Jean sans Peur, né le 28 mai 1371 à Dijon et mort assassiné le 10 septembre 1419 à Montereau, est un prince français de la maison de Valois-Bourgogne. Duc de Bourgogne de 1404 à 1419, il commandita le meurtre de Louis d'Orléans, déclenchant la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.
Fils aîné du duc Philippe le Hardi et de Marguerite de Flandre, Jean de Bourgogne est d'abord comte de Nevers à partir de 1384. En 1396, il commande le contingent français lors de la croisade lancée par le roi Sigismond de Hongrie contre les Ottomans. La campagne s'achève par la défaite de Nicopolis face au sultan Bajazet Ier : fait prisonnier, il gagne à cette occasion son surnom de « sans Peur ». Son père doit emprunter 100 000 florins au marchand Dino Rapondi pour payer sa rançon ; il ne rentre en France qu'en 1398. À la mort de Philippe le Hardi en avril 1404, Jean hérite du duché de Bourgogne et prête hommage au roi Charles VI. La mort de sa mère, en 1405, lui apporte les comtés de Flandre, d'Artois et de Bourgogne palatine, faisant de lui l'un des princes les plus puissants du royaume.
Au Conseil royal, affaibli par la démence intermittente de Charles VI, Jean sans Peur s'oppose à son cousin Louis d'Orléans, frère du roi, pour le contrôle du gouvernement. Écarté du pouvoir, il fait assassiner ce dernier en novembre 1407, puis confie au théologien Jean Petit le soin de justifier le crime. En 1408, il écrase la révolte liégeoise à la bataille d'Othée. À partir de 1410, Charles d'Orléans et son beau-père Bernard VII d'Armagnac prennent la tête du parti adverse : la guerre civile éclate. Allié à la reine Isabeau de Bavière, Jean s'empare de Paris en 1418 avec l'appui de la faction bourguignonne. Il consolide par ailleurs l'État bourguignon et fait édifier à Paris la tour de l'hôtel de Bourgogne, achevée vers 1411.
L'assassinat de Louis d'Orléans, commandité par Jean sans Peur et exécuté le 23 novembre 1407 par Raoul d'Anquetonville, constitua le fait le plus marquant de son règne. Le duc avoua le crime devant le Conseil royal avant de fuir vers les Flandres. Un lit de justice se réunit à Paris sans aboutir à un verdict, et il obtint des lettres de rémission royale, ultérieurement annulées. La défense juridique présentée par Jean Petit, justifiant le meurtre comme un acte légitime, demeura un point de discorde durable, condamné par le concile de Constance.
1371 : naissance le 28 mai au palais des ducs à Dijon
1384 : devient comte de Nevers
1385 : mariage avec Marguerite de Bavière à Cambrai
1396 : défaite de Nicopolis et capture par les Ottomans
1404 : accession au duché de Bourgogne à la mort de son père
1405 : hérite des comtés de Flandre, d'Artois et de Bourgogne
1407 : fait assassiner Louis d'Orléans le 23 novembre
1408 : victoire à la bataille d'Othée contre les Liégeois
1410 : début de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons
1418 : prise de Paris par les troupes bourguignonnes
1419 : assassinat le 10 septembre sur le pont de Montereau
1420 : transfert de sa dépouille à Dijon
Jean sans Peur est le fils du duc Philippe le Hardi et de Marguerite III de Flandre, et le petit-fils du roi Jean II le Bon. Il a pour frères Antoine de Brabant et Philippe de Nevers, tous deux tués à la bataille d'Azincourt en 1415. En 1385, lors des doubles noces de Cambrai, il épouse Marguerite de Bavière. De cette union naissent huit enfants, dont un seul fils, le futur Philippe le Bon, qui lui succède à la tête du duché. Sa fille aînée, Marguerite, est mariée au dauphin Louis de Guyenne, scellant l'alliance entre la Bourgogne et la couronne de France.
Sa carrière fut marquée par ses rivalités avec Louis d'Orléans puis avec le dauphin Charles, futur Charles VII. Il s'appuya sur la bourgeoisie parisienne, l'Université et la corporation des bouchers, se posant en réformateur du royaume et adversaire de la pression fiscale. Sur le plan emblématique, il adopta le rabot accompagné de la devise flamande « Ic houd ! » (« Je le tiens ! »), en réponse au bâton noueux de Louis d'Orléans. Soucieux des intérêts flamands, il fit également édifier dès 1405 une digue de protection contre la mer, connue sous le nom de digue du Comte Jean.
Jean sans Peur fut assassiné le 10 septembre 1419 sur le pont de Montereau, lors d'une entrevue avec le dauphin Charles destinée à réconcilier Armagnacs et Bourguignons. La rencontre, qui visait à consolider le traité de Pouilly-le-Fort, dégénéra et le duc fut tué en présence du dauphin. Jean de Thoisy, évêque de Tournai, fut chargé d'annoncer la mort au fils du défunt, Philippe le Bon. Ce meurtre poussa les Bourguignons à s'allier aux Anglais et conduisit au traité de Troyes, déshéritant le dauphin au profit d'Henri V d'Angleterre. Sa dépouille fut ramenée à Dijon en 1420.
Jean sans Peur fut inhumé à la chartreuse de Champmol, près de Dijon, aux côtés de son épouse Marguerite de Bavière. Son tombeau monumental, commandé par Philippe le Bon, fut réalisé par Claus de Werve, Jean de la Huerta puis Antoine le Moiturier. Il est aujourd'hui conservé au musée des beaux-arts de Dijon.
1 - Son surnom de « sans Peur » ne lui vient pas d'une victoire mais d'une défaite : la bataille de Nicopolis en 1396, où il combattit avec une telle bravoure avant d'être capturé par les Ottomans.
2 - Sa rançon coûta 100 000 florins, somme que son père Philippe le Hardi dut emprunter au marchand lucquois Dino Rapondi pour le libérer des Turcs.
3 - Il fit construire une digue côtière en Flandre dès 1405, dont des fragments subsistent encore sous le nom de digue du Comte Jean, entre Dunkerque et Terneuzen.
4 - Son emblème était un rabot, accompagné de la devise flamande « Ic houd ! », choisi pour répondre symboliquement au bâton noueux du duc d'Orléans.
5 - La première moitié de la campagne bourguignonne du jeu vidéo Age of Empires II : Definitive Edition est centrée sur sa vie, dont la bataille d'Othée.
- Métier(s) : duc de Bourgogne, comte de Flandre, d'Artois et de Bourgogne, prince de la maison de Valois
- Résidence principale : Dijon (palais des ducs de Bourgogne)
- Relations de couple : Marguerite de Bavière (épouse à partir de 1385)
- Enfants : huit, dont Philippe le Bon, futur duc de Bourgogne
- Distinctions : surnom de « sans Peur » acquis à la bataille de Nicopolis (1396)