamment l’actrice Mila Parély, partenaire de tournage devenue amie fidèle et associée lorsqu’il ouvre sa boutique parisienne de potier. Il reconnaît en 1963 un fils, Serge Ayala, né en 1942 dans le Béarn, qu’il affirme avoir découvert adulte par hasard dans un bar, avant de vérifier la paternité évoquée par une lettre ancienne. Très entouré par un cercle d’amis artistes, de Michèle Morgan à Edwige Feuillère, il se consacre avec l’âge à transmettre, à soutenir les jeunes comédiens et à faire vivre la mémoire de Jean Cocteau sur scène et dans ses écrits.


Lieux de référence

La trajectoire de Jean Marais s’ancre d’abord à Cherbourg, sa ville natale, puis en région parisienne, entre Le Vésinet, Saint-Germain-en-Laye et les théâtres parisiens où il se forme et triomphe. Plus tard, il partage sa vie entre Cabris, dans l’arrière-pays grassois, et surtout Vallauris, cité des potiers où il s’installe, ouvre une galerie et devient une figure familière. À Paris, on retrouve aussi son empreinte à Montmartre, autour de la sculpture Le Passe-Muraille.


Contexte du décès

Un mois avant de fêter ses 85 ans, Jean Marais est hospitalisé à l’hôpital des Broussailles, à Cannes, où il meurt le 8 novembre 1998 des suites d’un œdème aigu du poumon. Sa disparition suscite un vif émoi dans le monde du spectacle, de nombreux artistes rappelant son courage physique, sa générosité et sa fidélité en amitié. Ses obsèques sont célébrées quelques jours plus tard en l’église Sainte-Anne de Vallauris, en présence de proches et de compagnons de scène comme Michèle Morgan, Jean-Paul Belmondo ou Michel Serrault, venus saluer une figure majeure du cinéma populaire français.


Où se recueillir ?

Pour se recueillir sur la mémoire de Jean Marais, le lieu principal demeure le vieux cimetière de Vallauris, où il repose dans une tombe ornée de ses propres sculptures. Les admirateurs peuvent également prolonger la visite à l’Espace Jean-Marais, dédié à son travail d’artiste, et à Montmartre, devant la sculpture Le Passe-Muraille, devenue un point de ralliement pour les cinéphiles.


Anecdotes

1 - Enfant, Jean Marais admirait les acrobaties de la serial queen américaine Pearl White et de Douglas Fairbanks ; déçu d’apprendre qu’ils étaient doublés, il décida de réaliser lui-même ses cascades, devenant l’un des acteurs français les plus physiques de son époque.
2 - Passionné de sculpture, il réalise à Montmartre la statue Le Passe-Muraille, inspirée de la nouvelle de Marcel Aymé ; le bas-relief, moulé sur ses propres traits, est devenu un lieu de pèlerinage pour touristes, lecteurs et cinéphiles.
3 - Installé à Vallauris, Jean Marais s’implique profondément dans la vie de la cité des potiers : il ouvre une galerie, participe chaque année à la Fête de la poterie et conçoit lui-même les affiches, mêlant notoriété d’acteur et reconnaissance d’artisan.
4 - Il raconte avoir découvert son fils Serge Ayala à l’âge adulte, en le croisant par hasard dans un bar ; une ancienne lettre de la mère, évoquant une liaison pendant la guerre, l’aurait convaincu de reconnaître officiellement l’enfant des années plus tard.


Points clés

- Métier(s) : Acteur, metteur en scène, écrivain, peintre, sculpteur, potier
- Résidence principale : Vallauris, Alpes-Maritimes, France (fin de vie)
- Relations : Jean Cocteau, George Reich, Mila Parély
- Enfants : Serge Ayala (né le 31/08/1942, reconnu en 1963)
- Distinctions : Croix de guerre 1939-1945, Officier de la Légion d’honneur, Officier de l’ordre national du Mérite, Commandeur des Arts et des Lettres, César d’honneur 1993