Le Concombre masqué est le protagoniste éponyme d'une œuvre de la bande dessinée francophone, créée par Nikita Mandryka. Initialement conçu comme un personnage de divertissement pour la jeunesse, ce légume anthropomorphe a rapidement évolué vers une figure métaphysique et absurde, devenant un pilier de la bande dessinée adulte et expérimentale. Évoluant dans le "Désert de la Folie Douce", il interroge les limites du langage et de l'existence à travers un humour nonsensique.
Le personnage est créé par le dessinateur Nikita Mandryka, qui signe initialement sous le pseudonyme de Kalkus. Sa première apparition officielle dans l'espace public a lieu le 1er avril 1965 dans le numéro 1037 du journal Vaillant, succédant à une série de gags mettant en scène le reporter Monsieur Boff. Inspiré par l'esthétique de Mad Magazine et l'œuvre de George Herriman (Krazy Kat), Mandryka introduit avec ce héros une rupture radicale avec les codes narratifs classiques de l'époque. Le Concombre incarne dès sa naissance le non-sens et l'irrévérence linguistique. Son impact culturel est immédiat auprès d'une génération d'auteurs, ouvrant la voie à la création de revues comme L'Écho des savanes en 1972.
Le Concombre masqué se reconnaît à sa forme oblongue verte et au petit loup noir dissimulant son regard. Il réside dans un cactus-blockhaus situé au cœur du Désert de la Folie Douce, un lieu aride propice aux mirages philosophiques. Son statut est celui d'un ermite contemplatif, et son moteur narratif repose sur l'exploration de problèmes insolubles ou de quêtes absurdes, comme la recherche de l'endroit où la nuit tombe. Le paradoxe psychologique du personnage réside dans sa dualité entre une sagesse contemplative et des accès d'angoisse face à la vacuité du monde. Il utilise des objets symboliques tels que le "Bretzel liquide" ou sa télévision pour interagir avec une réalité mouvante. Sa règle interne de conduite est dictée par un langage propre, parsemé d'expressions comme "Rhône-Poulenc nationalisé !".
1965 : Première apparition le 1er avril dans le journal Vaillant n°1037.
1967 : Transfert du personnage dans les pages de l'hebdomadaire Pilote.
1971 : Publication du premier album intitulé Les Aventures potagères du Concombre masqué.
1972 : Co-fondation de L'Écho des savanes par Mandryka, Brétécher et Gotlib.
1994 : Nikita Mandryka reçoit le Grand Prix de la ville d'Angoulême.
2005 : Attribution du Prix du Patrimoine au Festival d'Angoulême pour l'œuvre.
2019 : Mandryka est lauréat du Grand Prix Töpffer pour l'ensemble de son œuvre.
2021 : Décès du créateur Nikita Mandryka le 13 juin à Genève.
2026 : Le personnage demeure une référence de l'humour absurde en bande dessinée.
Le Concombre trouve ses racines graphiques dans une reprise par Mandryka de la série Le Copyright de Jean-Claude Forest, dont il a progressivement modifié les traits pour créer sa propre entité. Dans la version originale de Vaillant, les récits sont courts et privilégient une dynamique de gag visuel. Lors de son passage dans Pilote en 1967, l'histoire se densifie et le personnage gagne en profondeur métaphysique, s'éloignant des thématiques enfantines. Dans les années soixante-dix, au sein de L'Écho des savanes, le ton devient plus sombre et ouvertement destiné aux adultes. Les versions ultérieures voient le personnage naviguer entre différents éditeurs comme Dargaud ou Dupuis, avec des albums tels que La Dimension Lambda. Malgré ces changements de supports et de tons, les éléments fondamentaux — le désert, le cactus et le meilleur ami Chourave — restent constants.
À l'origine, le Concombre masqué incarne la rébellion contre la logique formelle et l'ordre moral strict des publications pour la jeunesse de l'après-guerre. Il représente l'archétype du philosophe de l'absurde, dont la seule arme face à l'incohérence du monde est le détournement du langage. Il porte des thèmes universels tels que la solitude, la recherche de sens et la fragilité de la perception humaine, s'inscrivant dans une lignée culturelle proche du théâtre de l'absurde et du mouvement dadaïste.
Aujourd'hui, le personnage représente l'autonomie de l'individu face aux flux d'informations et à la rationalité technique. Son passage de la morale classique à une analyse quasi psychanalytique de la société en fait un symbole de la résistance intellectuelle. Il rappelle que l'imaginaire pur reste un espace de liberté face aux contraintes de la réalité quotidienne.
L'œuvre a principalement prospéré sous forme d'albums de bande dessinée, mais elle a connu des extensions notables. En 1991, une série de 52 épisodes d'animation est produite. Le personnage a également fait l'objet de nombreuses expositions monographiques, notamment au Festival d'Angoulême en 1995. En 2005, son créateur a lancé un site internet dédié, prolongeant les aventures du légume sur un support numérique. Des éditions intégrales et des fac-similés ont permis de redécouvrir les premières planches de 1965.
1- La première apparition du personnage a eu lieu un premier avril, ce qui a longtemps entretenu un doute sur la pérennité du héros. Cette date symbolique marquait pourtant le début d'une aventure éditoriale qui allait durer plus de cinquante ans.
2- Le pseudonyme "Kalkus" utilisé par Mandryka à ses débuts était une référence humoristique cachée, reflétant l'envie de l'auteur de s'amuser avec son identité.
3- René Goscinny a un jour refusé une planche du Concombre car elle était jugée trop statique : dans cette séquence, le héros passait tout son temps à regarder pousser des rochers.
4- L'expression célèbre "Bretzel liquide" est née d'une volonté de créer une ponctuation verbale totalement absurde. Ce gimmick linguistique est encore utilisé par les amateurs de bande dessinée.
5- Le personnage du Chou-rave, compagnon fidèle du héros, sert souvent de miroir aux interrogations du Concombre, structurant les dialogues métaphysiques de la série.
6- Nikita Mandryka a continué de dessiner son personnage sur des supports numériques jusqu'à la fin de sa vie.
Quelle époque opaque !
Ce qui me tue dans la vie, c'est la mort.
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